‹ Biographie-bibliographie du BriançonnaisChapitre 7 sur 36 · BEUF (LE P · texte numérisé non relu

BEUF (LE P

Lh curé Albert cite parmi les ecclésiastiques dignes de mémoire qui ont pris naissance dans la Vallouise, le P. Beuf, de la doctrine chrétienne, qui, dit-il, « a donné « au public un ouvrage de controverse contre les protesc tants, qui est très estimé^ ».

Essais d'éclaircissements où tous les points de controverse sont décidés par un seul principe, etc., par un prêtre de la Doctrine chrétienne. (Bœuf (le P.), Avignon, 4745, in-8«.

Quérard : France Littéraire.

BRUYS (Pierre de).

Pierre de Bruys, qui fut au xii*' siècle un réforraateur hardi et de parole puissante, est né dans la Vallouise, dans la seconde moitié du XF siècle *. Il fut, suivant M. Peyrat*, le Martin Luther du moyen âge; sa parole eut une immense action et ses doctrines un grand retentissement dans le midi de la France, des AJpes aux Pyrénées. Il nous est connu surtout par les écrits de son contemporain, labbé de Cluny, Pierre le Vénérable, homme de grande érudition, Téinule de Saint-Bernard, qui combattit, avec toute Fardeur de sa foi, les doctrines du réformateur 3.

Les expressions dont se sert Tabbé de Cluny pour désigner le lieu de naissance de Pierre de Bruys dans une lettre aux évoques d'Embrun, de Gap et de Die : Alpes geîidas

* Henri Martin dit que dès 1119, le Concile de Toulouse, présidé par le pape Calixte II, avait anathématisé les sectateurs d'un certain Pierre de Bruys... On pourrait induire de ce fait, s'il était avéré, que la naissance de IMerre de Bruys devrait être fixée approximativement de 1085 à 1090.

- Los Réformateurs de France et d'Italie au XII* siècle.

3 1). pétri vencrabilin. .. . cfjistolarum libri VI. Pansiis, 1522.

et perpetuis nivibua opertos êcopuloa démontrent, avac cei titude, que la Vallouise fut son berceau. Presque tous U historiens tiennent d'ailleurs le fait pour certain.

Au témoignage de l'abbé de Cluny, Pierre de Bruî enseignait que le baptême conféré avant l'Age de raiso était inefûcace, la foi et ta volonté d'autrui ne pouvar suppléer la foi personnelle, (non aliéna Sdes sed propri cum baptismale salval domino dicente : qui crediderit ( baptizatus fuerit, salvus erit.); qu'il ne devait point éti construit d'église, ni de temple, Dieu pouvant être ador partout (in foro et in templo, ante altarc vel ante stabulut invocatus, Deus accedit et eos qui merentur exaudit) ;

Que la croix devait être en abomination comme ayai servi à la torture, au supplice du Christ ;

Que les sacrifices, les prières, les aumônes des vivant De pouvaient rien en faveur des morts ;

Que le corps et le sang de Jésus-Christ n'étaient poir dans le sacrement de l'Eucharistie ;

Que l'on devait bannir du culte les hymnes et le chants.

Voici, du reste, l'énoncé des propositions tel qu'il es formulé dans le hvre de Pierre le Vénérable, consacré la réfutation de la doctrine petrobusienne' ;

Dicunt hseretici parvulos non posse baptizari.

Bazilicas, vel allaria fieri non debere» crucem domir nec adorandam, nec venerandam, sed magis confringen dam et conculcandam esse.

Missam nihil esse, nec celebrari debere.

' De Pétri venerabilà contra Heinricianorum cl Pelroli bxreiei. (Ingolstadii in oNcina VuesfenlioL'ri. irM.)

Vivorum bénéficia nihil prodesse defunctis.

Deo non esse cantandum.

Ces hardies prédications ne furent point tolérées dans les vallées des Alpes, où l'action du bras séculier, sollicitée par les exhortations des évêques, environnait des plus redoutables périls les négateurs de la foi régnante.

Pierre de Bruys se dirigea vers les villes populeuses de la Provence et de la Gascogne. Dans sa lettre aux évêques des Alpes, Pierre le Vénérable ne dissimule point l'iramense succès de la prédication du réformateur : « Instigat « fama nuper relata quod scilicet anguis lubricus de regio- « nibus vestris elapsus, imo vobis persequentibus expula sus, narbonensem provinciam sese contulerit : et quod « apud vos in desertis et villulis cum timoré sibilabat, « nunc in magnis conventibus et populosis urhibtis auda- « citer praedicat. »

Baronius, dans ses Annales ecclésiastiques, affirme que la prédication de Pierre de Bruys duravingtans. (Easdem ferme errores per annos viginti impie seminavit in provinciis arelatensi, novempopulanâ.)

La disposition des esprits dans les villes du Midi et du Sud-Ouest de la France, esprits alertes et frondeurs, les véhémentes attaques des premiers troubadours contre les moines et le clergé séculier, l'orgueil, la richesse, la simonie des prélats, la dissolution de leurs mœurs constatée et déplorée par Saint-Bernard lui-même, tout préparait les voies devant l'ardent réformateur et avivait les énergies de sa parole.

Les doctrines de Pierre de Bruys ont soulevé d'orageux débats entre les défenseurs de l'Église d'une part, les écrivains protestants ou rationalistes d'autre part. La lutte a été des plus vives et elle dure encore. La polémique a

souvent manqué des égards que se doivent dans la discussion des gens qui diffèrent d'opinion, mais également honorables, sincères et mus par Tamour de la vérité. Le curé Albert dit que Pierre de Bruys n'était qu'un mauvais sujet. Le jésuite Marcellin Fournier avait appelé Valdo un bélitre.

Dans une étude biographique où trop de lyrisme dans la forme s'unit à de savantes et minutieuses recherches, M. Peyrat a mis en relief la mission de Pierre de Bruys ; il a noté, exagéré peut-être les résultats de sa prédication, de la propagande de sa doctrine. Il a arrêté, dans une forme pleine de vigueur, les traits de la grande figure du rénovateur Vallouysien.

Pierre de Bruys n'était point le missionnaire révélateur d'aucun dogme nouveau. Il voulait dépouiller la grande morale évangélique, des croyances parasites nées de l'ambition temporelle, de la cupidité, des inavouables passions.

Herder signale comme étant constitués en sociétés modérées les prosélytes de Pierre de Bruys. (Idées sur la philosophie, Trad. d'Edgar Quinet, t. III, p. 468.)

Le baron de Mosheim, en son Histoire ecclésiastique, s'exprime ainsi sur le compte de Pierre de Bruys : « Une € secte beaucoup plus raisonnable fut celle que fonda, en « Languedoc et en Provence, environ l'an 1110, Pierre < de Bruys, qui fit généreusement les plus grands efforts « pour détruire la superstition dominante, et qui, après c s'être fait beaucoup de disciples, par un ministère de € vingt-cinq ans, fut brûlé à Saint-Gilles par une populace

* Loc. cit. suprà.

« furieuse, excitée par des prêtres trop intéressés à le c perdre. On ne connaît pas parfaitement tous les senti- (L ments de cet infortuné réformateur, dont le zèle, au « restp, n'était pas sans quelque mélange de fanatisme ; (,( mais l'on sait avec certitude que cinq propositions £ai- « saient partie de son système et de la religion des Pétro-

« brusiens ses disciples » (T. III, p. 106, de la

traduction publiée en 1776.)

Michelet apprécie, dans les termes suivants, le fait historique de l'action exercée par Pierre de Bruys :

« De bonne heure, les montagnards piémontais, dauphinois, gens raisonneurs et froids, sous le vent des glaciers, avaient commencé à repousser les symboles, les images, les croix, les mystères, toute la poésie chrétienne. Là, point de panthéisme comme en Allemagne, point d'illuminisme comme aux Pays-Bas ; pur bon sens, raison simple, solide et forte, sous forme populaire. Dès le temps de Gharlemagne, Claude de Turin entreprit cette réforme sur le versant italien; elle fut reprise, au xii« siècle, sur le versant français, par un homme de Gap ou d'Embrun, de ce pays qui fournit des maîtres d'école à nos provinces du Sud-Est. Cet homme, appelé Pierre de Bruys, descendit dans le Midi, passa le Rhône, parcourut l'Aquitaine, toujours prêchant le peuple avec un succès immense, » {Histoire de France.)

Le renversement d'une croix à Saint-Gilles ameuta, en 1147, la populace contre Pierre de Bruys. Il fut brûlé. Il n'est pas prouvé que cet acte de férocité, l'un des premiers accomplis contre la libre manifestation de la pensée, fut provoqué par les incitations des chefs de l'Église; mais les assassins eurent Tapprobation de l'abbé de Gluny ; c< Sed posl ropfuin Pétri de Hruis, dit-il dans ses lettres,

« quo apud sanctum Egidium Zelus fidelium flammas € dominicse crucis ab eo succensas eum concremando « allas est »

L'Église, du reste, ne tarda point à faire appel contre rhérésie au bras séculier, ainsi qu'en témoigne la lettre de saint Bernard à Hiidefonse, comte de Saint-Gilles, contre Henri, le disciple de Pierre de Bruys *.

On peut se demander comment cette popularité, qui entourait de si cbaudes acclamations dans les grandes cités la prédication du réformateur, lui fit' défaut dans une ville de moindre importance, quelle cause il faut assigner à cette soudaine et mortelle fureur, dans les tumultueuses manifestations de laquelle il trouva le sup* plice et la mort. L'explication est aussi facile à trouver qu'elle paraît plausible.

Saint-Gilles était, au xn« siècle, un lieu de pèlerinage aussi célèbre et plus fréquenté que Saint-Jacques de Gompostelle. Les pèlerins y affluaient de tous les points du monde catholique ; la ville était remplie de couvents, de religieux de tous ordres, de confréries religieuses 2. Tout ce monde vivait du pèlerinage et avait un intérêt vital à l'immutabilité de l'ordre de choses existant. On sait, par l'étude de l'histoire et par l'expérience de tous les jours, quelles passions violentes, quelles inexorables colères soulève celui qui porte atteinte aux intérêts, qui menace le bien-être matériel, soit des individus, soit des collectivités.

* Œuvres de saint Bernard, lettre 241, trad. de l'abbé Charpentier. ' Voir Saint-Gilles et son pèlerinage, par l'abbé d'Everiange. Avignon, 1879.

Pausanias raconte que les Phocéens avaient pillé à Delphes le temple d'Apollon ; que pour ce sacrilège ils avaient été exclus du Conseil des Amphyctions ; mais que lorsque les Gaulois vinrent assiéger Delphes, les Phocéens se battirent avec acharnement pour défendre la ville sacrée et le sanctuaire de nouveau regorgeant de richesses. La ferveur religieuse était-elle pour quelque chose dans ces agissements ?

Pourquoi les Gnidiens étaient-ils les gardiens jaloux de la Vénus de Praxitèle et eussent-ils pris les armes si la possession leur en avait été disputée ? Était-ce par dévotion ou parce que la statue d'idéale beauté attirait à Cnide, de la Grèce, de TAsie-Mineure, de l'Archipel, de de la Sicile, de la Grande-Grèce, de nombreux et riches voyageurs qui venaient admirer le chef-d'œuvre et reconnaître, la bourse ouverte, la peu gratuite hospitalité des habitants ? L'intérêt matériel n'est-il pas, de tout temps, sous toutes les latitudes, au sein des masses, le principe, sinon supérieur, mais presque toujours dominant, des soulèvements populaires^ voire même des révolutions?

DESPONTS (Claude).

Claude Desponts, né à Saint-Martin-de-Queyrières, au commencement du xviP siècle, est mort en 1681, Il a occupé, au siège du baillage du Briançonnais, les fonctions de procureur du roy. L'accomplissement d'une mission importante autant qu'honorable doit lui assurer une place parmi les Briançonnais dignes de mémoire.

Le Briançonnais avait été, dans la première moitié du xviie siècle, en violation des termes de la transaction du 29 mai 1343, chargé d'impôts nouveaux. Par ce traité, le

Dauphin Humbert II avait, comme on le sait, cédé à perpétuité, aux communautés du Briançonnais, tous les droits et les devoirs féodaux, seigneuriaux, tailles, offices politiques et autres qu'il avait à faire valoir en ce pays, moyennant une somme de 12,000 florins d'or d'entrée et la rente annuelle de 4,000 ducats. Le fisc royal, soit par ses agents directs, soit par les traitants et amodiataires du trésor, avait, sans nulle relâche, tenté de violer le pacte delphinal dont les rois, successeurs des Dauphins, avaient tous, à leur avènement au trône, juré de respecter les clauses et conditions. Ils avaient, en dernier lieu, extorqué aux Briançonnais des droits de franc fief et de nouveaux acquêts ; des offices de receveurs particuliers, d'auditeurs des comptes de communautés, de secrétaires et contrôleurs avaient été créés, et la charge des émoluments attachés à ces offices avait été imposée aux communautés, le tout contrairement aux droits garantis par la charte de 1343.

Les Briançonnais se pourvurent devant le Conseil du roy et donnèrent mission, avec le titre de députés, à Claude Desponts et à Jean-Étienne Rossignol, de recueillir et de faire imprimer leur charte, ainsi que les lettres patentes des rois, portant confirmation de la transaction, les arrêts du Conseil du roy, ceux du Parlement et Chambre des comptes rendus en sauvegarde de leurs droits*.' La mission des députés comprenait aussi, bien entendu, le mandat de poursuivre devant le Conseil du roy le redressement des torts à eux causés et la reconnaissance

^ Notons qu'à plusieurs reprises et jusqu'en 1788, les Briançonnais ont fait réimprimer leur charte.

des franchises, droits et privilèges des firiançonnais. Les deux députés firent imprimer en 1641, à Paris, la charte du Briançonnais, sous ce titre :

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