Allgemeine Zeitung cl. /., 1838, p
Cependant les lacunes de l'organisation israélite en Algérie se faisaient sentir de plus en plus vivement. Lesjuifs réclamaient principalement l'organisation de Consistoires Israélites comme ceux de France, la nomination des grands-rabbins par le gouvernement, l'entrée dans la milice du pays ^ et déjà dès les premiers temps la naturalisation française, avec l'abandon du statut personnel, et l'assimilation complète aux citoyens français. Sur ce dernier point, le plus grave assurément, puisqu'il obligeait les juifs de renoncer à leur ancienne juridiction religieuse, ils rencontrèrent longtemps l'opposition du gouvernement, qui craignait de mécontenter les Arabes. Ils n'obtinrent satisfaction qu'en 1870, où M. Grémieux, membre du gouvernement de la Défense nationale, les naturalisa par décret du 24 octobre 1870. Ce décret, qui avait déjà été préparé sous l'empire, souleva, après la guerre avec l'Allemagne, de nombreuses protestations et fut même souvent sur le point d'être abrogé. Grâce aux efforts de M. Grémieux et du Consistoire central, il fut maintenu définitivement en 1875. En 1876, les Israélites algériens furent pour la première
1. Ils y furent admis par arrêté ministériel du 12 mai 1860. Archives israélites, 1860, p. 572.
fois soumis au régime du recrutement militaire ^ La question des Consistoires était résolue depuis longtemps à la satisfaction des juifs. Elle ne l'avait été cependant qu'après de longs efforts auxquels Albert Cohn prit une très-grande part.
1. Sur la naturalisation, l'opposition qu'elle souleva, les projets de loi qui en furent la conséquence, voir : 1° la très intéressante relation faite par M. Crémieux dans le Bulletin dé l'Alliance israélite universelle, l^r semestre 1872, p. 29 à 57; 2° Adolphe Crémieux, Exposé des motifs du projet de loi déposé le 3!/ Juillet 1 87 1 et portant abrogatioii du décret de la délégatioji de Tours du 2i octobre 1870. Paris, 1871; 3° le môme. Réfutation de la pétition de M. du Bouzet. Paris, 1871; 4^^ Archives israélites, 1872, p. 19; 1873, p. 404; 1874, p. 20Ô, 337; 1875, p. 455, 489, 523 et 555.
Albert Cohn en Algérie (1844 et 1846) . — Projets pour régler la situation légale et religieuse des Israélites algériens. — J. Altaras, de Marseille et M. Joseph Cohen en Algérie (1844). — Premier voyage d'Albert Cohn en Algérie (1844). — Il va à Alger, Philippeville, Bône, Constantine, Blidah, Médéah, Oran. — Retour à Paris, ordonnance du 9 novembre 1845 sur l'organisation du culte Israélite en Algérie. — Audience chez le roi Louis- Philippe en 1846. — Second voyage en Algérie (1846). — Visite à Tunis. Audience chez le bey. — Retour à Paris.
Ce fut seulement en 1840, dix ans après la conquête, que la question de l'organisation du culte Israélite en Algérie fut sérieusement examinée. Le 19 juin 1840, le directeur de l'intérieur à Alger demanda au maire de cette ville de former une commission de six membres, partie Israélites, partie chrétiens, pour s'occuper de cette affaire. 11 paraît que le roi Louis-Philippe fit demander plus tard, pour cet objet, les règlements et statuts en usage chez les Israélites. Sur les instances du Consis-
ALBERT COHN EN ALGÉRIE. 13i
toire central auprès du gouvernement, une commission fut formée à Paris dès 1841, mais ses études duraient encore en 1845. Elle était composée, à cette époque, de MM. Janvier, Max Cerfberr, Crémieux, députés; Anspach, substitut ; Artaud, inspecteur général de l'instruction publique ; Guvier, chef du bureau des cultes non catholiques ; Fellman, chef de bureau au ministère de la guerre pour les affaires algériennes ; et Maurice Meyer, secrétaire. Elle termina ses travaux au commencement de l'année 1845 et les soumit au ministère de la guerre.
Les juifs français suivaient avec le plus grand intérêt les progrès de cette question. Leurs sympathies pour leurs coreligionnaires algériens étaient devenues très-vives et avaient provoqué les efforts les plus intéressants. En 1844, M. J. Altaras, de Marseille, avait publié un programme pour l'amélioration de l'état moral et religieux des Israélites de l'Algérie. Bientôt il partit pour la colonie française, en compagnie de M. Joseph Cohen, alors avocat à Aix, et plus tard défenseur officieux à Alger. Ils présentèrent au ministre de la guerre un rapport qui eut la meilleure influence pour la solution de cette question.
Albert Gohn se rendit à son tour en Algérie. Muni de recommandations du maréchal Soult, ministre de la guerre, pour le maréchal Bugeaud, pour les généraux et administrateurs de la colonie, il s'embarqua à Marseille le 5 septembre 1845 et arriva à Alger le 7 septembre ^ Le maréchal Bugeaud étant absent, Albert Cohn , après avoir visité les principales institutions Israélites, partit le 10 septembre pour Philippeville, Bône et Gonstantine. A Bône, il vit le colonel Randon, plus tard maréchal; il ouvrit une école Israélite dans cette ville et y donna lui-même les premières leçons aux élèves 2. A Constantine, où demeuraient environ 4,000 Israélites, il fit les mêmes efiorts en faveur de l'instruction de la jeunesse Israélite. Il y rencontra un grand nombre de Français, qui se déclarèrent tous prêts à le seconder dans sa mission : M. Ferdinand Barrot, le capitaine Garrette, M. Warnier, M. Enfantin, l'ancien chef des saint-simoniens, alors rédacteur en chef de V Algérie. Il revint