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V. — L'UREOGENESE DEPUIS LES NUCLEOPROTEIDES

Il convient de distinguer les Sélaciens des Téléostéens, l’évolution des corps puriques ne se faisant pas de la même façon que ces deux embranchements.

1° Les Sélaciens. — Chez les Sélaciens la dose d'acide urique trouvée dans le sang est généralement très minime. C’est ainsi que Przylecki de Var-

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sovie a montré que le sang de Raja contient une moyenne de 0,024 mgr. d'acide urique par litre de sang. Celui de Scyllium en contient 0,034.

Si l’on injecte 50 mgr. d’acide urique par kilog de poids à un Sélacien, l’acide urique de son sang augmente mais il revient à la normale rapidement, de 6 à 14 heures après l’injection. Les moyens d’élimination ou de transformation sont donc puissants.

Chez ces poissons, Fosse et Brunel ont montré qu’il se faisait une évolution vers l’urée en passant par deux intermédiaires : l’allantoïne et l'acide allantoïque. On aurait la succession suivante :

acide urique >» allantoïne (réalisée par l’uricase),

allantoïne > acide allantoïque (réalisé par l’allantoïnase),

acide allantoïque ——>» urée (réalisé par lallantoicase).

C’est « in vitro », en utilisant des extraits hépatiques et en étudiant leur action sur lallantoïne, l’acide allantoïque, l’acide urique que Brunel a pu donner la démonstration de l’existence de ces diastases. Dans tous les cas il a obtenu de l’urée.

Le pH optimum de l’allantoïcase est à 7.

Le pH optimum du système alantoïnase-allantoïcase est à pH = 7,5-7,6.

Ces diastases paraissent assez spécifiques. L’allantoïnase, par exemple, n’a pas d’action sur la 3-méthyallantoïne; de même l’allantoïcase n’a pas d’action sur l’acide uroxanique et sur l’acide homoallantoïque. Cependant l’acide 3-méthylallantoïque est

scindé en urée, méthylurée et acide glyoxyllique par l’allantoïcase.

2 Chez certains Téléostéens on a trouvé des doses d’acide urique beaucoup plus élevées dans le sang. C’est ainsi que Przylecki a trouvé chez Esox une moyenne de 91 mgr. d’acide urique par litre de sang et chez Cyprinus 124 mgr. Chez ces poissons, une injection d’acide urique équivalente à celle pratiquée chez les Sélaciens n’aboutit à un retour à la normale qu’en 3 à 5 jours. Là encore, la dégradation semble se faire jusqu’à l’urée, car on trouve dans leur foie de l’uricase, de l’allantoïnase et de l’allantoïcase. Il en est ainsi pour Cyprinus Carpio, Leuciscus rutilus, Leuciscus erythrophtalmus, Leuciscus vulgaris qui sont tous des Cyprinidés, pour Esox lucius qui est un Esocidé, pour Scomber scombrus qui est un scombridé et pour Merluccius vulgaris qui est un Gadidé.

L’allantoïcase du foie de ces Téléostéens a un pH optimum à 7. Elle est capable d’hydrolyser l’acide allantoïque, l’allantoate d’éthyle et l’acide 3-méthylallantoïque.

Par contre, il y a toute une série d’autres Téléostéens qui possèdent de l’uricase, de l’allantoïnase, mais pas d’allantoïcase. Il est probable que la dégradation ne va pas jusqu’au stade urée. Elle s’arrête à l’acide allantoïque. Tels sont Salmo fario qui est un salmonidé, Pleuronectes limanda, pleuronectes platessa, Solea vulgaris, Rhombus maximus, Rhombus laevis, qui sont des Pleuronectidés; Mullus barbatus qui est un mullidé; Zeus faber qui est un Zéidé; Gadus aeglefinus, merlangus vulgaris qui sont des

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buli. En outre un bon nombre de glomérules sont aveugles et non fonctionnels. Au total, on aurait un glomérule pour 1.000 tubuli. Il est intéressant de se demander ce qu’est l’urine d’un tel animal, car cette urine est purement tubulienne.

Denis a recueilli de l’urine dans la vessie de Lophius mort. C’est un liquide clair, inodore, à peu près incolore. Sa réaction est acide au tournesol. Elle ne renferme ni sucre ni albumine, ni acide urique, ni créatinine.

Marshall et Grafflin ont repris cette étude. Ils ont montré que l’urine diffère nettement du plasma sanguin. Malgré une injection de glucose de 1 gr. par kilog et aussi une injection de floridzine, on ne trouve dans les urines aucune trace de sucre. Ces reins dépourvus de glomérules ne peuvent donc pas sécréter du sucre. Ce fait se trouve encore vérifié pour Opsanus tau qui n’a pas de glomérules. Enfin, on ne peut pas non plus obtenir chez ces poissons, d’après Joliffe, Clarke et Smith, le passage de xylose dans l'urine, même lorsqu’on élève la concentration sanguine de ce sucre à 0,413 % au niveau du sang.

Tout porte donc à croire que ces sucres sont filtrés par les glomérules et l’on peut penser que la floridzine agit en inhibant au niveau des tubes, la réabsorption du glucose filtré par le glomérule.

Par contre, alors que l’on pense généralement que l'élimination de la créatinine se fait uniquement par le glomérule, on est obligé de noter que chez Opsanus tau, Marshall et Grafflin ont noté dans les urines des

chiffres élevés de créatinine. Elle serait dans certains cas concentrés jusqu’à 50 fois par le rein agglomérulaire de ce poisson. Peut-être s’agit-il ici d’une adaptation spéciale résultant de l’absence de glomérules.

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