MA CHÈRE SOPHIE
Jurécumtamilettrenmsanss date le n29 mai dernier, ainsi qu'il est constaté par le timbre de la poste, et notre grand père a aussi reçu le même jour celle que tu lui a écrite ; alors tout était terminé entre nous irrévocablement. — Ta première lettre en réponse à mes propositions, par laquelle tu déclarais formellement ne vouloir acquiescer à rien, ton long silence sur ma réplique à cette lettre et en troisième lieu ton retard à répondre à celle de notre grand père en laissant passer le 24 mai, terme qu'il t’avait fixé pour te déterminer ; tout se réunissait pour nous convaincre que tu persistais dans ton refus de te réunir à nous. En regrettant de ne pouvoir agir de concert avec toi dans nos arrangements de famille, nous sentions qu'ils ne pouvait être différés plus longtemps et qu'il était instant de prendre un parti qui put faire cesser l’état de gêne de notre ayeul et sauver le reste de sa fortune.
Notre premier projet de faire un partage de son vivant suivant les droits de chaque communauté et de lui payer en sus du revenu de nos lots respectifs une petite somme additionnelle qui ajoutée à
ce revenu fut suffisante pour le faire vivre, -
ce premier projet, dis-je, devenait inexécutable d’après ton opposition, attendu que la loi déclare que les partages de présuccession sont nuls quand toutes les parties intéressées n'y coopèrent pas. Il fal-
lait donc trouver un autre moyen. Nous nous sommes à cet effet adressés à Mr Angebault, avocat estimé et généralement considéré ; nous lui avons tout communiqué, et nos arrangements antérieurs et nos projets actuels et les motifs qui nous faisaient agir. Il a bien voulu nous éclairer par ses conseils et nous diriger dans nos opérations.
Le seul moyen qui se présentait et qui fut autorisé par la loi, était la vente à prix d'argent des biens personnels de notre grand père qui conséquemment pouvait les vendre pour une somme convenue et à chacun pour la portion qu'il lui plaiser fixer. Son intention était de vendre à Lenormand, à Bellet et à moi, chacun pour un tiers comme représentant nos branches ; ce qui était avantageux pour la première communauté représentée par les enfans Trebuchet, qui à ce moyen devenaient propriétaires des 2/3 des biens paternels dans lesquels cependant ils n'’étaient fondés que pour la moitié et la Dme communauté pour l’autre moitié. Mr Angebault a donc rédigé l'acte de cette vente des biens paternels ; laquelle nous est faite 1° moyennant la délégation de 4371 francs de dettes ; 20 à la charge aussi de payer à Guérin les 1.500 francs supportables par les dits biens paternels dans les 3.000 francs dus par les acquits de la 2me communauté, et 3° en réservant sur les mêmes biens paternels les 1.500 francs qu'également ils supportent dans les 3.000 francs d’acquits au profit du premier mariage ; les autres 1.500 francs sont dus par la portion d’acquets maternels ; lesquels acquets maternels de la première communauté non compris dans la vente nous appartiendront en entier.
Je t'envoie une copie de l’état des dettes dont nous nous sommes chargés par l’acte précité, et de la répartition faite à ce sujet entre ma branche, celle de Bellet et celle de Lenormand.
Suivant cette répartition, ma branche a à Dayer :1'457mir202/ms01$1 mais dans cette somme je n’ai eu à payer de suite que 150 francs à la veuve Guérin. Quant aux trois autres créanciers, j'espère qu'ils ne seront payés qu’au décès de notre grand père, époque où nous jouirons sans
APPENDICE
aucune charge de notre portion et où nous aurons plus de facilité pour nous acquit- EEE
Enfin, ma chère Sophie, cette vente est aussi favorable à notre communauté qu'il est possible, et bien certainement les avantages excèdent les charges. À la vérité par le traité faisant suite À cet acte de vente, nous nous engageons à faire à notre grand père pendant sa vie, une pension annuelle de 940 francs, qui ajoutés aux 260 francs montant du revenu de Monnière que Lenormand seul est obligé de lui payer, forment la somme de. 1.200 francs, que nous avons jugée suffisante pour pourvoir à tous ses besoins ; ci à lcompter par an — 940 francs.
Mais il convient de déduire sur ces 940 francs ce que nous retirerons chaque année du revenu du bien de St- Fiacre, dont le produit général peut être LMP 00 TAnCS mais dont on est obligé d'abandonner au fermier Ja moitié pour le mettre en état de faire les engrais devenus indispensables et qui coûtent beaucoup ; ci pour moitié du revenu environ : 640.
Reste à avancer pour compléter les 940 : 300.
Dans laquelle somme de 300 francs
ma branche supporte le tiers ; ce qui fait 100 francs à payer annuellement à notre grand père par toi, Madelon et moi et pour chacun de nous 33 francs.
Et encore il nous a abandonné 36 barriques de vin dont le produit nous aidera beaucoup, soit pour nos frais de partage, soit pour lui payer sa pension Jjusqu’aux vendanges prochaines.
Il résulte de cet aperçu établi avec toute l'exactitude possible, que ce que nous aurons à payer chaque année à notre grand père en sus de ce que nous toucherons, n'excèdera pas 40 francs.
Tu vois aussi par cet aperçu que le revenu de Monnière n'était pas compris dans les 700 francs portés approximativement pour St-Fiacre dans ma précédente lettre, et que cette somme ne fait que la moitié du revenu, puisque le fermier jouit de l’autre moitié, en considération des dépenses qu'il est obligé de faire pour graisser les vignes qui de-
puis nombre d'années ne l'avaient point été.
Ainsi le revenu total pourrait donc être Maintenant de 12.à ::1400 ‘francs. Je n’exagérais donc point quand j'estimais ce bien environ 20.000 francs. Je suis même persuadé qu'actucllement on n’'aurait pas de peine à le vendre 18.000 francs, puisque Mr Gareau a vendu 16.000 francs le sien qui n'est pas plus considérable que le nôtre, et était en très mauvais état lorsqu'il le vendit. Le nôtre, au contraire, est en bon état, et à la fin de la ferme nous pourrons en prendre l'exploitation nous-mêmes, avec d'autant plus d'avantage qu'il sera en bon rapport et que nous n’aurons plus à sacrifier à un fermier la moitié du revenu pour le cultiver et l’améliorer.
Ce dernier paragraphe répond aux calculs que tu fais par ta’ dernière lettre.
Je me résume. Cette vente est légale parce qu'elle est autorisée par la loi:
elle ne blesse les intérêts de personne.
puisque les trois branches Bellet, Lenormand et Trebuchet y participent pour une égale portion, et que personne n’en est écarté ; elle n’est point surprise, puisque depuis deux mois il en est question, que tu en as été informé et que d’ailleurs notre grand père jouit de toute sa raïison ; elle n’est point faite à ton exclusion, ni pour te nuire, puisqu'un article
du traité te met à même d'y participer.
Ainsi donc si tu refuses d’y concourir, c’est que tu la trouveras plus onéreuse que profitable, et nous ne pourrons être accusés d’avoir agi à ton détriment, puisqu'il aura dépendu de toi de te réunir à nous pour jouir des avantages qui peuvent résulter de cet acte, dont Mr Angebault t'envoie lui-même copie, ainsi que du traité qui en est la suite, par lettre chargée à la poste; ce qui te mettra à même de prendre une détermination que nous te prions de nous faire connaître avant le 28 de ce mois, terme du délai qui t'est fixé par le traité. Je désire beaucoup pour tes intérêts et les nôtres que ta réponse soit favorable, car si elle l’est, tout en conservant tes droits dans les biens paternels, tu t'éviteras et à nous les frais de partage qui se-
APPENDICE
raient considérables si nous étions obligés de partager juridiquement ; ce que ton refus nous forcerait de faire, car notre intention est d'en finir et de connaïitre nos droits d'une manière certaine et légale, maintenant que nous connaissons nos charges. Si donc tu ne veux point prendre part à la vente qui nous délaisse tout ce qui est paternel, nous n'avons plus d’indivis avec toi que pour les biens maternels, dont la succession est ouverte depuis longtemps, et que d’après cela, le code civil nous autorise à faire partager de suite.
Ton adhésion à cette vente aplanira toutes les difficultés. Nos experts estimeront et partageront de suite tous les biens, ainsi qu'il est expliqué dans le Traité et les lots se tireront au sort. Dans celui qui m'écherra, toi et Madelon y aurait chacune un tiers.
Je vais pour preuve de mon désir de tout concilier et de te voir participer à nos arrangements de famille, te faire une proposition qui doit fixer tes incertitudes et détruire tes objections. Je me charge d’administrer la portion qui sera définitivement assignée à ma branche par le partage à intervenir ; j'agirai pour nous trois ; Je recevrai les revenus et produits ; et je me chargerai de toutes les charges, dépenses, etc... mais comme ces revenus seront insuffisants pour faire face à toutes ces dépenses, il est attendu que les avances que je serai obligé de faire pendant ma gestion, me seront remboursées par toi et notre sœur pour votre tiers, et cela seulement au décès de notre grand père, époque où je vous rendrai à chacune mon compte qui présentera à la recette tout ce que j'aurai pu retirer de nos biens communs et à la dépense les payements de pension, frais, etc...
dettes même que j'aurais pu acquitter ; le tout appuyé de pièces et quittances justificatives ; et je consens que ce qui me reviendra par le résultat de la Balance soit imputé sur vos portions respectives qui se trouveront d'autant réduites.
Cette proposition a l’avantage de concilier tes intérêts avec ton désir d'être utile à notre grand père, et sans débourser un sol, tu coopéreras à un projet in-
dispensable pour l'amélioration et la conservation de ses propriétés qui entre nos mains seront mieux surveillées et pourront un jour nous dédommager, par plus de valeur, des petits sacrifices que nous sommes obligés de faire aujourd’hui.
Si tu acceptes cette proposition, tu sens qu'il faut que tu m'envoies sans délai, ta procuration dont le modèle est cijoint. Tu m'as écrit que la procuration d'Hugo finissait le 1er août prochain, ainsi tu as le droit dé me transmettre maintenant tes. pouvoirs, et j'attends ta réponse avant le 28 du courant, terme du nouveau délai qui t'est accordé.
Lettre de Sophie Hugo à son frère Marie-Joseph Trébuchet. Inédite.
Paris, 19 septembre 1810.
Je prends bien part à ta douleur, mon cher ami, et quoique l’âge avancé de notre grand père eut du nous laisser peu d'espérance de le conserver encore longtemps on n’est pas moins frappé de cette séparation subite et éternelle d'avec les siens ; c’est une des grande souffrance de l'humanité et que chaque homme doit ressentir plus d’une fois dans sa vie pour les objets de ses plus’ tendres affections ; jusqu'à ce que lui-même fasse pleurer à son tour ceux qui restent après lui tâchons donc de nous soumettre à cette nécessité cruelle.
Je te remercie bien de’ l'offre obligeante que tu me fais d’un logement chez toi si j'allais à Nantes, cela me
serait très agréable et bien certainement je ne descendrais pas ailleurs ; mais il ne m'est pas possible de quitter Paris .actuellement ; peut-être le pourrai-je cet hiver et alors j'aurai le plaisir de faire connaissance avec ta famille ce que je désire depuis longtems je t'envoie le pouvoir que tu me demande.
Adieu, mon ami, porte toi bienet crois à ma sincère amitié.
HUGO, née TREBUCHET.
APPENDICE
Mes enfants ét moi nous vous embrassons tous.
Je soussignée Sophie TREBUCHET épouse de Joseph HUGO autorisée par lui donne pouvoir à mon frère Joseph Marie TREBUCHET de me représenter dans les affaires de la succession de notre grand père René LENORMAND ; promettant d'avouer tout ce qu'il fera
Paris le 19 septembre 1810 HUGO, née TREBUCHET.
Lettre de Marie-Joseph Trébuchet à Sophie Hugo. Inédite.
Nantes, le 24 novembre 1810.