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VI. — LES TRANSPORTEURS D'HYDROGENE

De son côté, l’hydrogène détaché par les déshydrases des métabolites alimentaires est repris par les transporteurs d’hydrogène et, sans doute, rendu ultérieurement sous une forme activée.

A. — Le glutathion est le plus connu d’entre eux.

a) Il a été étudié chez l’anguille et le congre par Boucher-Firly à différents stades de leur développement : in toto chez les jeunes, dans différents organes chez les grosses anguilles et les congres.

Il trouve ainsi, in toto, une teneur en glutathion de 19.48 pour la civelle dans l’eau douce et 24.75 dans l’eau de mer ; pour l’anguille jaune 10.04 dans l’eau douce, 16.55 dans l’eau de mer ; pour des anguilles de la Sarthe 10 dans l’eau douce, 17 dans l’eau de mer.

Dans le sang, le foie et les organes génitaux, l’auteur a trouvé les résultats suivants :

Teneur en glutathion

du sang foie organes génitaux Anguilles du bassin de la Loire :

éAU TOUTE eee 34.77 64.84 306 eau de mer (6 jours)...... 33.75 64 300 Anguilles d’Avalaison du baspce en 30.08 67.30 314 Anguilles de Martigues :

ED 19.78 82.70 289 Anguilles de Monaco :

eau de mer (plus. années). 32.60 88.80 214 Anguilles capturées en mer.. 41.33 98.26 261 Congres (eau de mer)....... 9.70 35.08 23

b) Chez les jeunes anguilles, la teneur en glutathion, in toto, diminue à mesure que l’anguille est plus avancée dans son développement et qu’il existe un parallélisme entre cette teneur et la consommation d’oxygène.

c) La teneur en glutathion du sang, du foie et des organes génitaux des grosses anguilles semble indépendante du milieu extérieur.

d) Il existe une différence frappante entre la teneur en glutathion des organes des deux téléostéens apodes très voisins, l’anguille et le congre, ces teneurs étant beaucoup plus faibles chez les congre, surtout dans les organes génitaux.

B. — La flavine. M. Fontaine et Guy Busnel ont recherché la flavine dans la peau de l’anguille. Ils constatent que cette flavine n’est pas libre, en majeure partie du moins, mais liée à un support colloi-

dal, sans doute sous forme de ferment respiratoirejaune de Warburg. Les auteurs ont pu dissocier la flavine de son support colloïdal par immersion prolongée dans l’alcool méthylique et en élevant la température. La fluorescence de la flavine libre apparaît alors. Le fait a permis aux auteurs de localiser la flavine. Celle-ci se trouve dans la couche pigmentée qui comprend les mélanophores et les carotinoïdes. Une étude plus approfondie montre qu’on trouve également de la flavine au contact des mélanophores profonds, soit isolée dans le tissu conjonctif, soit sous forme de bandes discontinues entre le tissu conjonctif et le tissu adipeux.

L'étude de la peau de divers autres poissons (murène, congre, blennie) montre une relation topogra-phique très étroite entre la flavine et les mélanophores. L'auteur en a été amené à émettre l’hypothèse que la fonction de cette flavine est à chercher dans la physiologie des mélanophores. Il ne serait pas impossible, qu’au contact du mélanophore et directement ou non, la flavine ou des corps voisins interviennent dans la médiation chimique adrénalinique.

Cependant, chez Amiurus Catus on n’observe ni flavine ni substance à fluorescence bleue, bien que la peau soit particulièrement riche en mélanine.

On peut donc conclure que, dans les téguments de poissons d’eau douce, la flavine et la substance à fluorescence bleue sont, quand elles existent, localisées dans les chromatophores ou au contact de ceux-ci ; mais l'existence de mélanophores n'implique pas

obligatoirement la présence de quantités notables de flavine ou de substance à fluorescence bleue. Poussant plus avant ces recherches, Fontaine a dosé la flavine dans les différents organes de l’anguille. Il a d’abord dosé la flavine « in toto » et a constaté l’élévation de la teneur en flavine au cours

du développement de l’anguille.

Longueur Poids Teneur en flavine en €em. en grammes en y par gr.

Civelle stade VI A III. 79 0.390 1.8 Jeune anguille jaune... 116 1.625 3.7 Anguille argentée mâle 410 1.15 Fil

La teneur en flavine des différents organes a été étudiée sur la grosse anguille femelle. Voici, exprimée en y par gramme de tissu frais, la teneur en flavine des organes étudiés :

Sang et muscle : moins de 1 y; rate 3 à 4 y; branchies 3 à 4; cœur 4 à 5,4 ; reins 5 ; ovaire 5,3 à 6 ; foie 7,5 à 10; peau du dos : 17 à 26 ».

L'auteur souligne la très faible teneur en flavine du muscle d’anguille qu’il est intéressant de rapprocher de Ja très faible respiration en présence de cyanures, signalée par Dixon et Elliott pour les muscles de poissons.

La partie dorsale de la peau d’anguille a une teneur en flavine très élevée. Cette teneur diminue quand on passe du dos aux flancs et arrive à être indosable pour les parties ventrales et bien argentées. L'auteur a trouvé des taux de flavine plus élevés encore dans la peau dorsale des jeunes anguilles mâles argentées (jusqu’à 37 y pour des anguilles provenant des Martigues et conservées en eau de mer à Monaco). Ce fait est d'autant plus intéressant que la teneur en flavine n’est pas générale chez tous les poissons. On en trouve dans la peau de Murène et de Blennie tandis qu’on n’en trouve pas dans Ja peau de tanche, de sargue et de Labre. Dans celle-ci, la flavine est remplacée par une substance à fluorescence bleue; de même dans la peau et les écailles de Cyprinus carpio, de Carassius auratus, d’Abramis brama et de Gobio fluviatilis.

L’Anguille n’est pas le seul poisson qui contient de la flavine. Fontaine et Busnel en ont également trouvé dans la peau de l’épinoche (Gasterosteus oculeatus L. (var. leiurus) des quantités importantes (17 à 25 y par gr. de tissu frais). Cette flavine s’y trouve également, en majeure partie du moins, sous la forme d’un complexe non fluorescent. La teneur en flavine de l’épinoche totale (10 à 15 y) est même sensiblement supérieure à celle de l’anguille totale (4 à 5 y) et paraît d’ailleurs présenter des variations saisonnières.

Cette similitude biochimique est à rapprocher d’une propriété biologique commune à ces deux poissons : l’euryhalinité On peut se demander s’il n’existe pas une relation indirecte, entre cette faculté d'adaptation et la richesse en flavine de leurs téguments, téguments qui jouent un rôle si important dans le maintien de l’indépendance osmotique du milieu intérieur vis-à-vis du milieu intérieur.

D’après ce qui précède, il semblerait qu’on doive distinguer deux groupes de poissons, en se plaçant au point de vue de leurs pigments : ceux qui auraient de la flavine et ceux qui contiendraient une substance à fluorescence bleue. Il semble toutefois que cette distinction n’est pas aussi absolue qu’elle pourrait paraitre à première vue.

En effet, la fluorescense des extraits riches en flavine provenant des poissons tant marins que d’eau douce, ne présente généralement pas la même nuance que la fluorescence des solutions de flavine pure, mais s’en distingue le plus souvent par une nuance plus ou moins verte ou bleue. IL semble bien d’après une série de réactions qu’on se trouve en présence d’un mélange de flavine et de substance à fluorescence

bleue.

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