‹ Biographie d'Abbeville et de ses environsChapitre 9 sur 12 · J0 BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

J0 BIOGRAPHIE

de force lui a parfaitement réussi (*). La Ga~ lerie Justinienne, ouvrage en deux volumes, qui, pour être complet, doit être composé de trois cent vingt-deux pièces; Les Statues et Sus les antiques des maisons royales , dont Etienne Baudet a gravé la suite , travail dans lequel Mcllan parvint à donner à son burin la blancheur du marbre. On a encore de lui des portraits dessinés avec tout le goût et l'esprit imaginables. Nous citerons entre autres celui à' Urbain Vlll % d'après Le Bernin; véritable chef-d'œuvre : ceux de Gassendi, de Jjouis XIV, de Mazarin, de Richelieu, etc.

Son œuvre est très-considérable (**). Il marquait quelquefois C. M; mais presque toujours son nom. Le goût de Mellan s'était formé par un séjour de dix-sept années en Italie, durant lesquelles il ne cessa d'étudier les grands maîtres. Il mourut à Paris, le 9 septembre 16&8, dans la 90 année de son âge, et fut inhumé dans l'église de Saint^Germainl'Auxerrois, Ch. Perrault a inséré son éloge

(*) II a eu la patience de faire deux fois , à la plume , le dessin de cette tète que tous les amateurs admirent. On voit un de ces dessins au cabinet des, estampes de 1» bibliothèque du roi.

(**) C'est à Mcllan que l'on doit les figures très-bien dessiné *s de la Description Topographique de ta Terre-Sainte , du P. Itogci ?

d'abbeviixe. a3i

dans le 2"* volume de ses Hommes Illustres, et Florent Le Comte a publié le catalogue de son œuvre ( Voyez Introduction à la Connaissance des beaux arts, Paris, 1 69 1 - 1 700) . Mellan a fait son propre portrait à Home, en 1 655 ; le célèbre Edolinçk l'a gravé en 1 698.

MICIIAULT ( Germain ), né en iy52, élève d'Aliamet , a gravé plusieurs vues des jardins de Monceaux, d'après Carmon telle; Acis et Galathée, d'après La Fosse; une Descente de Croix, pour la galerie d'Orléans, pièce assez estimée, etc.

MICHON , moine de Saint-Riquier , se distingua dans le 9 ma siècle par de rares connaissances théologiques et littéraires. 11 eut la direction de l'école qui existait alors dans ce monastère , et mourut en 865 , après avoir formé d'illustres disciples : Discipulos in omni doctrinarum génère nobilissimos reliquit. Michon, selon Trithème, qui parle ainsi de lui, a laissé : i° quatre livres d'Epigrammcs ; 2 0 un

£3a biographie

Recueil d Enigmes ingénieuses , qu'on qualifie de Fulcherrimus ; 3° une collection à 1 Extraits intitulés Flores poëtarum; 4° des Hymnes que Hariulfe a conservées dans sa chronique , et un volume de Lettres adressées à différentes personnes. Ces ouvrages n'existent plus. Trithème et dom Rivet pensent qu'il est auteur d'une relation des miracles de saint Riquier , depuis 8i4 jusqu'en 865 , ouvrage qui , selon le dernier de ces évrivains , « n'est point indifférent pour l'histoire générale de France. » Mabillon et les Bollandistes l'ont fait imprimer.

MILLEVOYE ( Champs-Hubert ) , naquit à Abbeville, dans une maison de la rue Saint- Wulfran , n° 6 , le $4 décembre 1 782 , de Charles-Antoine Millevoye et de Marie-Anne Hubert II fit ses études au collège de celte ville, avec son jeune compatriote, M. de Pongerville, qui devait acquérir un jour une si haute renommée. Millevoye trouva dans les soins d'un professeur habile , M. Collenot fils , tous les secours nécessaires au développement de ses heureuses dispositions. M. Bardoux, ©avant helléniste , dont le nom mérite aussi

d'àbbevillk. 233

d'être conservé , lui apprit les élémens de la langue grecque; mais il devait ses véritables progrès aux soins de M. Collenot , il est juste de le dire. Millevoye n'avait pas encore terminé ses études , lorsque la révolution ferma les écoles. Son talent pour la poésie ne tarda pas à se révêler. La Fontaine ayant été mis entre ses mains, il voulut faire des fables (*); mais Florian est l'écrivain qu'il admirait alors le plus. En 1 798 , il vint à Paris à l'école cenv traie des Quatre-Nations , où il resta pendant une année , et y remporta le premier prix de littérature. C'est là qu'il connut M. J. Dumas, aux conseils duquel il avouait qu'il avait les plus grandes obligations, et qui ne cessa de lui vouer la plus tendre amitié, l'intérêt le plus constant. Forcé de choisir un état, il se destina au barreau ; mais il fut bientôt rebuté du style de la chicane. Au commencement de 1801, il entra dans un magasin de librairie, et prit du goût pour cette profession , qui lui procurait l'avantage d'avoir autour de lui les livres les plus utiles. Il consacra trois années à ce nouvel apprentissage ; enfin s apercevant

(*) Avant l'âge de treize ans, il en fit une «rai fut insérée quelque temps après dans le» bulletins de la Société d'Emulation.

*34 DIOGRAPniE

qu'il n était point né pour les affaires, il les quitta, et suivit en liberté la noble carrière que lui indiquait son talent et un penchant irrésistible. Il avait perdu son père depuis plusieurs années, et se trouvait à peu près libre de ses actions. Son premier recueil, dont la pièce la plus importante est celle de* Plaisirs du Poète (•) ; l'avait déjà fait connaître d une manière avantageuse; ses concours académiques commencèrent sa réputation. Il possédait ce qu'il fallait pour y réussir, beaucoup de grâce et de délicatesse , un goût pur , une correction parfaite, une facture de vers élégante et souple, l'intelligence des effets poétiques. Ses compositions, presque toujours couronnées, le rendirent l'objet de l'attention publique, et le placèrent parmi les écrivains qui donnaient le plus d'espérances à la nation. * Le gouvernement, dit un biographe, semblait moins avoir fait les fonds d'un prix pour les poètes , que ceux dune rente pour un seul. » Sa sanlé, qui avait toujours été fort délicate, ne ralenr

(*) ^ a première édition de ee poëme, publié en 1801, fui immédiatement suivie de La Satire des îiomans du jour, pièce couronnée par l'académie de Lyon , qui en avait proprosc lesujet. L'auteur avait alors dix-neuf ans.

d'abbeville. ^33

tissait pas son ardeur pour le travail, mais l'obligeait à beaucoup de ménagemens. 11 quitta Paris, où les amusemens du monde nuisaient à son repos, pour venir dans une campagne près d'Abbeville (*) , goûter sans distraction les plaisirs de l'étude. Le 1 er septembre 181 5, il épousa mademoiselle Marguerite - Flore Delattre de La Molière , qui, par les grâces de son esprit et le plus tendre attachement , lui fit goûter les charmes d'un heureux hymen, et le consola de la perte d'une partie de sa fortune, que d'infidèles dépositaires lui avaient enlevée. 11 était devenu père, et formait déjà pour son fils de vastes plans d'éducation, lorsque l'état douloureux de sa poitrine devint de plus en plus grave. Il se renferma durant

six mois , croyant vaincre le mal que les secours de l'art ne pouvaient dissiper, et retourna au mois de juin 1816 à Paris, dans l'espoir d'y trouver un plus prompt soulagement. Toujours inquiet sur ses ouvrages , il ne cessait de les revoir et de les corriger. Craignant que l'air de la capitale ne lui fût contraire , il alla résider à Neuilly, et ne laissa pas s'écouler un seul jour sans s'occuper de son art, sans se livrer,

(*) A Épagnclte,

au bord même de la tombe , aux derniers élans de son génie, « l'un des plus purs et des plus parfaits de notre âge, » dit M. Charles Nodier (*) , celui de nos littérateurs qui cultiva peutêtre le plus son amitié. C'est à Neuilly, huit jours avant de mourir, qull composa tout d'une haleine sa pièce touchante intitulée :

Priez pour Moi. 11 y avait passé six semaines environ, et se rendait à Paris avec son épouse, lorsqu'il se sentit fort incommodé du mouvement de la voiture. 11 descendit aux Champs- Elysées pour s'y promener quelques instans; mais ses forces l'abandonnèrent tout à coup, 11 eut beaucoup de peine à gagner la maison de M. Bardoux, son ancien professeur de grec, qui s'était fixé à Paris. Comme il devenait impossible de le conduire plus loin en voiture, on chercha et on trouva facilement dans les en*virons un logement, où il passa plusieurs jours dans un état de faiblesse extrême , mais sans tenir le lit. — t Si j'avais seulement douze ans à vivre , disait-il , j'ai de si grands projets d'ouvrages ! » Et un instant après : « Ma pauvre femme , que feras-tu après moi? Si je croyais être si près du terme, j'écrirais au roi pour

O Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, Paris, 1829, in-S'*

d'àbbe ville. aSy

le supplier de te continuer ma pension ; et je prendrais des arrangemens avec un libraire

pour une nouvelle édition des mes œuvres »

Madame Millevoye passait seule la nuit dans sa chambre. Le 11 août 1816, vers minuit, il lui serra fortement la main , et tomba dans un profond assoupissement. A deux heures du matin, il expira sans douleur (*). La veille il avait encore travaillé deux heures , et lu presque entièrement un volume de Fénélon. Millevoye était ennemi de l'intrigue , passionné pour la gloire, et d'une modestie rare. Bien n'égalait sa défiance de lui-même ; il retouchait journellement ses ouvrages , et on lui reproche peutêtre avec raison d'avoir cédé trop docilement à la critique. M. Charles Nodier fait à ce sujet d'intéressantes remarques (**) ; mais si les corrections de Millevoye ont nui à son talent ; s'il a eu le tort de contrarier sa muse et de la fatiguer par le travail , nous sommes loin de croire que sa persévérance dans le genre classique lait empêché d'obtenir une plus grande part de gloire. Voici du reste comment s'exprime

(*) On lui a élevé un monument dans le cimetière du P. Lachaise; ôn y lit ces mots : Charics-Hubcrt Millevoye, né à Abbevillc , ie %i décembre 1782, mort à Paris le douze açût 1816»

D Lieu cité.

M. Nodier : « Si Millevoye était né quelques années plus tard ; si surtout il n était pas mort trop tôt ; si, plus libre dans son élan , il s était livré avec plus d'abandon à ses inspirations familières ; s'il avait été permis au temps où il écrivait de reculer les barrières de l'école , sans les rompre...... il occuperait au-dessus du rang

distingué qu'il a pris parmi les poètes , un rang plus distingué encore. Il avait tout pour y parvenir : une délicatesse exquise de perceptions, une tendresse de cœur qui s associait à toutes les impressions passionnées , une noblesse dame qui s'élevait à tous les sentimens généreux , une finesse de goût trop facile à blesser, comme on l'a vu, parce qu'elle participait de tous les élémens de cette organisation si vive et •si ingénue, mais dont le temps aurait émoussé tôt ou tard la susceptibilité douloureuse. Les hommes de mon âge , à qui il a été donné d'entrer dans le monde littéraire sous les auspices de l'amitié de Millevoye, et qui ont eu le bonheur de conquérir , avant d'en sortir tout à fait , l'amitié de Lamartine , trouvent dans leur physionomie quelques-uns de ces rapports qu'on aurait trouvés peut-être dans leur talent, s'ils avaient été exactement contemporains. Celle de Millevoye, si mal exprimée par les pein-

d'abbeville. sjg

très (*) , avec autant de douceur , de finesse et de grâce , avait cependant moins de puissance et de fierté ; on lisait dans ses traits quelque chose de cette timidité ombrageuse , si naturelle d ailleurs à un Jeune écrivain , balancé entre les souvenirs de ses études et les instincts de son esprit , et qui marchait avec une gêne toujours croissante dans une carrière indécise. La nature s était phi , si on ose le dire , à imprimer ce caractère , dans Millevoye , à tout ce qui manifeste lame ; ses yeux doux et pénétrons , et même animés , ne voyaient ni bien

(•) Sa famille ne possédait de lui aucun portrait, aucune image qui pût , après huit ans , aider aux souvenirs de ceux qui Pont connu, et contribuer à reproduire ses traits. Un jeune et habile peintre, M. Malécy, élève de Gros, se trouvant à Abbeville en 1824, ne désespéra point de créer sa figure. L'entreprise fut tentée en présence de madame Millevoye et de l'auteur de ces notices. La ressemblance du fils avec son père, la tradition de la veuve et les avis de M. Henri Tronnet, dont les souvenirs et le talent comme dessinateur, devaient être si utiles au peintre, lui ont fait retracer une imagé que la respectable mère du poète n'a pu voir sans pleurer, et que ses parens et ses amis ont reconnue. Ce portrait a été envoyé à Paris pour servir de modèle au buste qu'on a placé dans la bibliothèque de l'hôtel de ville ; mais des difficultés que l'artiste n'a pu vaincre, l'ont empêché d'en saisir la. ressemblance. Les véritables traits de Millevoye sont dans le portrait que Ton <loit ii M. Malécy, et que madame Millevoye conserve pour le fake graver.

24o BIOGRAPHIE

ni loin; son organe flatteur et sonore allait au cœur , et on y remarquait toutefois un peu d'embarras. Élégamment recherché dans ses manières , il avait cependant cet abandon du corps, cette mollesse d attitude, qui trahissent les fatigues de l'imagination, et qui en trahissent quelquefois d'autres ; on sentait en le regardant , même sans le connaître , que l'amour et la poésie avaient passé par là. Deux ou trois ans avant sa mort , un accident romanesque , dont mon amitié seule a peut-être surpris le secret, lavait rendu boiteux, comme sir Walter Scott et lord Byron ; et cette infirmité , par une exception qui lui était réservée, devint dans sa démarche un agrément de plus (*). »

Nous avons pensé que nos lecteurs nous sauraient gré de reproduire ici ce portrait d'un poète qui a laissé de si vifs regrets , et une mémoires si chère à ceux qui l'ont connu.

Louis XVIII avait accordé à Millevoye une pension de douze cents francs , qui , sur la demande de M. Cordier , a été continuée à sa veuve , dont ce célèbre minéralogiste est le

(•) Ce fnt dans l'été de i8i3, à Épagnettc , qa'U fit la cbutt de cheval dont il resta boiteux.

b ABBEVILLE.

parent {*). Ses productions, toujours enlevée» avec rapidité, furent réunies en i8i4-i8i5, Paris, 5 vol. in- 18. Ses Œuvres complètes , sous la direction de M. J. Dumas, ont été achetées quinze mille francs , et publiées pour la première fois par Ladvocat, en 1822, 4 voL in-8' (**). Le premier volume , orné d'un por-»

(•) M. Cohdibb ( Pierre -Louis-Antoine j, membre de l'académie royale des sciences, et directeur annuel du muséum d'histoire naturelle, n# à Abbeville le 3i mars 1777, fut reçu élève a l'école des mines en 1795. Après avoir été promu aux grades d'ingénieur en pied et d'ingénieur en chef, il fut nommé inspecteur divisionnaire en 1810. II fit partie de Expédition d'Egypte j en qualité de membre de la commission des sciences, et fut, à son retour y plongé dans les cachots de Tarente, avec le général Dumas, lé génétal Mauscour ét l'illùstre Dolomien , qui l'avait, en quelque Sorte , adopté comme son fils , et dont il eut le bonheur de faire briser les fers en implorant l'assistance de tous les savans. M. Gordier, què la science a conduit dans presque tous les états de l'iiuropé , au milieu de l'Océan , et jusqu'aux rives de la Li» bye, a été nommé, en 1819, à la place de professeur de géo* logie, vacante au muséum d'histoire nàturelle, par la mort dé Faujas de Saint-Fons. Il est auteur d'un grand nombre de moires imprimés dans le journal des mines. Nous ne citerons qée ses notices sur les Volcans a" Auvergne , sur les Cèvènes el tes Pyrénées; sa Relation d'un voyage au Pic de Tenériffe; ses Mémoires sur les Mines de Bouille de France ; iur la Structure mécanique de l'Ecorce de la Terre ; enfin sa Description géncrala des Mines, Ûsines et Carrières de plusieurs de nos dépariemens.

(**) Le même libraire en a publié une nouvelle édition en *8a3y & voL in- 18. Il en parut une autre en 1827, cher Furne t 4 vol. in-S 4 , semblable aux deux premières.

trait entièrement dénué de ressemblance , et tout à fait idéal , contient une notice biographique et littéraire ; trois livres d'élégies , dans lesquels le poète a essayé de transporter l'élégie des nations étrangères et l'élégie antique (*). On y distingue particulièrement La Chute des Feuilles; La Demeura abandonnée ; Le Bois détruit; Poète mourant; Le Phénix; Homère mendiant ; Arabe au Tombeau de son Coursier, etc. ; chefs-d'œuvre de grâce et de sen* sibilité , premier titre de l'auteur à la gloire. N'oublions pas Stèsichore , ce chant allégorique, plein de chaleur et d'énergie, écrit en 1 8 1 1\.

(•) Quelques-unes de ces élégies ont clé traduites en vers Tusses, par Dmitri Glebof, dans un recueil de poésies légères

empruntées à divers poètes français , Moscou, 1827, in-8*. « On

s'étonne, dit le Télégraphe de Moscou ( septembre 1827), en parlant de la traduction de M. Glebof, de voir refuser la qualité de poêle à Millevoye, par ceux qui se déclarent partisans de Schiller, de Byron et de Goethe; on peut reconnaître tout •à la fais le génie de ces trois poêles et celui de Millevoye. Beaucoup de ses vers se gravent également dans la mémoire et dans le cœur. Il ne s'est point traîné en esclave sur les chemins battus par ses prédécesseurs ; et si la mort n'était venue le surprendre au milieu de ses triomphes, peut-être occuperait-il le premier rang parmi les poëtcs français contemporains. Avec «■tant d'imagination que l'auteur des Méditations poétiques, il avait pins de variété dans l'esprit, un style plus correct et plus de véritable sensîblité. » Nous avons pensé qu'on aimerait à trouver ici ce jugement d'un critique russe sur Millevoyo (Voy. Bfivuc Encyclopédique, février 18*8),

d'abbeviixe.

L'Indépendance de l'Homme de' Lettres; pièce* qui a remporté le prix de l'académie en 1806 ; 1J Invention poétique; Le Voyageur -, pièce couronnée par l'académie française, en 1807/ se recommandent , non - seulement par le mérite d'un style ferme et pur, mais par de brillantes inspirations. Les Jalousies littè* r aires ; cette pièce , dit Palissot dans ses me-* moires , annonce Une âme trop noble pour»

éprouver jamais les tourmens de l'envie, et un talent qui peut un Jour l'exciter , et qui osera la braver. Simèthe ou le Sacrifice magique ; poésies légères, dizains , huitains , balla-* des et romances , charmans morceaux qui seul* suffiraient pour assurer la réputation de leur auteur (*). Tome a : Les Bucoliques de Virgile ; où il a vainement essayé dé reproduire la dou-ceur de ce poète inimitable. Les premier, troi-* sième, quatorzième, vingt-deuxième et vingtquatrième chants de l'Iliade, où il s est sur-* passé lui-même ; les Dialogues de Lucien, où l'on retrouve la verve de l'original. Tome 3 : Chartemagne à Pavie, en six chants, se distingue par * * * -i

(*) Un recueil de se» premier» ouvrages, publié à Paris,. cbezRosa, en iSta, in- 18, contient un assez grand nombre de' petites pièces de ce genre , qn'on ne retrou? e plus dans les nouvelle* éditions.

une grande fraîcheur de coloris et de brillans détails ; mais le fonds de ce poëme a mérité de justes critiques. Alfred , quatre chants ; on y reconnaît sa touche délicate et gracieuse.

La Rançon d'Egill ; Emma et Eginard , où le poète a répandu tout le charme de son talent. Belzunce fut désigné par le jury de l'institut, pour l'un des prix décennaux que 1810 devait voir distribuer avec tant de pompe et de solennité; mais cette fête triomphale fut ajournée. Ce poëme était digne de la couronne , et par l'heureux choix du sujet , et par le bonheur avec lequel il a été traité. « On y désirerait , dit un critique célèbre , plus de variété , une ordonnance plus imposante , des épisodes plus touchans et mieux conçus ; mais on y trouve de la gravité , de l'élégance , de l'harmonie et d'énergiques tableaux. » La Mort de Rotrou, qui a remporté le prix décerné par l'institut, en 1811 (*) ; Gojfin, ou le Héros Liégeois , poëme qui a remporté un prix extraordinaire en 181 2 1 L'Amour maternel , sujet doux

(*) Les Embellissement de Parts, pièce qui a remporté le ^premier accessit au jugememt de l'institut, dans le concours de la même année , a été supprimée dans les éditions posthumes. On la trouve , ainsi que Le Chant dû Virgile sur lu Naissance du Soi de Rome, dans un recucjl des poésies de l'auteur , publié A Paris, chez Firmio Didot, un vol, in-18, saus date,

D'A BBE VILLE. llfi

et touchant, auquel on n'a reproché que sa brièveté. Hermann et Tasnelda, scène lyrique ( pour le mariage de Napoléon et de Marie-Louise ) ; fragment de Saùl, tragédie en trois actes. Tome 4 : Ugolin , Corèsus et Conradin, tragédies , révêlent un talent dramatique qu'on ne supposait pas à la muse de Millevoye ; la dernière sur. tout. Six Dialogues des Morts, de «on invention ; Clovis, poëme héroïque, dont on n'a imprimé que le quatrième chant et un épisode du huitième. La conception de ce poème était grande, dit M. Dumas ; si le jeune poète eût accompli la tâche qu'il s'était imposée , il eût élevé un monument dont sa patrie eût pu s'honorer. La Fête des Martyrs et quelques Epigrammes fort agréablement tournées. Indépendamment du poëme de Clovis , il avait tracé le plan de deux autres poèmes ; l'un sur La Captivité de saint lœuis , et l'autre sur Moïse. C'était principalement au premier de ces poèmes, et à la traduction complète des œuvres d'Homère , qu'il devait consacrer son beau talent. Aux pièces dont nous venons de parler , il faut joindre la Bataille d Austerlitz, qu'il a chantée en vers dignes du sujet ( recueil cité plus haut , Paris , F. Didot ). Le Passage du Mont Saint-Bernard ( premier recueil publié par l'auteur en 1801 )*

Ces deux pièces ne se trouvent plus dans ses oeuvres. Nous citerons encore : Etrennes aux Sots, P^ris , Capelle, in- 12 de vingt- quatre pages ; et les discours préliminaires des huit premiers volumes de l'ouvrage intitulé : Petite Encyclopédie poétique, ou Choix de Poésies dans tous les genres , recueillies par lui et Philipon La Madeleine, Paris , 1804-1809 , quinze vol. in- 18, M, B oui 11 y a publié dans Les Encouragemens de la Jeunesse , une jolie nouvelle intitulée 5 Millevoye ou l Amour maternel. On trouve dans le Mémorial de la Société d'Emulation à'Abbeville, année 1816, n° 17, une Notice intéressante sur ce poète aimable , par M. André de Poilly, dont le talent justement apprécié par Millevoye (*) , devint entre eux le lien d'une amitié que rien ne put altérer. Messieurs de Pongerville et Henri Tronnet ont aussi jeté quelque» fleurs sur sa tombe , dans le Journal d'Abbeville et Le Mercure , année

(*) M. de Poilly, à qui nous avons emprunté quelques-uns des détails qu'on vient de lire, a publié un Traité élémentaire de la Versification latins, Abbcville, 1819, in-8 # , qui lui a mérité d'honorables suffrages ( Voir le Moniteur du 6 février 18*0). Ceux de ses amis qui sont dans la confidence de ses travaux, espèrent que la littérature ne sera pas privée des productions de *a plume élégante et facile.

d'àbbeviue.

MONCHI (Jean de) , d'une ancienne famille du Ponthieu , qui possédait les terres de Senarpont (*), Caïeu, Vismes, Leure, Hocquincourt, etc. , était gouverneur du Boulonnais. Le duc de Guise, à la tête de l'armée française, assiégeait la ville de Calais , qui était tombée au pouvoir des Anglais en i347« Monchi, par son intelligence et son audace, parvint, en quelques jours, à rendre à la couronne une place qu'on regrettait depuis cette époque; et voici de quelle manière. Il réussit , à la faveur dua déguisement, à pénétrer dans cette ville, reconnut les forces de l'ennemi , étudia les fortifications, mesura les fossés, s'exposa aux plus grands périls, et apprit que chaque hiver la moitié de la garnison anglaise repassait le détroit. Monchi fit part de ces observations au duc de Guise , et le détermina a emporter la place , regardée comme imprenable , et qui avait coûté onze mois de siège à Edouard III. Après avoir trompé les ennemis par des marches feintes, Guise attaqua tout à coup le fort de San gâte, et l'enleva le i et janvier 1 558. Dès le huit du même mois, les Anglais, délogés du

(*) L'hôtel de Senarpont était situé sur la place Saint-Pierre » près de l'antienne egli« de Saint-Ele^

i*48 BIOGRAPHIE

château, acceptèrent une capitulation qui permettait à la garnison de se retirer dej la ville ; mais sans ôter un clou ni un pavé de sa place.

Un tel événement avait paru aux Anglais si peu à craindre, qu'ils avaient place sur la porte du, château cette inscription :

Les français à Calais viendront planter le siège, Quand le fer et le plomb nageront comme liège.

Monchi de Senarpont fut récompensé par une grande part de butin , une dotation de mille neuf cent cinquante-huit mesures de terre , et le grade de lieutenant-général du roi én Picardie. Il s'était déjà distingué contre les Anglais,

en i544 et i545, près de Boulogne.

MONCHI (Charles de) , de la même famille que le précédent , plus connu sous le nom du maréchal d'Hocquincourt, naquit au commencement du 17" 10 siècle. Il entra de bonne heure au service, et signala sa valeur dans les différentes campagnes contre les Espagnols, sous Je règne de Louis XIII , à la Marfée , à Villefranche, etc. Il commandait Taîle gauche cje l'armée française à Rethel, en i65o, et reçut Je bâton de maréchal Tannée suivante. Il b*at-. fit ensuite les Espagnols en Catalogne, pui%

DABBEVIIXE.

força leurs lignes devant Arras ; fut battu à Bléneau par le grand Condé, et à Gicn, où Turenne répara sa défaite et sauva la cour.

Il partageait dans presque toutes ces occasions l'honneur du commandement de l'armée royale avec Turenne ; mais il flétrit sa vie par la trahison. Piqué contre Mazarin , qui lui avait pté le commandement de l'armée pour le laisser sans partage à Turenne; excité dans sa haine contre ce cardinal par la duchesse de Montbazon , dont il était éperduement épris (*) , il (écouta les propositions des Espagnols et du prince de Condé, qui lui offraient une somme considérable , et la lieutenance-générale de la Flandre , s'il voulait consentir à leur livrer Péronne et Ham. On délibéra sur les moyens d'empêcher d'Hocquincourt d'introduire les ennemis dans ces deux places importantes. L'armée espagnole s'avançait ; le prince de Condé , avec ses troupes, était à deux lieues de Péronne, et son parti se ranimait. Si la trahison lui en puvrait les portes , les discordes civiles allaient se prolonger, la guerre revivre au centre du royaume. Turenne sauva la patrie en conseillant

(*) C'est à cette dame qu'il écrivait ; « Péronne et t à la belle

2 5o BIOGRAPHIE

à Mazarin de gagaer le traître qui arborait si ouvertement l'étendard de la révolte. On entama des négociations avec lui. Ces négociations durèrent quinze jours, pendant lesquels d'Hocquincourt donne audience tantôt aux envoyés de la France, tantôt à ceux de l'ennemi, et ne rougit point de se mettre à l'enchère. Enfin le traité fut conclu. Le maréchal se fit payer deux cent mille écus, et se démit de son gouvernement de Péronne en faveur de son fils. Peu de jours après , il se lia de nouveau avec le prince de Condé , qui combattait toujours contre sa patrie ; gagna l'officier qui commandait à Hesdin, et le détermina à recevoir les Espagnols (*). Ensuite il alla les joindre à Dunkerque. Turenne s'étant rapproché de cette place pour la reconnaître avant de l'attaquer, d'Hocquincourt marcha droit au devant de lui avec ses cavaliers, et reçut le prix de sa criminelle con-

Ml

quêtons français, au milieu des ennemis, le

(') Ceci se rapporte à la révolte de Balthazard de Fargucs ( Voy. le Vieil et le Nouvel Hesdin, ou Histoire de ces deux villes, par S. Mondelot, Abbeville, i8a3, in-S"). Noua saisissoos avec plaisir l'occasion de mentionner cet ouvrage de noire estimable cornpatriote M. Mondelot, à qui l'on doit encore : 1° quelques Essais Poétiques; a w Lésons du Moyen Age, à f usage des classes d'humanités, Hesdin, i8a4* in-&*«

d'àbbeville. s5i

juin i658. La fameuse conversation de ce maréchal avec le P. Canaye, imprimée dans les œuvres de Saint-Évremont , peint parfaitement son caractère et son esprit. L'auteur de ce morceau, que quelques-uns attribuent à Charleval, a eu pour but de jeter du ridicule sur les principes des jésuites, concernant la grâce. Le portrait d'Hocquincourt a été gravé par INocret, Ch. Lebrun , Boissevin et Moncornet (Voy. Hist. du vicomte de lurenne, par de Rainsay.

MOREL D'ARLEUX (Louis-Marie-Joseph), conservateur des dessins et planches gravées du musée royal, naquit à Abbeville, d'une famille honorable, en 17 55. Son goût pour la peinture se manifesta dès l'enfance , et deux fois il fit le voyage d'Italie pour y étudier les chefsd'œuvre des grands maîtres. A son retour, il se fixa â Paris, où le genre du paysage et la gravure occupèrent son temps. Attaché , en 1 795 , à l'école Polytechnique , en qualité de garde des dessins et archives, il fut, l'année suivante , appelé à diriger l'une des divisions du musée, qu'on venait d'organiser sous le nom de chalcographie, et chargé de recueil-

s5-3 BIOGRAPHIE

lir les œuvres des meilleurs artistes. Les connaissances spéciales qu'il devait à dix ans de séjour en Italie, le rendaient propre à accroître l'éclat de la riche collection confiée à ses soins. Nul ne portait plus de savoir, de critique et de clarté dans l'étude des productions de Fart , ne les classait plus nettement, et ne les jugeait mieux. Peu d'hommes ont mieux compris le langage énigmatique de l'antiquité, et reconnu avec plus de certitude et de facilité les attributs des personnages mythologiques ou historiques. Aussi le savant Denon le consultait-il quand il avait quelque doute sur le sujet d'une composition quelconque, et l'appelait-il CŒdipe du musée, le grand dénicheur des dieux du paganisme et des saints du paradis. Digne collaborateur de ce savant célèbre, Morel d'Arlcux avait beaucoup contribué à établir le bel ordre qui fesait ressortir au musée Napoléon , toutes les richesses de nos victoires (*). 11 avait pro-

(*) Napoléon avait chargé Denon, directeur- général àc» musées , de faire modeler les bustes des Français les plus célèbre» dans les arts ; mais comme il n'existait pour quelques-uns d'entre eux aucun portrait , aucune image que Ton pût consulter , Denon fit connaître à l'empereur l'impossibilité de compléter la collection. Complétez également , répondit Napoléon , vous avez des amis dont vous posséderiei le buste avec plaisir, qu'ils posent. C'est à cette occasion que le busto de M. d'Arlcux Ait exécuté,

d'àbbeville. a53

posé à l'administration du musée , d'acheter à l'avance, des jeunes graveurs qui annonçaient un beau talent, leur première grande planche à un prix plus élevé que celui qu'ils pouvaient espérer alors. Par suite de cette proposition , la chalcographie acheta la planche de La Vierge dite la belle Jardinière, gravée par

spéculation pouvait devenir profitable au musée, car cette planche créa la réputation de ce célèbre artiste , et rapporta , dit-on , à la chalcographie , près de quarante mille francs. Mais différens obstacles s'opposèrent à la continuation d'une entreprise si importante et si utile.

Aux formes extérieures les plus aimables et les plus nobles, Morel d'Arleux joignait le rare assemblage d'un esprit vaste et d'une belle âme. Peu de personnes ont eu à un pareil degré > cette mémoire qui conserve tout ce qu'on a lu et observé, et cette délicatesse de tact qui fait tout apprécier avec justesse. Il mourut à Paris le 6 avril 1827. La place qu'il occupait depuis trente années dans l'administration du musée

par M»«. Julie Charpentier, sous le nom de Pierre Lescot , architecte, auquel pa attribue la belle fontaine des SaiaU-Iniwcooa, qui décore la place de U Grande -Halle, à Paris,

5j54 biographie

royal, est maintenant supprimée. Comme peintre , il n'a fait que quelques paysages , dans lesquels on remarque une grande entente de la perspective. Le sujet de son tableau principal est Cicéron découvrant le Tombeau d'Archimède, prés de Syracuse. C'est une toile de sir pieds de largeur sur quatre de hauteur. Rforel d'Arleux a contribué a la rédaction de plusieurs ouvrages relatifs aux arts , et publié dans les journaux un très-grand nombre de notices biographiques sur les artistes. On lui doit encore : Dissertation sur un traité de Charles Lebrun, concernant le Rapport dé la Physionomie humaine avec celle des animaux , etc. , Paris, 1806, grand in-f sans tibik d'auteur.

Cet ouvrage fut composé pour tenir lieu du discours, malheureusement perdu pour nous, que Charles Lebrun prononça sur le même sujet, en 1671, dans une des conférences de l'académie de peinture.

MOURETTE (François), savant théologien, ancien maire d'Abbeville, conseiller et avocat du roi au présidial de cette ville, a publié a

Enchiridium psalmorum Davidis, ex hebraïca

D*ÀBBE VILLE. 255

veritate cum psaltcrii canticis, in laiinum Carmen redactum et illuslratum, Paris, i58i.

ÎNICOLSÔN ( Jeàn-B aktwélemi-Maxïmilten ), dominicain, naquit à Abbeville le 20 avril 1 734. Il fit ses études au collège de cette ville, entra chez les jacobins en 1754, et professa la théologie et la philosophie. Nommé successivement à différentes chaires publiques, il y soutint la réputation qu'il s'était justement acquise dans son ordre. 11 était prieur du couvent de Paris, lorsqu'on l'envoya, en qualité de préfet apostolique, à Saint-Domingue. Il a publié : F Essai sur r histoire naturelle de Saint-Domingue , Paris, 1776, fig. ; 2° La Solitaire des rochers, Château-Fort, 1787, in-12. Cet ouvrage renferme la vie et la correspondance de Jeanne- Marguerite de Montmorency, née à Paris en 1 645 , morte en 1 700. ( Voy. ce nom dans le Dictionnaire de Fe lier et la Biographie univers.) Wicolson mourut à Abbeville, le 21 août 1812. ■•

NITHÀRD, abbé de Saint-Riquier, était fils du célèbre Angilbert, et de Bcrthe, fille de Char-

lcuiagne (Voy. Angilbert). Il naquit quelque temps avant Tannée 790, époque à laquelle son père embrassa la vie monastique. On ne sait rien de Nithard jusqu a Tannée 84o , ou environ ; mais il paraît certain qu'il fut élevé dans le monastère de Saint-Riquier. Il hérita de son père le gouvernement des rivages de l'empire , depuis la Seine jusqua l'Escaut, et Baluze ne s'est pas trompé, en disant qu'il fut abbé de Saint-Riquier : c'est ce qu'attestent la Chro~ nique cTHariu/fe, le Gallia-Chrisliana et beaucoup d'autres monumens. Contraints de rechercher la protection des comtes, pour échapper à la fureur des hommes du nord qui dévastaient leurs terres et menaçaient leurs vies, les moines donnaient à ces guerriers le surnom d'abbés , abbates comitis (*) , et y joignaient une part de leurs immenses revenus ; ce qui a fait douter que Nithard eût embrassé la règle de saint Benoît. Il ne serait cependant pas étrange qu'il eût été tout à la fois pieux cénobite et valeureux guerrier. On sait que les prêtres et les évêques portaient les armes au 9 m * siècle (**). Nithard servit avec gloire dans

(•) Ducange, Hist. manuscrite des Comtes de Potitlucu,

(••) Gaillard, Hist, de Cliarlemagne.

les armée3 de Charlemagne, et fut l'un des généraux qui combattirent à Fontenay avec Charles-le-Chauve et Louis-le-Germanique , contre Lothaire et Pépin. 11 triompha de ce dernier en*enfonçant son corps d'armée , et contribua ainsi au succès de cette bataille , la plus meurtrière et la plus destructive qui ait jamais été livrée entre Français. Il avait embrassé les intérêts de Charles-le-Chauve , qui lui donna toute sa confiance, et le députa, en 84o, vers l'empereur Lothaire, son frère, pour négocier la paix. Deux ans après, Charles choisit encore Milliard, avec onze de ses plus fidèles courtisans , pour régler ses partages avec Louis-le- Germanique. Nithard fit tous ses efforts pour éteindre la haine qui divisait les ambitieux enfans de Louis-le-Débonnaire , et étouffer la guerre civile entre les trois frères ; mais il ne put y réussir, et fatigué du monde et de ses orages , il vint , après s'être dépouillé des biens considérables qu'il possédait , passer ses derniers jours à l'ombre des autels, dans le monastère de Saint-Riquicr. Les Normands l'arrachèrent bientôt au calme de la solitude et à la paix du cloître. Ces audacieux pirates venaient encore une fois d'aborder en France , et livraient la Ncustric et les deux rives de la Somme aux

flammes et au pillage. Nithard rassemble des guerriers , marche à leur tête , attaque vigoureusement l'ennemi, et reçoit dans le combat une blessure mortelle, Tan 853, selon les uns, ou 858 , selon d autres. Il fut enterré près de son père, à Saint-Riquier , où son corps, renfermé dans un cercueil de bois rempli de sel €t garni de peaux, fut retrouvé intact dans le 1 1 ■? siècle. Nithard est auteur de ï Histoire des Divisions entre les Fils de Louis-le-Dèbonnaire % qu'il composa , selon toute apparence , dans labbaye de S'.-Riquier, par ordre de Charlesle-Chauve. « Quoique cette histoire (si Ton en excepte l'introduction qui remonte à Charlemagne ) n'embrasse qu'un espace de trois ou quatre ans , c'est un des morceaux les plus curieux de nos annales, dit le savant Walckenaër , parce que l'auteur , à la fois homme de guerre et homme d'état, qui n'a manqué ni desprit ni de jugement, fut témoin des évenemens qu'il raconte, et a connu les causes secrètes qui les avaient produits. Son ouvrage est divisé en quatre livres ; le premier , qui sert d'introduction, renferme le récit sommaire de ce qui s'est passé depuis l'an 8i4 jusqu'à Tan 84o ; dans les trois autres livres , l'auteur est trèsexact à marquer les époques de chaque fait,

d'abbeville. 259

et à indiquer les lieux qui en furent le théâtre. 11 n'oublie pas non plus de faire mention des éclipses et des changemens de saisons , ainsi que des principaux évènemens de l'histoire 'générale. L ouvrage de Nithard prouve un homme instruit , et même un écrivain assez habile dans Tordre et la distribution de sa narration. Son style, à la vérité, est souvent obscur et embarrassé ; mais ce défaut doit être en partie attribué au siècle dans lequel il a écrit. » L'histoire de Nithard a paru pour la première fois dans les Douze Historiens contemporains, que Pithou fit imprimer à Paris, en i588. Duchesne, après l'avoir corrigée, la publia en 1 636 dans le tome 2 de ses Historiens de France.

Kulpis la fît passer ensuite dans son ouvrage, qui parut à Strasbourg, en i685. Dom Bouquet en donna, en 1 74^ , une édition beaucoup plus correcte dans le tome 7, page 10 du liecueil des Historiens des Gaules et de la France , et y joignit, ainsi que Duchesne, une dissertation de Paul Pétau , qui mérite d'être lue (*). Le président Cousin, dans son Histoire de f Empire d'Occident, tome premier, a

(•) De Nithardo comité , CaroU Magni ex filii nepotc , brevù s y ntag ma, 16 15 , in -4*»

26o BIOGRAPHIE

mis au jour, en i685, une mauvaise traduction de l'histoire de Nithard, où Ton trouve des fautes graves. On ne fera point les mêmes reprochés à celle qui a été insérée par M! Guizot , dans sa belle Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, depuis la fondation de la monarchie , fusau au i3 ,ne siècle, avec des éclaircissemens et des notes, Paris, 1824. Nithard a rapporté, en roman et en tu des que, les serai ens prêtés à Strasbourg, en 842, par Charles-le- Chauve, Louis-le-Germanique, et leurs armées respectives. Ce morceau précieux pour l'histoire des langues que parlaient alors les anciens Francs, fut d'abord publié par Bodin, dans le cinquième livre de sa république, en 1578. Il a été le sujet d'un grand nombre de dissertations. La première est celle de Fréher, en 1 7 1 7 ; la plus approfondie , et la meilleure peut-être, est celle que M. de Mourcin a fait paraître en 181 5 , in-8° de quatre-vingt-quatre pages. Il y donne en tête une liste de quarante et un au» teurs qui se sont occupés du même sujet. Le manuscrit de Nithard est à la bibliothèque du roi, sous le numéro 1964. Il fesait autrefois partie de celle du Vatican. L'ouvrage de M. de Mourcin contient un jac simile de son écriture. On le trouve également dans Roquefort, Glos\

d'abbevillk. 56 »

s aire de la langue romane; dise, prélim. page 20 ( Voy. Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France , tome premier, page

NOBLET (Charles) , de l'académie de musique , né à Abbeville, était claveciniste â l'orchestre de l'opéra, et organiste à Paris, où il mourut en 1 769, âgé de cinquante-quatre ans. On a de sa composition un te deum , et quelques autres chants d'égKse; plusieurs cantates, et différens morceaux de clavecin publiés en 1 756. Son portrait a été gravé par Elizabeth Pourvoyeur, in-4' (Voy. Bibliothèque française du P. Lelong, tome 4> Liste des Portraits, page l\\ , édition de 1775, et le Dictionnaire des Musiciens ).

PERRÉE ( Jean-B aptiste-Emmanuel ) , contreamiral, naquit à Satnt-Valeri^ur-Somme, le 1 9 décembre 1761. Son père, qui avait parcouru la carrière maritime , le destina à la même profession , et le fit entrer, dès l'âge de douze ans*

Page 1