‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 94 sur 106 · MON BON AMI · texte numérisé non relu

MON BON AMI

Je ne puis vous exprimer tout le plaisir que m'a fait votre excellente lettre : Je

(4) M. Angebault devint plus tard évèque d'Angers.

l’ai lu, relu et je suis allé en faire hommage à Monsieur votre père pour lui faire partager tous les sentiments que j'éprouvais. Elle respirait une naïveté, une franchise qui m’enchantait et je suis bien convaincu d'ailleurs que vous ne sauriez jamais feindre avec moi; c’est un art que le monde peut commander quelquefois, mais que l’amitié bannit toujours et en parlant d'amis j'aime à me rappeler que je vous ai prié de m'inscrire sur vos tablettes.

Vous me parlez de vos affaires de conscience avec une espèce de piété filiale à laquelle je dois répondre naïvement.

Vous savez, mon bon ami, qu'il n’est pas dans ma manière de voir, d'outrer et d'exagérer les devoirs de la religion, surtout pour un jeune homme du monde. Le principe des devoirs religieux doit être le même pour tous, parce que tous nous tendons au même but; mais les conséquences doivent en être variées suivant les états et il serait ridicule de prescrire à un jeune homme du monde les règles de conduite que réclame celui qui est renfermé dans le cloître.

Après cette profession de foi, voici, mon bon ami, les avis que je donnerais à, quelqu'un squi me. serait /cher,Letnqui me consulterait sur la congrégation de Paris.

J'en connais parfaitement les statuts, qui m'ont été communiqués et qui servent de base à une congrégation semblable établie à Nantes. Le but principal est de réunir et d'attacher par les liens de l’amitié et de la religion des jeunes gens chrétiens, bien nés et destinés à donner le ton dans la société. Les pratiques de piété consistent dans une réunion, chaque quinzaine, la Sainte Messe, une conférènce amicale sur des sujets religieux, appliqués spécialement à la conduite et aux devoirs d'un jeune homme du monde, une concorde, une harmonie prescrite par

le règlement dont la devise porte: Cor unum el anima una comme aux tems heureux de la primitive Eglise. Quant

aux communions ou confessions, elles sont abandonnées à la prudence des directeurs particuliers, et l’on ne prescrit

ce sujet aucune règle. Vous sentez mé-

os — 4

APPENDICE

me que ce serait fort imprudent. On n'impose au nouveau reçu aucune pratique aucune prière excepté une petite oraison à la très Sainte Vierge de la longueur d'un ave maria que l’on engage à réciter chaque jour. Le but principal, je le répète, est d’unir par ies liens de la religion des jeunes gens chrétiens, afin de se soutenir par l'exemple au milieu de la contagion du monde, et sous ce rapport celle de Paris peut offrir de puissantes garanties contre la terreur du respect humain, en présentant les noms de ceux qui se font gloire d’en faire partie, en commençant par Mr. de Montmorency, le Ministre qui en a été longtemps préfet.

En résumé, je ne dis point qu'il soit indispensable de s’y associer, mais Je crois qu'on peut y gagner beaucoup sous tous rapports et l'expérience vient à l’appui de mes conseils. Quelle que soit à ce sujet votre détermination, rappelez-vous toujours, mon bon ami, que la religion seule peut nous rendre heureux, même dès ce monde et continuez toujours à faire la joie de vos amis et la consolation de votre bon papa.

Permettez-moi de m'associer un peu à ses Jouissances, si douces pour le cœur d'un père, car quand vous m'écrivez, ce que vous ne ferez jamais assez souvent, le plaisir que j'éprouve me fait croire que je suis aussi. de la famille. Excusez l'effusion de cet in-folio, mais quand l’a-

mitié la guide la plume ne peut plus s'arrêter.

Votre affectionné serviteur et ami,

ANGEBAULT Chanoine sec...

Lettre d'Adolphe Trébuchet à son père. Inédite.

Paris, 14 juillet 1822.

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