Archives isr., 1865, p
Anselme de Rothschild. Confiée à des administrateurs inexpérimentés, elle n'eut pas deux années d'existence.
3° Une école de jeunes filles, placée sous le patronage de Mme la baronne Nathaniel de Rothschild. Cet établissement fut pourvu de cinq institutrices, deux du rite allemand et deux du rite espagnol, pour l'enseignement religieux et profane, et une pour les travaux manuels. Le 30 juillet 1854, il comptait 300 élèves, mais il paraît avoir décliné rapidemento Mme la baronne Lionel de Rothschild le réorganisa en 1866. A partir de cette année, jusqu'en 1871, le nombre des élèves a été en moyenne de 114. En 1871, il s'est élevé à 179 ^
4° Une œuvre d'apprentissage, sous la protection de MM. les fils du baron James de Rothschild. Le baron Raimond Franchetti, de Turin, gendre du baron Anselme de Rothschild, de Vienne, donna pour cette institution une somme de 3,000 francs et une subvention annuelle de 1,500 francs. 40 enfants y furent placés sous la surveillance de M. Hausdorf. D'après les rapports publiés depuis, elle a entretenu ou
1. Bericht ans der isr. Mœdchenschule in Jérusalem vom Jahre i 874. Jéms., 1872.
subventionné 52 apprentis en 1858, 50 en 1861, 41 en 1866, 31 en 1870, 32 en 1873 \
5° Une œuvre de distribution de pain, fondée par Albert Cohn lui-même au nom de Mme Albert Cohn (œuvre Mathilde Cobn). La distribution de pain devait avoir lieu deux fois par semaine, le lundi et le vendredi. Plus tard, elle eut lieu seulement le vendredi et la veille des fêtes. Dans ces dernières années, V Œuvre Mathilde Cohn paraît avoir distribué régulièrement 12,500 rations de pain par an. La dépense annuelle aura été au moins de 1,250 francs.
La mission d'Albert Cohn à Jérusalem était maintenant terminée. Le samedi 29 juillet (4 Ab), il lut et commenta dans la synagogue l'admirable Haftara d'Isaïe, il exhorta ses auditeurs à la concorde et à l'union, et, en leur montrant la grandeur de la religion Israélite, il les encouragea à résister aux manœuvres, alors très actives, des convertisseurs. 11 termina en exprimant l'espoir qu'il reverrait bientôt cette population si malheureuse et si digne de compassion.
1. Ârch. isr., 1859, p. 170; 1861, p. 620; 1867, p. 42; 1871, p. 450; 1873, p. 332.
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Albert Cohn a Constantinople. — Démarches d'Albert Cohn auprès des ministres ottomans, mesures proposées en faveur des juifs dans le règlement de la question d'Orient. — Audience chez le sultan, paroles remarquables d'Abdul-Medjid. — Les juifs assimilés à tous les nonmusulmans en Turquie. — École Israélite fondée à Constantinople. — Retour à Vienne, audience auprès de l'empereur d'Autriche. — Retour à Paris. — Résultats importants de ce premier voyage. — Médaille offerte à, Albert Cohn par les israélites italiens.
Il partit le lendemain de Jérusalem, et en passant par Jafïa, où il s'embarqua, il y fonda une école qui ne dura guère, Le 3 août, il arriva à Alexandrie, et en repartit le 6 pour Constantinople. Il passa à Smyrne le samedi 12 août.
Après avoir établi dans cette ville une école pour 40 enfants, qu'il se proposait de développer plus tard, si le succès l'y encourageait, mais qui ne paraît pas avoir duré plus longtemps que celle de Jaffa, Albert Cohn se rendit à Constantinople ; il y arriva le 13 août.
Son premier et principal souci fut d'intéresser le gouvernement ottoman au sort des Israélites. Il prévoyait qu'à la fin de la guerre des changements importants seraient apportés à la condition des sujets chrétiens de la Turquie. Ceux-ci avaient, dans les puissances européennes des protecteurs naturels, mais qui songerait aux pauvres juifs? Cette pensée préoccupait le pieux voyageur. Il n'avait encore osé s'en ouvrir à personne, mais il comptait bien qu'une occasion se présenterait d'intercéder en faveur de ses coreligionnaires.
Après avoir passé deux jours à Bujukdère, dans la résidence du baron de Bruck, internonce d'Autriche, il alla visiter, en compagnie de M. Schreiner, drogman du consulat autrichien, les hauts personnages du gouvernement : le grand vizir Méhémet-Kepresli-Pacha, le ministre des affaires étrangères Rechid- Pacha, les anciens grands vizirs et Ghabib-Pacha, fils de Rechid-Pacha et gendre du Sultan. Grâce à la bienveillance des ministres, il obtint, le dimanche matin 20 août, une audience du Sultan Abdul-Medjid, dans le palais de Chéragan.
Il rendit compte au Sultan de son voyage à Jérusalem, qui est aussi pour les musulmans la Ville sainte.
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« Tu es bien heureux, lui dit le Sultan, d'avoir vu cette ville que je désire si vivement de pouvoir visiter ! »
En apprenant tout ce qu'Albert Cohn avait fait pour les Israélites de Jérusalem, le Sultan s'écria :
« Que tu es bon pour mes sujets I »
Encouragé par l'accueil qui lui était fait, Albert Cohn fît une allusion au règlement de la question d'Orient et à la situation qui pourrait être faite aux Israélites :
« Ton cœur paternel, dit-il, si bon pour tous tes sujets, accordera sans doute maintenant bien des droits et des privilèges à ceux qui en manquent encore. »
Le Sultan, probablement préparé par le grand vizir, répondit :
« Mon cœur ne connaît aucune difîérence entre les raïas de mon Empire. Tous les droits, privilèges, quelque nom qu'ils portent, seront toujours accordés à tous les raïas, sans aucune distinction. »
Abdul-Medjid tint parole. Les privilèges accordés aux raïas par le hatt impérial de 1856 s'étendent également à tous les sujets non-musulmans de l'empire.
Une formule avait été arrêtée par Albert
80 BIOGRAPHIE d'aLBERT GOHN
Cohn avec le grand vizir et Rechid-Pacha, conc^^nant la situation des Israélites. Elle était ainsi conçue :
« Tous les droits, privilèges et toutes les immunités qui sont ou qui seront dorénavant accordés à une communion chrétienne quelconque sont par là-même accordés aux juifs, car le cœur de Sa Majesté Impériale ne permettra jamais que la moindre difîérence soit établie entre les divers sujets non-musulmans (raïas) de son Empire. »
Le Sultan voulut bien approuver cette rédaction.
Albert Cohn le remercia ensuite d'avoir fait faire une cuisine casclier pour les dix-sept élèves juifs de l'école impériale de médecine, et d'avoir créé pour eux un cours d'instruction religieuse.
En prenant congé, Albert Cohn demanda la permission de dire en hébreu la bénédiction que prononcent les Israélites en présence d'un roi : (( Loué soit l'Eternel qui a communiqué une partie de sa majesté à une créature de chair et de sang. » Le Sultan fut ému jusqu'aux larmes :
« A ton prochain retour, dit-il, tu trouveras les juifs dans une meilleure situation. »
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Ces bonnes paroles furent répétées par Fered- Effendi, favori du Sultan, qui était arrivé la veille avec le nouveau vice-roi d'Egypte, Saïd- Pacha. Ce souverain promit également à Albert Cohn sa protection pour les Israélites d'Egypte.
Albert Cohn avait attendu une semaine l'audience du sultan. Il employa ce temps à étudier l'état de la communauté Israélite à Constantinople. Celle-ci était déchue de son ancienne grandeur. Lorsque les juifs d'Espagne, chassés de leur pays, vinrent s'établir en grand nombre dans la Turquie, ils obtinrent des fonctions élevées à la Sublime Porte, et leurs descendants occupèrent longtemps une place importante dans l'état. Peu à peu, ils en furent dépossédés par les Grecs et les Arméniens. Ceux-ci s'étaient poussés lentement aux hautes positions administratives et s'étaient emparés du commerce, tandis que les juifs devenaient de jour en jour plus pauvres et plus misérables. Cette décadence venait en grande partie de leur peu de culture intellectuelle et de l'absence d'une autorité reconnue de tous et qui eût imposé des mesures propres à relever l'état intellectuel des Israélites. Une famille puissante, celle des Carmona, qui aurait pu revendiquer et exercer cette autorité, avait été dépouillée par le sul-
tan Mahmoud, et son chef avait eu une fin tragique i. La famille des Camondo était d'origine étrangère et n'avait pas encore l'influence qu'elle a acquise depuis. La communauté Israélite était sans guides, elle n'avait aucune institution sérieuse, et son ancienne organisation elle-même menaçait ruine.
Albert Cohn essaya de fonder au moins des écoles israélites à Constantinople 2. Dans ce but, il réunit d'abord au consulat d'Autriche les israélites notables, puis un plus grand nombre de personnes dans la synagogue de Galata. Une école fut créée et on se promit d'en fonder trois
1. Carmona possédait de grosses créances sur la cour ottomane. En 1820 ou 1821, le sultan Mahmoud le fit étrangler et confisqua tous ses biens. La maison de Carmona donnait sur le Bosphore. Il aurait pu s'enfuir par une fenêtre sur une embarcation que la Sultane Validé lui avait envoyée en toute hâte, mais c'était jour de fête, il aima mieux mourir que de transgresser la loi sabbatique, et tomba victime de sa foi religieuse. En 1856, le fils de Carmona, qui dirige depuis longtemps un journal en judéo-espagnol à Constantinople, El Tiempo, obtint quelque dédommagement du sultan, grâce à l'intervention du gouvernement anglais solUcité parle Board des israélites de Londres. Arch. isr.j 1856, p. 469; Educatore, 1856, p. 256.
2. Pour la plupart des détails qui suivent, voir, outre les Lettres juives, Univers israélite, X, p. 13, 58, 110, 134, 207; Archives Israélites, 1854, p. o98] AUg. Ztg. d. J., 1854, p. 462 et suivantes.
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autres dans le courant de l'année. Ce premier établissement scolaire, ouvert à Péri-Pacha le 23 novembre 1854, fut transporté plus tard à Haskeui et pris entièrement à la charge de la famille de Camondo. Il a eu successivement pour professeurs de français et directeurs M. Benoît Brunswick, M. Samson Lévy, M. Schmoll, M. Cohen, et aujourd'hui M. Félix Bloch.
Pour toutes ces œuvres de charité, l'ambassade d'Autriche avait prêté le meilleur concours à Albert Cohn. Au moment de partir, il reçut encore de M. Bruck et de M. Benedetti, chargé d'affaires de France, de précieux témoignages de sympathie. Enfin, le gouvernement autrichien, dans une lettre de M. de Bach, du 15 septembre 1854, informa le pieux missionnaire qu'il prenait le plus grand intérêt à la prospérité des belles institutions fondées en Orient au prix de si grands sacrifices et d'un si généreux dévouement.
Albert Cohn partit de Constantinople le lundi 21 août, le 25 août il était au Pirée ; il débarqua à Trieste pour se rendre à Vienne, où il était attendu avec une vive curiosité.
11 fut reçu en audience particulière par l'empereur, qui lui donna l'assurance que les
Israélites d'Orient pourraient toujours compter sur la haute protection de l' Autriche. Le comte Buol Schauenstein et le baron Bach, ministres de l'empereur, exprimèrent les mêmes sentiments de bienveillance pour les israélites. Le samedi, Albert Cohn fit une relation de son voyage dans la principale synagogue devienne, ses paroles furent accueillies avec enthousiasme. Elles inspirèrent probablement à M"""" Élisa Herz, née de L?emel, le désir de fonder à Jérusalem une école qui fut ouverte en 1856 et qui existe encore aujourd'hui.
Albert Cohn revint à Paris en passant par Prague, Leipzig et Francfort. Le premier samedi qui suivit son retour, il fit au temple une offrande de 60,000 francs, composée comme suit : 40,000 francs formant, à ce qu'il semble, la part qu'il avait prise lui-même aux frais de •sa mission et qui étaient déjà dépensés ; 10,000 francs pour la Maison de retraite des vieillards ; 10,000 francs pour la caisse des prêts aux ouvriers qull avait fondée quatre ans auparavant. Le-premier jour de Rosch-Haschana, 23 septembre, il rendit compte de son voyage dans le temple des israélites portugais, et le lendemain dans le temple consistorial. Enfin, le 19 octobre, il fit, au sein du Consis-
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toire central, un rapport sur sa mission et reçut du président les félicitations qu'il avait si bien méritées. Il se rendit ensuite à Londres, où il eut des conférences avec M. le grand-rabbin D"" Adler, avec sir Moses Montefiore, le baron de Rothschild, l'alderman Salomons. Le 30 octobre, le Consistoire central des israélites français publia une circulaire qui énumérait les établissements dont la création en Orient était due « au dévouement et à l'active intervention de M. Albert Cohn, » et demandait qu'une souscription fût ouverte pour les soutenir.
Cette souscription paraissait indispensable. Dès le premier moment, des doutes avaient été exprimés sur la durée des institutions si rapidement fondées par Albert Cohn, et on demanda que l'avenir en fût assuré. C'est à quoi tendait l'appel du Consistoire central. Il ne paraît pas avoir eu le succès qu'il était permis d'en attendre. Le public Israélite recula sans doute devant l'étendue des sacrifices qu'on lui demandait et la grandeur des difficultés qui venaient de lui apparaître. Les inquiétudes que la question d'Orient avait semées dans les pays occidentaux contribuèrent aussi à refroidir son ardeur. Cependant la confiance d'Albert Cohn et de ses amis ne fut pas ébranlée. Ils faisaient
remarquer que MM. de Rothschild ne laisseraient pas tomber des institutions créées sous leurs auspices, et ils avaient raison. La plupart des établissements fondés par Albert Gohn existent encore aujourd'hui. L'hôpital de Jérusalem a été richement doté par la famille de Rothschild, qui pourvoit à toutes ses dépenses; l'œuvre des femmes en couches est maintenue par M""^ la baronne James de Rothschild ; l'école de jeunes filles, qui avait disparu quelque temps, a été réorganisée par M™^ la baronne Lionel de Rothschild ; l'œuvre d'apprentissage paraît fonctionner encore maintenant ; celle de la distribution de pain a duré jusqu'à la mort d'Albert Gohn. Seule la caisse des prêts aux ouvriers n'a eu qu'une courte existence, mais on ne s'en étonnera pas si l'on réfléchit qu'à Paris même la caisse des prêts, fondée par Albert Gohn avec un capital de 20,000 francs, a vu promptement ses ressources s'épuiser et est condamnée à l'inaction. L'école de Gonstantinople a duré également jusqu'à nos jours, et, grâce à MM. deGamondo, elle est dans une situation florissante. Les autres écoles ouvertes par Albert Gohn ont eu sans doute une existence plus éphémère, mais tout est mobile sur ce sol d'Orient, les créations nou-
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velles y apparaissent comme dans un rêve des Mille et une Nuits et disparaissent de même. Cette œuvre des écoles demande d'ailleurs une organisation compliquée et une surveillance de tous les jours. Si elle n'a pas réussi à cette époque, elle a été reprise depuis par V Alliance Israélite universelle, qui la poursuit avec le plus grand succès.
L'effet produit sur les esprits par le départ d'Albert Cohn pour l'Orient dura longtemps. En Italie, on s'était pris d'enthousiasme pour la sainte entreprise dont il s'était chargé. Dès le mois d'octobre 185 i, M. Pellegrino di G.Padoa, de Gento, avait proposé, dans une lettre adressée à VEducatore israelita, d'ouvrir une souscription pour offrir une médaille à l'illustre voyageur i. Cette idée fut accueillie avec empressement. Les souscriptions furent si abondantes que la rédaction de VEducatore put offrir également une médaille à la famille de Rothschild, de Paris, à sir Moses Montefîore et à M. Ludwig Philippson. Ces médailles furent remises à destination en septembre 1855. Celle d'Albert Cohn portait l'épigraphe suivante ^ :