Famille noble de la Salle (canton du Mondtier
En 1232, le dauphin Guignes concède à Berard Berard de la Salle, qualiâé de chevalier, plusieurs fiefs et nommément les pâturages et les forôts de Ghristole et d'OUe ou du Longet, dépendant de la paroisse de Nevache, montes j pascua et nemora montis Chrtstovoli et Ollœ seu Longeti siti in dependentia Parrochiœ de iV^vachia,.,, (2).
En 1316, par contrat passé devant Sicile, notaire, les successeurs de Berard Berard, vendent à Jean, dauphin, leur part dans la montagne de Grenouil (3).
En 1349, prestation d'hommage au dauphin, fils du roi de France, par Jean Berard.
Dans une révision des feux de 1434, on trouve, parmi les gentilshommes du Briançonnais, à la Salle :
Pierre et autre Pierre Berard ; .
Claude Berard ;
Autre Claude Berard ;
Jean Berard ;
Embrun Charbonnel (4).
(1) Voir : Esiai sur VOûaniy par Â. Albert, pp. 108 et 109. Le Lautaret, par H. Paillas, p. 30.
(2) Advertissement pour les consuls ot communauté de la Salle contre les consuls et communauté de Neufvache. Circ& 1669. (De ma collection de documents briançooDais.)
(3) Id.
(4) Dictionnaire historique du Dauphiné, de Guy-Ailard, édition H. Gariel, page 405.
4 Leê anoétres de M. derTholo^n, anjourdliu} Intœ- « dant dn oammerce, dit le curé Albert (1), araient^Ters « Tan 1400, un flèf à la Salle, â Si-Ghafirey et à Ghan- « temerle, qui fot aliénfé à un nommé Berard. »
Gette famille, tottfbée, paralt-il, dans la roture, fut rétablie dans sa noblesse en 1667 et 1668. Elle a donné un conseiller â la Gour des comptes, seigneur d'IUins en
lerr (2).
Une branche de cette nombreuse famille passa dans la famille Long de St-Pirmin en Valgodemar et s'éteignit ▼ers le conimencement du XTIir siècle (3).
ArnM)iries de cette famille :
Parti d'azur au lion contourné d*or et de sable à la panthère d'argent, rampant et montrant ses deux yeux.
Deyise : Suat}iter et fortitèr.
La famille Berard comptait de nombreux repréèentants à la Salle. La révision des feux déjà rappelée cinlessus Tattestent et d'autres documents en portent aussi la preuve.
Il est à peti près certain que les membres très-nombreux de la famille Berard n'abandonnèrent point tous la communauté de la Bàllë. Quand la situation de la fortune primitive de la famille, celle signalée par les actes du XIII* siècle, se fut amoindrie par la division entré diverses branches de ses éléments, par l'action modificatrice du temps et des événements, ceux dés Berard demeut*é6 habitants du sol natal, peu soucieux de privilèges nobiliaires toujours vus de mauvais œil dUns le Briançonnais, terre classique de l'égalité même en plein moyen-ftge, forcés par l'inflexible loi de la nécessité de pourvoir aux exigences de
(1) histoire du diocèse d'Embrun, 1. 1, p. 264.
(2) Armoriai du Dauphiné, de M« Rivoire de la Bâtie» v« Berard.
(9), ArmoJTial du Dauphiné, de M. Rivoire do la Bâtie, v<» Berard.
la vie matérielle, les Berard se firent agricalteurs et eommerçants.Ils perdirent jusqu'au souvenir des distinctions, des honneurs attribués à leur famille dans les âges préoé^ dents.
« Quoyque le Briançonnois n'aye pas beaucoup de no«- € blesse, dit Brunet, seigneur de FArgentiôre, en ses mé- < moires historiques mss. sur le BrianQonnais, (1) il en € a eu autres fois de très distinguées } on voit par un dé- € nombrement de la Chambre des comptes de Grenoble « qu'en 1527, lorsque François I*' ordonna l'arriôre-ban, € qu'il j avait 15 familles nobles; les noms delà plus part € sont perdus, comme les Lozon, les Luzerne, les Mar- € tinet, etc.... Il y a encore des Berard^ des Ejmàrd. « des Borel, etc.; mais on ignore s'ils descendent des « nobles de ce temps-là.... Il ne reste actuellement que € les Baile de la Tour (Bajnli de turre villardorum), les € Bardonnôche, Dopons et Qballiol...^. »
Cette disparition des titres de noblesse eut lieu de la même manière dans les antres familles nobles de la Salle : les Jomard, les Arduin, les Gravier, les Salle, les Meunier^ les Borel, dans celles des Joufirej, des Bermond, de St-Ghaffrey....
Au commencement du XYIII'' siècle, on trouve des Berard riches négociants de la Salle, en procès de liquidation commerciale avec An sieur Berton, leur associé (2).
Ainsi cette famille reconquérait par le travail et l'activité intelligente^ la notoriété que lui avaient donnée dans les siècles précédents les titres conférés à ses ancêtres.
Suivant les dires des historiens du Briançonnais, quatre hommes qui, à des titres divers, ont conquis une notoriété légitime et appartiennent a la biographie du Briançonnais
(1) Je |)ossède le mss. autographe de ce livre.
(2) Griefs pour Jean et Noël Charles Berard, contre sieur Charles Berton, 46 p. iii-fol. (De ma collection de dècuments briançonnais). — A. A.
son! issas de la fSeunille des Berard, de la Salle, ce sont : le Jésuite Berard, auteur de travaux historiques sur le Briançonnais ; Berard-Ghabert ou Bernard- Ghabert* ér^ que de Oenève et successivement archevêque d'Embrun au XIII* siècle; Joseph-Balthazard Berard, savant mathématicien, et son fils Aristide Berard, ingénieur de talent.
Guy-Allard (i) en attribuant à Berard (Pierre), le botaniste renommé de Grenoble, les armes de la fiunille Berard de la Salle, autoriserait i croire que cette famille briançonnaise serait en droit de revendiquer l'honneur de compter parmi les siens ce savant.
Les Berard, on le volt, ont honoré la Salle, leur petite patrie.
L'habitation principale des Berard était sur le plateau qui sépare les villages de la Salle et de la TiUeneuve.
(Jésuitb). Né à la Salle (canton du Menétier).
Tout ce qu'on sait du Jésuite Berard est compris dans ces quelques lignes de l'Histoire du diocèse d'Embrun du curé Albert :
€ Si l'on voulait flatter les habitants de la Salle, à qui « on donne dans ce vallon Tépithète de glorieux, il n'j € aurait qu'à transcrire ce que l'on trouve dans un ma- « nuscrit du P. Berard, Jésuite, directeur du séminaire € d'Embrun, vers l'an 1730, qui était de cette paroisse...»
Les citations des opinions historiques du Jésuite Berard données par l'historien du diocèse d'Embrun prouvent que cet auteur se distinguait plus par une vive imagination que par une saine critique historique.
Les oeuvres manuscrites du Jésuite Berard se sont per^ dues. Il n'en reste que les courtes citations du caré Albert.
(i) Dictionnaire historique du Danphiné, édit. GaricI, t. I. p. i4é.
Bem^rtl ou Bemard Cli»bert,nrchévéque d'Bmbrun, ne, selon quelques auteurs, à la Salle (canton du Monétier).
Il est fort douteux que ce prélat,dont quelque célébrité entoure le nom, soit né à la Salle.
Yoici, autant que j*ai pu m'en assurer, l'origine de cette indication de lieu de naissance :
L? curé Albert, après avoir rappelé Topinion du P.Ber/.rd, Jésuite, sur Tétymologie du nom de la Salle, ajoute :
€ Suivant le même manuscrit, Bernard Ghabert, ar- € cl.evéque d Embrun vers Tan 1213, était natif de la € Stlle; Fon nom était Bernard Berard; mais il dut « prendre celui de Bernard Ghabert, à cause d*une mai- « son qui appartenait à sa mère et qu'on appelle encore « la maison de la Ghaberte (1). »
Il est â croire que le curé Albert n'avait qu'une médiocre confiance en la réalité d'une telle indication à r;i;«[iui de laquelle, du reste, le P. Berard ne citait aucune source historique ancienne et respectable ; car dans la notice biographique de Bernard Ghabert, au tome ii de son livre, il ne fait plus aucune mention du dire du P. Berard (2). Il pensait sans doute qu'un peu de vanité et beaucoup d'imaginative avaient porté le P. Berard à rattacher à son petit pajs et à sa famille un personnage considérable.
Mais cette affirmation si hasardée devait faire son chemin. VHagiologie du diocèse de Oap et l'Essai historique sur la ville d'Embrun reproduisirent sans réserve l'allégation du P. Berard.
M. Tabbé Gaillaud en use plus judicieusement. Il rappelle que le P. Fornier (3) fait naître Bernard Ghabert â
(1) Histoire du diocèse d'Bmbrun, t. i, p. ^6^,
&) Id., t. II, pp. 117 à 1S1.
(3) Bphémérides, p. 547. . ^
— iO —
Romans (Drdme) el il a'aeecçte la rer^n d* P. Bcrard que sous bénéfice d'inventaire.
La vérité est que les livres dans lesquels on peut rech^cher et trouver quelques documents historiques sur cet archevêque : la Oallia ehristiana ; Bouche, Histoire de Provence ; le Gartulaire d*Oulx, Ulciensis eceîtêiœ chartarium^ sont absolument muets sur le lieu de sa naissance.
Bernard Ghabert, qui était évoque de Genève, fut appelé par le pape Innocent III au siège archiépiscopal d'Embrun en 1213 et l'occupa jusqu'en 1236, date de sa mort.
Bernard Ghabert prit, au dire des écrivains religieux, une part active a cette longue et sanglante croisade contre les Albigeois j conduite parle féioce Simon de Montfort, dont la froide cruauté souleva l'indignation d'Innocent III. Le pontife discernait, sous l'apparent mobile religieux de la guerre sainte, les ambitions ef^nées qui se donnaient carrière dans cette lutte fratricide que rien ne put refréner.
Bernard Ghabert fut l'un des plus énergiques soutiens de Simon de Montfort et l'un des plus persévérants eit^ nemis du comte de Toulouse. Dans les conciles, dans les conseils, sa parole fut acquise aux résolutions radicales pour l'extirpation de l'hérésie, et ces vers d'une chronique proven^le peuvent s'appliquer à son action dans cette guerre :
Lai fo lo cossehls près per ques moc la fiela Dont motz homes so mortz fendotz per la buela, B manta rica dona, manta bêla piuzela Qae anc no lor remas ni mantcls nîgonela.... (i)
Amaury, fils de Simon de Montfort, qui avait épousé
(1) Là fut le conseil dans lequel s'éleva la tempête dont beaucoup d'hommes sont morts fendus par le ventre, ainsi que maintes riches dames et mainte&.belle8 viei'ges auxquelles il ne resta ni manteau, ni robe.
Beatrix, fille de Qingues André, dauphin, rendit hommage à Bernard Ghabert pour les terres situées dans l'Ambmnois et à Montgard}n,qnc sa femme lui avait apportées en dot ? (1)
En 1222, il reçut aussi l'hommage d'André dauphin : 4t Pldem clientelarem secundo excepit ab Andréa dalphino, eu) amicus imprîmi» erat, pacttimqne fecit cum eodem an. 1222 in quo appellatnr Berardus (2). »
Dans une contestation qui s'éleva entre l'archevêque et le chapitre de l'église d'Embrun d'une part, et l'église d'Oulx d'autre part, sur le partage dee dîmes do plusieurs églises du Briançonnais, Bernard Ghabert vit ses adversaires rendre à sa loyauté un hommage flatteur. Il fut, quoique partie intéressée, choisi comme arbitre amiable compositeur avec Jarente, prieur de Saint-Pierre du Bourg de Valence) et Guillaume de Ghamp, prieur de Galmes.
Les parties litigantes s'engagèrent à exécuter la sentence qui serait rendue : « quod utraque pars teneret, ratum haberet et firmiter observaret quidquid ipsi très, vel archiepiscopus, etprior de Burgo dicerent vcl statuèrent super dictis querelis, non obstante eo, quod archiepiscopus erat particeps in dicta querela, quoniam illi exoeptioni utraque pars expresse renunciavit (3). »
Disons en passant qu'une phrase do la sentence qui fut rendue devint, pour le défaut de précision des termes dans lesquels elle était conçue, l'origine d'un procès qui s'éternisa entre les archevêques et le* chapitre d'Embrun d'une part et l'église d'Oulx.
Quant â l'archevêque Bernard Ghabert, il eut encore maille à partir avec l'Eglise d'Oulx, au sujet de la possession des églises de Saint-Martin, de Saint-Ghaffrey et
(1) Bouche, ffiitoire de Provence^ I. 9., s. ?.
(2) Gàllia christiana^ t. m, p. i076.
(3) UtcieMM 4fbcl0Êi» $har$ariwn, Gharta* !»1.
du Puy-Saint^Pierre. Il parait ^ue Tarchevéque agit d'antorité et ne voulut rien céder sur les réclamations de l'élise d*Oulx. Le prévôt d'Oulx en appela au Saint-Siège : < et quia reprsesentRtiones pertinentes ad Ulciensem eccl^siam, videlicet super ecclesia sancti Theotfredi, necnon etîam sancti Martini, et sancti Pétri in podio admittere, noluistis, quia etiam in aliis dictam Ulciensem eccleeiam a Yobis sentie gravari, ad Sedem apostolicam appelle.... > (1)
Si Tarch évoque Berard ou Bernard Ghabert appartenait à la famille des Berard de la Salle dont la devise était : Suamter et fortiter^ il mit, paralt^il, rarement en oubli l'exhortation de la dernière moitié de la devise.
Bernard Ghabert a reçu de quelques écrivains religieux le titre de Saint. Un passage de la Oallia christiana autorisait, à leur estime, cette qualification : < In quibusdam catalogis mss. eum sancti titulo. decoratum invenimus. »
Tels sont les principaux traits de l'existence de Bernard Ghabert.
(Joseph -Balthazard), originaire de la Salle (canton du M onétier).
Les biographes du mathématicien Berard sont en désac^ cord sur le lieu de sa naissance.
MM. Ladoucette, Adolphe Rochas, MM. les abbés Gaillaud et Sauret le font naître â la Villeneuve, commune de la Salle ; Golomb de Batines, la biographie nouvelle des contemporains de Jaj, Jouj, etc., désignent Briançon comme sa ville natale.
Nous avons en mains un extrait des actes de Tétat civil de la commune de Briançon, dont les mentions font cesser toute incertitude. Voici la teneur de ce document authentique :
(1) Çlci^nsit ecele$iœ chartarittm^ Ghàrta. 185,
« L'an 1763 et le 23" jour da mois de septembre, a été baptise Joseph-Balthazard Berard-Biais, fils â M* Balthazard Berard-Blais, avocat au parlement du Dauphiné et t dame Jeanne Gharbonnel, mariés, né aujourd'hui à
deux heures du matin »
'-' Berard appartenait à la commune de la Salle par son origine, les liens de famille et d'étroites relations, avec les habitants de cette commune. Nous avions partagé, jusqu'à la preuve contraire récemment obtenue, l'opinion de ceux qui désignaient Villeneuve comme le lieu de sa naissance. Les éléments de cette notice biographique étaient préparés. Nous la maintenons ici quoiqu'elle ap*partienTin à la rigueur au canton de Briançon.
Beraid, dèsTenûmce, révéh des aptitudes très-remarquables pour les mathr^ii r i ques. Il fit ses premières études à Briançon. Il les cuijiinua à Embrun au collège des Jésuites. L'imprudence d'un de ses parents lui creva un œil d'un coup de fusil, dans le cours de féeries qu'il était allé passer â Villeneuve. Les études du jeune Berard ne furent point arrêtées par ce grave accident. U les continua à Grenoble et successivement a Paris, où il se rendit en 1782; il fut bientôt l'un des élèves les plus distingués de récole de mathématiques à laquelle a succédé l'école polytechnique ; en travaillant avec excès à un ouvrage sur le Calcul des variations, œuvre demeurée incomplète, il afiaiblit tellement l'œil qui lui restait qu'il fut obligé dé quitter Paris, en 1786. et d'aller réclamer les soins de la famille. Dans la traversée du Gol du Lautaret, à son retour à Briançon, sa maladie fut aggravée par la rigueur du froid. Peu de temps après, il était aveugle.
Malgré cette cruelle infirmité, Berard continua l'étude des mathématiques, se faisant lire les ouvrages publiés sur ces sciences et dictant les éléments de mémoires et de livres plus tard publiés. Ces œuvres de haute portée sciei. touque étaient élaborées par cette puissante intelli-
ge&ce, sims remploi des signes extédeurs de figures et de chiffres écrits, dont il semble que le secours soitd*al>soine nécessité dans une opération compliquée de mathématiques. Le Jeune savant se fit, dès lors, professeur de mathématiques à Brian^o.
Beraffd embrassa avec ardeur les principes de b-Réfolution. Maici s*il se constitua tout d'abord Tadvei^re très-*résolu et quelque peu bruyant des partis^nifi de Tan* cien régime, il se montra aussi le courageux Am^emi de toute dictature démagogique, s' efforçant de conjurer tous les périls de (;uelque côté qu'ils apparussent, qui Qienaçaient les institutions libr. s que la France était en*trfda d'organiser.
La garde nationale. de Briançon avait^ en 1789, donné a la municipalité de la ville un pouvoir illimité de créer son étatp-major. Ge n'était que dans une ville, depuis, des siècles, en pleine jouissanoe d'institutions âémooratiqnes sages et pratiques, qu'une pareille abdication d'un droit d'élection si nouveau dans le reste de la France, pouvait avoir lieu.
La municipalité briançonnaise porta son choix aur M. le marquis de Tonnerre, et par une délibération des 8 et 9 novembre 1789, lui conféra le titre de colonel général propriétaire des milices briançonnaises.
Sans aucun doute, la municipalité avait été déterminée, dans cette élection, par des moti£5 respectables; son patriotisme, la sincérité de sa sollicitude pour le bien public, ne pouvaient être mis en doute.
Mais il y avait quelque imprudence dans le choix d'un personnage que son titre, sa fortune et aes antécédents politiques ne pouvaient faire considérer, quelles que fassent ses qualités personnelles, comme un partisan de la Révolution. La municipalité de Briançon avait excédé ses pouvoirs en désignant un chef aux milices briançonnaises des autres communautés, qui n'avaient délégué â personne leur droit de libre élection. Le titre de colonel