‹ Biographie d'Abbeville et de ses environsChapitre 5 sur 12 · I JO BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

I JO BIOGRAPHIE

documens. i5° Des Tables chronologiques , etc. , etc. ; on distingue dans le nombre un recueil intitulé : Diverses Cartes et labiés pour la géographie ancienne % pour la chronologie et pour les itinéraires et voyages modernes , Paris , 1 665 , in-4°» Ce qu'il con-

tient de plus intéressant pour nous , c'est la partie qui donne les routes de plusieurs voyageurs du seizième siècle. Duval mourut à Paris, le 29 septembre i685. Il avait épousé la sœur du P. Placide de Sainte-Hélène , Augustin déchaussé, qui fut honoré par Louis XIV du titre de son géographe ordinaire, et qui, dans son enfance, avait reçu des leçons de géographie de Pierre Duval, son parent, son ami et son compatriote peut-être , car il s'appelait aussi Duval (*). Le P. Placide a publié un ouvrage sous le titre de Tables Géographiques pour les Vies des hommes illustres de Plutarque, 1671, auquel Duval a travaillé. Ce dernier a encore donné une édition du Voyage de François Pyrard, de Laval, contenant sa navigation aux Indes orientales , etc. , Paris, 1679, in-4° , plus correcte et plus ample que celles qui

(•) Voy. Manière d'étudier f Histoire, par Lcnglet-Dufre*noy , tome 1", page îo.

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avaient paru jusqu'alors, et pour laquelle il a dressé une carte. Son portrait a été gravé par Langlois , in-f\

DUYAL ( Louis-Antoine ) , prêtre , Bachelier en théologie de la faculté de Paria, et curé de la paroisse Saint-Georges, à Abbeville, a publié : Office propre de Saint-Georges martyr , solennel, avec octave , Paris , 1749, in-12, dont tous les matériaux sont tirés de l'Ecriture-Sainte et des Pères , avec une traduction française , et une préface contenant l'histoire abrégée de Saint Georges et de son culte; morceau plein de savantes recherches.

DUYAL DE HAUT-MARET ( Blaise ) i naquit le 4 septembre 1 739 , de la même famille que les précédens. Destiné au barreau contre son inclination , il plaida sa première cause , la gagna, et quitta cette carrière pour suivre celle des armes. U entra dans les gardes-ducorps du roi , et en sortit cornette de dragons dans la légion de Soubise. Il fut nommé successivement sur le champ de bataille, lieu-' tenant et capitaine de dragons , puis lieutenant-colonel au cinquième régiment de chas-

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seurs , et chevalier de Saint-Louis. Il était lieutenant-de-roi à Montreuil-sur-mer , à l'époque de la révolution : il s'en montra le partisan, sans l'être des excès par lesquels on s'efforça de la flétrir. En 1791, il venait d'être réformé avec le grade de maréchal-de-camp , lorsque, à la demande de ses concitoyens , il prit le commandement du premier bataillon des volontaires de la Somme. Il fut bientôt nommé colonel du sixième régiment de dragons ; en 1 792 , maréchal-de-camp , et en 1793, lieutenant-général.

Le. général de Haut-Maret fît la guerre de Sept-Àns et celle de la Corse ; et servit au commencement de la révolution , en Champagne et en Belgique. Il se distingua dans beaucoup d'occasions, et plus particulièrement lors de la réunion de l'armée, aux ordres de Dumouriez , dans la forêt d'Argonne , en Champagne , et lors de la retraite du camp de Grand- Pré-sur-Valmy. Choisi par Dumouriez pour le remplacer à une conférence que le prince de Hohenlohe avait démandée au général français , il sut inspirer au prince une sécurité qui facilita la levée du camp. Il rejoignit Varmée dont il commandait rarrière-garde , <et repoussa , à la tète de sa division , qu'il

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conserva intacte , les Prussiens , devant qui l'armée était en retraite. La bonne contenance du général de Haut-Maret donna le temps aux autres divisions de se rallier, et on lui dut en grande partie la conservation de l'armée française. 11 commanda en chef l'armée de Pont-sur-Sambre , et pendant six semaines, celle du Nord. Appelé par le conseil exécutif au commandement en chef de l'armée du Nord et des Ardennes, il crut devoir refuser ; mais il n'en servit pas avec moins de zèle jusqu'à la fin de la campagne, sous Miranda, à qvii le commandement fut donné. Sa santé s'étant beaucoup affaiblie par suite des fatigues de la guerre et par les chagrins que lui causaient les maux de son pays, il cessa un service trop actif , et commanda à Bruxelles, dans lo Brabant et le Hainaut, puis à Arras, et enfin la seizième division militaire.

Duval était l'ami de Dumouriez, et commandait à Lille, lorsque l'infortuné Miasinski , l'agent de ce dernier et leur ami commun, y fut arrêté par ordre des représentans du peuple. Sommé de comparaître à la barre de la convention, lors du procès de ce général, il eut le courage de retarder son départ , et n'arrivai

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«ous la hache des bourreaux. Suspendu de ses fonctions par le ministre Bouchotte , il fut mis en arrestation. Ses nombreux services et son patriotisme n'auraient pu le soustraire à la colère des proscripteurs , si la révolution du 9 thermidor n'eût renversé le monstre qui tyrannisait la France , et fait rendre la liberté à ses victimes. Le séjour des prisons ayant achevé de détériorer sa santé, il se retira à Montreuil-sur-mer , où il conserva le commandement de la huitième demibrigade de vétérans en activité , jusqu'à sa mort, arrivée à la fin de i8o3. Il avait, peu de temps auparavant, assisté aux conférences du traité d'Amiens. Le lieutenant-général Duval de Haut-Maret sut , à travers les orages de la révolution , fournir une carrière honorable , en sortir sans reproche , n'y exercer que des actes d'humanité , et emporter dans la tombe l'estime de ceux qui l'ont connu (*).

(*) Cette notice est presque entièrement extraite de la B'«h ÇWphU nouvelle de* Contemporains*

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ELLUIN ( Blaise ) , élève de Beauvarlet , né à Abbcville d une ancienne famille de cultivateurs, a gravé f Offrande de V Amour et son pendant, d'après Dubourg; le Bon Ménage, d'après Tellier; le Frère lace, d'après Subleyras ; les Enfans surpris; Artèmise, et plusieurs autres sujets ; diverses vignettes pour différens ouvrages.

ENGUERRAN ou ANGELRAM , abbé de Saint-Riquier , né en ce lieu vers l'an 975 , y commença ses études , les continua dans différentes écoles , et alla les achever à Chartres , sous la direction du célèbre évêque Fulbert.

Après s'être distingué par ses progrès dans toutes les parties des sciences qu'on enseignait alors , il revint dans sa patrie , et y donna des leçons de musique (*) , de grammaire et de dialectique. La renommée porta son nom jusqu'à la cour du roi Robert, qui, passionné pour les chants et les cérémonies de

(') Gai d'Arezzo venait d'inventer la musique, à parties; Fulbert fut un des premiers qui l'introduisit dans le chant de l'Eglise , et la fit exécuter par un choeur de musiciens.

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l'église (*) , 1 emmena avec lui à Rome , vers Tan 1016. A son retour, ce prince le nomma au gouvernement de l'abbaye de Saint- Riquier, Tune des plus riches du royaume, malgré l'opposition de quelques moines qui ne l'en croyaient pas digne à cause de sa naissance obscure. Enguerran lui-même s'opposait humblement à son élévation ; mais le monarque insistant avec force , il prit la fuite , et se tint caché dans une forêt. On découvrit enfin sa retraite , et on le ramena dans le monastère, où Robert l'attendait pour lui donner l'investiture. Enguerran conduisait depuis Jong-temps son cloître avec sagesse , lorsque Foulques , l'un de ses moines , appuyé par le comte de Ponthieu , son père , et par le roi Henri I er , qui se trouvait alors à la cour de ce seigneur, voulut le dépouiller de sa qualité d'abbé , impatient qu'il était de s'approprier ce titre , afin de jouir de ses hon-» neurs et des richesses qu'il procurait. Ne pouvant y parvenir sans employer la violence et le mystère , il invita à un banquet splendide une troupe de chevaliers qui, rassemblés dans

(•) Robert «a plaisait à composer des hymnes. L'abbaye de St.-Riquier en possédait plusieurs , écrites de sa propre main.

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l'intérieur du couvent, devaient servir ses criminels projets. Averti du complot, le vieux prélat se présente parmi les conjurés, et lance contre eux les foudres de l'église. A peine a-t-il prononcé la terrible sentence , et reproché à Foulques sa perfidie, que rassemblée se lève et prend la fuite. L'ambitieux qui voulait usurper ses droits , alla cacher sa honte et sa défaite dans l'abbaye de Forétmontier. Euguerran a mis en vers : Gcsta sanctorum RU charii et Valerici abbatum ; Wlfrani archiepïscopi ; Vincent ii levitœ et martyris; Vigori episcnpi; Ausireberihœ ab bâtis s œ et pirginis. Le r r de ces ouvrages, en 4 livres, est dédié à son maître Fulbert. 11 a été publié par les Bollandistes et par Mabillon , dans ses A et. SS. ord. Bencd. tome 2. Enguerran avait aussi composé de nouveaux chants pour les offices de ces différens saints ( * ) , dans lesquels il avait su mettre une plus douce mélodie. 11 mourut avec le surnom de sage, le 9 décembre 10/p, et, chose rare dans son siècle , il fut tout à la fois grammairien, orateur, musicien, poète et théologien !

(•) Les offices composés par Enguerran furent en usage jusqu'à la réforme de la liturgie, dans le diocèse, en jj48.

ÉTALON DE ( Gaillard d) était l'ami du chevalier de la Barre, et serait, si l'on devait en croire quelques contemporains de ces malheureux jeunes gens, le principal auteur de l'action qui conduisit le dernier à 1 echafaud. On sait que le nom du coupable resta toujours inconnu, et que la Barre lui-même ne fut que véhémentement soupçonné. Nous ne pouvons donc pas discuter cette conjecture.

D'Etalonde fut condamné à partager le supplice de son ami. 11 échappa à ses juges , parmi lesquels était son propre père (*); quitta la France, et s'enrôla dans les troupes prussiennes. Voltaire instruit que d'Etalonde était à Wesel sous le nom de Morival, en informa Frédéric II, roi de Prusse; et ce prince , sur la recommandation du philosophe , de soldat qu'était Etalonde , en fit d abord un cornette , ensuite un officier. « Je voudrais le voir à la tête d'une compagnie de grenadiers dans les rues d'Àbbeville, fesant trembler ses juges et leur pardonnant, disait Voltaire à Frédéric (**) , en ap-

(») m Gentilhomme et président d'une sotte ville* • Voltaire , Cor* respondance.

(••) Correspondance, tome 3.

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fyenjmt son avancement ; pour moi , je ne leur >as; j'ai toujours cette abomination Après avoir interrogé les plus iltes d'Allemagne et d'Italie, Voltaire se flattait de faire casser l'arrêt du parlement qui avait confirmé la sentence de mort , et de faire réviser la procédure. 11 obtint du roi de Prusse un congé pour d'Etalonde, qu'il invita à venir passer quelque temps près de lui. Ne doutant pas de la réussite de ses projets, il lui envoya l'argent nécessaire pour faire le voyage. « Envoyez -le moi ici directement, écrivait- il à Frédéric, je le regarde comme une victime échappée au sacrificateur.» Du fond de sa solitude, il mit en mouvement ministres, ambassadeurs, femmes, seigneurs, philosophes, hommes de lettres; mais des hommes puissans opposèrent leur crédit aux démarches de Voltaire , et deux ans de sollicitude échouèrent contre la crainte de blesser le parlement et de déplaire au clergé. M. de Miromesnil, successeur de M. deMaupeou, offrit des lettres de grâce ; mais ce n'était pas un pardon que demandait l'illustre défenseur de d'Etalonde, et ces lettres furent rejetées. Pendant les trois derniers mois de sa vie , Voltaire , aigri par le chagrin de n'avoir pu réussir,

*/fO BIOGRAPHIE

dit un de ses biographes , ne parla du p^ lement de Paris que comme d'un^fl^de

lîusiris , et de ses arrêts commoMesloSFde la Tauride. Lorsque le jeune p^rit fut dy retour à Berlin , Frédéric écrivit à d'Alembert. « Diwus Etalundus vient d arriver ; nous lui préparons une niche comme à un martyr de la philosophie; nous espérons qu'il opérera incessamment des miracles. » Ce monarque s'empressa de mettre d'Etalonde au nombre de ses aides-de-camp. Il avait passé dixhuit mois à Ferney , et c'est sous les yeux mêmes de Voltaire qu'il avait appris à lever des plans , et qu'il s'était instruit dans l'art des fortifications. « Ce jeune homme, condamné à avoir le poing coupé , la langue arrachée , à être roué , à être jeté dans les flammes ( comme s'il avait commis une douzaine de parricides ) , est le jeune homme le plus sage , le plus circonspect que j'aie jamais vu , disait son protecteur au héros de Postdam Je prends la liberté d'envoyer à V. M. ,

par les chariots de poste , dans une longue boîte de fer blanc , des plans qu'il vient de dessiner de tout le pays qui est entre les Alpes et le Mont -Jura , le long du lac de Genève. J'y joins même un plan des jardins

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de Ferncy , qui ne sert qu'à montrer avec quelle facilité et quelle propreté surprenante il dessine. José vous répondre qu'il sera un des meilleurs ingénieurs de vos armées , etc. » Il ajoute plus loin : « Sa circonspection dans ses démarches et dans ses paroles , son bon esprit , sont d'assez fortes preuves contre la démence , aussi exécrable qu'absurde , de la sentence des trois juges de village qui le condamnèrent il y a dix ans , avec le chevalier de la Barre , à un supplice que les Busiris n'auraient pas osé imaginer....» D'Etalonde, en effet, avait beaucoup d'aménité , de l'instruction , de l'esprit : il aimait a raconter des aventures piquantes sur les deux philosophes roi et poète , qui furent ses bienfaiteurs, et l'on s'accorde à le peindre sous des traits aimables. « Tous ceux qui l'ont connu , disent les Mémoires sur Voltaire (*), peuvent certifier quelle était son honnêteté et la douceur de ses mœurs.

Sa personne , indépendamment de son mal- .

heur, inspirait le plus tendre intérêt. » Le chevalier d'Etalonde , après avoir visité la Russie , revint en France pendant la révolution , et se fixa à Amiens , où il mourut quelques années après. 11 avait obtenu des lettres d'abo-

(•) Par Wagnicies et Lonchamps , ses secrétaires, tome i, p. 89*

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litionen 1788. L année suivante, la noblesse de Paris demanda dans ses cahiers la réhabilitation du chevalier de la Barre, comme une suite des lettres d'abolition accordées à d'Etalonde. Dumaisniel de Saveuse et Douville de Maillcfeu, leurs cc-accusés coutumaces, furent renvoyés de la plainte , ainsi que le jeune Moisnel , accusé présent. ( Voy. Recueil intéressant sur l'affaire de la Mutilation du Crucifix fAbbeville, Londres (Àbbeville), 1776, in-12; réimprimé à Paris en i8a5.

PAQUET ( Christophe ) , brigadier au 2^ régiment de chasseurs , né à Crécy , arrêta seul les ennemis au passage du Pont de la Piave , mais son cheval ayant été tué , il mourut victime de son courage. ( Tables du Temple de la Gloire , à la suite des Victoires et Conquêtes des Français. )

FÉVRIER { Jacques ) , organiste au collège des Jésuites en 1755, a publié successivement deux livres de pièces pour le clavecin, dans» lesquelles on rencontre de très-belles fugues

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dans la manière de Hœndel, l'un des plus grands compositeurs du dernier siècle. Février , né à Abbeville , mourut à Paris en 1 780. Le célèbre Miroir fut son élève.

FLIPART (*) Jean-Charles), graveur, naquit â Abbeville vers la fin du 17- siècle. Son père, qui exerçait la profession de doutier r lui fit apprendre le dessin , et l'envoya à Paris pour y étudier la gravure. Le Recueil de Crozat, fait d'après les plus beaux tableaux et les meilleurs dessins qui fussent alors en France, contient différentes planches de sa façon. L'un des enfans de Flipart s'étant particulièrement appliqué à la peinture , alla en Espagne exercer ses talens , et y fit une fortune brillante. L'autre, nommé Charles-François mort en 1 773.

On a de lui plusieurs estampes d'après Fragonardet d'autres peintres modernes. Le troisième, nommé Jean- Jacques , est le plus connu. C'est lui qu'on a désigné sur le tableau de l'hôtel de ville, sous le numéro 61 ( Voyez Choquet ). Mais cet habile graveur, élève de

O On lit Philippe sur les registres de J'étot-cWa.

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Laurent Cars , n'était point né à Àbbévttte. C'est à Patte qu'il reçut le jour, en 1723. Nous ne pensons pas que cette circonstance nous

* ôte le droit de le mentionner dans ces notices. On a de lui : La Sainte Famille ( Jules Romain ) , morceau large et moelleux, et d'un très-bon goût ; Vénus et Enée ; Adam et Ève , d'après Natoire ; deux Sacrifices, d'après Vîen ; Notre Seigneur à la Piscine , d'après une trèsbelle composition de Diétrîck ; Tempête de Nuit et de Jour ( Vernet ) , pièces d'une exécution très-savante et d'un bel effet. Le Combat des Centaures , d'après Boulogne , et beaucoup d'autres sujets , d'après Greuze. Flipart mourut en 1 782 , âgé de cinquante-neuf ans. Sa famille , avec laquelle il eut toujours de tendres relations , subsiste encore aujourd'hui à Abbeville. Ingouf et Daniel sont ses meilleurs élèves; le premier a gravé son portrait*

FOUCQUART ( Gàbmelle ) , fondatrice de l'ordre des religieuses Minimes , naquit à Abbeville , dans la rue des Cordeliers , le i5 avril 1 568 , de François Foucquart , receveur des tailles , et de Marie Caisier. Elevée sous les

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yeux de son aïeul , qui remplissait eu cette ville la charge de procureur du roi , et qui honorait ses fonctions par la pratique de toutes

les vertus civiles et religieuses, la jeune Gabrielle ne tarda pas à suivre les bons exemples qu'on lui donnait dans sa famille. Après la mort de son aïeul et de son père , on la confia aux soins d'un oncle, qui conclut son mariage avec un riche propriétaire nommé Duval. Elle avait alors vingt-six ans. Malgré sa vocation pour la vie religieuse , il fallut obéir et marcher à l'autel. Devenue veuve au bout de trois ans , et persistant dans le projet qu'elle avait formé depuis long-temps de quitter le monde, elle acheta une grande maison dans la chaussée Marcadé, y rassembla quelques novices , et leur fit prendre l'habit du tiers ordre de Saint François-de-Paule , en 1601.

Cependant beaucoup de difficultés s'élevèrent Pendant long-temps elle eut à négocier, et à lutter contre les Minimes , qui s'opposaient formellement à ce nouvel institut. Ses compagnes se plaignaient de son obstination , et voulaient se retirer. Les gens du monde désapprouvaient aussi sa conduite. On disait qu'il ne lui appartenait pas de fonder un semblable établissement; quelle n'était qu'une bourgeoise ,

et que cet honneur devait être réservé à une princesse , ou tout au moins à une grande dame. On ajoutait à ces étranges raisons, qu'une reine de France avait offert une somme considérable aux Pères Minimes , pour instituer ce nouvel ordre , et que ceux-ci avaient dédaigneusement refusé : « Pour pénitence de la faute qu'ils ont faite en cela, répondait Gabrielle, ils en auront une qui ne sera pas de cette qualité. » Quatorze années d attente et de contrariétés continuelles , ne rebutèrent point son zèle ardent. « Dieu m'a choisie pour cette mission , répétait-elle souvent , je lui obéirai. » Un ecclésiastique, envoyé par l'évêquc d'Amiens, se présente un jour devant elle , et lui annonce qu'il a Tordre de l'excommunier , si elle persiste davantage dans ses résolutions. Gabrielle répond qu'elle y persiste , et qu'elle n'abandonnera ni ses sœurs nisoncloître.L'envoyédu prélat était accompagné de deux ou trois autres prêtres. L'un allume un cierge , l'autre sonne une petite clochette ; on fulmine l'excommunication arec des malédictions horribles, dit le P. Ignace, son historien. Mais le courage de Gabrielle n'en fut point abattu, c Je suis enfant de l'église , disait-elle en frappant du pied , je renonce au diable et à votre excommunication ; j'en appelle

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au pape , mon supérieur et le vôtre. • Grégoire XV, touché de tant de persévérance , autorisa rétablissement de son monastère par une bulle du 10 juin 162 3. Un minime vint en poste de Rome en apporter la nouvelle. Gabrielle Foucquart, alors âgée de cinquantequatre ans , devint, en France, avec quatorze religieuses, la fondatrice d'un ordre (*) qui, dans des temps plus reculés, se serait sûrement répandu fort loin. Une seule colonie de la maison d'Abbeville alla peu de temps après s'établir à Soissons. Gabrielle Foucquart mourut le 3 décembre 1639 , âgée de soixanteonze ans. Le P. Louis-Jacob de Saint-Charles a fait son éloge dans la Bibliothèque des Dames illustres , et Jacques Sanson, dans son Histoire ecclésiastique d'Abbeville , s'est longuement étendu sur toutes les particularités de sa vie. Jean Lenfant et François De Poilly ont gravé son portrait ( Voy. Vis ).

GAGUIN (Robert ), général de l'ordre de la rédemption de& captifs, dit des Mathurins , naquit à Colines, village situé 6ur TAuthie, et

O Cet ordre existait déjà en Espagne et en SicUe.

non sur la Lys , comme on Fa dit. Les rois Charles VIII et Louis XI le chargèrent de plusieurs négociations importantes en Allemagne, en Angleterre , en Italie. Ces voyages altérèrent sa santé ; il revint malade , et ne put obtenir de ce dernier monarque un seul regard pour payer ses services : « Voilà , dit-il, comme la cour récompense ! » Ilavait cependant déployé une grande habileté dans ses diverses ambassades. On ne doit pas balancer à le mettre au rang de ceux qui ont été les restaurateurs des lettres. Nous avons de lui plusieurs ouvrages en prose et en vers , dont les principaux sont : i° Compendium suprà jrancorum gestis à Pharamundo usque ad arnum 1491* Paris i497> in*4°* Cet ouvrage a été successivement augmenté par plusieurs ^écrivains jusqu'au règne de Henri II; mais ce qu'il y a de Gaguin ne va que jusqu'à Louis XII. 2 0 Chroniques et Histoires faites et composées par le R. P. en Dieu Turpin, archevêque de Reims y lun des pairs de France, contenant les prouesses et faits d armes advenus en son temps, du roi Charlemagne et de son neveu Rolland, traduites du latin en français , par ordre de Charles VI II , Paris , 1627, in-4° ; Lyon, •1 583, in-8*. Cet ouvrage est le type original de tous les romans de chevalerie où il est parlé

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de Charlemagne et de son neveu Rolland. 3*

Une Histoire romaine en 3 vol. in-f°, gothique. 4° Un traité De pur il aie Conccptionis t Paris, 1 497 » dans lequel Gaguin réfute ceux qui prétendaient que la Sainte Vierge n'avait pas été exempte du péché originel. 5° Les 6W/mtmtaires de César \ traduits en français par ordre de Charles VIII, cinq éditions , i4S5- 1 555 inclusivement. 6° Des Lettres , Harangues , etc. Gaguin mourut à Paris le 22 mai i5or.

GAMACHES (Joachim ROUAULT, seigneur de>, maréchal de France, d'une maison très-ancienne* du Poitou (*) , qui , depuis plus d'un siècle déjà, possédait la terre et seigneurie de Gamaches , dont elle prit le nom , était fils de Jean Rouault, chambellan de Charles VII , tué à la bataille de Verneuil >en 1424. H se distingua dans un grand nombre de combats , et principalement à la bataille de Furmigny , qui assura la conquête de la Normandie, et balançâtes succès de l'Angleterre. L'armée française s'étant dirigée vers la

(') Les seigneurs de Gamaches avaient leur hôtel a Abbevillc », sur la place Saint-Pierre , au lieu où fut depuis le couvent des Carmes.

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Guienne, il y acquit une nouvelle gloire, notamment à Chalais , où il alla planter son étendard sur la brèche , pour entraîner ses troupes qui redoutaient l'assaut En i45a, il assista au siège de Castillon sur Dordogne , et contribua au succès de la bataille livrée sous les murs de cette ville , où fut tué Y Achille anglais, le fameux Talbot. Peu de temps avant la bataille, les francs archers que commandait Gamaches, ayant été surpris , se retiraient en désordre : • Ne vous ai-je pas promis de vivre et de mourir avec vous , leur cria-t-il , afin de ranimer leur courage? Youlez-vous donc m'abandonner? »

et il se précipita le premier contre l'ennemi. Plus d'une fois il fut renversé de son cheval; mais les archers le relevèrent toujours , et ils parvinrent à rejoindre l'armée. La France se trouvant débarrassée de ses ennemis , Louis XI l'envoya en Angleterre au secours de la maison de Lancastre, que le duc d'Yorck voulait précipiter du trône , et il ne rerint que lorsque sa présence dans ce royaume fut jugée inutile. Louis XI le créa maréchal en 1461 , et reçut de lui une nouvelle preuve de son zèle et de son attachement durant la guerre dite du bien public. Il fut fait alors gouverneur de Paris. En 1472 , il défendit Beauvais contre le duc

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de Bourgogne. En 1475 , Louis XI , trompé par de faux avis qui lui annonçaient que le roi d'Angleterre voulait s'emparer d'Eu et de Saint-* Valeri , donna ordre à Gamaches de brûler ces deux villes. A peine les habitans eurent-ils le temps d'emporter à Abbeville leur fortune et leurs enfans. Son dévouement et ses services ne changèrent point en sa faveur l'esprit sombre et méfiant de Louis XI. Il fut arrêté en 1476, par son ordre , et jugé par line commission qui le condamna au bannissement, à une amende de deux mille livres , et à la confiscation de ses biens. Mais cet inique arrêt ne fut point exécuté , et Gamaches mourut tranquillement dans ses terres, le 7 août 1478. Son portrait a été gravé par Stuerhelt , jn~4».

Thibault de Gamaches r son fils , gouverneur / de la ville et citadelle d'Hesdin , se distingua aussi contre les Anglais.

GAUDEBOUT ( Jean de ) , géographe ordinaire du roi , né à Abbeville , s'y adonna quelque temps au commerce , puis alla à Paris où il s'appliqua à l'étude de la géographie. Il est auteur d'un ouvrage intitulé ; Le Miroir da

l5a BIOGRAPHIE

n/nivers, Paris, i65q, in-12, dans lequel il se montre imbu des erreurs de l'astrologie judiciaire (*). Ce géographe parait avoir joui de quelque réputation. Son portrait a été gravé par J. Lenfant,

GAUGAIN (Thomas), graveur, né à Abbeville en 1748, passa de bonne heure en Angleterre, étudia sous le célèbre Honston , à Londres , et devint l'un de ses premiers élèves. On a de lui divers sujets à la manière pointillée , d'après différens maîtres ; entr autres , une Grande Barque prête à périr en mer, avec douze officiers , septembre 1782; La Mort du duc de Brunswick, avril 1785, fesant pendant ; Divers Portraits d'après Northcote, etc. On ignore l'époque de sa mort.

GAUTIER ( S*. ), naquit dans un village du Vimeu , à AndainvUle ( Andani-Villa ) , où la piété des habitans consacre encore un culte

(•) Ce livre est dédié au premier président du parlement, Guillaume de Lamoignon.

à sa mémoire. Élevé pieusement , il résolut de renoncer au monde , et alla prendre l'habit de bénédictin dans l'abbaye de Rebais , au diocèse de Meaux. Une partie des religieux de ce monastère ayant été s'établir dans un des faubourgs de Pontoise, il fut vivement pressé de se mettre à leur tête. On rapporte que Gautier arracha brusquement des mains de Philippe I", le bâton pastoral que ce prince lui présentait , en lui disant que c'était de Dieu seul qu'il tenait son titre. Cependant §on élévation ne lui fit rien changer à sa manière de vivre , et lui pesa long-temps. Il conserva toujours la même simplicité. Humble et charitable , éloquent et instruit pour son siècle , il mérita, par ses bienfaits et les austérités de sa vie, l'amour èt la vénération du peuple. Mais redoutant quelque danger pour son salut , dans Je concours d'hommages que ses vertus lui attiraient, il résolut de quitter Pontoise, et de se dérober à l'éclat de sa réputation dans le cloître de Cluni. Il y vécut pendant quelque temps paisible et ignoré ; mais découvert bientôt après , il retourna , non sans regret , parmi ses anciens frères ; puis s'évada de nouveau pour se livrer aux charmes de la solitude et de la vie contemplative > dans une île de la.

Loire , près de la ville de Tours. On le suivit encore dans cette nouvelle retraite , et il eut ordre de retourner à Pontoise. Quelques années après , il vint à Bertaucourt jeter les fondémens d'un monastère de religieuses bénédictines , qui subsista jusqu'à la suppression des ordres monastiques, en 1790. Baillet fait le plus grand éloge de la noblesse et de la fermeté de son caractère. Le même écrivain rapporte que, cédant à un sentiment de compassion, qui honore son cœur et peint sa charité, Gautier était parvenu à délivrer de ses fers un malheureux paysan que les moines de Rebais avaient plongé dans un car chot de leur maison de justice, où il serait mort de faim sans ses généreux secours; et que ces moines impitoyables le punirent de cette belle action, en le traitant avec la même barbarie. Défenseur non moins intrépide des droits de la morale et <«es mœurs outragées par une partie du clergé, il tonna contre Jes prélats qui donnaient l'exemple d'une conduite scandaleuse , eî qui voulaient résister au pape indigné de leurs désordres.

« Il fut maltraité par eux, dit Baillet, outrageusement frappé, souffleté, jeté dans les fers, et menacé de mort. » Ce ne fut pas

d'abbeville. i55 sans peine qu'il recouvra la liberté. Les grands ne le trouvaient pas moins prompt à censurer leurs vices , à condamner leurs coupables actions; mais sa vertu n'eut point à redouter leurs outrages. Il mourut à Pontoise , épuisé par le jeûne et les austérités , le 8 avril 1099, au milieu du peuple qui se pressait sans cesse autour de sa cellule, pour obtenir ses grâces et recevoir ses aumônes.

GÉRARD ou GÉRAUD D'ABBEVILLE, archidiacre de Ponthieu, fut un des premiers professeurs établis en Sorbonne, lors de la fondation de ce fameux collège, en 1253 (*).

L'université prétendait avoir en France le droit exclusif de renseignement. Elle avait vu avec chagrin les moines mendiants ouvrir des écoles indépendantes , et elle avait voulu les contraindre à respecter ses privilèges. Mais la dispute entre les moines et les docteurs avait encore une autre cause. Guillaume de Saint-Amour ,

(*) Les premiers professeurs de Sorbonne furent Guillaume de Saint-Amour, Odon de Douai , Géraud de Reims, Gérard d'AbbeFille , et son compatriote Laurent Langlois , qui partagea toutes ses disputes avec les Moines Mendiants , et sur lequel nous ne satous rien déplus.

J 56 BIOGRAPHIl

dans son livre des Périls des derniers temps , avait décrié la corruption, l'ignorance et les vices des frères de Saint François et de Saint Dominique. Ceux-ci étaient alors au faîte de leur crédit à Rome ; ils opposèrent l'autorité aux argumens , et le livre de Saint-Amour fut condamné. On défendit de le lire sous peine de la vie; on excommunia ceux qui ne l'auraient point brûlé sous huit jours. Gérard d'Abbeville montra en cette occasion un caractère digne de figurer honorablement dans l'histoire à côté de Saint- Amour. Fidèle à l'amitié , et animé de ce noble et grand courage qui brave les persécutions, il embrassa le parti de ce fameux docteur, et cita au tribunal du Saint- Siège et de l'opinion , les Jacobins et les Cor 1 deliers, comme coupables d'hérésie. Le pape excommunia Saint- Amour et ses partisans ; mais Saint Louis refusa de faire exécuter la bulle. Les troubles que cette querelle suscita pendant sept ans, ne se terminèrent que par un nou^ veau décret du Saint-Siège. L'université consentit à recevoir dans son sein tons les moines qui en seraient jugés dignes ; mais elle déclara qu'ils n'occuperaient jamais que le dernier rang parmi les professeurs. Gérard d'Abbeville mourut Tan 1271 , et partagea ses biens, qui

d'àbbeville. 157

étaient considérables , entre la maison de Sorbonne , la cathédrale d'Amiens , dans laquelle il avait un canonicat ; l'église de Saint- Wulfran, le monastère d'Epagne , l'Hôtel-Dieu de Paris , six maisons religieuses de la même ville , et les pauvres écoliers de l'université. Le P. Ignace dit que sa bibliothèque s'élevait à quatorze cents volumes; mais il se trompe sans doute. Un siècle après, le roi Charles V , que l'on regarde comme le véritable créateur de la bibliothèque royale , n'en avait rassemblé que neuf cents; nombre encore très-considérable, à cause de la rareté des livres et de leur prix exorbitant avant la découverte de l'imprimerie (Yoy. Histoire des Mayeurs tïAbbeville, page2o3 ),

GÉRARD ( Pierre ), et son associé DUPRÉ (Jean), établirent, en i486, une imprimerie à Abbeville, dans l'hôtel du Petit Gard, où ils demeuraient (*). C'était vingt -neuf ans après la découverte de cet art admirable, ou plutôt après celle de l'impression en caractères

(•) Cet édifice , situé rue Barbafust , est très-ancien. On en posa les fondemens en 1249. Le » religieux du Gard , auxquels il appartenait, y firent bâtir une chapelle en ia63. L'école d'enseignement mutuel y est maintenant établie.

l58 BIOGRAPHIE

mobiles , dont le premier essai fut fait à Mayence, par Jean SchœfFer, en 14^7. Ces typographes firent paraître: i° La Cité de Dieu de Saint Augustin , traduite par Raoul de Prestes , avocat , et accompagnée d'un commentaire chargé d'une érudition très-remarquable pour le temps , i486, deux vol. in-P, gothique , avec fig. en bois , édition rare et fort belle ; on la regarde comme le premier livre imprimé à Abbeville ; cependant , comme le second volume est daté du 12 avril avant Pâques, c'est-à-dire vers la fin de l'année , il est possible que La Somme rurale de Bouteiller, imprimée dans la même ville, en i486, et qui ne porte point de date de mois , l'ait précédée de quelque temps. a° La Somme rurale, par Jehan Bouteiller , ouvrage très-estimé pendant long-temps des jurisconsultes, très-rare et fort recherché des curieux , i486, in-f», gothique; 3* Le Triomphe des neuf Preux, in-P, très-rare. On lit à la fin de cet ouvrage : « Cy finit le livre intitulé le Triomphe des neuf Preux, auquel sont contenus tous les faits et prouesses qu'ils ont achevés durant leur vie , avec l'Histoire de Bertrand Duguesclin, duc de Molines, et a été imprimé en la ville d'Abbeville , par Pierre Gérard , et fini le pénultième jour de mai Tan 1487. »

d'abbeville.

GUI , évêque d'Amiens , était fils d'Enguerran I er , comte de Ponthieu. Il fit ses études dans l'abbaye de Centule, alla à Rome en 1049, monta sur le siège d'Amiens en io58, et assista, Tannée suivante, au sacre de Philippe 1 er . Il fut, sans contredit, le génie le plus prématuré de la Picardie. Son poëmc intitulé : De Conquœstu Angliœ per Guillelmum Normannorum Ducem (*) , est mentionné par Orderic Vital , tome 3 de son histoire , et par Duchesne, page ig3 de sa Collection des Historiens français. Ce prélat, renommé par ses talens littéraires, ne put fermer son cœur à l'ambition , ni se garantir de l'injustice. Il délaissa les muses pour recourir aux armes , et réunit aux états des comtes de Ponthieu, chefs de sa famille , une partie de l'héritage des comtes de Crépy, que le sort des combats fit tomber entre ses mains ( Yoy. Hist. du duché de Valois).

HARIULFE, abbé de Saint-Pierre d'Oldembourg, au diocèse de Bruges, où il mou-

(•) C'est par erreur que rHisidre de V Université attribue et poème au comte Gui l", son oncle»

\6o BIOGRAPHIE

rut Fan 1 i3o, avait puisé ses premières leçons dans la célèbre école de Saint- Riquier, où venait s'instruire l'élite de la jeunesse française; où se formèrent l'historien Nithard, l'archevêque de Sens Jérémie, Bernard de Tyron et autres personnages illustres. On lui doit plusieurs documens précieux pour l'histoire du Ponthieu, entr'autres : i° La Chronique de r Abbaye de 6 aint- Riquier , que d'Achery a fait imprimer dans le quatrième vol. de son spicilège. Elle commence Fan 625, et finit en 1088 (*) ; mais comme elle n'a jamais été traduite, et qu'il faut pour la comprendre, l'étudier, un glossaire à la main, elle n'est guère connue que du trèspetit nombre de ceux qui en ont parlé (**).

2 0 La Vie de Saint Mauguille t imprimée par Mabillon, dans le quatrième siècle bénédictin; 5° Celle a"Enguerran, dont il était le disciple,

(•) Dom Cotron l'a continuée jusqu'en 1673, manuscrit in-f». Ce bénédictin, né à Reims, était prieur de Saint-Riquier. Il y mourut le 10 mars 1679.

(••) Jean d'Oston , seigneur de Noyellette en Ponthieu, a composé une Chronique de Cenlute, depuis Clovis jusqu'en i435, dans laquelle il traitait, non pas seulement de l'abbaye de ce nom» mais de la Tille de Centule même. On ignore ce qu'elle est devenue. .

imprimée par le même, tome 8 des Actes des SS. de tordre de Saint Benoît; 4° celles de Saint Gcrrin % de Saint Angilâert et de Saint Arnoult. L auteur dédia ce dernier ouvrage à Iisiard de Crépy , évêque de Soissons , comme à celui des disciples de ce saint qui lui ressemblait le plus. Cet hommage fut favorablement accueilli par Lisiard, et Hariulfe présenta cette vie complète de Saint

1120, dans le dessein d'accélérer la canonisation de ce prélat; ce qu'il obtint. Il a aussi publié: La Vie de Saxo Valdus, autre annaliste du monastère de Centule, dont le travail servit de base au sien ; une Relation des MU racles de Saint Pierre dQldembourg, une autre de ceux de Saint Riçuier ( Mabillon , cinquième siècle bénédictin ). Hariufle fut tiré du cloître de Centule , où il avait fait profession , pour aller prendre la crosse à Oldembourg. On lit dans le sixième tome des annales de Mabillon, son épitaphe, composée par luimême', dans laquelle on voit qu'il était né dans le Ponthieu. Cet écrivain lui attribue un poëme en l'honneur de l'abbé Enguerran , son maître, qu'il a fait imprimer dans le cinquième volume du même ouvrage.

ti

IIECQUET ( Philippe ) , illustre médecin , naquit à Àbbeville, le 11 février 1661, d une famille distinguée dans le commerce, et qui a produit plusieurs hommes de mérite. Après avoir fait ses études en cette ville, il vint à Paris, à l'âge de dix-sept ans, et acheva sa philosophie au collège des Grassins. Porté , par une extrême piété , vers l'état ecclésiastique , il commença , en 1681 et 82, l'étude de la théologie, en Sorbonne et à Navarre. Un de ses oncles (*) , médecin , lui fit prendre une autre direction , et le décida pour la science qui «levait l'illustrer un jour. Hecquet suivit des cours de botanique , d'anatomie et de physiologie ; reçut le bonnet de docteur en 1684, à Reims; revint à Abbeville , où il exerça son art pendant deux ans , et retourna ensuite à Paris pour y perfectionner ses connaissances. La faculté de cette capitale lui ayant suscité quelques tracasseries, il se retira , en 1688, à Port-Royal-des-Champs, pour y remplacer le bienfaisant et pieux Ha-

(*) Clément Hbcquht, doyen du collège des médecins d'Abi)c ville , élève de l'université de Montpellier, et membre de celle d'Aix, homme habile et laborieux, qui dans la capitale même eût obtenu de brillans succès , et qui a été compté par Astruc au nombre de ceux qui ont fait le plus d'honneur à la célèbre «cok de Montpellier.

ïx'àbbevillk. i63

mon, qui venait de mourir. Se proposant de le prendre pour modèle , il se soumit au ré* gime rigoureux du monastère; se voua au jeûne, à l'abstinence , et së mit à visiter chaque jour les indigens à quatre ou cinq lieues à la ronde , toujours à pied , employant à Fétude le temps que lui laissait cette pénible occupation. Ses forces ne purent résister à tant de fatigues : il tomba dangereusement malade* Sâ jeunesse le sauva; mais le soin de sa santé , qui ne pouvait se rétablir, le contraignit de revenir à Paris quelques années après. Il y remplit les formalités nécessaires pour entrer dans la faculté $ et se fit admettre une seconde fois au doctorat , en 1697. Comme il s'était fait remarquer dans ses examens et dans ses thèses , par une profonde érudition i on se hâta de le nommer docteur régent , avec la charge d'enseigner la matière médicale. Il s'en acquitta avec une rare distinction , et eut bientôt d'illustres pra-* tiques. Le médecin Finot le présenta au grand Condé, comme un sujet digne de toute sa confiance. Quand ce héros fut près de sa dernièrè heure , Hecquet , voyant que ses soins étaient devenus inutiles, se chargea de l'avertir du danger j et de tourner toutes ses pensées vers la religion, car il n'oubliait jamais de rap-

î64 ïiomrifïE

peler les grands aux devoirs de la morale chrétienne et à l'obéissance des lois de l'église. Dès 1698 , il ne pouvait suffire à ceux qui réclamaient ses soins. Malgré la simplicité de ses goûts , il fut obligé de prendre un carrosse , dans lequel on le rencontrait lisant et travaillant, comme dans un cabinet, pour utiliser le temps que lui prenaient ses courses. Recherché de la plupart des communautés religieuses et des hôpitaux , il s'attacha à celui de la Charité , où l'un de ses compatriotes pratique encore aujourd'hui son art avec le plus brillant succès (*). En 1712, il fut

(*) M. Lerminier ( Îïilammon-Théodoric ) , membre de P-académie royale de médecine , chevalier de la légion d'honneur , ancien médecin de Napoléon , est né à Abbeville, en 1770. Il a fait les campagnes d'Espagne et de Russie, et fut décoré de Tordre de la réunion , en récompense des services importans qu'il rendit aux soldats malades , dans la funeste retraite de 181a. L'année suivante , ce digne etéavant successeur de Ph. Hecquet se consaera au traitement des soldats malades do, typhus, à l'hôpital de la Pitié. Il a été nommé postérieurement médecin de celui de la Charité.

Nous ne pouvons résister au plaisir de rapporter ici quelques vers d'une épitie intitulée: Mes Etudes m Mcdêcine, dans laquelle M. Lerminier révèle de nobles sentimens et du talent poétique. Nous les avons extraits d'un ancien bulletin de la société d'émulation d' Abbeville, dont l'auteur était membre:

• Si toujours mon talent n'est pas réparateur , L'humanité du moins le rend consolateur.

b'ABBE VILLE. l65

nommé doyen de la faculté , y fit revivre les anciens statuts, et proposa la rédaction d'un nouveau Code de Pharmacie, qui fut publié dans la suite. En quittant le décanat, il fit, selon l'usage, distribuer à chaque doc- ♦ leur un jeton d'argent, où l'on voyait d'un côté son effigie, et de l'autre un serpent s'élançant vers un temple élevé sur une montagne , avec ces mots : Monstrat ùer. Ses nombreux travaux affaiblirent tellement sa santé , qu'il ne put continuer le cours de ses visites. Il résolut alors de s'éloigner du monde, et de se retirer, par esprit de pénitence, chez les carmélites du faubourg Saint-Jacques ; il choisit un petit logement dans leur cour extérieure , et y passa les dix dernières années

de sa vie, dans les pratiques les plus austères.

Par des cris douloureux mon âme est attendrie ,

Mais plus sensible encore à la mélancolie

Qui dévore en secret un cœur infortuné,

J'adoucis par mes pleurs son trait empoisonné;

Si du cruel amour j'aperçois le caprice,

Au pâle Antioehus je livre Stratonice.

Je prodigue mes soins à la tendre amitié :

Tour le pauvre timide invoquant la pitié ,

Je cours épouvanter des cris de sa détresse ,

Le riche qui s'enferme au sein de la mollesse:

Du puissant abattu , j'honore le malheur :

Far un mensonge adroit je trompe la douleur ,

Et des mains de Pandore arrachant l'espérance,

Je conserve au mourant sa tranquille igaorance. »

l66 BIOGRAPHIE

11 fesait toujours maigre, ne buvait que de l'eau , et observa ce régime pendant plus de vingt-cinq ans. Mais au fond môme de sa retraite , il mettait encore l'exercice de sa pro* , fession au premier rang de ses devoirs, se • livrait continuellement à l'étude, répondait à toutes les consultations qu'on lui adressait, recevait surtout les pauvres , ses pratiques fa^ vorites, et les assistait également de ses conseils et de sa bourse (*). On l'a vu passer vingt-quatre nuits sans se coucher, pour mieux approfondir son art et contribuer a en avancer les progrès par ses écrits. Il n'y a pas moins contribué par les encouragemens qu'il accordait aux jeunes médecins, en leur prêtant l'appui de son expérience et de ses lumières, en leur offrant le secours de sa bibliothèque, et en achetant même des livres à ceux qui n'avaient pas les moyens de s'en procurer. Hecquet était en correspondance avec les savans, et les médecins les plus renommés de son siècle. On a peine à concevoir la rapidité avec laquelle

(•) On lit dans le Supplément au Dictionnaire de Bayte, par ChaufFepié , que le sieur Vacherie , domestique de Ph. Hecquet , ayant appris que son maître ne prenait plus les honoraires de ses consultations , ne le laissait parler qu'à ceux qui lui mettaient Un demi-louis d'or dans la main , et que les païens mêmes du docteur n'étaient pas exempts de ce monopole,

d'àbbevule. 167

il put, au milieu de ses nombreux exercices de dévotion et des soins que réclamait son immense clientelle , faire paraître un si grand nombre d'ouvrages. 11 est probable qu'on y » trouverait plus d'ordre et de méthode , s'il les avait écrits moins précipitamment. Son style est, en français, véhément et rapide ; mais rude et négligé; en latin, il est plus correct et n'est pas dépourvu d'élégance. On lui a reproché d'avoir été trop peu mesuré dans la dispute , et quelquefois trop opiniâtre ; mais ce qui peut l'excuser , c'est qu'il cherchait la vérité de bonne foi , et que lors même qu'il se trompait , il croyait la défendre. Était-il consulté sur les maladies dont la cause paraissait ignorée , et le remède incertain ? il avait recours à la prière avant de donner sa décision ou ses conjectures . et ne cessait d'exhorter ses confrères à se conduire ainsi dans les mêmes occasions. On rapporte qu'en visitant ses malades opulens, il allait souvent dans la cuisine embrasser les chefs d'office et les cuisiniers , et qu'il leur adressait ces mois : Mes amis , je vous dois de la reconnaissance pour tous les services que vous nous rendez à nous autres médecins; sans vous , sans votre art empoisonneur, la faculté irait bienlèt à thôpiiaU.

C'est un conte absurde. On aurait fait un récit plus vraisemblable et plus conforme à son caractère, en le peignant enflammé de colère contre ces sortes de gens , et leur prouvant en forme, qu'ils devaient abandonner un métier aussi contraire à la santé. Ce grand médecin mourut à Paris le 1 1 avril 1 707 , âgé de 76 ans. L'épitaphe qu'on lisait sur sa tombe, dans l'église des Carmélites 9 était du célèbre Rollin. Ceux qui voudraient la connaître, trouveront dans sa vie fort détaillée, par Lefebvre de Saint-Marc, à la fin du troisième volume de la Médecine des Pauvres, et imprimée à part , 1742 , seconde édition in- 12. On y trouve aussi la liste exacte, et une analyse assez étendue de tous ses ouvrages. Nous n'indiquerons ici que les plus importans et les plus curieux: i° De t indécence aux hommes d accoucher les femmes et de V obligation aux femmes de nourrir leurs en/ans , 1708, in-12; ouvrage appuyé de raisons morales et physiques, où le célèbre praticien, élève de Port- Royal , et moraliste rigoureux , a devancé Jean-Jacques, en prescrivant aux femmes le devoir si doux que la nature leur impose.

2 0 Traité des dispenses du carême , deux voulûmes in- 12, 1708-1709-1715. Hecquet y prouve

d' ABBE VILLE. l6$

que, non seulement les alimens maigres, mais encore le jeûne, sont favorables à la santé.

Un médecin qui poussait si loin les scrupules religieux, devait s'indigner qu'on pût se permettre de manger des oiseaux de mer ou de rivière les jours de jeûne et d'abstinence. La grenouille seule trouve grâce à ses yeux. Il conseille même de s'abstenir de tabac les jours maigres, ou du moins de n'en faire usage qu'aux heures des repas. Cette décision paraît moins extraordinaire quand on sait qu'il regarde le tabac comme pernicieux. 5* De la Digestion des Alimens et des Maladies de testomach, suivant le système de la trituration, 1712, deux volumes in-12. 11 y nie la possibilité d'un ferment ou levain qui contribue à la digestion, soit en santé, soit en maladie. 4° Traité de la Peste , 1722, in- 12.

L'auteur y parle de celle qui venait d'affliger la Provence. 5° Novus medicinœ Conspectus , 1722, deux volumes in- 12 II y attribue les maladies aux désordres qui surviennent dans les lois de la circulation du sang. 6° Médecine t/iéo/ogique , 1733, deux volumes in- 12. Il y soutient que la médecine, loin d'affaiblir les principes religieux dans le cœur de ceux qui la professent , doit au contraire les y affermir.

l~0 BIOGRAPHIE

7° Médecine naturelle , deux volumes in- 12.

L'auteur y prétend que la cause des maladie»

réside dans le sang et dans le fluide nerveux. 8° Observations sur la Saignée du pied, in- 12 ; 9° Vertus de VEau commune, deux volumes in- 12. Il en a fait presque une panacée universelle. On prétend que c'est lui que Lesage a peint dans Gil-Blas, sous le nom du docteur Sangrado, qui ordonnait la saignée et l'eau chaude à ses malades (*). 11 est impossible de ne pas le reconnaître dans le même ouvrage , sous le nom de Hocquetos. io° Abus des purgatifs, in-i 2. Hecquet était persuadé que beaucoup de maux se guérissent naturellement, et qu'il ne faut pas trop tourmenter la nature. 1 1! Divers ouvrages sur la petite Vérole. Il y parle avec beaucoup plus d'humeur que de raison de l'inoculation , contraire, dit-il, aux vues du créateur, et ne ressemblant en rien à la médecine , mais plutôt à la magie. On doit avouer qu'à cette époque il était très-permifc d'élever des doutes sur cette matière, et que beaucoup de médecins, qui jouissaient alors en Europe d'une célébrité méritée, proposé-

(') On l'a dit aussi de Jacques Molin , autre médecin contemporain.

b'abbeville. 171

rent d'autres objections assez fondées contre cette découverte. 1 2° Le Brigandage de la Médecine etc., 1732-33, in- 12. Ouvrage auquel Hecquet donna suite par d autres écrits, notamment par Le Brigandage de la Chirurgie et de la Pharmacie etc. i3 J La Médecine, la Chirurgie et la Pharmacie des pauvres, 1740 et 4^, 3 vol. in-12, ouvrage qui a eu beaucoup de vogue. i4° Le Naturalisme des Convulsions, 1733, trois parties in-12. Hecquet ne voyait dans cette folie , que les effets de la fourberie dans les uns ; d'une imagination déréglée dans les autres , et dans quelques-uns , les suites d'une maladie cachée. Le fanatisme qu'il démasque , déchaîna contre lui la haine et la diffamation. Son livre , où l'on trouve un grand nombre de faits extrêmement curieux , est sou* vent cité par Dulaure , dans son Histoire de Paris , à l'époque de cet événement si remarquable dans les fastes de l'esprit humain. L'auteur, que ses contemporains ont surnommé YHippocrate de la France , laissa environ cent volumes, tant in-P qu'in-4% à la faculté de médecine de Paris , pour augmenter sa bibliothèque , et pour servir à l'instruction des jeunes médecins. Il a paru une Réception du docteur Hecquet aux Enfers, La Haye, 1748, in- 12 ;

c'est un pamphlet dans lequel on insulte a sa tombe. Son portrait a été gravé par Daullé.

HECQUET ( Antoine ) , doyen de l'église de Saint-Wulfran , né lè i3 novembre 1669, était le frère aîné du précédent. L'illustre et vertueux Rollin s'exprime ainsi dans l'épitaphe qui décorait sa tombe (*) : « Il s'acquit une estime générale par la pénétration de son esprit et par son érudition en plusiuers genres de doctrine , et encore plus par son humilité et par sa modestie. Ayant appris parfaitement les langues grecque et hébraïque , et s'étant appliqué pendant toute sa vie à l'étude de l'Écriture- Sainte et des SS. Pères > il méprisa la science qui enfle , et il n'estima que la charité seule, qui édifie. Animé du zèle qu'elle inspire , il s'occupa pendant plusieurs années à instruire la jeunesse dans la piété et dans la foi chrétienne , ne cherchant qu'à être utile et à demeurer caché Il avait , pour le maniement

des affaires , une habileté supérieure et une fidélité incorruptible ; et il joignait à ces qualités une intégrité de mœurs , une candeur d'âme et une aimable simplicité de vie qui fe~

(') Dans l'église Sainl- Wulfi an , au pied du mattre-auleL

d'àbbeville. 173

saient son caractère particulier Les infirmités presque continuelles , dont il fut attaqué , ne diminuèrent rien de son assiduité à l'étude, et aux exercices de piété auxquels il s'était accoutumé , et la violence des douleurs qu'il souffrait souvent , ne put jamais altérer la douceur d'esprit et la patience qui lui étaient comme naturelles. Mais la vue de la mort qu'il avait toujours présente , ayant rendu en lui de jour en jour plus ardente l'espérance et le désir de la bienheureuse immortalité , il s'endormit enfin heureusement dans le seigneur , le 1 st juillet 1718 , n'ayant pas encore achevé la cinquante-neuvième année de son âge. » A. Hecquet a publié : Histoire abrégée de V Ancien et du Nouveau Testament , à l'usage des écoles chrétiennes, imprimée pour la première fois en 1707. L'auteur ne tira aucun produit de ce livre ; il exigea seulement que l'imprimeur le vendît à très-bas prix aux pauvres. Il a laissé plusieurs manuscrits , entr'autres : une Vie du Prophète David, prouvée par les psaumes ; un Cathèchisme à t usage des fidèles , et plusieurs autres ouvrages.

HECQUET ( Pierre ) , frère puîné des précédens , naquit aussi à Abbeville , le 2 juillet

1670. « L'amour de Jésus-Christ, dit Rolliri dans son épitaphe , lui ayant fait regarder tous les avantages que le monde eût pu lui offrir comme de véritables pertes , il fit toute son occupation de la seule affaire du salut éternel* Pourvu d'un canonicat de cette église ( Saint- Wulfran), en 1698 , il devint le compagnon et le coadjuteur de son frère , doyen de la même église, dans ses bonnes œuvres , et il se montra vraiment son frère par 1 émulation de toutes les vertus. Il excita à la piété les ecclésiastiques par ses instructions salutaires (*) ; les laïcs , par ses sages conseils ; les pauvres, par les secours qui convenaient à leurs besoins, et tous par l'exemple, plus efficace que la parole, d'une conduite toujours édifiante. Brûlant d'un désir ardent de vivre pour lui seul et pour Dieu , il médita plus d'une fois de rompre en secret tous ses liens, et de se cacher dans la solitude; lors surtout qu'il vit qu'on jetait les yeux sur lui pour remplir la dignité de doyen , vacante par la mort de son frère ; elle lui fut conférée

( # ) Il dirigeàit, âvec sort frère * le petit séminaire, connu sous le nom de Communauté des Clercs de la paroisse Saint-Georges, situé rue Saint-Gilles. Louis XIV, ayant entendu parler de cet établissement, envoya aux pieux et sa vans directeurs, Antoine fet Pierre Hecquet i le célèbre Capperonnier , professeur au col-' jége de France , pour les aider dans leurs travaux.

ABBE VILLE. 17b

cependant malgré lui ; mais il refusa constamment de l'accepter (*). N'ayant pas encore atteint l'âge de cinquante-deux ans, mais déjà mûr pour le ciel , il mourut le 3o décembre 1722. »

HECQUET ( Nicolas ) , oncle des prêcédens, fut le seul parmi les ecclésiastiques d' Abbeville, qui refusa de signer le fameux formulaire de i665. Son mérite et ses opinions bien connues, le mirent en relation si étroite avec les écrivains de Port -Royal, que le célèbre Arnauld , contraint de sortir de France , vint se cacher pendant quinze jours à Abbeville , dans sa maison.

HECQUET ( Nicolas ) , chanoine régulier , neveu des prêcédens , naquit à Abbeville , dans la rue des Lingers, le 26 avril 1697 , de Nicolas Hecquet et de Marie-Marguerite Clément. Il fit profession dans l'abbaye du Bourg Achart , en Normandie ; mats regrettant sa liberté , il quitta le froc , et s'enfuit en Hollande. 11 a publié : I* Les Amusemens ou i- Eaux de Spa t Amsterdam , 1704 , 2 vol. in-8 a ;

(•) Il alla à Paris supplier le prince-régent de l'exempter de cette charge.

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