‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 95 sur 106 · MON BIEN CHER PAPA · texte numérisé non relu

MON BIEN CHER PAPA

Perrin part demain pour Nantes, et je ne veux pas le laisser partir sans lui donner une lettre pour toi.

J'ai reçu par l'intermédiaire de Gergaud ce que tu l'avais chargé de me remettre: ta petite lettre m'a fait grand plaisir et je me suis empressé de porter de suite chez Pélicier les quatre exemplaires de ta notice qui m'ont été remis par la même voie.

Je pense qu'ils se placeront comme les autres. Tu m'as envoyé 24 exemplaires de ta notice y compris les 4 derniers.

Sur ce nombre il y en a eu 8 pour les journaux, reste donc 16. Il y en a maintenant 11 de vendus, ainsi c'est 11 francs dont Pélicier m'est redevable pour toi.

Monsieur Mellinet profitant de la vente de ces exemplaires, doit nécessairement entrer pour moitié dans le nombre d'exemplaires que nous avons été obligés de donner, “et “qui ont, par-les annonces, produit la vente des autres. Tu fais bien de travailler à une seconde édition, mais si tu suis mon conseil tu mettras en tête détloivrec ton nomset ta qualité, les personnes qui ne te connaissent pas sauront du moins que tu a été à même par ta place de faire les recherches nécessaires dont tu parles.

Victor est pénétré de la plus vive reconnaissance pour la peine que tu te donnes pour lui. Nous n’aurions pas manqué de remettre ta lettre à Monsieur Aimé Martin, mais il y a dans ce moment un article sur Victor de Mr. Delamennais, et qui doit être inséré dans le journal des Débats ; il est donc inutile d’avoir recours à Mr. Aimé Martin, qui, d'ailleurs, n’exerce pas une grande influence dans ce journal. Ce qui retarde l'impression de l’article de M. Delamennaïis, c’est qu'il est trop flatteur ; M. Duvicquet un des rédacteurs en chef des Débats a répondu à Mr. Soumet qui lui parlait de cet article : Comment voulez-vous que je fasse, Mr. Delamennais aussi nous envoie un article où il traile ce jeune homme de vingt ans comme un grand écrivain. Ainsi, mon cher papa, ce n'est pas d'après ses œuvres, mais d’après son Âge que l’on doit juger du mérite d’un écrivain. Toutes ces ganaches littéraires sont effrayées de la réputation que Victor doit avoir, et craignant d’en être écrasés, ils feront tout ce qu'ils pourront pour em-

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pêcher que l’on ne lui rende toute la justice qui lui est due. Cependant je ne sais pas jusqu'à quel point un misérable journaliste peut refuser un article qu’un des plus grands écrivains du siècle veut bien lui envoyer. Victor te prie également de faire agréer ses remerciements à Mr.

Boësnier.

La lettre de Mr. Angebault n'est point au dessous de ce que tu m'en as dit. C’est tout ce qu'on peut trouver de plus aimable, de plus affecteux. Je suis on ne peut plus touché de ces marques d'’amitié et dis lui bien tout le désir que j'ai de lui exprimer moi-même le sincère attachement qu'il a su m'inspirer pour lui.

La lettre de Mr. Foucher est également charmante, je dîne demain chez lui et je lui parlerai beaucoup de toi.

Mr. Palis (?) a fait bien plaisir à Made Dumesnil en lui écrivant, elle vous fait à tous mille amitiés. Elle part mercredi prochain pour Tréport.

J'ai reçu mon paquet mercredi dernier, mais je ne sais pourquoi vous avez ou-

blié d'y mettre mes guêtres et le gilet que vous avez depuis fort longtemps. Je n'ai plus un seul gilet pro-

pre, je mets un gilet d'hiver ; et j'attendais après mes guêtres pour faire mon voyage, ce qui me contrarile on ne peut plus.

Je suis bien embarrassé de savoir de quelle manière j'enverrai les livres que ma sœur m'a chargé d'acheter. Je crains bien, d’après les recherches que j'ai faites depuis, de ne pas avoir cet ouvrage à moins de 23 ou 24 frs. relié convenablement. Enfin je ferai ce qu'il dépendra de moi pour l'avoir au meilleur marché possible, je vais y aller aujourd’hui et si Perrin peut l'emporter je le lui remettrai.

Jeudi prochain je mettrai ma malle au roulage accéléré ainsi vous pourrez la réclamer le jeudi suivant.

Je passe mon examen mardi en huit, 23 juillet à 10 heures du matin et Je pars le soir même avec Allory et Rossel par la diligence d'Orléans.

Je n'ai point vu les mirlitons dont on me parle ; je vais voir si j'en trouverai.

Adieu, mon cher papa, je t'aime ett’embrasse comme le fils le plus tendre et le plus soumis.

ADOLPHE

P. S. — Embrasse pour moi toute la petite et grande famiile. Je t'écrirai par la poste le jour même où j'aurai passé mon examen.

J'ai reçu les deux journaux que tu m'’avais annoncés.

Lettre de Eugène Hugo à son oncle Trébuehet.

Inédite.

Paris, 23 juillet 1822.

MoN CHER ONCLE,

Si les circonstances pénibles dans lesquelles nous nous sommes trouvés depuis la mort de notre mère, si des affaires urgentes et qui revenaient au jour le jour nous ont quelquefois empêchés de répondre aux marques de votre bienveillance avec autant d'’assiduité que vous auriez pu le désirer, vous n'aurez pas attribué, mon cher Oncle, à une indifférence coupable ou irréfléchie une interruption de correspondance qui nous affectait bien plus qu'elle n’a pu peut-être vous sembler quelquefois pénible.

Nous avions des nouvelles de vous et de notre famille de Nantes par Adolphe, nous savions que vous nous aimiez tou- Jours, vous preniez soin vous-même, mon cher Oncle, de nous le rappeler à tout moment par des marques d'affection multipliées ; nous comptions sur votre bonté pour excuser notre apparente insouciance; c'était une obligation de plus que nous aimions à vous avoir, et quant à notre affection particulière, il s'élevait une voix dans notre Âme qui nous disait que vous ne pourriez jamais en douter.

Aujourd'hui Adolphe nous quitte, mon cher Oncle, et en perdant pour quelque tems ce second frère, nous sentons tout ce qu'il a dû vous en coûter pour nous le céder durant quelques années.

Nous allons être privés de cet inter-

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‘ prète de nos sentiments auprès de vous ; vous étiez présent en lui à nos yeux, c'était vous aussi que nous aimions en lui-même et dans ce moment d'une séparation pénible nous sentons le besoin d'épancher notre cœur dans le vôtre pour essayer de nous distraire de l'ennui que va nous causer son départ et pour nous rassurer sur la continuité de votre affection en sentant que vous ne pouvez la refuser à la vivacité respectueuse de la nôtre.

Nous vous aimons, mon cher Oncle, et nous ne vous disons pas cela pour vous le prouver, mais parce que nous nous complaisons à le dire; vous êtes pour nous le représentant de notre mère sur la terre, et en songeant que vous avez reçu en partage toutes les vertus qu’elle possédait, nous espérons y retrouver cette inépuisable indulgence pour ses enfants qui lui faisait trouver de la joie dans l’oubli qu'ils faisaient d'elle pour leurs plaisirs et qui, quand ils étaient éloignés d'elle, lui faisaient penser qu'ils étaient assez punis.

C'est dans cette conviction, mon cher Oncle, que nous ne nous excusons pas auprès de vous de n'aller pas ces vacances avec Adolphe jouir du bonheur de vous voir ; ce ne sont pas des plaisirs qui nous retiennent à Paris, ce sont des soins fatigants et continuels résultant en grande partie de notre situation encore précaire et du besoin de nous créér un état.

Avec quel regret nous songeons à nos aimables frères et sœurs de Nantes, le bonheur de les embrasser se recule pour nous d’année en année et cependant il ne peut augmenter en vivacité le désir et l’impatience que nous éprouvons de les connaître.

Adieu, mon cher Oncle, nous permettrezvous de vous prier d'être auprès de nos aimables cousins et cousines l'interprète de notre affection et de nous consoler de ne pas vous voir cette année en songeant que nous n'en serons pas moins présents à votre pensée.

Renvoyez nous Adolphe le plus tôt qu'il vous sera possible, songez que nous aurons ici en tristesse et en ennui toute la

joie dont il aura augmenté votre bonheur.

Adieu encore une fois, mon cher Oncle, et veuillez aujourd'hui, comme pour toujours agréer l'assurance du profond respect avec lequel nous songeons toujours à vous, et avec lequel je serai toujours en mon particulier

Votre neveu dévoué et soumis

E. HucGo.

Lettre de Monsieur Foucher à Monsieur Trébuchet. Inédite.

Paris, le 12 septembre 1822.

MONSIEUR

J'ai reçu et lu la 2me édition de la notice sur notre Reine Anne. Bien qu'elle soit augmentée, j'ai regrété d’avoir sitôt achevé cette lecture. Les notes sont très curieuses et je n'avais plus idée de cette tour que vous attribuez à St-Félix.

La Reine Anne par votre plume est noblement dépeinte vous avez masqué heureusement ce que cette Princesse avait de hautain et de vindicatif dans le caractère.

Votre ouvrage fait naître ou rappelle des souvenirs attachants. Il nous fait aimer notre ancienne Bretagne et en cela üil est utile aujourd’hui surtout que le philosophisme s'efforce plus que jamais de rompre la chaîne qui nous lie au passé.

Je suis on ne peut plus sensible à l'intérêt que vous voulez bien me marquer pour ma famille.

Ma femme vient de l’accroître d’une petite fille. Sous quelques jours notre accouchée sera sur pied. Elle vous prie d’agréer ses salutions comme de mon côté je vous prie de recevoir les témoignages de mon affectueuse considération. Ma femme remercie bien Monsieur Adolphe et Mademoiselle Trebuchet de leur bon souvenir.

Mes enfants sont impatients de revoir notre étudiant et Je partage bien sincèment ce sentiment. Le jeune Victor Hu-

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p go a dû écrire dernièrement à son cou- Sin.

Votre très humble et tout dévoué serviteur.

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