S BIOGRAPHIE
valier ayant amassé en France l'argent de sa rançon, le porta lui-même en Angleterre , pour dégager son reliquaire précieux. Adrien de Bouflers mourut en 1622, à l'âge de quatrevingt-dix ans.
fcOUJONNÏER ( François ), né à Abbeville , s'adonna à la médecine. Après avoir été reçu docteur à Paris , il fut élu doyen de la faculté en 16Z2. Gui Patin, dans une lettre du premier décembre de la mémo année, s'exprime ainsi : « Nous avons un nouveau doyen, nommé Boujonnier, fort honnête homme, et de notre bon pays de Picardie. » On ne sait ni le jour de sa naissance, ni celui de sa mort , et on ne connaît aucune particularité de sa vie , sinon qu'il a laissé un fils qui fut *ussi docteur de la faculté de Paris, et qui se distingua par ses talens.
BOUSARD ( ) , marin , né au
bourg d'Ault , était gardien du phare et pilote du port de Dieppe , lorsqu'un navire^ monté
d'abbeville. 6g
de huit hommes d équipage et de deux passagers, échoua dans la nuit du 3i août 1777, à trente toises de la jetée. Le vent était impétueux, la mer dans une agitation épouvantable. Aux cris des malheureux qui allaient périr , Bousard prend la résolution de voler à leur secours, malgré les représentations qu'on lui fesait , malgré l'impossibilité apparente de les sauver. Il se ceint le corps avec une corde dont le bout était attaché à la jetée , et se précipite au milieu des flots qui le repoussent vingt fois , et le roulent violemment sur le galet. Son ardeur ne se relentit point ; il se replonge à la mer. Les vagues irritées l'entraînent sous la carcasse du navire, contre lequel elles s entrechoquent avec fureur. On le croyait mort, lorsqu'il reparut tenant dans ses bra& un matelot qui avait été précipité du bâtiment, et qu'il apporta à terre presque sans vie. Enfin, après plusieurs tentatives inutiles , entouré de débris qui augmentaient encore le danger , et couvert de blessures , il parvient au vaisseau, s'y accroche et y lie sa corde. Cette corde salutaire trace un chemin à l'équipage , au milieu des ténèbres et des flots. Il nage autour de ce pont flexible, soutient les malheureux qui vont gagner lat
terre , et les dépose heureusement sur la rive. Au même instant , ses forces l'abandonnent ; il tombe en défaillance. Il reprenait ses esprits, lorsque de nouveaux cris retentissent à ses oreilles. Il court aussitôt vers la mer, s'y précipite une seconde fois , et parvient à sauver encore un des deux passagers qui était resté sur le bâtiment. Des dix hommes qui montaient le navire, il n'en périt que deux.
Bousard avait fait le vœu de sauver, aux dépens de sa propre vie , tous les naufragés à qui il pourrait être utile. Ce vœu était un hommage qu'il rendait à la mémoire de son père , qui fut noyé sans qu'on pût le secourir. On instruisit le ministère de tout le détail de cette belle action. Bousard reçut une gratification de 1 ooo francs , une médaille d'or et une pension annuelle de 3oo francs. On le pressa vivement d'aller à Paris se présenter au Boi , pour lui témoigner sa reconnaissance. Bousard céda au vœu public ; il fut placé dans le salon d'Hercule , ' sur le passage de la famille royale. Le duc d'Àyen le fit apercevoir à Louis XVI , qui dit en le regardant avec sensibilité : Voilà un brave homme, et véritablement un brave homme. La cour lui fit l'accueil le plus flatteur. On choisit dans
L> ABBEV1LLE. 7 le
la ville de Dieppe un terrein libre où Ton pût lui bâtir une maison. Fidèfe à son serment et aux devoirs qu'il s'était imposés envers l'humanité , le brave homme surveilla jusqu'à sa mort le port et les Jetées de Dieppe , où , à la moindre apparence de danger, on le voyait s'élancer dans les flots, pour y saisib les naufragés.
BOUSÀRD ( Louis -Jean ), son fils, s'associa à sa gloire par des actions non moins remarquables. Le fils de ce dernier est encore aujourd'hui gardien du phare de la jetée de Dieppe , et se montre digne à oecuper ce poste par les mêmes preuves de dévouement.
BOUTILLIER ( l'abbé ) , professeur de belles-lettres en l'Université de Paris , né il Dreuil, canton d'Halleneourt, a publié i Abrégé méthodique de la Géographie ancienne et moderne, avec des cartes de six pieds de hauteur pour r instruction publique de la jeunesse; Paris , 1779, un fort volume in-12. Cet ouvrage est estimé , et les grandes cartes géographiques de six pieds en tous sens ? destinées par l'aflr
teur à être placées dans les classes publiques , furent approuvées par les commissaires de l'Université , MM. Maltor et Lhomond , et regardées comme très-utiles. L'abbé Boutillier a voulu rendre hommage à sa patrie en citant Dreuil dans son ouvrage. « Drcuil, village situé dans un vallon agréable , sur les bords d'un ruisseau. Je ne me flatte pas de l'illustrer comme Pomponius-Mela a illustré ïiagentera. Mais ce trait de patriotisme et de modestie qui plaît dans un excellent original , j'espère qu'il ne déplaira pas dans une faible copie. » Nous n'avons aucun renseignement sur la vie privée de ce géographe.
BRIET ( Philippe ) , né à Abbeville , dans la paroisse Saint-Eloi , le six mars. 1600 , entra dans la compagnie de Jésus à dix-huit ans , y fit profession immédiatement après son noviciat, et quoique son temps fut employé à enseigner les humanités , il ne négligea point la géographie , sa science favorite. Les meilleurs et les plus connus de ses ouvrages , sont : i° Para lie la Géograpfiiœ vêler i s et nopœ ; Paris , 1 648 et 1 649 > t* 0 * 8 volumes
d'abbbvillb. 75 in-4° , avec cent vingt-cinq cartes en tailledouce ; le troisième volume a pour titre Parailela Geographica Italiœ veteris et novœ. Cet ouvrage estimé ne traite malheureusement que de l'Europe ; la suite , que l'auteur a laissée en manuscrit , passa de la bibliothèque des jésuites , dans celle de l'abbé Brottier , et se conserve depuis 1811 à la bibliothèque du Roi. 2 0 Annales Mundi, sive Chronicon , ab orbe condito ad annum Christi . . . 5 Paris , 1 663 , sept volumes in-12; Mayence , 1682, un volume in-folio; Yénise, 1695, sept volumes in-12.
Cette dernière édition est la meilleure et la plus complète; l'ouvrage est estimé. L'auteur suit à peu de chose près la chronologie du P. Pétau. 3° Iheatrum Geographicum Europœ veteris , i653, in-folio; Zenia Delphino oblata, nomine collcgiï Rothomagensis ; Rouen , 1639, in-4°; 5° Elogium patris Jac Sirmondi , Paris , i65i , in-4° ; 6* Continuatio Tursellinianœ epitomes historiarum , Paris , 1 65g , souvent réimprimé à la suite de Tur~ sellin ; 7 0 Acutè dicta omnium veterum poetarum latinorum ; prœfixum de omnibus iisdem poëlis syntagma ; Paris, 1664, 1684, in-12.
Ce jésuite a aussi fait le cinquième volume de la Concorde chronologique du P. Labbc ,
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qui parut en 1670, en cinq volumes in-folio; les quatre premiers volumes finissent à Tan 1200. Le P. Brîet continua l'ouvrage jusqu'en 1600 , et le termina par un abrégé de 11mstoîre du dix-septième siècle. On assure que c'est un excellent livre. Briet professa dans différons collèges , fut bibliothécaire de celui de Paris , et mourut le 9 décembre 1668, à l'âge de 68 ans. Le célèbre Baudrand fut son disciple : il fesait ses études à Clermont , sous le P. Briet , dans le temps que celui-ci livrait à l'impression sa Géographie ancienne et nouvelle, et c'était le jeune Baudrand qui en corrigeait les épreuves ( Voy. Mémoires de Niceron ) . Soja portrait a été peiujt par J. Ballue, en 1668.
CALONNE ( G uillaume ) , jurisconsulte, a composé : Divers traités latins sur le droit civil romain , imprimés à Toulouse , en 1 546.
CALONNE ( Louis-François de ) , avocat au Parlement de Paris , membre de la Société Royale de Londres , des. académies de Dijon et de Châlons-sur-Marne , grand bailly do
Vitry, etc., naquît à Abbeville , en 1714* On a de lui : i° Les Souhaits d'une heureuse année , suivis de plusieurs autres , adressés à M. *** , en réponse à un nouveau projet d'un canal dans la Picardie, et d'un port à Amiens, qui entraînerait la destruction d Abbeville et de Saint-Valeri; avec quelques observations sur futilité du commerce et sur la manière d élever les en/ans qui y sont destinés; brochure în-8% Amsterdam et Paris , 1765. I/auteur réfute dans cet ouvrage Fopmion du fameux Linguet , qui avait écrit sur le projet du canal de la Somme pendant son séjour à Abbeville , chez Devérité, 2 Ù Commentaires sur les Coutumes de Ponthieu, Montreuil, Boulogne; 3° un Essai sur t Agriculture , et des Facfum. Ses autres ouvrages sont restés manuscrits. 11 mourut à Vitry, le 21 août 1793.
CANTELEU ( Nicolas), bénédictin de la congrégation de Saint-Maur , né à Saint-Valeri , fit profession dans l'abbaye de Vendôme , en 1649. P cu de temps après, ses supérieurs l'appelèrent à Saint-Germain-des-Prés , pour y remplir la charge de sacristain. Il a publié :
Insirmationes pietatis , seu Vitœ sanctoa Gertrudis V irginis et Abbatissœ sancti Benedicù ; Paris, 1622. On rapporte qu'un sentiment secret l'avertit de sa mort, et qu'il en fixa le jour. Cette singulière déclaration surprit d'autant plus, qu'il n'était point malade. Le 28 juin 1662 , il rendit exactement ses comptes , fit appeler son successeur, et lui donna ses instructions. Le lendemain , terme indiqué de son existence , il demanda la dernière épreuve de son livre, et après l'avoir corrigée , il expira.
CAPPERON ( ) , curé de Saint-
Maxent et doyen rural d'Oisemont , a publié : 1° Essai historique sur r antiquité du Comté d'Eu, imprimé dans les Mémoires de Trévoux, mai 1716. L'auteur prétend que cette ville est l'ancienne capitale des Essui , peuple cité par César. 2 0 Lettre à -Sf.*** sur Quelques vieux tombeaux découverts dans le comté dEu % à la fin de 1721, dans laquelle il soutient son opinion sur les "Essui ; mais l'Abbé des Thuilleries le réfuta dans le Mercure , juin 1722, et M. Capperon se défen-
d'àbbeville. 77
dit dans le même journal, en août 1722.
3° Remarques sur l* Histoire naturelle, F Histoire civile et ecclésiastique du Comté d'Eu ; ibid. juillet 1730; 4* Réflexions sur la lettre de Vabbè Txbœuf, au sujet des anciens tombeaux; ibid., octobre 1731 ; 5° Mémoires historiques sur les personnes originaires du comté d'Eu qui se sont distinguées par leurs vertus, par leur science et par leur valeur ; Mercure , avril 1730, mai 1731. L'abbé Capperon mourut le 19 mars 1734.
CAUMARTIN( LEFÈBVRE DE ). Cette famille, aujourd'hui éteinte, tirait son origine du Ponthieu , et son nom du village de Caumartin près de Crécy (*). Elle a occupé un rang éminent dans la magistrature française.
CAUMARTIN (Louis de), garde-des-sceaux, lié en i552 , obtint cette dignité parle crédit du maréchal de Bassompierre. On prétend que Louis XIII la lui accorda avec répugnance; « Caumartin est bègue , disait-il , je le suis aussi; mon garde-des-sceaux doit porter la
O Ce nom a «te donné à une rue de Paris.
parole pour moi, et comment le pourra-t-il > s'il a besoin d'un interprète ? » Ce ministre avait été successivement intendant de Poitou et de Picardie, ambassadeur en Suisse, conseiller d'état et président du grand conseil. Les talens qu'il montra dans ces diverses fonctions , fesaient attendre beaucoup de son habileté comme chef de la justice ; mais trois mois après son élévation au ministère, il mourut le 22 janvier 162 3. Le plus connu de ses enfans fut François, évêque d'Amiens, homme vraiment apostolique, mort en (*).
CÀUMARTIN (Louis-François de ), intendant de Champagne , né en 1624, mort en 1687, fut ami du cardinal de Retz, son conseil et son agent même pendant les troubles de la fronde, où il joua un rôle très-important.
CAUMARTIN ( Louis-Urbain LEFÈBVRE DE ) , fils du précédent, d'abord conseiller au parlement, puis maître des requêtes, intendant des finances et conseiller d'état, naquit en i653, et mourut, sans enfans, le 2 septembre 1720. Il eut pour précepteur Fléchier,
(**) Lt cœur de ce prélat fut déposé dant le couvent des Carmélites d'AbbcYiUe, qu'il mit en partie fondé.
d'abmevillk.
et puisa dans les leçons de ce grand maître les principes de droiture et de sagesse qui recommandent sa mémoire à la postérité. C'est de lui que Bedeau dit dans une de ses satires :
Chacun de l'équité ne fait pas son flambeau,
Tout n'est pat taumartin , Bignon , ni d'Aguesseau.
Ce magistrat réunissait, à un très- ha ut degré, les qualités de l'esprit à celles du cœur. Ce fut dans son château de S*. -Ange , près de Fontainebleau, que Voltaire conçut la première idée de La Henriade. Caumartin , dans sa jeunesse, avait fréquenté des seigneurs de la cour de Henri IV et des amis de Sully. Il ne parlait qu'avec enthousiasme du bon roi et de son digne ministre. Voltaire revint de S*, -Ange tout occupé du plan de son poëme.
Dans une épitre datée de ce lieu même , il dit :
Caumartin porte , en son cerveau , I>e son temps l'histoire vivante.
Caumartin est toujours nouveau A mon oreille qu'il enchante; Car dans sa tête sont écrits Et tous les faits et tous les dits Des grands hommes, des beaux esprits; Mille chai mantes bagatelles; Dos chansons vieilles et nouvelles, Et les annales immortelles Des ridicules de Paris,
En racontant à Voltaire les intrigues de la cour de Louis-le-Grand , dont il était parfaite-' ment instruit , Caumartin lui donna l'idée et lui fournit les premiers matériaux du Siècle de Louis XIV ( Voyez Anselme , Grands Officiers de la couronne, tome 6 , page 54 2 ; F. Duchesne, Histoire des Chanceliers et Gardes-sceaux de France, page 757.
CHARLES D'ABBEVILLE , capucin dont ié nom de famille était Duval , s'adonna avec succès à la prédication, et se rendit recommandante par son mérite et sa piété. Il a écrit en français un Traité du Sacrement de Mariage , Paris , 1659, dans lequel se trouvent des instructions sur les devoirs des époux, des prières et quelques poésies en l'honneur de la Vierge et de S 1 . Joseph.
CHOQUET ( Pierre Adrien ), peintre et professeur de dessin , naquit avec les plus heureuses dispositions pour son art. Contrarié dans sa vocation , il mettait tout son plaisir
d'àbbevillë. 81
à dessiner furtivement les objets qui frappaient sa vue ou son imagination (*) , et se forma sans le secours d'aucun maître. Il travaillait avec facilité , et a laissé un assez grand nombre de tableaux , parmi lesquels nous citerons avec éloge : quatre Paysages où sont retracés plusieurs travaux industriels et agricoles ; deux Scènes d intérieur , un Incendie et une Vue du Moulin de Caours près d'Abbeville. Les quatre paysages sont composés avec intelligence, et se recommandent par une grande vérité de détails ; mais on y désirerait moins de crudité dans les lointains, une touche plus large et plus hardie. Peut-être est-il à regretter que dans la Vue du Moulin de Caours , charmante pièce où Ton distingue la variété du feuillé , et la transparence de la chute d'eau, le peintre ait négligé de donner plus de vigueur au coloris , et plus d'éclat à la lumière. Llncendie dune Maison de la chaussée dHocquet y vue prise de la maison même de l'auteur , et les deux intérieurs , l'un représentant un Tribunal révolutionnaire , l'autre une Arrestation sous le régime de la terreur, sont d'un ton plus vrai, d'une composition plus heureuse , et l'incendie
(*) Il enlevait k la perruque de son père des boucles de chc* ▼eux pour en Cure des pinceaux»
8a BIOGRAPHIE
surtout, donne une idée avantageuse de «on mérite. Ces tableaux sont religieusement conservés dans sa famille. On a encore de Choquet, l'Explosion du Magasin à Poudre dAbbeville, tableau qui a été gravé par Macret ( Yoy. ce nom,)* des paysages, des tableaux d'église, plusieurs autres sujets, et des portraits fort ressemblant 9 parmi lesquels on remarque le sien. Ses -deux pièces capitales sont le tableau du maître-autel de 1 église S'. -Jacques, et celui des homme» illustres du Ponthicu, qu'on voit dans la bibliothèque de l'hôtel de ville (Voy. Collenot)- Cette composition, qui honore plus encore le citoyen que l'artiste, représente le temple de mémoire. L'élite des Abbevillois en occupe l'intérieur. Au fond, dans une galerie, sont tous les -personnages nés dans nos environs.
Chaque portrait est indiqué par un numéro qui trouve avec son nom répété sur une pyramide ou sur le mur de l'édifice. Au-dessus, deux génies déploient une banderole sur laquelle on lit : Aux hommes dignes de mémoire, nés à Abbeville et aux environs (*). Choquet joignait -à ses talens pour la peinture , les qualités morales les plus précieuses. Il était déjà vieux
(•) Ce patriotique tableau fut exécuté eu i8oa. Sa fomiUc on pot- *èdo une copie.
d'abbeville. 83 lorsqu'il mourut dans sa ville natale , qu'U habita toujours , le 1 3 mai 1 8 1 3. Il avait un fils qui reçut de lui ses premières leçons , et qui alla se fixer à Paris, où il se livrait entièrement à la composition de sujets destinés à orner les livres; genre dans lequel il s'est distingué par beaucoup de goût et de facilité. Il est mort, jeune encore, en 1824. Le fils de ce dernier cultive avec succès les sciences mathématiques.
CLAIRÉ ( Martin ) , jésuite , naquit à S'.- Valeri, en 1612. Il se distingua dans le ministère de la chaire , et particulièrement par son talent pour la poésie latine. Après avoir occupé Femploi de recteur dans le collège de Nevers , il devint dans celui de Paris ce que les jésuites appellent ministre , et mourut à La Flèche , en 1693. On a de lui : Hymni ecclesiastici , Paris, 1673, in-4°. H en donna une autre édition , augmentée d'une seconde partie , Paris, 1676, in- 12. Rétablir dans les hymnes de l'ancienne église la pureté , l'élégance et la clarté de la langue latine , tel est le but que l'auteur s'est proposé , et qu'il a su atteindre.
CLAUDE D'ABBEVILLE, capucin, dont le nom de famille était Foullon et non Silyére (*), comme le dit la Biographie Universelle, résidait à Paris lorsqu'il fut envoyé comme missionnaire au Brésil , où depuis le règne de Henri IV, les Français tentaient de former un établissement , que leur inconstance leur fit bientôt abandonner. Le 19 mars 161 2, le P. Claude s'embarqua à Cancale , avec le P. Ambroise d'Amiens et deux autres de ses confrères. L'expédition était composée de trois vaisseaux commandés par Razilly et de La Ravardièrc , lieutenans-généraux du roi aux Indes Occidentales. A peine avait-elle mis à la voile, qu'une effroyable tempête , qui ne cessa que le neuvième jour, dispersa les trois bâtimens , et les força de relâcher en Angleterre. Ils se rallièrent heureusement à Plymouth , levèrent l'ancre le 2 3 avril, passèrent le 7 mai entre Fortaventure et la Grande - Canarie , puis longèrent l'Afrique presque jusqu'à l'équateur. Le P.
Claude décrit bien l'aspect sauvage et désert de la côte aux environs du Cap-Blanc, et tout
(*) Le P. SiLviBB d'Abbevillb, habile prédicateur , du même t>rdre , dont le nom séculier était Boutabt , a publié : Histoire chronologique de la. vie de S te.-Colette , vierge de l'ordre de Ste.-Clairç t Pari», 1619 et 1628, iu-8%
d'abbeville. 85
ce qui le frappe le plus pendant la traversée. Arrivée au 4° de latitude australe , la flotte cingla vers l'ouest , et aborda , le %l\ juin , à Me de Fernand de Noronha , que le P. Claude appelle Fernand de la Rongne, et dans laquelle on passa quinze jours. Après son départ de cette île , l'expédition atteignit la baie de Mouroucu , puis suivant la cote , jeta l'ancre au Cap-de-Ia-Tortue ; se dirigea ensuite sur File Sainte-Anne , et arriva, le 6 août, dans l'île de Maragnan. Les capucins , revêtus de leurs habits sacerdotaux , tenant à la main de longs bâtons surmontés de crucifix , descendirent sur le rivage , où la plupart des Français de l'expédition, réunis aux équipages de quatre à cinq navires de Dieppe , s'étaient rangés pour les recevoir à la tête d'une foule d'Indiens. On planta des croix , on érigea des chapelles , puis on bâtit un fort et des habitations. Ainsi commença la ville de Maragnan ou Saint-Louis, aujourd'hui Tune des plus considérables du Brésil. Les missionnaires parcoururent ensuite le pays pour y répandre l'évangile , et parvinrent a se faire aimer des naturels, qui témoignaient partout à leur approche une vive satisfaction , leur apportaient des vivres , et ne négligeaient rien de ce qui pouvait marquer:
leur attachement. Après avoir organisé la mission qui , dit le P. Claude , était le principal objet de rétablissement , on prit possession du pays au nom de la France , dont le drapeau , salué par l'artillerie des trois vaisseaux , fut arboré le même jour sur le fort. Le nombre des missionnaires et des colons ayant été jugé insuffisant, on décida que Razilly retournerait en France pour amener des renforts. Le P. Claude reçut Tordre de l'accompagner. Le vaisseau qui les portait, assailli par des vents furieux , manqua de périr en arrivant au Hâvre. La tempête s'étant appaisée, ils débarquèrent enfin dans ce port, le 17 mars 1610, amenant avec eux six sauvages que le P. Claude conduisit à Paris, où il entra au milieu d'un nombreux cortège de religieux de son ordre, et d'un immense concours de peuple. On accourut de plus de vingt lieues à la ronde, dans son couvent, pour voir ces Brésiliens tatoués et parés de plumes, ces Osages du 17™° siècle, dont trois moururent peu de temps après. Les autres furent solennellement baptisés en présence de Louis XIII et de Marie de Médicis.
Le P. Claude a publié : Histoire de la Mission des P. P. capucins à nie de Maragnan et terres circonvoisines , où il est traité des singularités
D'àBBI VILLE. 87
oûmir stèles et des mœurs merveilleuses dès Indiens r etc. Paris r *6i4, in-12, fig. Ce monument précieux d'une entreprise dont les Français pouvaient recueillir tant d'avantages , contient une description très-détaillée de File de Maragnan et de ses productions. L'auteur s'y montre bon observateur , mais crédule au point qu'il attribue au diable toutes les con-* trariétés que l'expédition a éprouvées. Du reste, il est si exact et si judicieux, qne-Buffon, Bernardin de S*. -Pierre et M. de Humboldfc Font consulté avec fruit, et le citent dans leurs ouvrages. Le livre , écrit dans le style naïf qui caractérisait à cette époque la langue française, est terminé par des lettres rédigées , depuis le départ de l'auteur , par des missionnaires et un laïque, restés dans le pays. Elles donnent des détails sur l'état de cette colonie jusqu'au milieu de i6i3. Le P. Claude avait fait bâtir le couvent des capucins d'Abbeville, dont il était gardien>en. 1606. Il mourut en i63a.
COLINES ( Simon de ) , célèbre imprimeur du i6 ,ne siècle, naquit à Pont-à-Colines
(•) Village »ita« sur le bord de l'Authie, prè* de son embouchure..
d'où il est évident qu'il a tiré son nom , et non à Gentilly, près de Paris, comme quelques-uns le prétendent (*) . On présume qu'il apprit son art chez le célèbre Henri Etienne , et qu'après qu'il eût donné des preuves de ses talens , Henri se l'associa. Celui-ci étant mort en i5ao, Colines épousa sa veuve, qui lui apporta en mariage l'établissement de son mari. Il se servit d'abord des caractères de son habile associé, dont la forme était encore un peu gothique, mais dans la suite il en fit fondre de romains, beaucoup plus beaux. 11 introduisit le premier en France l'usage de ceux qu'on appelle italiques , avec lesquels il imprima des ouvrages entiers, et que Ton juge supérieurs même à ceux d'Aide, qui en fut l'inventeur.
Colines, quoique très-versé dans les langues anciennes, n'a donné que fort peu d'éditions grecques, et il n'a imprimé d'hébreu que quelques lignes dans les colloques d'Erasme. Il sortit de ses presses , pendant près de trente années , une multitude d'éditions remarquables par la correction du texte, la beauté du papier, la netteté et l'élégance des caractères. La date
(*) Voy. Tableau hist. des Sciences, etc.» dans la provinee de Picardie, par le P. Daîre, p. ao4> — Ilist. du Comté de Pçn- Iftiçu, et la Dio%. Univ, classique , du général Bcsiuy*mu
d'abbeville. 8g
de ses derniers livres est de i5/j6, et il mourut probablement la même année ou la suivante.
Maittairc, F un des plus savans et des plus célèbres bibliographes du i8 me siècle, a publié sa vie et le catalogue chronologique de ses éditions , qui avait déjà été donné par Caldérius , en i5/|8. La devise de Colines était: Virtus sola acicm reiundit istani, et sa marque une figure de Saturne bu du Temps. On lui attribue : Grammatograpfiia , Paris 1 54 * ? ouvrage fort rare.
COLLENOT ( Nicolas-Anselme ) , compilateur et bibliomane, né à Abbeville, le 21 juin 1702, y mourut le 20 août 181 5. C'est lui qui a donné au peintre Choquct la liste de tous les hommes dignes de mémoire, nés dans le Ponlhieu , qui figurent sur le tableau que Ton voit dans la bibliothèque de l'hôtel de ville ; il est juste de conserver son nom. Collenot était un des membres" les plus assidus de l'ancienne société d'émulation d'Abbeville. 11 avait appris dans ses nombreuses lectures une foule d'anecdotes sur les hommes et les choses de son pays, et se plaisait à les raconter; mais
il ne savait pas écrire. H n'a laissé que quelques notes informes , de simples indications et quantité de vieilleries sans intérêt. Son fils, mort à la fleur de l'âge-, fut régent au collège d'Abbeville, et y commença l'éducation de Millevoye. C'est pour l'éducation de ce fils , jeune homme d'un vrai mérite, qu'il consulta, Voltaire. On trouve dans le supplément aux lettres de ce grand homme , la réponse qu'il fit A M* Collenot, la voici ;
• Ferney, ai Janvier 1765.
« La personne que M. Collenot a consultée » sent très-bien qu'elle ne mérite pas de l'être.
* Elle croit qu'il ne faut consulter sur l'édu- » cation de ses enfans, que leurs talens et » leurs goûts. Le travail et la bonne compa- » gnie sont les deux meilleurs précepteurs » que l'on puisse avoir. L'éducation des col- » léges et des couvens a toujours été mau- » vaise , en ce qu'on y enseigne la même » chose à cent enfans qui ont tous des talens » différons. La meilleure éducation est sans » doute celle que peut donner un père qui » a autant de mérite que M. Collenot ; voilà » tout ce qu'un vieux malade peut avoir
* l'honneur de lui répondre, *
DABBEVIIXff. 91
Collenot s'était livre d'abord au commerce.
Un revers funeste, inattendu, le ruina dans un jour. Réduit à une modique rente viagère , l'étude le consola de sa longue adversité. Il avait une bibliothèque de deux mille sept cents volumes, parmi lesquels se trouvaient un assez grand nombre d'ouvrages composés par des Abbevillois; ces ouvrages, entièrement oubliés ou perdus, sont aujourd'hui dans le cabinet de M. de Bommy, qui les acheta de ses mains.
Le luxe des éditions ne fesait pas le mérite de cette bibliothèque, placée dans un grenier, maia i] y avait des livres rares.
CORDIER ( Robert ) , graveur , exerça d'abord à Abbeville la profession d'orfèvre , puis alla à Paris , où il mourut en 1 660. Il a gravé la plupart des Cartes géographiques de Nicolas Sanson , et un Plan figuré d Abbeville , trèsrare et d'une exécution médiocre , qui a été reproduit en 1823. On lui doit encore quelques autres petits sujets.
CORDIER ( Louis), son frère , a orné les Tables géographiques de Guillaume Sanson , d'un
frontispice qui fait honneur à son talent. Cette production est la seule de ce graveur , qui nous soit connue.
CRÉQUI ( Antoine de ) , seigneur de Pontde-Remi, l'un des plus grands hommes de guerre de son siècle, commandait l'artillerie à la bataille de Ravenne, en i5i2. L'année suivante, enfermé dans Térouane avec une poignée de monde , il arrêta sous les murs de cette place, l'armée de Henri VIII, roi d'Angleterre, et de l'empereur Maxim il ien , forte de plus de cinquante mille hommes. Après une longue et glorieuse résistance qui coûta cher aux deux monarques, et qui les décida à faire raser la ville , il reçut enfin l'ordre de capituler. Créqui se distingua de nouveau à la bataille de Marignan, au siège de Parme, à la fatale journée de la Bicoque, et notamment en Picardie, où il combattit pendant deux campagnes les Espagnols et les Anglais. Il venait de se jeter dansHesdin, avec deux cents hommes d'armes y pour sauver cette ville menacée par l'ennemi, lorsqu'une fusée le frappant au visage , pénétra dans sa bouche entr'ouverte , et le blessa mor-
D' ABBE VILLE, g 3
tellement. Aucun péril n'avait jamais ébranlé son courage.
CYPRIEN DE GAMACHES ( le Père ) , capucin , prit le nom du bourg où il était né.
Lors qu'Henriette de France , fille de Henri IV, fut donnée en mariage à Charles I er , roi d'Angleterre , le cardinal de Richelieu plaça auprès d'elle , avec le titre de confesseur , le P. Gamaches, l'ami de son principal agent, le fameux P. Joseph. On avait ignoré jusqu'à ce jour que le P. Cyprien eût écrit des mémoires de tout ce qui se passa en Angleterre à cette époque mémorable. Ces mémoires importans pour notre histoire et pour celle d'Angleterre, ont été retrouvés en 182 5. lis renferment des détails précieux sur l'horrible révolution qui conduisit Charles I er à l'échafaud , et sur les derniers momens de cet infortuné monarque. Le Journal des Débats, du 26 mai 1825 , nous a appris que le manuscrit autographe de cette relation , avait été déposé par le propriétaire, qui consentait à s'en défaire , chez M. Tastu , imprimeur à Paris. Nous espérons que ces mémoires curieux ne seront pas perdus pour
l'histoire, et qu'on les publiera. Le P. Cyprien obtint rétablissement d'un couvent de capucins à Abbeville , par la protection de la princesse dont il dirigeait la conscience. Il a laissé plusieurs ouvrages , entr'autres : i° La Vie et la Mort chrétiennes , dédié à Mademoiselle , Paiis, 1673—1678, în-8°; 2* Exercice dune Ame royale , ou les Devoirs les plus import ans du chrétien, etc., enseignes à S. A.R. Madame 9 duchesse d Orléans, i ro partie, Paris, i653— i655 ; 5° Le Chrétien qui veut être sauvé, Paris , Cramoisi, 1680, in-18, plusieurs fois réimprimé.
DANZEL ( Eu stac he ) , graveur, né à Abbeville, mort à Paris vers Fan 1775 , a laissé quelques estampes estimées , entre autres : Les deux Fils de Rubens dans l adolescence. C'est une copie de celle que Daullé a gravée pour la galerie de Dresde (*).
DANZEL ( Jacques-Claude ) , aussi graveur de l'académie impériale de Vienne , parent du
(*) Dakzel ( Jérôme gravait à Paris, en 1755. — Voy. Tableaux séculaires de la gravure, par Joubert père 9 à la suite du Jhl<*~ nucl de l' Amateur d'Estampes*
d'abbeyille. 95
précédent , naquit le 5 mai 1 707. Le goût qu'il témoignait pour le dessin, dès l'âge le plus tendre , engagea un de ses parens (*), qui le prenait en affection , à l'envoyer à Paris pour s'y perfectionner. Il eut pour maîtres, Flipart et Beauvarlet. On lui doit un grand nombre d'estampes d'un burin ferme , d'après Fragonard , Boucher , Sané , Greuze , Bethon , Boizot , etc. Nous citerons d'abord Callirhoë, dont le tableau a été fait pour la manufacture royale des Gobelins ; le Gâteau des Rois et son pendant ; morceaux vigoureusement touchés ; la Blanchisseuse, autre pièce estimée et devenue très-rare; Lyncus voulant assassiner Triptolême , et changé en Lynx par Cérés, d'après Dumont ; Créiise brûlée par une robe magique; Vulcain présentant à Vénus des armes pour Enée ; Socrate mourant; la Charité romaine ; Vénus et Enée ; V ènus et Adonis , et plusieurs autres pièces. Danzel mourut à Abbeville, le 24 décembre 1809.
(*) Tierre Dakzkl , avocat au parlement. Il a publié des Mémoires, un Plan abrégé de l'apocalypse, 1781, in-ia ; et pende temps après, Suite et Développement de ce Plan abrège, où il cherche à expliquer les mystérieuses obscurités de cette propUÉtie.
I ■ ,.*Ar.iJ\is.: ■ -,
DARGMES ( Louis -Michel ) , chanoine d'Amiens, pénitencier, puis grand vicaire, né à Crécy en i683 , était curé de Sainte-Catherine d'Abbeville, à l'époque des troubles suscités par les querelles du jansénisme. Quoique partisan de la constitution unigenitus, il fit preuve de sagesse, de douceur et de mesure, et n'en fut pas moins attaqué par la feuille périodique intitulée : Nouvelles Ecclésiastiques t que publiaient les opposans. On a de lui : i° Lettre contenant la V te et la Mort édifiante de M. Satathier, èvêque d Amiens , 1733, in-4°. L'abbé Dargnies voulant consacrer les regrets que liii causa la mort de ce prélat , lui fit élever , dans son église épiscopale , un riche tombeau , dont on peut voir la description dans l'histoire d'Amiens, par le P. Daire, tome 2, page 75 ( Voir aussi le Journal de Verdun, mai 1749 )• 2° Lettre sur la Vie et la Mort de M. de Bragelone , ficaire-général du diocèse. L'abbé Dargnies a travaillé aux nouveaux Bréviaires d'Amiens , de Chartres et de Noyon ; aux Missel et Heures instructives , qui suivirent l'impression du nouveau bréviaire, etc. H était en relation avec les continuateurs de Bollandus et tout ce que la France contenait alors d'hom-
d'àbbeyille* 37
mes rccommandables dans le clergé. Il avait une connaissance si approfondie des livres saints, que M. de La Motte d'Orléans disait que si Fancien et le nouveau Testament étaient perdus , on les retrouverait dans sa mémoire. 11 mourut le 14 mars 1756.
DARGNIES ( Nicolas ) , chanoine d'Amiens, archidiacre de cette ville et du comté de P011thieu , vicaire-général du diocèse, et neveu du précédent , naquit à Abbeville, le 5 mai 1 703* 11 a publié : i° Recueil des Lettres spirituelles de M. de lui Motte , èvcque d Amiens, imprimé en cette ville en 1775 , et à Paris en 1777, in-12; 2° Mémoires en forme de lettres sur la Vie de ce prélat. Trois éditions de cet ouvrage , qui se fait lire avec intérêt , parurent successivement à Malincs. La dernière est de 1 786 , deux vol. in-12. Nicolas Dargnies cultivait l'histoire naturelle, était membre de l'académie d'Amiens, fut honoré de l'amitié de Grosse t , et mourut à Ratisbonne, pendant l'émigration, le 17 avril 1796. A l'exemple du pénitencier son oncle, il avait fait élever un monument â M. de La Motte , dans le cimetière de S'. -Denis , à Amiens. Ce monument n'existe plus. — Son irère Dargnies de Fresnes , avocat , a publié : i* Lettre
à un Membre de V académie a* Amiens f sur la bataille de Crêcy , Abbeville, 1766; Mercure de France, mai 1767. On n'y trouve aucun ' fait curieux, a 0 De l'utilité des Etymologies , pour connaître les anciens habitons d une province; Affiches de Picardie , année 1776,
DAULLÉ ( Jean ) , graveur du roi , né à Abbeville au mois de juin 1706, reçut dès râge de quatorze ans les premiers principes de la gravure de dom Robard , religieux du prieuré de Saint-Pierre. Il vint à Paris pour se perfectionner , et se mit sous la direction de Robert Hecquet ( Voy. ce nom ). Les productions d'Édelinck excitaient son admiration ;
il étudia ce grand maître , et le prit pour modèle. Le premier ouvrage qui le fit connaître , fut le portrait de la comtesse de Feuquières, femme célèbre par sa beauté, et fille du peintre Mignard. Si Daullé avait pu conserver le talent qu'il a développé dans ce morceau , que Ton regarde comme son chef-d œuvre , il aurait eu peu de concurrens ; mais le mauvais goût qui régnait alors , et le besoin de travailler pour vivrp , lui firent adopter des genres pour les-
D'AftBEVILLE. 99
quels il n était pas né, et sa réputation dut en souffrir. Quoi qu'il en soit, ses différentes gravures offrent de grandes beautés, et sa Modeleina, d'après Le Corrègc ; son QuosEgo, d'après Rubens; son Amour, d'après Van Dyck; Dlogène avec sa lanterne , d'après L'Espagnolet ; les deux Fils de Rubens , d'après le tableau de ce maître ; le Triomphe de Vénus, d'après Boucher; les quatre Saisons , d'après le même , lui assignent un rang distingué parmi les plus habiles graveurs du dernier siècle. Ses portraits les plus remarquables sont ceux de Gendron , célèbre oculiste; de Saint Simon, évêque de Metz ; de Rigaud peignant sa femme ; de Maupertuis , de M ,,a Pelissier et du prince Charles- Édouard , fds du prétendant. Son œuvre se compose déplus décent quarante pièces, sans compter les morceaux qu'il a faits pour le recueil de la galerie royale de Dresde, d'après Le Corrège , C. Maratte , J. Ribera et Rubens. Daullé était membre de l'académie royale de peinture , et de l'académie [impériale d'Àusbourg. Il mourut à Paris , le 20 avril 1760.
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DELATTRE ( Jean-Marie ), né en 1746, a demeuré pendant plusieurs années à Londres , où il a gravé avec succès divers sujets et vignettes , d après diflférens maîtres.
DELEGORGUE , avocat en parlement , a publié : Coutumes générales de la Sénéchaussée de Ponihieu f et celles locales dAhbeville; Amiens, 1766, deux volumes in-12. Dans les premières années du siècle, deux autres jurisconsultes, les sieurs Cacaut et Olivier, d'Amiens, ont laissé des Commentaires sur le même sujet.
DELÉTOILLE ( François-Georges ), prêtre, hé à Abbeville , y ouvrit un pensionnat peu de temps après la suppression du collège , dont il avait été principal , et y enseigna avec succès le latin et les mathématiques. Comme professeur, l'abbé Delétoille ne peut être mis au premier rang ; mais il avait une bonne méthode , et ses cours ont été fructueux. 11 a laissé des élèves qui se sont distingués dans différentes carrières. On lui doit : r Traité d 'Arithmétique , pour.
d'àbbeviub. 101
servir à f intelligence du calcul décimal et des nouvelles mesures; présenté au conseil de la commune d'Abbeville, et imprimé par son ordre, 1796, in-8°. 2 0 Mémoire sur la Théorie des Equations ; 3° Eloge de Saint-Wuffran, prononcé dans l'église de ce nom , Paris , 1808, in-4° ; 4° Discours pour f Anniversaire de la Fête nationale, prononcé à Saint-Wulfran , le 9 novembre 1806 ; ibid. 1808. Ce prêtre estimable est mort en 18 13. Qu'il soit permis à un de ses anciens élèves, de consacrer ici un dernier tribut de reconnaissance et d'attachement à sa mémoire. '
DELIGMÈRES ( Charles ) , né à Chepy, d'une ancienne famille (*) , était professeur au
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(*) DBLiGKiiaES (Jean), né à Chepy vers i33o, a laissé plusieurs ouvrages sur l'astronomie , mentionnés dans la bibliothèque de C. Gcssner. Gassendi parle de lui dans ses lettres, tome ©* , pages; 5ia et 5i3. — Delichikabs ( Mathieu) , receveur du Ponthieu en 1578, trésorier de France en 139a, maître extraordinaire en la chambre des comptes en i5o4j est nommé parmi les exécuteurs du testament de Charles V I. Par courtoisie des mayeur et échevins t il fut, en i38o, reçu bourgeois d'Abbeville; qualité nécessaire aux nobles niCnics pour Cire admis aux charges municipales , comme on le voit dans L'IlisU 4n
collège des Grassins, en i65;. Il enseignait la rhétorique dam celui de Montaigu , en 166$.
U a laissé trois tragédies chrétiennes eu vers latins, dont voici les titres : i° Cœcilia, virgo et martyr , représentée sur le théâtre des Grasskis, le 24 janvier 1657 , et imprimée à Paris la même année; a 9 Alexius , ibid, , i665, in-12; 3° Agatha % virgo et martyr , ibid. , 1666, in- 12, Toutes ces pièces sont en cinq actes.
DELIGN1ÈRES DE SAINT-AMAND, avocit au siège présidial d'Abbcville, où il naquit en 1 765 , et de la même famille que le précédent , a laissé un très-grand nombre de dessins qui ont le mérite précieux de représenter, avec exactitude, des édifices que le temps, et la révolution surtout , ont fait disparaître à Abbevîlle et dans ses environs. Cette collection si intéressante pour l'histoire civile et religieuse du Ponthieu , est chez M. de Bommy, son frère. M. de Saint-Amand passait honorablement sa vie dans les plaisirs de l'étude et la culture des arts, lorsqu'il mourut jeune encore en 1816.
Comté de Ponthieu, tome 1" p. 177. Mathieu Derignières mourut le a mai 1418, après avoir choisi sa sépulture chez les Chartreux de Thuiaou , qu'il avait enrichis. ( Inventaire du Tré- 9or de» Chartres, au mot testament.— Archives de ta Vitte,—Tit&* <iç FamMti—ÇaTtutairç des Chartrcu», ) - *
b'ABBE VILLE. lo3
DELLEBARRE ( Louis- François ), né à Abbcvillc en 1726 , se livra à l'étude de la pbysique, et notamment à la partie de cette science qui traite de la lumière et des lois de la vision. Si Hcrschcll , en perfectionnant ses téloscopes , nous a permis de voyager dans les mondes supérieurs , Dellebarre , en perfectionnant le microscope , nous a fait apercevoir dans le nôtre des milliards d'individus dont nous ne soupçonnions pas même l'existence. Cet instrument qui , dans l'origine , n'était qu'une simple loupe , une boule de verre remplie d'eau , ne pouvait satisfaire l'avide curiosité des observateurs de la nature. 11 était réservé à Dellebarre de surpasser tous les physiciens qui avaient constamment cherché les moyens de le perfectionner.
Dès l'année 1 77 1 , il avait fait imprimer, à Leyde, un mémoire sur la force de ses microscopes.
Arrivé à Paris en 1777, il lut à l'académie des sciences un nouveau mémoire sur le même sujet ; et l'académie , par l'organe de trois de ses membres, lui rendit toute la justice que méritaient ses travaux et ses découvertes. Bien que sa réputation fût établie, et qu'une foule de savans eussent honorablement cité son nom dans leurs ouvrages, il voulut obtenir encore des résultats plus heureux pour la science. Le suc-
H>i BIOGRAPHIE
cès couronna ses efforts. Après un séjour de douze années en Hollande, il revint à Paris vers 1 8o3 , s'empressa de soumettre ses microscopes perfectionnés à l'examen de l'athénée des arts, et il fut démontré que les effets de ces nouveaux instrumciis avaient été doublés. Dans sa séance publique du 22 floréal au 1 1 . l'athénée décerna à Dellebarre une médaille et une couronne , maximum de ses récompenses. Ce savant opticien , à qui la minéralogie , la botanique et l'anatomie ont les plus grandes obligations , mourut en 1 8o5 , âgé de quatre-vingts ans. Il serait probablement resté inconnu dans sa patrie , si nous n'avions pris soin de recueillir son éloge , publié par Famin , professeur de physique à l'athénée des arts , et de le résumer ici. (Voy. le Moniteur du 16 mai i8o5),
DÉMAPŒLLE (....), né à Abbeville d'un ancien officier supérieur des gardes-du-corps, entra à l'école d'artillerie au commencement de la révolution , et servit dans les armées de la république , pendant que son père , après avoir combattu sous les drapeaux du prince deCondé, vivait retiré en Angleterre. Sa bravoure et ses talens militaires donnaient à
d'abbeville. io5
la patrie les plus hautes espérances. A peine âgé de trente ans , il était déjà colonel du 2régiment d'artillerie à pied. Un avenir de gloire s'ouvrait devant lui , lorsqu'il reçut , en avant de Vérone , une blessure dont il mourut à Plaisance , le sept novembre 1 8o5.
DEMAUTORT (Jacques-Benoît), né le 27 mai 1745 (*), était un de nos plus anciens , de nos meilleurs chansonniers, et l'un des fondateurs du Théâtre du Vaudeville. Heureux continuateur deVadé, il a parfaitement réussi dans le genre grivois et poissard. Il a travaillé , seul ou en société, à plus de trente vaudevilles, qui presque tous ont obtenu un succès brillant et mérité. On y trouve de l'esprit, un dialogue rapide , de jolis couplets et de la bonne plaisanterie. Les charmantes Muettes intitulées : Ij:s Marchandes de la Halle t 1795 ; Le Petit Sacristain , 1 3 mars 1 792 ; Arlequin- Joseph ; La Maîtresse de Pension, 1 795 ; Vadè chez lui; la Taverne (parodie de la Caverne), avecDucray-
Suminil, 1 796, feront toujours plaisir, et reste-
C) On Ut Mouroft sur les registre* de l'étai-civil} mais c'est nac faute ; ses parens signaient Dmuuxou,
Io6 . BIOGRAPHIE
ront au théâtre. La collection de X Almanach des Musâs contient diverses poésies légères de sa façon, et en sa qualité de convive des Dîners du Vaudeville , il a laissé une foule de chansons remarquables par l'esprit et la facilité qui distinguent toutes ses productions. i Demautort mourut à Paris le i3 octobre 1819, âgé de soixante-quatorze ans, regretté pour son talent et pour ses qualités.
DEMI ANNA Y ( Adbieh ) , né le 8 novembre 1676, d'une famille honnête, s'est sigualé par la vivacité de ses sentimens religieux et son inépuisable et touchante charité. 11 commença ses études au collège d'AbbeviUe , alla les achever à Rouen , et revînt peu de temps après chez son père pour l'aider dans la gestion de ses affaires. H partit d'AbbeviUe en 1698, et se rendit à Marseille dans le but d'y établir une maison de commerce. Au milieu des soins qu'exigeaient ses nombreuses occupations , Demiannay n'en pratiquait pas moins d'austères devoirs peu compatibles avec la vie active et dissipée d'un négociant ; mais il avait une piété ardente ; et devenu riche paj
la sag^se de ses opérations et la sii
ses travaux pour lui donner le bonheur de
bénéfices aux pauvres , qu'il allait consoler et visiter souvent Le^ ffnv**ifc«* m^mN avaient
leur part daus ses généreux secours. 11 fit
| 11 113 • »i uu>i.a ucscs Dit iiiiuis il. a iioapu.es uc
Marseille , et cette ville populeuse conserve sa mémoire. 11 exerçait ainsi ses douces et pieuses vertus, quand son père cessa de vivre. Cet événement le plongea dans un profond chagrin , et redoubla sa ferveur. Il résolut de quitter le monde , jeta les yeux sur la chartreuse d'Abbeville , et allait s'y -renfermer pour jamais, lorsque ses parens et ses amis parvinrent à le détourner de ce projet. 11 retourna donc à Marseille ; mais son amour passionné pour Dieu l'entraînait irrésistiblement vers la vie monastique. Après avoir réglé ses affaires , et fait de nouvelles distributions de ses biens pauvres , il abandonna sa patrie , et se en Toscane pour s'y jeter au pied des autels, dans l'abbaye de Buon Solazzo, ( bon repos ) de l'ordre de la Trappe , que le grand duc venait de fonder (1710). 11 y ût profession sous le nom de frère Colora-
lo8 BIOGRAPHIE
ban , y prononça ses vœux , et y mourut dans la contemplation des choses célestes , le 7 mai 1714* Se* effrayantes austérités dans sa solitude, au milieu de l'Apennin; les actes de sa charité en France , et surtout sa mort sainte édifièrent l'Italie. Les religieux de Buon Solazzo , dignes témoins de ses vertus , en ont transmis le souvenir a la postérité , dans une relation de sa vie et de sa mort, qui fut traduite en français , en 1718 , un vol. in-12 ; et c'est dans cet ouvrage que nous avons puisé les détails qu'on vient de lire. Adrien Demiannay est auteur d'un écrit intitulé :
Ordre du Jour, dans lequel on voit avec quelle ardeur il se livrait à la vie ascétique.
DEININEL (Louis ), graveur , naquit à Abhe ville, en 1741. Il avait du talent, mais il a nui à sa réputation en travaillant d'après des compositions médiocres. On a de lui quatre sujets d'après Lagrenée : Pygmalion amoureux de sa Statue; la Peinture chérie des Grâces, et pendant; quatre petits sujets de femmes nues , d'après Boucher et madame Lebrun, et plusieurs autres estampes d'après
Wille le fils , etc. Dennel a gravé dans la
galerie de Florence quelques morceaux trèsrccommandablcs , tels que Jésus avec les Docteurs, d'après le Car ravage; la Vierge, d'après Le Guide; Mars et Vénus , Cléapâtre, statues antiques. Ses autres estampes ne nous sont pas connues. Dennel vivait encore à Paris, au commencement de 1828. , v . VyUi |* 4 \\
DEQUEVÀUVILLER (François), graveur, né à Abbeville, en 174^, a publié des Marines, dont quelques-unes sont d'une trèsgrande dimension ; plusieurs sujets d'après Lavreince et Poelemburg, tels que r Assemblée au Salon, et V Assemblée au Concert; la Nourrice flamande , etc.; de très-beaux paysages , parmi lesquels on distingue particulièrement ceux qu'il a gravés pour la galerie de Florence, d'après SalvatorRosa, Vandevelde, J. Pingelbois, Both,etc, remarquables par l'effet qu'il y a su mettre , la couleur argentine du burin , la finesse et la netteté du trait ; mérite que l'on retrouve encore dans ceux qu'il a gravés d'après Berghem et autres peintres flamands. Indépendamment de ces paysages, on cite encore
Hd tftOGRÀPHlfe
de lui, dans la galerie de Florence (*) , la Tentation de Saint Antoine , d'après Salvator Rosa, Tune des plus précieuses compositions de ce recueil; un grand bas-relief, plusieurs camées , etc. , et quelques autres jolis morceaux dans la suite du cabinet de Lebrun. Peu de graveurs Tont égalé dans l'art de faire les ciels. 11 est mort à Paris , vers 1817. Son second fils suit honorablement ses traces.
, là • . . »
DESMARETS ( Samuel ) , célèbre ministre dé la religion réformée , naquit à Oisemont , le 9 août 1599. S° n pè rc ^kiit juge ordU nairc de la justice de ce bourg , où sa famille occupait un rang distingué. La faiblesse de son premier âge eut quelque chose de singulier. 11 ne pouvait se tenir sur ses jambes , et souvent il était obligé de rester plus de i5 jours au lit. 11 ne vivait que de lait , et resta
(•) M. Masquelier, fils de l'artiste célèbre à qui l'on doitee recueil immense , l'un des plus beaux monumens des arts, et qui s'est placé lui-même à côte des maîtres de Wpoqufe par des ouvrages d'une admirable exécution, réside à Abbeville, depuis l'établissement de l'école de dessin , et y consacre ses taleos A l'inpuuiMjiï*.
d'abbeville. vu
fort petit jusqu'à l'âge de vingt-un ans»; mais ii grandit alors jusqu'à sa vingt-cinquième année, et devint d'une assez bonne taille. Plein d'ardeur pour l'étude avant l'âge de sept ans , non seulement il savait écrire , mais il avait commencé le latin , et déjà lu deux fois la bible en entier. Il fut envoyé à Paris à l'âge de treize ans, pour étudier la philosophie. 11 alla, trois ans après, étudier la théologie à Saumur , puis à Genève, où il resta une année , et revint dans sa patrie en 161 o,.>IMut, en 1620, reçu ministre au synode de Charenton, ensuite nommé ministre de l'église de Laon. La femme du gouverneur de La Fère s'étant faite catholique , Desmarets lui écrivit et blâma sa conversion. Cette dame lui envoya un imprimé contenant l'exposé de ses motifs. Il en fit la réfutation. Les jésuites, étonnés de sa hardiesse , menacèrent de l'en faire punir. Le i3 décembre 162 5, un assassin , que l'on crut avoir été aposté par le P. Daubigny , jésuite , confesseur de la dame convertie, porta à Desmarets un coup de couteau dans la poitrine. La blessure était si profonde, qu'une chandelle qu'on y présentait s'éteignait; cependant comme le fer n'avait lésé aucun organe , elle guérit promptement.
Le procureur du roi à Laon promit de pour-
suivre secrètement le coupable , qui s'était sauvé, et ne donna aucune suite à cette affaire. Le synode crut toutefois ne pas laisser Desmarets dans la même résidence, et l'envoya à Falaise, sur les frontières de la Champagne.
Peu après il fut appelé à Sedan, pour y professer la théologie. Il s'y maria en 1628, passa à Maastricht en i63a, à Bois-le-Duc en i636, et delà à Groningue, où il mourut le 18 mai 1673. Desmare ts a composé un très -grand nombre d'ouvrages, donfîon trouve la liste dans les Mémoires de NUeron, qui en compte cent, et dans les Mémoires de Paquot^ qui donne les titres de cent quatre. Ces ouvrages , dirigés contre les catholiques , les sociniens et Grotius , sont mêlés d'injures et de personnalités contre les théologiens catholiques et contre le pape , qui était, selon lui, Y Antéchrist. Les protestans estiment son Collegium Theologicum, swe brève systema univers œ iheologiœ, qui a eu quatre éditions , i645 , 1649 \ i656, 1673, in-4°. Le portrait de S. Desmarets a été gravé par Stomme et T. Matham, dam lé recueil de Boissard. Il a laissé deux fils, Henri et Daniel, qui se montrèrent dignes de lui par leur science et leur érudition. C'est à eux qu'on doit l'édition de la Bible française, de
D ABBE VILLE. 1 1 j
la version de Genève , Amsterdam , Elzevir , 1669, deux volumes in-f\ Les notes dont cette Bible est remplie, sont toutes de leur père»
Henri était ne a Sedan , et Daniel a ^laestricht^ ce dernier acquit une très-grande considération à la cour du prince d'Orange, qui le logea dans son palais.
DESMERY ou DEMÉRY ( Antoine ) , médecin, né à Abbeville i en i5i4 9 fut reçu docteur de la faculté de Paris en 1 544 > e * nommé , en 1 56o , recteur de l'université. Il ne nous reste de ses ouvrages qu'un Antidote de la Peste, publié à Paris en i545.
DESSAINT (Pierre), religieux feuillant , né à Abbeville , entra dan» sa congrégation en 1609, sous le nom de dom Pierre de S te Marie- Madeleine. Il a recueilli et publié d'excellens principes de gnomonîque dans un ouvrage intitulé iTraité d'Aorlogiograpfiie, contenant plusieurs manières de construire sur toutes surfaces, toutes sortes de lignes horaires et autres
1 l4 BIOGRAPHIE
cercles de sphère, avec quelques instrument propres à connaître lès heures pendant la nuit et V heure du flux et reflux de la mer; suivi de la Méthode de couper en pierres ou en bois les corps réguliers et autres polyèdres par le cube et par le cylindre, Paris, 1 64 1 9 * n 8% fîg. On compte six éditions de cet ouvrage, dont la dernière est de 1680.
DEVÉRITÉ ( Louis-Alexandre ) , naquit â Abbeville , où son père exerçait la profession de libraire, le 26 novembre 1743. Il suivît quelque temps la carrière du barreau; mais il la quitta bientôt pour embrasser Fart des Schœffer et des Guttemberg. 11 était Imprimeur du Roi et de Monseigneur le comte d* Artois , lorsque la révolution éclata. Il en adopta les principes avec modération. Officier de la garde nationale en 1790, et officier municipal Vannée suivante, 3 contribua, dans l'exercice de ces fonctions, au maintien de Tordre. Les mémoires du temps font mention d'un fait qui honore son courage et son humanité (*).
(•) Une voiture de blé traversait la ville. tJn attroupement, occasionne par la cher* des eubsfctances , s'empara du
D* ABBE VILLE* | t %
11 fut appelé par ses concitoyens à la Convention nationale, qui le chargea de l'inspection des presses aux assignats. U y vota la détention du roi et son bannissement à la paix, en disant : « Je déclare ne pas faire les fonctions de juge dans un procès où les formes les plus habituelles de la justice, consacrées par les lois et les usages de mon pays , ont été violées. * Ce vote , ainsi motivé, ne fut point publié dans les mêmes termes. Il s'en plaignit , lo lendemain, au comité des procès verbaux, ainsi qu'au rédacteur du Moniteur; mais ce fut en Vain. Non seulement on ne voulut point en rétablir le véritable sens , mais on donna à ce vote une tournure qui ne répondait point aux deux écrits qu'il avait publiés sur le jugement de Fin-^ fortuné monarque ; ce qui le détermina à faire reparaître, sous son nom, chez Baudouin, celui de ces deux écrits qui avait obtenu le plus de succès. Devérité, que le hasard avait placé près de Robespierre , quand le député Salles fit la motion de l'appel au peuple, ne déguisait pas l'intention d'appuyer une mesure si salutaire, quand Robespierre, le regardant dédai-
conducteur ef menaçait de le tuer, lorsque Devérité accourut et lui saura la ?ie. s
Il6 BIOGKAPHIE
gneusemerit , lui dit: a Pourquoi donc avezvou8 accepté les fonctions de député ,. si vous n'avez pas le courage de les remplir?— Vous aUez voir, lui répond Devérité, que j'aurai ce courage ; car je vais voter l'appel au peuple à vos côtés. * Il vota ensuite le sursis. Devérité fut mis en arrestation pour avoir envoyé, à Abbeville un écrit dans lequel il protestait contre la journée du 3i mai (*) , et .une brochure de Condorcet , qu'on avait interceptée à la poste , et qui contenait sur la constitution de 1 790 , des observations qui ne convenaient pas au parti dominant. Il fut décrété peu après d'accusation, et déclaré hors la loi, le 5 octobre, pour s être soustrait à la vengeance des prescripteurs (*)♦ H resta caché à Paris pendant
(')' Triomphe de la Montagne contre la Gironde ou le parti tnodere de la convention.
; A la suite de» Si mai et a juin 1795 , la cour d'appel d'Amiens ayant donné son approbation a la déclaration des dépotés de la Somme , sur l'oppression où gémissait la représentation na- 4ionale , fut appelée, sous l'escorte des gendarmes, à la barre de la convention, présidée alor» par le farouche Gollotdllerbois. Aucun des députés qui avaient promis de la défendre^ n'osa ouvrir la bouche ; Devérité , { qui n'avait rien promis , ■prit de lui-même la parole, et fut asaex heureux pour la sauver de l'accusation. ( Note de l' Éditeur. )
(•) La convention était assiégée par des bandes armées qui menaçaient de massacrer les proscrits dans l'assemblée même, «t qui en obstruaient toutes les issues. Devérité voulut sortir;
dix-sept mois. Peu de jours après le 9 thermidor, il brava le danger qui menaçait encore sa tête, et se présenta au comité de sûreté générale. On fut près de l'arrêter , dit-il dans ses mémoires, et de le conduire à l'échafaud; mais on le laissa libre, en rengageant toutefois à rentrer dans sa retraite. 11 continua de se montrer au grand jour, et réclama, dans un écrit , contre l'acte arbitraire qui le mettait hors la loi (*). La convention ayant ordonné qu'il serait fait un rapport sur cet écrit ,
H est arrêté et saisi an collet par une femme enflammée Je colère , qui , à l'instant même , devint pâle et tremblante en le reconnaissant pour un compatriote auquel elle avait des obligations. Devérité la reconnaît aussi : « Eh ! quel vilain métier faites-vous làî — On gagne sa vie comme on peut, lui répondit elle. — Mais faites-moi du moins sortir. » Elle assemble un groupe de femmes, et le place au milieu d'elles. On avait déjà franchi deux factionnaires , quand un troisième arrête le député , et l'oblige de rentrer. Devérité se présente à une autre porte; il y trouve Chaste*, JJazireel quelques autres Montagnards. — • Estce que nous sommes consignés ? — Non, on sort très-bien , et tu vas le voir. » Devérité sait Chattes ; ils sont arrêtés par des groupes de femmes ; niais Chastes les éloigne en laissant sortir de sa poche un signal rouge. Ce signal fut présenté trois fois avec le même succès, et il se trouva libre. (Voy. Histoire de la Révolution française , par Fantin • Desodoards ).
(*) « 11 fallait se trouver bien fort ou de son innocence ou de son. courage 5 pour en agir ainsi , ■ dit Merlin en cette occasion.
(JSrtes de l'Éditeur),
IlS BIOGRAPHIE
il fut rappelé dans son sein le 8 octobre
11 passa de cette assemblée au conseil des anciens, oû il fut nommé par plusieurs départemens à la fois (*). Il sortit du conseil des anciens en mai 1 797 , et fut nommé , après le 18 brumaire ( 9 novembre 1799 ), juge au tribunal civU d'Abbeville, fonction qu'ilaremplie pendant douze ans. Devérité , membre de la société d'Emulation d'Abbeville et de celle d'Amiens, mourut le 3i mai 181 8. li a publié : 1 0 Histoire du Comté de Ponthieu et de la Ville d'Abbeville , sa capitale, 1767, 2 vol. in-12 ; 2 0 Essai sur l'Histoire générale de Picardie, les mœurs, les usages, le commerce et l'esprit de ses habitons , jusqu'au règne de Louis XI F, 1770, 2 vol. in-i 2. L'auteur fit paraître un Supplément à cette histoire, qui contient diverses réponses aux critiques qui en ont été faites, et quelques anecdotes, 1774 , un vol, in- 13. 3° Recueil intéressant sur l'affaire de la Mutilation du Crucifix d'Abbeville , et sur la Mort du chc-
(*) Sa famille conserve encore le» procès -verbaux de «on élec^ lion par les départemens de la Seine, de la Seine-Infcrîenre , de )a Somme , de la Gironde , 4e la Nièrre , de Seine-et-Marne , d'Eure-et-Loire, Seine-e^Oiae, etc, , etç, ( JVto dp l'Éditeur Jf.
vaUer deLaRarre, Londres (AbbcviHe), 1776,
I vol. in- 12 ; 4° Naru, fils de Chinhi , histoire cochinchinaise qui peut servir à d'autres pays, et de suite à celle de Chinki, son père; Abbeville, 1776; 5° Histoire'Philosophique duMonachisme, 1777, 2 vol. in- 12. Tous les bibliographes attribuent cet ouvrage à Linguet ( Voy. Correspondance littéraire de La Harpe , tome
1, édit. de 1804 )• 6° Notice pour servir à
I I Histoire de la vie et des écrits de L'nguet, 1 780 , in-5% nouvelle édition corrigée et augmentée , Liège, 1782, in T 8°; 7 0 Précis historique du procès instruit contre M. le cardinal de Rohan, la comtesse de la Motte -Valois , Je comte Cagliostro et consors f rédigé d après tous les mémoires imprimés qui ont paru dans £ette affaire, 1786, in-8°; 8° Le Nouvel Egoïste, comédie en deux actes , Bruxelles et Paris, 1 787 ; 9° Conversation entre Raynal et Linguet , sur la nature et les avantages des divers gouvernernens, 1789; io° La Vie et les Doléances d'un Pauvre Diable, pour servir de ce qu'on voudra aux états -généraux , in-i 2, 1789. Cet ouvrage a eu deux ou trois éditions successives. 1 i* Le Biner des Députés de plusieurs sénéchaussées ou bailliages, sur la route de Paris, 1789, in-8° ; 12 0 Annales picardes, bclgiqucs
et françaises , ouvrage périodique, Abbe ville, 1790; i3° Coup-d'œil philosophique d'un Officier des gardes nationales du département de la Somme, sur la brochure qui a pour titre :
Instruction pastorale de* Mgr. Chèque d Amiens , 1 790, in-8° ; 14 0 Adresse de la Garde nationale d'Abbeville , présentée à l'Assemblée nationale* 1790, in-8* (*) ; i5° Coup-dœil philosophique sur le bref du i3 avril 1 791 , publié sous le nom de Pie VI , 1791; i6 a Opinion sur le jugement de Louis XVI , imprimée par ordre de la convention nationale, 1 79 1 ; 1 7° Opinion plus étendue sur le même jugement, Paris, 1793; j8° Louis-Alexandre Démérité, représentant du peuple, à ses commettons , sur les èvènemens des 10 mars , 3i mai et 2 juin 1793 ; 19* Les Pourquoi, ou le Catéchisme politique des bonnes gens , 1 793 ; 20 0 Dialogue entre deux Electeurs du département de la Somme , sur le compte rendu à ses commettons par André Dumont; 2 1* Second Dialogue entre Alceste et Philinte, sur André Dumont ; 22* Réclamation d'un Député du dé-\ portement de la Somme, patriote opprimé, et compte moral de sa conduite pendant la réro-> lut ion; 23° Dissertation tendant à prouver, contre
O EJIe fut lue à la tribune par Jtf. de Crécy, député ; on l'applaudit, etmentioncnfut faite au procès-rerbal. (Note dçC Éditeur ),
d'abbeville. 131
Topinion vulgaire des historiens , que César f vers sa première invasion de la Grande-Bretagne, ne s'embarqua point à Calais ou à Boulo.ie ; mais dans les ports places à f embouchure de la Somme; messidor an 11. 11 a encore publié beaucoup d'autres écrits polémiques, politiques et littéraires de moindre importance , et laissé inédits quelques Souvenirs sur son arrivée , son séjour et ses malheurs dans la convention nationale; une comédie en un acte , intitulée les Parisiens en province , ou le Service intéressé; enfin le manuscrit, presque achevé, d'une seconde édition corrigée et considérablement augmentée de son Histoire du comté de Puni hic u et de la ville fAbbcville.
DOUVILLE ( Jean-Nicolas ) , conseiller du roi au présidial d'Àbbeville, ancien mayeurcommandant de cette ville , où il naquit en J7i4> aimait les lettres et les beaux-arts, et ceux qui les cultivent. Jl a fourni des notes pour Y Histoire du comté de Ponthieu , mise au jour par Devérité; pour celle de la Picardie , publiée par le même auteur; nombre d'articles à la France littéraire, et quelques autres au Suppléaient de MorirU II était lié avec l'abbé
Dubos, Legendre, Vateau , d'Expilly, M"»* du Boccage , Lin guet , etc. C'est à lui que ce dernier adressa le discours préliminaire qu on voit en tête de sa Théorie des Lois civiles , ou Principes jondamentaux de la société, ainsi que le Fanatisme des Philosophes , ouvrages qu'il paraît avoir composés pendant son séjour à Abbeville , chez Devérité. M. Douville joignait à la noblesse du caractère les qualités les plus
aimables. 11 mourut en 1780.
DUFESTEL ( ) , cultivateur , né à
G a pennes, fut nommé par l'arrondissement d* Abbeville , député à la convention nationale. Il y vota la réclusion de Louis XVI et son bannissement jusqu'à la paix; signa la protestation du 6 juin 1793 contre la journée du 3i mai; fut décrété d'accusation le 3 octobre, et rappelé dans l'assemblée avec les soixante-treize autres proscrits, le 8 décembre 1794 , après la chute de Robespierre. Dufestel €st mort depuis plusieurs années.
DUFOUR ( Pierbe-Charles-Nicous ) , graveur, élève d'Aliamet, mourut dans un âge avancé , à Abbeville , sa patrie , le 7 février
DABBEVILLE. 1^3
1818. Il a gravé long-temps à Londres. On connaît de lui : r Entrée du port de Palerme, d après Vcrnet ; une Vue des environs deReggio , d après le même ; deux Vues duTrèporl ; divers paysages d'après Yeirotter et autres. Dufour excellait dans les ciels et dans les clairs de lune. La plupart de ses estampes sont en Angleterre,
DUMETS ( Jacques ) , docteur de Sorbonne et professeur de théologie au séminaire de Saint-Nicolas du Chardon net , a laissé divers ouvrages de controverse , entre autres : i° £/<arris Theologiœ praciieœ tripartiiœ, Paris i654- 63-74, 4 v °ï* in- 12. s* Claris Theologiœ iheoricœ , ibid. 1672, 2 vol. in-12. Ses autres ouvrages ne nous sont pas connus.
« Si les citoyens d'Abbeville qui ont publié quelques écrits , dit l'historien du comté de Ponthieu , n'avaient eu presque tous l'espèce de vanité de mettre en tête de leurs livres , à côté de leurs noms , celui du lieu de leur naissance , on ignorerait encore qu'il y eut lin Dumets, fameux théologien, natif d'Abbeville. Je n'ai découvert cet auteur que par ses livres, et quand j'ai voulu en savoir davantage, je n'ai pu rien apprendre dans sa patrie, «
DUPONCHEL ( Charles-Eugène ) , graveur, né à Abbeville en i~48, commença l'étude de son art sous la direction de J.-N". Tardieu. On lui doit des portraits , parmi lesquels on cite celui du général des Mathurins , qu'il grava à Paris en 1786, et plusieurs autres pièces d'après différens maîtres. 11 a travaillé aussi d'une manière très-satisfaisante d'après divers tableaux de M™ Lebrun , de Lagrcnée, etc. ; mais de tous les ouvrages de Duponchel, celui qui lui fait le plus d'honneur est , sans contredit , la Vierge à la chaise , d'après Raphaël. L'heureux mélange des travaux des chairs, la précision et la finesse du trait y donnent un mérite qui convenait parfaitement au tableau de ce grand maître. C'est une des pièces les plus remarquables de la galerie de Florence , et , nous n'hésitons pas à le dire , excepté Poilly , aucun graveur abbevillois n'a rien fait de plus moelleux ni de plus pur (*).
(*) Nous devons U communication de cette charmante pièce a M. John Delegoigue , qui a lui-même gravé deux sujets dans ce magnifique recueil, Sainte- Catherin* et le Portrait tkt Cigdu M. Delegorgue, après avoir étudié sous Bervic et Langlois» et publié quelques estampes qui Tant fait connaître avantageusement, cultive aujourd'hui son art en amateur. Nous saisis* tons avec plaisir l'occasion de rappeler que c'est lui qui a cr.scU
d'abbeville. 125
Duporichcl a encore gravé dans le même recueil, une Vierge d'après André Del Sarte. 11 est mort jeune encore , et son œuvre n'est point nombreux.
DUSAULSOY ( Balthasar ) , médecin , fut appelé par Louis XIV, à Calais, où ce monarque était dangereusement malade , au mois de juillet i658. • Un empyrique d'Abbeville, dit Voltaire , guérit le roi avec du vin émétique, que les médecins de la cour regardaient comme un poison. Ce bon homme s'asseyait sur le lit du roi , et disait : Voilà un garçon bien malade , mais il n'en mourra pas. » ( Siècle de Louis XIV \ tome 1 ). « Gui Patin , dans une lettre à Spon, rapporte ainsi le fait (*) : € Le roi est tombé malade à Mardyck , d'où il a été mené à Calais. Ses médecins sont Guc-
gué le dessin et îa gravure à M. Lacour, jeune Abbevil!ois , dont les productions figurent maintenant avec honneur parmi celles des artistes de la capitale.
(*) Gni Patin était d'une ancienne famille, originaire d'Abbeville , comme on peut le voir dans l'Histoire des Moyeurt , du P. Ignace , page 95. Il mourut en 167a, à 71 ans, regardé comme un bomme d'esprit , mais systématique , et aussi savant qu'original.
naud , Vallot et Dacquin. On dit que le jour queGuenaud arriva, Vallot avait purgé le roi, dont il s'est trouvé plus mal Dès le commencement de sa maladie, le roi n'ayant encore été saigné qu'une fois , il y eut dispute entre Vallot et un autre médecin de la cour , touchant la saignée. Vallot disait qu'il ne fallait pas saigner , l'autre pressait de le faire. On appela pour arbitre un médecin d'Abbeville, où on l'alla chercher, nommé Dusaulchoy (*) , qui fut d'avis que le roi devait être saigné. Yallot trouva mauvais cette opposition , et lui dit qu'il serait bien hardi. Dusaulchoy lui répondit : Monsieur , je vous connais bien , le roi a besoin d'être saigné, et le doit être. Si vous ne trouvez pas bon mon avis, je ne m'en soucie point, non plus que je ne vous tiens point capable de >uger ce différend. Le roi fut saigné, et sur cette diversité d'avis, la reine dit qu'il fallait aller quérir Guenaud à Paris. Quelques jours après, le roi demanda lui-même le médecin d'Abbeville.
On retourna le chercher : il continua de traiter le roi avec les autres. » On prépara
(') Son fils signait Dtisaulsoy. Voir les registres de la paroisse Sainl-Jacquts , armas ijoS , iji5.
d'àbbeville. 137
un apozéme purgatif : on y mit line once de vin éraétique ; le roi en prit une dose , dont l'effet salutaire reproduit vingt-deux fois le même jour , l'affaiblit , mais le sauva. Après cette cure glorieuse, ûusaulsoy fut engagé à suivre la cour. 11 demanda la permission de rester dans ses foyers , offrant de *c rendre auprès du monarque toutes les fois que ses services pourraient lui être utiles, et s'cxcusant sur son grand âge. On lui accorda une pension de 1600 francs, dont la moitié fut conservée à son fils aîné* curé de Saint-Jacques d'Abbeville, qui en a joui jusqu'à sa mort, en 171S. Dusaulsoy obtint en outre le brevet de médecin particulier du roi. Il fallait qu'il eut un caractère bien ferme , et même beaucoup de témérité, pour donner à un souverain un remède que l'on nommait alors : Diabolicum inter remédia monstrum, et qui ne doit peut-être qu'à cette circonstance la fortune qu'il a faite depuis.
DUVAJL ( Pieiee ) , géographe royal, né le 19 mai 1.619, était neveu, par sa mère,
de Nicolas Sanson. Il se proposa de suivre* la carrière que cet homme célèbre avait si glorieusement parcourue, et cultiva la géographie avec un zèle qui doit lui mériter la reconnaissance et l'approbation de tous les amis de la science. On a de lui un grand nombre d'ouvrages peu en vogue aujourd'hui, mais exacts et clairs, et qui ont eu beaucoup de succès. Les principaux sont :
ii # Recherches curieuses des annales de France, Paris, 1646, 1661, in-8°; 2 9 Abrégé du Monde, première partie , ibid. , 1648 , in-i 2 ; seconde partie , ibid. , i65o, in-12; 3° Tables géographiques de tous les pays du monde, ibid. , i65i , in- 13 ; £° Description de ÏEvéché d'Aire en Gascogne, ibid. , i65i, in- 12; 5° Mémoires géographiques , ibid. , i65i , in-ia. Ils furent contrefaits à Lyon. 6° Le Voyage et la Description de C Italie, avec la relation du Voyage Jait à Rome par le duc de Bouillon, en i644? ibid., i656, in-12; 7* le Monde, ou Géographie universelle, contenant la description, les cartes et les blasons des principaux pays du monde, ibid. , i658, in- 12.
Ce livre a eu six éditions, jusqu'à celle de 1688 , deuxième vol. in- 12. 8° LA B C du Monde, i658> in- 13,. plusieurs fois réimprimé.
t>* ABBE VILLE. ) 29
9° La Sphère , ou Traité de Géographie , qui donne la connaissance du globe et de la carte , 1659, in- 12 , réimprimé plus de six fois, sans compter les copies de Lyon. La dernière édition , dédiée à M u \ Croisât , pârut par les soins du P. Placide , èn 1 704 , in- 12. io* L'Alphabet de la France, i65g, in-i 2 , quia eù au moins cinq éditions jfusqtt'én 1682. ii° Im France depuis son àgrandissement par les conquêtes du roi, avec les câttes et les blasons des provinces, 1691 , quatre vol. m- 12. Cet ouvrage de Duval, est celui qui a conservé le plus de réputation. Les cartes qui s'y trouvent sont très-nettes. 12* E Alphabet des lieux remarquables , en l'histoire des Assyriens, des Perses , des Grecs et des Romains, avec leurs noms modernes , les observations historiques et lès moyens de les trouver sur la carte, Paris, 1660. i3° La France seigneuriale, ou les principautés f duché* , marquis dis, comtés et àutres seigneuries considérables de France et des pays adjacents, en ordre alphabétique f i65o, in- 12. i4* Beaucoup de Cartes, qui ont été effacée* par celles qui ont paru depuis, mais qui furent utiles à l'époque où Duval les publia , parce qu'il avait recours aux meilleurs