‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 86 sur 106 · HUGO · texte numérisé non relu

HUGO

Lettre de Hugo à son beau-frère Trébuchet. Au citoyen Trébuchet rue Vandick, maison Caillé 9. Inédite (1).

Lunéville.

Ma femme qui n'’écrit jamais me charge de dire à notre aimable sœur qu’elle approuve de bon cœur les nœuds d'amour que vous avez formés et elle désire qu'ils vous rendent entièrement heureux.

L'interprète de Sophie répond aussi à sa sœur qu'il ne démentira jamais la marque d’attachement et d'intérêt qu'il n’a cessé de lui montrer et il l'embrasse de tout son cœur. Mes petits garçons embrassent leur petite cousine, leur oncle et leur tante.

HucGo.

Embrassés pour nous notre grand papa et notre famille. Ne changés pas mon adresse que je ne vous la donne de nouveau.

(1) La lettre, dont ce fragment fait partie, contenait deux ou trois pages qui ont été déchirées. Cette lettre a été envoyée de Lunéville, probablement à la même époque que celle qui précède adressée à M. Lenormand-Dubuisson.

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Lettre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet (1).

Porto-Ferrajo, Ile d'Elbe, le 16 messidor an 11 (Mardi 5 juillet 1803).

[J'ai enfin reçu de vos nouvelles, mon cher Trébuchet, et ce qu’il y a de mieux c'est que les Anglais les ont laissé passer deux fois. Il y avait deux ans que je n’en avais reçu aucune.

Les détails que vous me donnez votre famille et le bonheur dont jJouissés dans votre ménage m'ont fait infiniment de plaisir, je voudrais vous voir cependant dans une position plus agréable car avec vos moyens je vous vois englouti dans la nécessité de végéter longtems et malheureusement je ne puis vous soutenir auprès d'aucune de [mes connaissances qui depuis sept mois travaillent à me tirer de la 20° où je me ruine et qui ne peuvent réussir.] Peut-être si la guerre s'engage sur le continent pourrai-jJe me trouver à même de vous procurer un emploi plus lucratif, mais :ül faudra alors que je sois placé comme on me le fait espérer et que votre sœur se détermine à vivre quelque temps seule.

[Ruiné en partie par le Congrès qui ne m'a valu que de brillantes lettres, je suis venu m'achever dans la 20e voilà 25000 fr. passés que j'ai dépensé depuis environ trois ans et si l'on continue à me faire courir, il ne me restera rien.

Nous sommes ici dans un pays brulant où tout est d'une affreuse rareté et par conséquent d’un prix fou. L'isle est belle, d'un aspect riant,] mais nous y sommes presque rationnés pour l’eau, le pain y vaut six sols la livre et ne vaut rien, le bœuf 12 et c’est souvent du buffle, le beurre est à 40 sous la livre et le tout à proportion. Je couche sur une paillasse et si je n'avais pas mes draps je serais obligé de me contenter de mon grabat tout nud. Votre sœur ne partage heureusement pas cette position, [elle est en France pour mes affaires et fait tout

sur vous

(1) Cf. Le Figaro, 8 août 1888.

ce qu'elle peut pour m'y ramener. J.B. s'intéresse à notre position et cependant nous n'avons encore pu réussir à rien.|

Enfin, mon cher, il est dans la vie des tems heureux, il en est de malheureux.

[Peu s'en est fallu que je ne fisse partie de l'expédition de St Dom. | j'aurais été un Joli cadet. Ne Jjettés pas le manche après la cognée, j'ai encore quelques espérances d'être mieux et les plus gros finissent par pouvoir aider les plus petits TIM faut ilNest. vrar de Ja patience, et comme moi, vous en prenez par votre attachement à votre épouse et par votre tendresse pour vos enfants. Croyés bien que si je ne fais rien pour vous c'est par impossibilité, car pour de la bonne

volonté et de l'amitié, j'en suis rempli pour vous.

Assés heureux pour avoir pu placer Louis, J'ai fait d'inutiles efforts pour

placer mon jeune frère qui pétille d’esprit et de moyens, J. B. s’y est intéressé vivement et je ne sais comment rien n'a réussi ; las d'être balotté 1il s’est Jetté dans le barreau où il a quelques succès.

Je voudrais vous voir un état, car vous n'en avés pas. Il est vrai que vous vous intéressés dans les affaires et que par la suite vous pourrés faire vous-même quelque chose, mais jusques là je suis autant que vous mécontent de votre sort.

[J'ai mes enfants avec moi, les deux ainés se portent très bien, ils apprennent la langue italienne ; le plus petit Victor, fait des dents avec beaucoup de difficultés et ne s’acclimate pas aussi bien que ses frères. Il est vrai qu'il fait ici une chaleur extraordinaire, on la compare à celle de l’Amérique.]

Embrassés bien ma sœur pour moi, dites-lui que je la félicite d’avoir fait un fils, que je voudrais bien l’embrasser et la connaître, mais que tous mes projets de semestre (?) ont été rompus par des circonstances. Dites à ma sœur la religieuse et à notre tante que quoique je ne recoive jamais de leurs nouvelles, je ne les aime pas moins, que tandis qu'elles prient pour moi, je me bats pour elle qu'’ainsi nous nous acquittons les uns envers les autres, excepté d'amitié dont je ne les tiens pas quiîttes.

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J'ai écris par la poste de France à mon grand papa, embrassés le pour ses enfans et voici l'adresse à laquelle :1l faut m'envoyer vos lettres sans quoi je risquerai de ne pas les recevoir.

Je vous embrasse de bien bon cœur.

HUGoO.

Envoyés mon adresse à ma tante Robin.

[Au cit. HUGO chef de Bn de la 20° 1/2 Bde de ligne à Porto Kerrajo isle d'Elbe par Livourne,] à remettre dans cette ville à Mr Joseph Poggialy Négo:

ciant pour la faire passer.

Ne m'oubliés pas auprès de toute notre famille.

Lettre de Hugo à son beau-frère Trébuchet, rue Vandick, maison Caillé, 9, Nantes. Inédite.

Porto-Ferrajo, le 10 ventôse an 12 (Jeudi 1% mars 1804).

Je viens de recevoir, mon cher Trébuchet, votre lettre du 5 pluviose qui m'a été transmise par Mr Poggialy. Ce négociant a du vous donner de mes nouvelles et vous dire combien les communications par mer sont difficiles pendant l'hyver et souvent à travers la nuée de corsaires qui nous ont entouré. Je me proposais de vous écrire en Germinal ainsi qu'à notre cher grand papa et à notre tante de Chateaubriant, mais il se présente une occasion de le faire et je m'empresse à la saisir.

Tout ce que vous me dites sur la santé de notre grand papa me fait infiniment de chagrin et augmente mes regrets de ne pas le connaître. Depuis que je lui appartiens la guerre m'a toujours retenu loin de vous et si je continue à m'éloigner comme je l'ai fait depuis 18 mois bientôt je me verrai sur les côtes de quelque terre anciennement visitée.

Votre tendresse vous aura sans doute trop alarmé sur l’état de notre grand

papa et malgré son grand âge, il faut encore espérer qu'il nous sera conservé.

Vous savez qu'il a été bien mal déjà et qu'il s’en est heureusement tiré, il faut encore espérer pour cette fois, mon cher frère, je ne suis moi-même pas sans cette espérance. Malgré cela la marche que vous m'indiquez est trop sage pour que je ne la suive pas et je le fais d’autant plus volontiers que mon grand éloignement du lieu des affaires pourrait vous entraîner en cas que nous vinssions à le perdre dans des retards facheux et dans tous les inconvénients que vous avez prévus.

J'adresse donc ma procuration à mon épouse avec plein pouvoir de se faire représenter par qui bon lui semblera et d'agir comme elle le croira convenable pour notre intérêt commun.

Vous saurez, mon cher Trébuchet, que Sophie habite Paris avec ses enfants et qu’elle y demeure rue neuve des petits champs No 76. Je me suis déterminé à lui donner cette résidence en considérant tous les évènements auxquels elle aurait pu être exposée en cas de siège, et l'instabilité cruelle à laquelle nous sommes exposés depuis quelques années.

Il m'a fallu de pareilles raisons pour me déterminer à un sacrifice aussi grand et je vous avoue que c'en est un bien grand, que malgré que j'en sente l'absolue nécessité il m'est impossible dem'y habituer. Vous qui n'avés jamais quitté votre épouse chérie, mettez vous à ma place, je n'aime pas moins la mienne que vous pouvez aimer la vôtre, jugez par là de la situation dans laquelle je me trouve.

Soyés, mon cher Trébuchet, auprès de votre aimable épouse, de mon grand papa et de toute sa famille l'interprète de mes sentimens de vive affection, dites leur à tous que mon plus grand plaisir serait celui de les embrasser et de leur présenter ma femme et mes bons petits garçons.

Tout à vous, mon cher Trébuchet.

HucGo.

Louis est officier de grenadiers dans

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le 55e régiment d'infanterie au camp de St-Omer.

Bien des choses à Delaire et à Mr Delaire.

Embrassés ma belle sœur, ma sœur,

ma tante et Mme Bellet et son mari pour celui qui espère les aimer autant un jour qu'il désire les connaître tous.

Lettre de Sophie Hugo à son frère Marie-Joseph Trébuchet. Inédite.

Paris, 4 juin 1808 !?,

Ta ‘lettre du 7 mai mon cher frère ma fait le plus grand plaisir elle m'en aurait encore fait davantage si je ne voyais que tu regardes ma négligence à t’écrire comme une preuve de mon défaut d’attachement pour toi. Sois donc bien convaincu que les torts de ma paresse ne sont point ceux de mon cœur, et puis si tu savais combien d'affaires et d’inquiétudes de toutes espèces m'ont affligées depuis un an tu serais certainement plus indulgent j'ai fait un voyage à Naples avec mes enfants et cela m'a déjà pris plus de six mois je croyais pouvoir m'y fixer mais il ne m'a pas été possible par beaucoup de raisons quisont trop longues à détailler dans une lettre mon mari est colonel du régiment Royal Corse dans ce pays là ; ils se portent fort bien J'ai reçu de ses nouvelles avant hier je lui écrit pour avoir sa procuration nous avons été assez étourdis l’un et l’autre pour oublier le besoin que j'en pouvais avoir, aussi-tôt que je l’aurai reçu je t’enverrai la mienne tu pense bien que je n’en chargerai pas un autre que toi au reste il est possible que je fasse un petit voyage à Nantes à la fin de l'été Jj'aurais bien du plaisir à t’embrasser et à faire connaissance avec ta famille surtout avec ma belle sœur que j'aime sans la connaître d’après les éloges que toutes les personnes qui l'as connaisse en font, embrasse la bien pour moi ainsi que tes enfants et crois à mon sincère attachement.

HuGo née TRÉBUCHET.

Assure mon grand papa de mon attachement respectueux et n'oublie pas ma sœur ma tante et toute la famille.

Mon adresse est actuellement rue St- Jacques près l’église No 250.

Lettre de Sophie Hugo à son frère Marie-Joseph Trébuchet (1).

Paris, le 12 avril 1809.

J'ai reçu ta lettre du 5 avril mon cher frère je l’ai lue avec beaucoup d'attention ainsi que les pièces y jointent et notamment l’arrangement fait par notre grand père et signé par la 1'e communautée, hors moi qui m'applaudis beaucoup aujourd’hui que j'ai eu copie de cet arrangement de n'avoir point envoyé de pouvoir pour signer cette pièce et cela par deux raisons ; la 1l'e c’est qu'il me semble que les droits de la 1re communauté sur la propriété de Saint-Fiacre sont mal établis, en ce que puisqu'il fut stipulé dans le contrat de mariage de notre ayeule que la moitié de la somme qu’elle apportait serait employée en achat de bien fonds qui lui reviendraient propres, nul doute que c’est le bien, payé avec cette somme, qui doit appartenir à ses enfans et non point la reprise de cette somme.

S'il en était autrement nous serions lésés, car tu conviendras qu'en 1747 l'argent avait une valeur beaucoup plus grande que celle qu'il a actuellement, il faut examiner le contrat de mariage de notre ayeule, et les contrats d'acquisition de la propriété de Saint-Fiacre pour connaître la portion qui a été payée avec les deniers de notre grande mère, laquelle portion nous appartient aussi légitimement que le bien de Monnière apporté par la seconde femme de notre grand père appartient à la seconde communauté, je te déclare donc que je ne signerai rien, que je n’aye eu connaissance de ces différentes pièces parce que ce sont elles qui doivent établir nos droits et non pas

(1) Cf. Le Figaro, 15 août 1888.

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des déclarations qui ne peuvent en tenir lieu surtout dans l'état de faiblesse de tête où Je trouve réduit notre grand père par son Âge avancé, d'ailleurs tu me dis que quelques acquiers portés par mon grand père comme fait du tems de la 1re communauté pourraient être contestés par la 2me parce qu'il ne s'explique pas clairement la lecture des différents contrats d’acquisitions donnant la date certaine du tems où elles ont été faites, tout sujet de contestations sera détruit et je serais pour ma part très fâchée que la 2me communauté fut par surprise frustrée dans quelqu'un de ses droits, crois-moi, mon ami, traitons toujours les autres comme nous voudrions l'être nous-même.

La seconde raison qui dans tous les cas m'aurait empêcher de signer cette déclaration quand les bases m'en auraient semblait justes est [la rédaction de cette pièce injurieuse à la mémoire de notre père qu'on présente presque comme un aventurier qui vend tout et laissent ses enfans à la merci du premier venu ; voilà l’idée que la lecture de cette déclaration destinée à devenir papier de famille aurait donné de lui à nos enfants et petitsenfants, et je suis étonnée que tu aies souffert qu'on présentat d’une manière si défavorable une action aussi simple que celle de la vente de son mobilier qu'il était forcé de faire par les circonstances où il se trouvait à la veille d’un voyage lointain qui devait durer trois années et n'ayant que des enfants en bas Âge et par conséquent incapables de veiller à leurs intérêts, il est faux qu'il nous eut laisser à la charge de mon grand père, puisque nous fumes mis en pension par lui-même, et sans que mon grand père s'en mélat en rien] de plus j'ai toujours entendu dire à la tante Trébuchet qui savait bien ce qui s'était passé à cette époque qu'il avait laissé des fonds pour payer notre pension pendant les trois ans que devait durer son voyage ; il paraît qu'elle, s'était trompée ; mais toujours est-il vrai que [mon pauvre et honoré père ne laissa ses enfants à la charge de personne et que c'est la mort seule qui nous mis dans cette malheureuse position] quant à toi notre tante Rosette

qui est ta marraine avait désiré t'avoir dans la maison de mon grand père et je crois que notre père y avait consentit, encore n’en suis-je pas sûre j'ai dit que sa mort nous laissa dans la malheureuse position d'être à charge à notre famille mais aujourd’hui que nous ne sommes plus des enfants à qui on peut faire croire ce qu'on veut, discutons quelle part de cette charge notre grand père prit; d'abord notre oncle Lenormant se chargea de nos deux sœurs et paya leur pension chez notre tante Trébuchet, ma tante Robin me prit chez elle et mon grand père garda mes deux frères ainés (je ne parle pas de toi puisqu'il avait annoncé la volonté de te garder chez lui ; même en supposant le retour de notre père) mais cette surcharge de nos frères fut t'elle très pesante pour lui je dis sans détour que non, car il jouissait de la portion de bien échu à notre mère, du chef de sa mère, de plus il avait à sa disposition une somme de quatre mille francs nous appartenant ; laquelle somme aurait été facilement placée à six pour cent par an, puisque c'était l'intérêt du commerce à Nantes ; j'évalue donc le revenu du petit bien de notre mère et celui de cette fortune à 300 fr. au moins, et je te demande si on aurait pas trouvé à Nantes ou aux environs dans ce tems, une pension pour mes frères, ou certes ils auraient reçu une aussi bonne éducation car je me rappelle fort bien qu'on les envoyait à l’école chez Mr. Dupas rue St-Denis ou on PAVat es OU ANE MpDar mois pour chacun ; et aussitôt qu'ils onts sut lire et écrire un peu d'’arithmétique on les a fait embarquer j'ai vu la note de la dépense qui fut faite pour Auguste à cette occasion laquelle dépense s'élevait à 66 francs et à chaque retour de voyage c'était avec l'argent qu'ils touchaient de leurs appointements qu’on leur achetait ce qui leur était nécessaire ; voilà des faits dont j'ai une parfaite connaissance ma sœur aînée tomba à la charge de notre ayeul après la mort de notre oncle, qui eut lieu à peu près dans le tems du départ de nos frères, les cent écus que j'ai affecter plus haut à leurs dépenses devaient donc ser-

PTE

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vir à celles de notre sœur, et tu m'avoueras que la pauvre enfant ne les dépensait pas dans le ménage de la tante Trébuchet dont toute la maison ne coutait pas 100 francs par an ; Madelaine était entrée au couvent sur la promesse de l'oncle Lenormant de lui payer sa dot et sa pension de noviciat ; conséquemment mon grand père n’en a point était chargé et J'ai été peiné de voir qu’on lui comptait des dépenses qui devaient être prises sur la succession de notre oncle puisque sa volonté était bien connue et que d’ailleurs on ne doutait pas que si il eut eu le tems de faire connaître ses dernières volontés il nous eut fait tous les avantages qui auraient été possible, ce qui aurait été de toute justice puisque mon grand père n'ayant point fait d'inventaire à la mort de sa seconde femme la succession de notre oncle qui était toute mobilière tombait pour les trois quarts dans la 2me communauté, au reste elle n’en profitera pas car il paraît que tout a passé dans le même gouffre.

Il me reste à parler de l'article qui me concerne dans cette déclaration J'avoue que j'ai été passablement surprise d’y lire que les dons que mon grand père m'avait fait, devaient engager mon mari à consentir à tous les arrangemens ; Je crois que l'intérêt de la fortune de 667 fr, dont il me devait compte depuis ma majorité c’est à dire pendant quatre ans et ma petite portion du bien de ma grand mère dont il me devait compte aus-

si dans le même tems et dont il jouit depuis quinze ans ont bien payé deux paires de draps deux napes, deux dou-

zaine de serviettes et six ou douze torchons ; voilà cet envoi de linge dont on veut bien me faire abandon.

Je suis fâchée d’avoir à relever de semblables misères mais j'y suis forcée et je ne consentirai point à me charger d'obligation quand je suis loin d’en devoir car je suis bien sure que si mon petit avoir, eut été confié à ma tante; quoiqu'elle n'eut que six cents livres de rente et par conséquent assez mal à l’aise mon argent eut été placé les intérêts accumulés et le tout m'aurait été religieusement remis et ce n'aurait point

été 667 francs mais une somme triple.

Au surplus ne crois pas que je veuille plus qu'il ne convient censurer la conduite de notre grand père je le respecte et n’attribue qu’à son grand Âge ce qu'il y a d’extraordinaire dans sa déclaration ; cette lettre te prouvera combien Je suis loin de consentir à la signer, mais j'approuve fort que nous lui aïidions chacun d'après nos moyens quand tu m'auras fait connaître au juste ses revenus ce qui lui est nécessaire pour ses dépenses annuelles Me fera tourice quemenpour:

ral parce que quelques soient mes idées sur le passé ; rien dans mon opinion ne peut me dispenser de remplir un devoir sacré à mes yeux ; je dois cependant te dire que ma position me défend de prendre aucun engagement à ce sujet n'ayant point de pouvoirs de mon mari qui m'autorise à faire des partages aux conditions que vous me proposées et que Je suis sure que Hugo refuserai de s’engager à faire des revenus fixes il se fonderait sur ce que n'ayant pas d’autres ressources que ses appointements si demain un coup de fusil venait l'enlever à sa famille je me trouverais avec trois enfants à élever et pour tout bien une pension de douze cent francs que je pourrais obtenir du gouvernement tu vois que Je serais loin de pouvoir aider à notre grand père ; j'espère bien qu’un semblable malheur ne m'arrivera pas et si je conserve mon mari je puis espérer un avenir heureux du côté de la fortune déja je serais hors d'inquiétude de ce côté si. des donations faites avaient été approuvées j'en ai parlé à Pouponneau qui a pu t'en dire quelque chose dans le tems ; quant à présent je suis loin d'être à l'aise, mon mari obligé à des voyages continuels dépense beaucoup et m'envoie à peine de quoi faire les frais de mon ménage ce n’est qu'avec la plus grande économie que je puis y parvenir ; pour t'en donner une idée je te dirai que mon mari n'a pu m'envoyer dans toute l’année dernière que trois mille cent

Jivres ; sur cette somme j'ai eu à payer

cent francs par mois que me coûte l’éducation de mes trois garçons et fournir aux frais de leur entretien ce qui a

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été un objet de 300 francs et qu'avec les 1600 fr, restants j'ai pourvu aux frais de nourriture de cinq personnes quicompose mon ménage (mes trois garçons ne faisant qu'un repas dans la pension où ils sont) j'ai payé loyer, bois, blanchissage, enfin tout ce qui est nécessaire dans une maison ; et sentant que j'aurais de la peine à arriver à la fin de l’année sans faire des dettes ne voulant point déranger l'instruction de mes enfants j'ai

réformé ma domestique et fait moi-même ma cuisine ; mon amitié pour toi me fait

entrer dans tous ces détails, afin que tes idées se fixent enfin sur ma position, et que tu n'attribue point à mauvaise volonté, ce qui serait impossibilité, je te le répette, je suis dans le même cas qu'une personne qui jouerait à la loterie et qui pourrait se réveiller riche ou ruinée, la seule différence qu'il y aurait entre elle et moi, c'est que ce n’est pas volontairement que je suis le jouet des évènemens, je ne puis rien que les attendre et les supporter avec courage s'ils sont malheureux ; Je viens dans l'instant de recevoir une lettre de Bellet encore plus inconvenante que celle que Lenormant m'a écritte ; je suis fâchée pour mes deux cousins qu'ils aient assez peu de bon sens et de jugement pour ne pas sentir que le ton pédant qu'ils prenenten m'écrivant ne leur va point vis à vis de moi qui suis de toute manière leur égale, au surplus les raïisons que me donnent ces deux docteurs, ne me persuaderons pas que je dois sur leur parole envoyer des pouvoirs pour signer, sans voir clair dans des affaires qui me regardent aussi bien qu'eux ; les contes qu'ils me font ou par ineptie ; ou pour me faire peur ; ne sont pas propres à me donner confiance dans leur lumière ; par exemple Bellet me menace de la perte de la somme que doit prélever la j'e communauté ; si mon grand père est forcé d'engager ses biens ; il suppose donc que j'ignore que non seulement cette somme, mais encore la moitié des acquiers tant de la 1'e, que de la 2me communauté ne répondent pas plus des dettes qu'il pourrait faire ; que les biens du grand mogol; Bellet me dit aussi qu'il vient d’expédier une corde de bois

à notre grand père qui en manque (ditil) pour se chauffer et qui n'a pas de quoi pourvoir à ses premiers besoins, Jj'avoue que tout cela a bien lieu de me surprendre car en supposant qu'il ne retire que sept à huit cent livres de rente de ses propriétées, il n'y a pas de quoi être à l'aise, mais si son ménage était bien administré il ne manquera pas des premières choses nécessaires à la vie; Bellet en parle presque comme d'un homme réduit à l’aumône ; je ne puis croire. à cet état de choses allarmant je te prie de m'écrire la dessus toute la vérité ; quels sont ses revenus, quelles personnes sont auprès de lui, quelle somme il dépense par an; et ce qui lui serait nécessaire pour vivre sans privations ; je contribuerait alors autant qu'il me sera possible à rendre la fin de sa vie douce s’il fallait pour cela une somme trop considérable et que nos moyens à tous ne nous permissent pas de lui fournir il vaudrait beaucoup qu'il vende ou engage les biens qui sont à lui; que de se laisser manquer de quelques choses.

Si l’état de sa santé pouvait faire craindre une fin prochaine tu me l’écrirais de suite et je t’enverrais un pouvoir suffisant pour empêcher l’apposition des scellets me réservant de faire un voyage à Nantes si ce malheur arrivait, je t’aurais envoyé dès aujourd’hui ce pouvoir, mais la procuration de mon mari, ne m'’autorisant que jusqu’au premier août prochain j'ai préférer attendre une prolongation de pouvoir afin de te donner le mien pour un tems plus long.

J'aurai répondu plutot à ta lettre du mois d'octobre dernier si je n'avais pas attendu une réponse de mon mari à qui j'avais écris pour savoir s'il connaissait le préfet ou quelqu'un qui put avoir quelque influence sur son esprit; mon mari changeant continuellement de lieu mes lettres sont souvent perdues ou ne lui parviennent qu'après avoir été renvoyées dans cinq ou six endroits ce qui demande beaucoup de tems je croyais bien qu'il ne connaissait personne qui put te servir et malheureusement cela s’est vérifié, sois persuadé qui si je me trouvais

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à même de pouvoir t'être utile je ne serais point paresseuse pour t’annoncer quelques bonnes nouvelles et si cela peut m'arriver un jour je ressentirai un plaisir plus vif que celui que je pourrai te faire mais Je te prie de n'être envers moi ni rancuneux n'y susceptible et de croire à mon bien sincère attachement.

Je t'embrasse ainsi que ta femme et

tes enfants.

HUGO née TREBBUCHET.

Lettre de Marie-Joseph Trébuchet à Sophie Hugo (1).

Nantes, 20 avril 1809.

Ma chère Sophie,

Je réponds à ta lettre du 12 Avril que Je n’ai reçue qu'hier et qui m'a beaucoup affecté. Je vais combattre tes objections et je me plais à croire que les nouvelles observations que Je vais te faire, te rappelleront à des sentiments plus conformes à nos intérêts.

Je commencerai par une observation générale. Notre grand'père aurait manqué à l'esprit de justice età la probité quile caractérisent, s’il avait cherché dans les arrangements rédigés par lui à favoriser une communauté aux dépens de l’autre.

Bellet et moi, sommes ainsi que toi de la première communauté, et comme toi intéressés à nous assurer que nos droits étaient entièrement conservés par les dits arrangemens. Nous aurions été ignorants de les signer s'ils avaient portés atteinte à ces mêmes droits, et de mauvaise foi s'ils avaient été nuisibles aux intérêts de la deuxième communauté.

Tous, nous avons voulu la conservation de nos droits mais rien de plus; nous désirons seulement une jouissance assurée et qui ne püût être contestée des dits droits. Notre grand'père remplit donc nos désirs à tous, lorsqu'’au commencement de l’an 12, il s’occupa de met-

{1) Cette lettre est une copie, faite par Marie-Joseph Trébuchet, de la lettre envoyée à Sophie.

tre de l’ordre dans ses affaires de famille et de rédiger deux règlements des intérêts de ses deux communautés, éfablis sur ses titres et papiers dont malgré son grand âge il fit une recherche difficile et longue et un examen pénible. Aussi nous rendîmes grâces au ciel de ce qu'il lui avait inspiré un tel projet, et dece qu'il lui avait donné assez de forces pour le mettre à exécution. Le résultat de ce travail important qui assurait d'une manière claire et Juste à chaque communauté ce qui lui appartenait, nous semblait alors devoir éviter un jour des discussions et peut-être des procès qui paraissaient probables dans la confusion où se trouvaient tous ces papiers qu'il aurait été impossible de débrouiller, chose que notre grand'’père pouvait faire lui seul. Nous nous félicitâmes donc tous de cette opération essentielle, et nous nous en félicitâmes surtout, parce que nous pensions que notre approbation eut été unanime, et que nous n'’aurions eu qu'à partager ses biens à l’amiable, sans discussion et sans frais, conformément aux bases arrêtées par notre grand’père et approuvées par nous à l'exception de toi.

Tu dois te rappeler que dans ce temps là (dans lan 12): jé t'écrivis unenlon:

gue lettre à ce sujet par laquelle je te faisais connaître comment nos droits respectifs avaient été réglés. Je dois donc être péniblement affecté aujourd’hui que je vois les objections que tu fais contre cette opération qui établit avec justice nos droits à chacun et qui m'avait semblé propre à entretenir entre nous tous l'union et l'intelligence si nécessaires pour terminer nos partages. Aussi je vais faire tous mes efforts pour répondre à tes objections d’une manière satisfaisante.

l'e objection. Les droits de la 1re communauté sont mal établis dis tu en ce qu'il n’est pas stipulé que la moitié des 6.000 francs que notre grand'mère apportait en mariage et qui fut employée en achat de biens fonds, appartiendrait à ses enfants, qui conséquemment seraient autorisés à prélever le bien payé avec cette fortune. Il est dit par l'article 1e que nous prélèverons en fonds d’héritage à dire d'experts jusqu’à la con-

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currence des dits 3.000 francs sur les acquets faits pendant Le 1* mariage. D'après cet article nous avons donc le droit de prélever nos 3.000 francs er biens fonds, et il est entendu que ce sera de préférence les objets acquis avec ces 3.000 francs ; ce que nous connaïtrons à l'instant de nos partages, notre grand père devant nous remettre tous nos titres.

Au surplus en supposant même que nous prélevions indistinctement pour 8.000 francs de biens sur tous les acquets du 1® lit, je crois que nous n’y perdrions pas car tu conviendras qu'attendu la non valeur actuelle des propriétés et surtout des vignobles, nous aurions à estimation d'’experts, plus de biens pour 3.000 francs que cette somme n’a du en procurer en

1747, époque où les biens étaient à un très haut prix.

2me objection. — Tu dis que tu ne signeras rien que tu n’ayes vu les pièces, parce que ce sont elles qui doivent établir nos droits et non pas des déclarations, surtout dans l'état de faiblesse de tête où se trouve notre grand père.

MAS MmieNterlerdis Mtencore Ces pièces confondues avec les autres papiers de notre grand père, auraient été de J’hébreu pour nous, s'il ne les avait pas lui-même réunies et classées ; et ce sont ces pièces ainsi mises en ordre qui ont Servi de base aux dites déclarations, qui conséquemment présentent nos droits, d’après ce qui résulte des pièces. Je serais fâché que tu signasses aveuglément : Tous les titres seront communiqués à toi ou à ton fondé de pouvoir.

Sur la déclaration ou règlement pour la 2me communauté, à chaque article d’acquets, la date du contrat y est indiquée ; ainsi nul doute et par la rédaction et la date des contrats, que les dits articles n’appartiennent à cette 2me communauté.

Les contrats existent, je les ai vus. Sur les déclarations pour la première, il est dit après les 22 articles détaillés, que {ous ces objets ont été acquis d'avec Mr Mignaud, Jean Braud, le ST Guilbaud et autres, et ces contrats existent également.

Tout sera représenté à ton fondé de pouvoir qui, s’il mérite ta confiance, ne signera rien sans être convaincu que tes

intérêts ne sont pas lésés. Quant à ce que tu dis sur la faiblesse actuelle de

tête de notre grand père, je t'observerai que les dites déclarations ne viennent pas d'être rédigées actuellement ; mais que c'est au commencement de l'an 12, ainsi qu'il est dit ci-dessus, et alors notre grand père jouissait pleinement de toutes ses facultés morales et surtout de sa mémoire; ce qui le prouve c'est le travail même.

3me Objection. — Tu me marques aussi que je t’annonce que quelques acquets, désignés à la 1re communauté pourraient être contestés par la 2me, parce qu'ils ne sont pas expliqués clairement, et tu ajoutes que tu ne voudrais pas en profiter aux dépens de cette 2m communauté.

Je n'ai point voulu te dire qu'il y avait des doutes sur la véritable destination de ces articles, parce que les contrats prouveront facilement qu'ils font partie des acquets du 1° lit ; mais j'ai voulu te faire entendre qu'à la simple lecture de la déclaration qui nous concerne, plusieurs articles, tels par exemple que les maisons de Bordiers qui sont en assez grand nombre seraient difficiles au premier moment à distinguer. Autant que toi je serais fâché que la 2me communauté fut frustrée par surprise et tu en es surement convaincue.

qgme objection. — Une autre raison, ajoutes-tu, qui t’aurait empêchée de signer cette déclaration, c’est qu'elle est injurieuse à la mémoire de notre père, représenté comme un aventurier qui vend tout et laisse ses enfans à la merci des premiers venus.

Je conviendrai avec toi que notre grand père aurait pu employer des expressions plus convenables pour faire connaître que notre père était forcé à cette vente par des circonstances impérieuses ; mais Je dirai aussi qu'il ne le représente pas comme ‘un aventurier, carssiicelarétait, Jj'aurais été bien peu délicat de signer, avant d'avoir fait supprimer ce qui pouvait flétrir la mémoire de notre père. Notre grand père n’a Jamais eu un style fleuri et élégant ; il a toujours écrit à peu près comme 1il parlait, sans détour comme aussi quelquefois avec un peu de rudesse.

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Cependant je remarque que dans l'article dont tu te plains, il dit qu'avant de partir pour son dernier voyage, il fit une vente de tout son mobilier, et ces mots dernier voyage, font connaître le motif de la vente.

Quant à l'embarras qu'il dit avoir eu de nous, à la mort de notre père, cela me paraît vraisemblable, puisqu'il resta chargé de notre éducation et de pourvoir à nos besoins ; ainsi que cela est prouvé par le payement des pensions et entretiens faits à Mme veuve Dugay, en nel mNTe2 UNSS eet ire d etnienremarque que ce n'est qu'en /786 qu'il parvint à toucher quelque chose provenant des appointements de notre père.

Je dois donc croire que les dites quatre années de pension ont été avancées de ses fonds particuliers, car je ne puis supposer qu'il eut antérieurement à 1786 touché pour nous de l'argent dont il ne ferait nulle mention et ne nous tiendrait pas compte. Une semblable idée serait de ma part une injustice et une ingratitude.

Le compte qu'il nous rend ensuite des 4.000 francs restants me paraît juste, et en effet, les soins qu'il a pris de chacun de nous ont certainement absorbé au delà des 667 francs qui revenaient à chacun dans cette somme. Je me rappelle très bien que mes frères en sortant de chez Mme Dugay furent comme moi nourris et élevés par notre grand père, qui non seulement leur fit apprendre à lire et à écrire chez Mr Dupas et chez Mr Duval au Pilory, mais encore les mit à la pension Kerhervé pour faire leurs études.

A la vérité, Auguste trop léger n'’apprit pas grand chose, mais mon frère aîné plus studieux étudia avec assez de succès le latin et eut une belle écriture. Je me rappelle une lettre de lui écrite de Brest à notre grand père, dont l'écriture, l’orthographe et le stile prouvaient qu'il avait recu une assez bonne éducation.

En ajoutant à ces frais de nourriture, d'entretien et d'éducation, les dépenses que notre grand père faisait à chacun de leurs voyages, pour leur procurer tous les effets nécessaires, nous trouverons certainement que les 667 francs qui leur revenaient de la succession de notre père ont

dû être bien insuffisants. Je me rappelle encore que plusieurs fois Auguste revenant de ses voyages, était dans un dénuecment absolu, les effets étant perdus ou volés, et qu'il fallait à notre grand père faire de nouvelles dépenses pour le voyage suivant.

Quant à Madelon, j'ai toujours entendu dire que notre oncle de Rennes s'était engagé à payer la moitié de sa dot, qu'il avait même chargé le curé de St- Laurent de compter, et que mon grand père avait compté l’autre moitié.

Pour l’article qui te concerne j’avouerai que n'ayant point été foi seule, à la charge de notre grand père, il aurait bien pu parler des 712 francs qu'il a déboursés en argent, pour toi, et au contraire te tenir compte comme à moi, des 667 francs nous revenant ;: mhis il a considéré que tu avais reçu chez Madame Robin notre tante commune, les frais qu'il m'a donnés à moi-même, et qu'au résultat tu te trouvais aussi favorisée que moi, puisque indépendamment des bienfaits de la sœur de notre père, il t’avait compté au delà de la dite somme de 667 francs.

Relativement à l'intérêt de cette modique somme de 667 francs ainsi que de ta petite portion dans les biens de notre grand’ mère, il me semble que tu ne peux les demander, 1° en considération des sacrifices que l'on a fait pour tes frères et sœurs ; 2° parce que si tu élevais cette prétention, les enfans de la 2me communauté, pourraient également demander compte depuis leur majorité des revenus des biens de leur grand’mère laquelle demande aussi fondée que la tienne, produirait en leur faveur, seulement pour les biens de Monnières, estimés environ 250 francs de rente, une somme considérable.

Sois donc bien persuadée, ma chère Sophie, que si Bellet et moi nous sommes dans le tems empressés de signer cette déclaration, c'est que nous sommes convaincus, qu'elle était conforme à l'équité et conciliait nos intérêts respectifs. Je te répèterai même que la 2m communauté aurait eu des objections à nous faire relativement à l'avantage qui résulte pour la ire communauté de la dite déclaration.

Notre grand père a, après la guerre ci-

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vile qui avait tout dévasté, fait de grandes dépenses sur les biens de son premier mariage à St-Fiacre pour la reedification de la maison principale et des maisons de bordiers qui avaient été incendiées ; pour la réparation des pressoirs et autres logements etc. Toutes ces dépenses ayant été payées avec ses fonds particuliers et pendant la continuation de la 2me communauté, cette dernière communauté aurait eu le droit à une reprise de la moitié du montant de toutes ces sommes ; mais pour nous donner une preuve de son désir de tout terminer à l'amiable, elle a abandonné cette prétention et a signé sans réservation la déclaration qui nous fait profiter de tout. Cet objet, je pense, doit plus que balancer la petite perte que tu appréhendes sans fondement, sur le prélief des 3.000 francs de biens fonds.

Ées. causes de “la gêne ‘où se ‘trouve réduit notre grand père sont 1° la guerre de la Vendée qui l’a privé de ses revenus pendant plusieurs années, et l’obligea, lorsque la paix fut établie à des dépenses énormes, tant pour faire relever les maisons incendiées et remplacer son mobilier que pour la culture des vignes depuis longtemps abandonnées ; 2° son état de paralysie pendant bien des années ce qui nécessita des achats de médicaments de toute espèce, et d’avoir auprès de lui, médecin, chirurgien, gardemalade ; c'est durant cette maladie qu'il épuisa l'argent qui lui restait. Dans le même temps il fut privé de sa place de

juge.

Par suite de ces évênemens malheureux il a donc été réduit au seul re-

venu de son bien qui, attendu la guerre maritime, qui empêche l'exportation des vins, lui a produit chaque année, très peu de chose. J’estime que net et quitte, il n'a pas retiré annuellement 7 à 800 francs de ses propriétés qui, en temps de paix pourraient valoir 12 à 1500 francs de revenu. Déduisant de ces 700 francs les 150 francs de rente produit par les 3000 dus sur les acquets de la 2me communauté et les 225 de loyer, il restera 325 francs somme bien insuffisante pour lui, Jeannette et Marion, lesquelles sont

toujours restées chez lui, et sont bien recommandables par tous les soins qu’elles ont eu et qu’elles ont pour lui. Les veilles et les fatigues ont singulièrement altéré la santé de Jeannette, qui dans l'état de faiblesse où il est toujours, ne peut le quitter ni jour ni nuit et veille sans cesse auprès de lui. Marion devient indispensable pour la cuisine et pour faire les choses nécessaires dans le ménage.

Ces détails doivent te faire voir qu'il n'est pas étonnant qu'il ait contracté pour environ 83.500 francs de dettes, et qu'inévitablement il sera obligé d’en contracter beaucoup d’autres, si nous ne nous empressons de mettre un terme à cet état de choses.

Jé présume qu’une somme de 1200 fr.

sera suffisante pour subvenir aux besoins et aux dépenses de notre grand père ;

ainsi le revenu de ces propriétés, dans ces tems malheureux, ne pouvant produire net plus de 7 à 800 francs, nous

aurions à nous répartir entre nous environ 400 francs nécessaires pour completter les 1200 francs que je pense devoir suffire ; Ainsi si nous convenons de payer tous également la même somme, étant 7 héritiers, les dits 400 francs ne feraient pour chacun qu’une modique somme de 57 francs par an, que nous aurions à payer en sus du produit de nos lots respectifs, qui tous réunis ne présenteraient, d’après mon calcul approximatif ci-dessus, qu'environ 800 francs net de revenu.

Par ce léger sacrifice d’une cinquantaine de francs chacun par an, nous aurons la satisfaction de mettre nous-mêmes, notre grand père à l’abri du besoin, et nous aurons l’avantage de nous conserver un bien qui maintenant sans valeur par suite des circonstances de la guerre, est susceptible, lorsque ces circonstances n’existeront plus, de doubler de revenu comme avant la Révolution. Et puis, chacun connaissant sa portion après les partages pourra l'améliorer et en surveiller l’exploitation.

Si tu le désirais et afin de ne point les morceller, nos trois lots resteraient indivis sous la surveillance de ton fondé

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de pouvoir, et nous en aurions chacun la moitié, dans le cas que nous nous arrangerions avec notre sœur pour son tiers.

Je .pense aussi qu'il nous serait avantageux d'acquérir conjointement avec Bellet, les prétentions de la 2me communauté à St-Fiacre, par la raison que nous aurons des conditions favorables, et que les biens, presque sans valeur à présent, doubleront de prix à la paix.

Si au contraire, des entraves imprévus s'opposent à ces partages si avantageux pour tous, il en résultera que notre grand père s’adressera à des étrangers pour emprunter à de gros intérêts des sommes qui seront hypothéquées sur ses biens personnels, ou que pour doubler son revenu, il vendra à rente viagère ces mêmes biens personnels ; et 1indépendamment de la perte qui en résulterait pour nous, nous aurions la triste perspective de voir, au décès de notre grand père notre bonne intelligence troublée et des dissensions entre nous, dont les frais finiraient par absorber entièrement les restes d’un héritage qui nous échapperait par notre faute.

Je t'en conjure, ma chère Sophie, réunis toi à nous pour l'exécution d’un projet commandé par notre intérêt et notre devoir et dont l’inexécution causerait beaucoup de chagrins à un vieillard, à qui, je le sais, j'ai plus d'obligation que personne, mais qui nous aime tous et qui désire bien vivement, voir toutes nos affaires se terminer, afin nous dit-il de mourir content et sans inquiétude. Sois bien convaincue que si je n'avais été intimement persuadé que tout est basé sur la justice la plus scrupuleuse et appuyé de titres justificatifs, je n'aurais rien signé, car enfin, mes intérêts ne sont-ils pas les mêmes que les tiens, et pourquoi veux-tu que moi, qui suis surles lieux, qui étais à même de tout vérifier, de tout examiner, pourquoi penserais-tu, Sophie, que j'aye été assez irréfléchi pour donner mon approbation à un acte contraire aux droits de la 1l'e communauté dont comme toi, je fais partie. Au reste, mon amie, les objections que tu fais, ne se réduisent qu’à trois principales, la 1re est relative aux 3000 francs de prélief, la seconde con-

cerne les expressions employées à l'occasion de la vente de notre père, et la 3me est sur la rédaction de l’article qui te concerne. Je crois avoir refuté la 1re et démontré que les deux autres étaient sans importance ; d'ailleurs, elles portent sur si peu de choses, qu'en les supposant fondées, le faible avantage qui dans ce cas pourrait en résulter pour la 1'e communauté, ne balancerait certainement point les inconvénients graves qui résulteraient pour cette même communauté, ainsi que pour la 2me, de ton refus d'accéder aux partages. Néanmoins, je pense que, pour ta satisfaction, il sera facile de changer les, expressions qui t'ont paru inconvenantes dans la déclaration précitée, et lequel changement sera approuvé par nous

tous à la fin de cette pièce.

Puisque tu as le projet de venir à Nantes, au décès de notre grand père

pour assister à nos partages, viens-y plutôt maintenant que ces partages sont plus nécessaires qu'ils ne le seront à cette époque, car si on attend jusque là je crains bien, par les raisons déduites plus haut, qu'il n’y ait rien ou presque rien à partager. Je t’en prie, au nom de toute la famille, viens à Nantes pour que nous puissions terminer promptement ces partages indispensables. Toutes les pièces sur lesquelles les arrangements antérieurs sont établies, te seront communiquées, tu prendras connaissance de tout ce qui a été fait et de tout ce qui reste à faire; tu pourras te consulter à des avocats de ton choix sur les dits arrangements ; nous irons ensemble à St-Fiacre, je te ferai tout voir ; nous opérerons de concert, et ta présence au milieu de nous, en resserrant les liens de notre ancien attachement, évitera dans la famille une mésintelligence que ton refus pourrait faire naître et qui serait bien nuisible à nos intérêts communs. Enfin, ma chère Sophie, jamais ton voyage à Nantes n'aura été plus nécessaire ; rends-toi donc à nos vœux à tous, pars le plus tôt possible, car notre grand père me demande souvent si J'ai recu ta réponse, et je lui ai jusqu'ici répondu négativement, en lui en faisant espérer une favorable à ses désirs et aux nôtres ; c’est pourquoi, je lui aï

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laissé ignorer ta dernière lettre ainsi qu'à nos cointéressés dans l'espérance que tu te décideras enfin à venir ici pour tout terminer à l'amiable. Beliet et Lenormand auraient été bien affectés de tes plaintes à leur égard; leurs intentions sont bonnes et ils ont beaucoup d'’attachement. pour toi, et en cette considération tu dois oublier les expressions de leurs lettres qui ont pu te blesser.

Ma femme et moi te réitérons l'offre d'un lit chez nous, où nous te recevrons avec le plus grand plaisir et le mieux qu'il nous sera possible ; tu nous ferais de la peine si tu nous refusais.

Adieu, ma chère Sophie, j'attends avec bien de l'impatience ta réponse à cette lettre, dans l'espérance qu'elle m'’annoncera ton départ pour Nantes, et ton intention de te réunir à nous pour procéder conjointement à des partages devenus indispensables dans les circonstances actuelles.

Lettre de M. Lenormand-Dubuisson à sa petite fille Sophie Trébuchet-Hugo. Inédite (4).

Nantes ce 4 mai 1809.

Je ne me serais jamais attendu ; Sophie, à une indifférence et un oubli de ta part à mon égard telle que tu me laisse depuis environ 9 à 10 ans, sans me donner de tes nouvelles ni de celles de ton mari, qu'elle en serait la cause ? et ce qui m'étonne et a lieu de m'étonner encore davantage, c'est le retard que tu apportes à te rendre aux invitations de ton frère et de tes cousins pour les arrangements que j'ai proposé et qui ont été reconnus justes et respectés par tous mes enfants et petits enfants, à l’exception de toi seule qui paraît t'y refuser, pourquoi ? Crains-tu avoir été moins bien traitée, pense-tu que j'ai été capable de te nuire au profit de ton frère, ta sœur

(4) M. Lenormand-Dubuisson à mis en tête de la lettre la note suivante : « Copie de la lettre que j'ai écrit à Sophie Trébuchet ma petite fille. » Seule, la signature est de l'écriture de Lenormand-Dubuisson.

et tes cousins, tu me jugerais bien mal ?..

non, je n'ai pas eu une pareille intention!

dans le règlement que j'ai fait il y a environ 5 ans dont ton frère t’a envoyé copie, j'ai apporté une scrupuleuse attention à établir la justice et les droits de mes deux communautés et ceux de chacun de vous tous en particulier, et sur cela ma conscience est restée parfaitement tranquille.

L'état de gêne où je me trouve à mon grand Âge de 86 ans a porté ton frère et tes cousins à vouloir venir à mon secours en offrant d'’acquitter mes dettes et de m'assurer le morceau de pain pour les derniers jours de ma triste existence, parce que je leur ferai l’abandon de mon bien, dans lequel ils trouveront à s’indemniser de ce qu'ils me fourniront, n'y aura-t-il donc que toi qui t'y refuserais ?

Je me plais à croire que non. Mais dans le cas où tu y persiste je me verrais obligé de faire la cession de mon bien propre en faveur de ceux qui auront la bonne volonté de m'aider dans mes nécessités, je t'en préviens afin que tu fasses tes réflexions, et je veux que cela se termine sous peu ; je vais cependant encore attendre ta réponse jusqu’au 24 du courant, si d'ici cette époque je ne reçois pas une solution définitive de toi, j'agirai et prendrai les moyens nécessaires pour faire cesser ma gêne.

Je t'embrasse ainsi que tes enfants et suis avec amitié.

Je certifie la présente copie de lettre conforme à celle que j'ai écrit à Sophie Trébuchet femme Hugo, ma petite fille, demeurant à Paris rue St-Jacques près l'église, N° 250: LENORMAND.

Lettre de Sophie Hugo à son frère Marie-Joseph Trébuchet.

20 à 29 mai 1809 (1,.

Je ne t'ai pas répondu plutot mon cher frère pour la raison qui a retarder ma

(1) Marie-Joseph Trébuchet a écrit sur l'original les mots suivants : « Lettre sans date reçue le 29 mai 1809 « ainsi qu'il est constaté par le timbre de la poste. »

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réponse à notre grand père j'ai écris à Hugo sur toutes les propositions faites mais pour te parler franchement je ne crois pas qu'il les acceptent notre position précaire nous défend de nous engager à faire des rentes à personne car si demain je perdais mon mari je serais bien loin de pouvoir faire honneur à des engagements de cette espèce ou Je serais obligée de faire vendre ma part du fond pour payer les rentes que j'aurais consenties puisque ces rentes doivent s'élever au dessus du revenu réel du bien ce que je ne conçois pas ; tu me dis que notre grand père ne retire que 700 francs de revenu de tous ces biens je vois que les biens de Monnière sont estimés 300 fr. de rente reste donc pour les biens de St-Fiacre des 2 communautées 400 fr.

de rente. Comment se fait-il que des biens que Je vois estimés 14000 francs pour la première communauté et 6000 francs pour la 2me ne rapportent que 400 fr.

quand ils devraient en rapporter 1000 fr, “puisque letotal. du. fond est. de 20000 fr. Cette estimation est donc vicieuse puisque le fond qui ne rapporte que 400 francs de revenu ne doit être estimé que 8000 fr. tu me dis qu'ils valaient cela avant la Révolution Je le crois mais ce n’est pas cette valeur dont il s’agit aujourd’hui c’est celle qu'ils ont actuellement c’est le prix qu’on en trouverai si on les mettait en vente qui doit servir de base pour fixer le revenu qu'on peut faire et non point la valeur qu'ils ont eue ou celle qu'ils auraient par la suite. Car qui peut prédire quand des circonstances favorables leur donneront une valeur plus forte que celle qu'ils ont aujourd'hui et puis supposant un tems plus favorable n’en coutera-t-il rien pour les remettre dans l'état ou ils étaient avant les dévastations de la guerre de la Vendée etouils pouvaient valoir effectivement cette somme.

Il me reste donc de la lecture de tout ce que tu ma envoyé et écris qu’en supposant que la 2me communauté nous abandonna ses droits à St-Fiacre ce serait d’après cette estimation de 6000 francs que les arrangements avec notre sœur seraient basés sur l'estimation des 14000

francs ou on fait monter les acquiers de la 1re communauté en sorte que nous aurions à faire la rente d'un fond estimé 20000 fr. à notre grand père c’est-à-dire 1000 fr. de rente et que réellement ce fond ne vaut que 8000 fr. puisqu'il ne rapporte que 460 fr. de revenu et que si le bien de St-Fiacre nous restait en entier aux Bellet et à nous nous aurions nous deux 200 francs de revenu pour en faire 500 à notre grand père sans compter le supplément si il trouvait cette somme insuffisante pour ses besoins chose à quoi on s'engage par un article de l’arrangement sans spécifier la somme et après sa mort nous aurions un tiers de cette rente de 500 francs à payer à notre sœur c’est-à-dire 166 fr. 10 s. et pour toutes ces choses nous aurions 200 francs de rente.

J'oubliais de parler des dettes mon grand père me dit dans sa lettre que ses enfants s'engagent à les payer il me serait bien impossible d'y contribuer pour ma part n'ayant pas d'argent en réserve tu me dis toi qu'elles seraient hypothéquées sur les biens, nous serions dans ce cas obligés d’en payer la rente ce qui

augmenterait encore le fardeau, tu me parle de grands avantages pour nous dans ces arrangements, je t’avoue que

je n’y vois rien que des charges ; au reste je serais très fâchée que tout ceci fut entre nous un sujet de brouillerie, j'espère que non et que vous serez tous assez raisonnables pour sentir que j'ai bien le droit de ne pas prendre d'engagements quand je crains de ne pouvoir les remplir.

Je te remercie de tes offres obligeantes, si j'avais pu faire le voyage de Nantes j'en aurais certainement profitée, mais il m'est impossible pour le moment de quitter mes enfants, il y en a deux de malades, peut-être irai-je à la fin de l'été, j'aurai bien du plaisir à t’embrasser ainsi que ta femme et tes enfants que je désire beaucoup connaître, Je vous prie tous deux de me conserver votre amitié et de croire à la mienne.

HUGo, née TREBUCHET.

Tu liras ma lettre à mon grand père

RE res

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‘ tu verras que je lui parle d’un moyen pour le tirer d’embarras qui concilierait tout, quant à la vente de ses biens personnels à rente viagère à quelqu'un de ses enfants je suppose qu'aucun de nous ne serait assez peu délicat pour acheter de lui quand il est presque en enfance et le faire accuser à juste titre de mauvaise foi.

Lettre de Marie-Joseph Trébuchet à Sophie Hugo. Inédite.

Nantes 6 juin 1809.

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