‹ Biographie-bibliographie du BriançonnaisChapitre 3 sur 36 · FANTIN · texte numérisé non relu

FANTIN

La famille Pantin était, dès le xv« siècle, fixée à Arvieux ; elle occupait, dans la vallée du Queyras, par le renom héréditaire d'habileté de ses membres, notaires de père en fils, une position d'influence et comparativement de fortune presque hors de pair en ces pays pauvres.

Une attestation de cette situation est écrite dans un document que déjà nous avons cité, en court fragment, à propos de la famille Albert.

Nous le reproduisons, cette fois, en citation plus étendue *.

« Pendant tout le dernier siècle et longtemps pendant € le précédent que Thérésie de Calvin dominait dans cette € vallée, il y a eu dans Arvieu la famille des Albert qui «c présidait dans toutes les aflTaires de la valée et qui était « le conseil général et particulier du pays.

« La famille des Pantins, où il y avait un notaire habile, € était encore d' Arvieu et de la religion prétendue réfor- € mée, d'où est sorti le sieur Pantin, aujourd'hui député « pour soutenir ce procez , celles des Morels et des Dalmas « étaient de la même qualité. Ces quatre familles n'ont € rien oublié dans tous les temps et le sieur Pantin, dé- € puté, fait encore aujourd'hui de son mieux pour con- « server leurs biens dans cette injuste liberté de ne payer « point des dismes et pour posséder leurs fonds comme € nobles. »

« n y a a eu depuis longemps, à Arvieu, dit le curé Albert {Hist, du diocèse d'Embrun, t. I, p. 328), quelques familles distinguées, comme celle des sieurs Pantin qui ont occupé les premières charges dans le Briançonnais. »

Un arbre généalogique de la famile Pantin a été dressé,

* Avertissement du chapitre d^Ambrun contre les consuls et commis nautés de la T^alée (sic) de Queyras.

fruit de recherches infinies, par M. Frédéric Alliey, auteur de livres remarquables sur les échecSy le iric-trac^ les dames, etc., et qui appartenait à la famille Fantin par sa mère, Marie-Marguerite Fantin, mariée à Jean-Pierre Alliey, avocat. Ce travail intéressant a été obligeamment mis à ma disposition par M. Gustave Roux, ancien magistrat, petit-fils par sa mère, dame Rosalie Roux, née Alliey, de Marie-Marguerite Fantin.

On trouve, dit la Généalogie Frédéric Alliey ^Aqs actes à Arvieux reçus par des Fantin dans les xiii* et xiv* siècles.

Le 1^'chef de la famille, signalé par des documents certains, fut Pancrace Fantin, notaire à Arvieux, en 1490.

L'un de ses fils, Esprit Fantin, s'établit à Briançon, où il fut lieutenant particulier au bailliage. Un autre de ses fils, Ghaffrey Fantin, succéda à son père dans sa charge de notaire à Arvieux.

La descendance de Pancrace Fantin a été singulièrement nombreuse. Rare fécondité des femmes apparaissant dans les alliances indiquées par la généalogie^ intelligence et aptitude notables chez les hommes, tels sont les enviables traits distinctifs de cette famille qui a essaimé en des branches nombreuses dans le Dauphiné, en Provence, à Paris, etc. et dont les membres ont occupé des postes en relief dans l'armée, dans la finance, dans l'administration, dans l'ordre judiciaire, dans le commerce, dans les arts, dans TégUse, dans les ordres monastiques.

n y a eu :

Les Fantin des Odoards, Les Fantin Lachalp, Les Fantin Pacome, Les Fantin Latour, Les Fantin la Ribière, Les Fantin Lacombe, etc.

Les désignations particulières de chacune de ces branches ont eu pour première raison d'être la nécessité de

particulariser les familles nombreuses portant le même nom patronymique et furent dues, soit à la circonstance d'une alliance, comme les Odoards, les Pacome, soit au fait d'une résidence, d'une possession territoriale comme dans le cas des Lachalp, des Latour, des la Ribère, des Lacombe.

Le cadre restreint de ces notes écarte la possibilité d'une analyse étendue du résultat des recherches de M. Frédéric Alliey. Nous nous bornerons à signaler les membres de cette famille dignes de mémoire, puisant dans la généalogie pour les dates des naissances, des décè», consultant, pour les détails biographiques, des documents divers dignes de foi et consacrés par l'histoire.

Georges PANTIN, abbé commendataire de la prévôté d'Oulx au commencement du xvin' siècle, refusa d'acquiescer au projet de sécularisation de cette antique communauté d'Augustins et s'attira la disgrâce royale. Cette sécularisation devait être la principale condition de la création d'un évêché à Pignerol, les biens de la prévôté devant faire largement état dans les ressources du nouvel évêché. Georges Pantin, attaché à son monastère, fervant observateur de sa règle et gardien de ses traditions, ne se laissa pas éblouir par la perspective à luf offerte d'être le premier évêque de Pignerol.

Cette sécularisation eut lieu plus tard, en 1748, et le dernier prévôt d'Oulx, Messire Jean-Baptiste d'Orlié de St-Innocent fut le premier évêque de Pignerol. Dans les actes qui précédèrent cette disparition de la communauté des Augustins d'Oulx figure, en qualité de chantre et de pîtancier du monastère, le chanoine Fantin-Lacombe ».

Charles PANTIN. Notaire et contrôleur des actes à Arvieux. Charles Pantin qui appartenait à la religion réformée et dont le mariage avait été béni le 21 juin 1673 par le ministre David Laurent, abjura, pour éviter l'exil, à la révocation de l'édit de Nantes et fit baptiser ses deux fils,

< Mémoires historiques Mss. sur le Briançonnais, parBrunetde TArgentière (de ma coUectios).

Charles, qpii fut notaire à Briançon, et André, qui fut médecin à Arvieux.

Ce fut, je crois, Charles Pantin qui, par ordonnance de l'intendant Bouchu, du !«' septembre 1688, en exécution de redit de janvier de la même année, fut nommé, pour le bailliage de Bn^nçoUj pour faire la recherche, la saisie et la rémission des biens des consistoires, des ministres et de ceux de la religion sortis du royaume.

Ironie du sort I le nouveau converti était commis à l'œuvre de la spoliation contre ses anciens coreligionnaires La dévote Madame de Maintenon était la petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, Tauteur des Tragiques /...

Un Fantin assiste à l'assemblée de Yizille (21 juillet 1788).

Dans la liste des notables du département des Hautes- Alpes, formée d'après les dispositions de la loi du 13 ventôse an IX, imprimée à Gap Tan P' de la République, est noté comme absent pour le service public, M. Fantin, commissaire des guerres^ domicile Embrun (sans désisignation de prénoms) ».

Dans cette liste des notables figurent, outre le Fantin ci-dessus :

Fantin, membre du conseil général du département, domicile : Arvieux.

Fantin (André), chirurgien, Briançon.

Fantin (François), directeur de la poste, Briançon.

Fantin (Jean), membre du conseil d'arrondissement, Briançon.

Louis-Marie FANTIN, né le 26 janvier 1764, libraire à Paris, mort le 2 avril J832. Le nom de Louis Fantin a été en honneur parmi les Hauts-Alpins du commencement de

^ Le 10 germinal an II (30 mars 1794), Fantin, commissaire des guerres, prononce un discours patriotique à la fête civique célébrée à Embrun, en qualité d'orateur do la société montagnarde des Sans-Culottes d'Embrun. (Procès- verbal de la fête civique célébrée, etc., etc., in-8», 15 p., Moyse, à Embrun). M. Fantin faisait partie de la. Société cTémulatiùn des HauteS' Alpes. Il était versificateur spirituel et délicat. (N^oir dans les Mélanges littéraires de la Société d'émulation des Hautes- Alpes, le conte allégorique : V Amour et le plaisir fiaés à Gap,)

ce siècle pour ses manières courtoises, pour sa droiture, comme éditeur, et aussi pour sa généreuse hospitalité et ses procédés de cicérone obligeant envers ses compatriotes dauphinois tout à fait dépaysés à Paris, lors des voyages rares et peu en faveur à cette époque dans la bourgeoisie de province.

Jean-Jacques FANTIN LA RIBIÈRE, né le 23 février 1771, mort à sa campagne de La Ribière, le 17 août 1849, aAait été greffier en chef du tribunal de Briançon. Son instruction, les charmes de son entretien, sa taille imposante^ ses traits nobles, son exquise affabilité lui avaient conquis à Briançon une situation privilégiée d'estime et d'affectueuse considération.

Les suffrages de ses concitoyens le portèrent au conseil général où il représenta dignement le canton de Briançon. Les dernières années de sa vie furent attristés par un long procès soutenu contre divers membres de sa famille dont il avait, paraît-D, compromis les intérêts par des habitudes de large et peut-être excessive hospitalité.

•Antoine-Étienne-Nigolas FANTIN DES ODOARDS, né à Pont-de-Beauvoisin,le 26 décembre 1738, décédé à Paris le 25 septembre 1820, était fils de Jacques Fantin des Odôards, officier, garde d'artillerie à Mont-Dauphin, puis subdélégué de l'intendance à Pont-de-Beauvoisin et en dernier lieu subdélégué à Embrun.

Etienne Fantin des Odoards a été un publiciste et un historien de quelque valeur. Entré dans les ordres, il était vicaire général du diocèse d'Embrun quand éclata la Révolution dont il embrassa les principes avec une frénétique ardeur. Il se maria et se consacra, après avoir tenté vainement de jouer un rôle politique, à l'étude de l'histoire et à la publication de ses œuvres dont le nombre a été considérable, traitant principalement de l'histoire de France, des révolutions d'Italie et des événement& de la Révolution française. Ses ouvrages comprennent, en faisant état de toutes les éditions, une centaine de volumes. Le style de ses livres est en général élégant et clair. Son nom a été entouré de quelque célébrité. (Voir la Biogra-

phie du Dauphiné, par M. Adolphe Rochas, qui donne la nomenclature exacte des ouvrages de cet auteur.)

FANTIN DES ODOARDS (Étienne-Florimond), frère du précédent, né à Embrun, en 1745, est mort en 1808. Il succéda à son père comme subdélégué de l'intendance à Embrun ; il éait aussi avocat au parlement, lieutenant en la judicature et tcrrre d'Embrun, lieutenant en la juridiction des châteaux archiépiscopaux de TEmbrunais.

Le subdélégué Pantin avait conquis à Embrun une influence et une autorité défiant toute comparaison. Mais un jour cette situation fut violemment attaquée et ébranlée par un procès que lui suscita le jurisconsulte Dongois, homme de grande valeur, qui avait été son secrétaire, et devenu, pour je ne sais quelles oppositions de caractères ou d'intérêts, le plus dangereux des ennemis. Dongois accusait Fantin des Odoards de concussions et de malversations. Le mémoire justificatif de ce dernier me paraît faire justice de la plupart de ces accusations, sauf peut-être de celle d'avoir, en se faisant construire à Baratier une superbe habitation, obligé les habitants des communautés voisines à lui en fournir gratuitement les matériaux et à en opérer le transport.

Il fut couvert devant ses juges par les délibérations des communautés dont il avait su se concilier, malgré quelques abus de pouvoir, la sympathie et Tafiection. Elles déclarèrent, en général, que le service rendu par elles au délégué de l'intendance arait procédé de leur dévouement spontané.

En 1791, Étienne-Florimond Fantin des Odoards fut élu par les électeurs des Hautes- Alpes membre du tribunal de cassation (dénomination originaire de la Cour de Cassa* tion).

Cette haute marque d'estime et de confiance autorise la pensée qu'il y avait peut-être plus de vive animosité que de réalité dans les accusations qui avaient été dirigées contre lui. Elle témoignait aussi de l'étendue de son savoir juridique et administratif.

FANTIN DES ODOARDS (Louis-Florimond), fils du pré-

cèdent, naquit à Embrun le 23 décembre 1778. Entré en iSOO en qualité de sous-lieutenant dans la légion vaudoise devenue le 31» d'infanterie légère, il servit en Italie et dans la Grande-Armée. Il fit les campagnes d'Espagne et de Russie et partout il se distingua. Il était colonel en 1813. Licencié à la Restauration, il reprit du service, grâce à la protection du maréchal Gouvion St-Cyr. Pendant la campagne d'Epagne, en 1823, il fut nommé maréchal de camp et, plus tard, inspecteur général de Tinfanterie.

Lorsqu'il fut mis dans la section de réserve de Fétatmajor général, le général Fantin des Odoards se retira à Seyssinet, aux environs de Grenoble, et il est mort en 1866, le 17 mai.

FANTIN-LATOUR (Théodore). Né à Metz en 1805, Théodore Fantin-Latour, peintre pastelliste, habita un certain nombre d'années Grenoble, où il fit beaucoup de portraits. Il alla se fixer ensuite à Paris où son talent de portraitiste ne tarda point à le faire connaître et à lui acquérir une flatteuse notoriété.

On cite parmi ses meilleures toiles : la Vierge lisant^ sainte Thérèse, des portraits d'enfants, le Christ en croix. Il est décédé en 1875.

FANTIN-LATOUR (Ignage-Heptoi-Jean-ThÉodore), fils du précédent, est un peintre dont la célébrité s'affirme chaque jour davantage. Élève de son père, de Lecoq de Boilandran, de Courbet, il possède un talent original qui lui a conquis de nombreux et chauds partisans.

Médaillé dès 1870, il a été décoré le 25 juillet 1878.

On peut citer parmi ses œuvres : Vhommage à Delacroix ; souvenir de Beyreuth (Bavière); des fleurs, des natures mortes, d'exécution exquise do délicatesse et de charme poétique ; le festival de Richard Wagner, V Anniversaire^ le Coin de table. Dans ce dernier tableau qui fit sensation, le peintre a groupé, d'une manière heureuse, les poètes, les peintres, les journalistes, les hommes politiques qui s'attablaient mensuellement au Dîner des vilains bonshommes. Un des convives a décrit ainsi le ta bleau .*

On a pris lo café, c'est Theure de paresse Où feigaant d'écouter Tun d'eux qui dit des vers Les fumeurs acoudés qu'un brouillard bleu caresse Regardent tournoyer leurs rêves au travers '.

M. Fantin-Latour est la générosité faîte homme. Oq ne fait jamais en vain api)el à sa libéralité pour toutes les loteries pour l'assistance publique, ventes de charité ou organisation de secours, soit pour un collègue tombé dans la mêlée, soit pour les membres en détresse de sa famille. M. Fantin-Latour, qui ne tient à Grenoble que par le fait de sa naissance, a participé efficacement, largement, par ses dons d'œuvres d'art charmantes au succès des fêtes et œuvres de bienfaisance qui s'y sont succédé depuis tantôt vingt années.

Antoine-Joseph FANTIN, notaire à Arvieux, qui est mort en 1819 a été, je crois, le dernier représentant de la branche des Fantin d'Arvieux. Il a laissé dans le Queyras la réputation d'un homme aussi spirituel que charitable et bon. On répète aujourd'hui encore ses saillies, ses bons mots, Antoine Farnaud, enses mémoires manuscrits (M. Eugène Ghaper en p'ossède une copie qu'il a bien voulu me communiquer), parle longuement d'Antoine-Joseph Fantin, qu'il dépeint comme un sage, en même temps qu'un habile notaire. Comme membre du conseil général du département, il s'était révélé comme administrateur intelligent et avisé.

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