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Lettre Victor Hugo à son oncle Trébuchet (4).
11 décembre 1822.
MON CHER ET BON ONCLE
[J'ai soif de vous écrire et je veux aujourd'hui arracher de gré ou de force un moment de plaisir à toutes les occupations sans nombre qui envahissent mes journées. Vous comprendrez facilement que j'ai de trop bonnes excuses auprès de vous quand Je vous dirai que je suis en ce moment livré au double soin de Ja seconde édition de ces Odes que vous avez été assez bon pour lire et de la publication d'un autre ouvrage en quatre volumes, purement d'imagination, que Je viens de vendre assez avantageusement à un libraire et qui paraîtra vers le milieu de Janvier. Ajoutez à celà mille autres embarras qui échappent à l'énumération et qui tiennent, soit aux suites de mon nouveau bonheur, soit aux conséquences de mes amitiés, de mes correspondances, de mes relations, soit aux nécessités de ma vie actuelle, et vous pardonnerez aïisément à votre pauvre neveu ses longs silences qui sont si loin d’être de l'oubli.
En voilà déjà bien long sur moi, mon excellent oncle et je sens que je ne tarirais pas si je voulais essayer de vous peindre ma félicité actuelle ou ma tendresse pour vous.] Bornons-nous donc aux choses matérielles, et permettez-moi de vous dire encore un mot de libraire et d'imprimeur. J'ai touché pour vous 16 francs (sur votre première édition d’Anne de Bretagne) de Pélicier. Auriez-vous la bonté, mon bon oncle, de prélever cet-
(4) Le Figaro, 22 août 1888, à publié le commencement de cette lettre. Il en a donné aussi la fin presque textuellement. Nous metlons entre crochets les parties reproduites.
te somme de celle qu'ont dû produire les exemplaires de mon recueil envoyés à Nantes, si la vente en est épuisée ?
Au moment où je vais publier ma 2m édition, je pense et vous le jugerez avec moi, qu'il faut terminer les comptes de la première. Vous me feriez tenir le surplus par notre Adolphe, en terminant cette affaire, j'ai à cœur, mon cher oncle, de vous remercier encore une fois de tout ce que je vous dois pour l’écoulement de ma première édition. Je n'ai eu guère à me louer de nos journalistes à votre occasion comme à la mienne.
Néanmoins je compte toujours sur la très prochaine apparition des diverses annonces que j'ai remises pour votre 2me lédition. Adolphe (qui soit dit en passant doit vous être bien cher, si J'en juge pour toute l'affection que lui portent céux qui connaissent ses charmantes qualités) Adolphe nous a dit que, vous en ‘prépariez
une 8m, Un tel succès, dans un siècle comme le nôtre, est un véritable ‘triomphe.
Vous êtes également, nous a-t-il dit,
l’un des rédacteurs principaux d’un nouveau journal qui va paraître à Nantes (Le Lycée Nantais). [II m'a dit que quelques mauvais vers de moi pourraient vous convenir pour l’une de vos livraisons et je m'empresse de vous offrir l'ode que J'ai lue hier (?) aux Bonnes Lettres et qu'a insérée le Réveil de ce matin. Je désire qu'elle ne vous ennuie pas trop.
Adieu, cher et excellent oncle, excusez tout ce griffonnage, mes trois frères me chargent de vous embrasser, ma nouvelle famille aime ia vôtre comme nous l’aimons. Mon ange de femme; qui ést en ce moment indisposée, mais d’une indisposition qui j'espère n'aura pas de suites fâcheuses, [vous prie, prie votre aimable fille de l'aimer comme une fille, comme une sœur. Adieu, adieu, Je m'arrête ici et je vous embrasse tendrement.]| Votre neveu bien profondément dévoué.