‹ Biographie d'Albert CohnChapitre 42 sur 54 · Le Caïd Nissim a vécu assez longtemps en France · texte numérisé non relu

Le Caïd Nissim a vécu assez longtemps en France

le bey, de faire, avec l'aide de Dieu, tout ce que je pourrai afin que les israélites de mon royaume deviennent ce qu'ils sont en France. En attendant, je te donne plein pouvoir de faire à cet égard tout ce que tu jugeras convenable dans mon pays i. »

Le Rosch-Haschana, Albert Cohn était de retour à Marseille. Le 20 septembre, second jour de Succot, il prononça, dans le temple consistorial de Paris, un discours dans lequel il demanda le concours du public pour la fondation d'écoles à Tunis et au Caire. Il se proposait de fonder une société « pour la propagation de l'instruction parmi les israélites d'Orient. » Le grand-rabbin Ennery et M. Ad. Frank encouragèrent cette œuvre, qui cependant n'aboutit pas. Le duc d'Aumale,qui allait partir pour l'Algérie en qualité de gouverneur général, fit appeler Albert Colin à Saint-Cloud et voulut bien lui promettre son concours en faveur de la population Israélite. « Je regarde, dit le prince, les israélites de l'Algérie comme la pierre fondamentale de notre édifice en Afrique. » L'événement a parfaitement justifié ces paroles.

1. Voir, sur ce second voyage d'Albert Cohn, outre les Lettres juives, V Univers israéiite, IV, 132; la Paix, QQ2\ Archives israélites, 1847, p. 829.

140 BIOGRAPHIE d'aLBERT COHX

xiy

Albert Cohn au Maroc (1860). — Situation des Israélites du Maroc. — Population Israélite. — La guerre de l'Espagne contre le ^laroc en 1859-1860. — Les Israélites marocains obligés de s'enfuir, recueillis à Gibraltar, Algésiras. Tarifa. — Souscriptions en leur faveur, Albert Cohn va les visiter. — Il obtient des ordres de l'empereur du Maroc pour leur permettre de rentrer tranquillement dans" leurs foyers. — Retour à Paris par Oran et Alger.

La guerre qui éclata à la fin de l'année 1859, entre l'Espagne et le Maroc, ramena Albert Cohn en Afrique i.

La situation des Israélites du Maroc était plus cruelle encore, s'il est possible, que celle de leurs coreligionnaires de l'Algérie ne l'ayait été avant la conquête française : c'étaient les mêmes lois barbares, mais exécutées avec plus

1. On peut lire une relation de cette guerre dans le livre auquel collabora un Israélite parisien connu pour la part importante qu'il a prise à la construction du nouveau temple portugais de la rue Buffault : Histoire de V Espagne et de la guérite avec le Maroc, publié sous la direction de MM. A. Baudoz et I. Osiris. Paris, 1860.

de dureté. Dans les villes du littoral, à Tanger, à Tétuan, Mogador, Larache, la présence des corps consulaires, le contact des populations et des fonctionnaires avec les Européens, ont considérablement adouci, dans ces derniers temps, le système d'oppression qui pesait sur nos coreligionnaires ; mais dans l'intérieur du pays, à Maroc, à Fez, à Méquinez, ils en ressentent encore aujourd'hui toute la rigueur. L'édit obtenu en leur faveur, en 1864, par sir Moses Montefiore, est resté lettre morte i. On peut se' faire une idée des atrocités dont ils sont victimes en lisant le rapport de M. Joseph Halévy, qui fut chargé, en 1876, par Y Alliance israélite universelle, de visiter les Israélites de ce pays 2.

La population juive du Maroc est considérable. On l'estimait en 1860 à environ 200,000 âmes; cependant la liste dressée par Albert Cohn à cette époque, et qui donne approximativement la population israélite d'un très-grand

1. Voir la traduction de cet édit dans VUnivers israélite, XIX, 345.

2. Ce rapport se trouve dans le Bulletin de l'Alliance israélite universelle , 1er semestre 1877, p. 44. UAllgmeine Zeitung d. J. a publié en 1844 une série d'articles intéressants sur les Israélites marocains.

nombre de yilles du Maroc, fait supposer qu'il y a tout au plus 100,000 Israélites dans cet empire 1. Les plus grandes agglomérations Israélites sont à Maroc, Fez, Méquinez, Tétuan, Tanger, Mogador, Rabbat et Saleh. M. Halévy a donné récemment sur des populations Israélites disséminées au sud du Maroc et dans l'Atlas, d'intéressants détails de statistique ~.

Dès que l'Espagne eut déclaré la guerre au Maroc, les juifs de ce pays conçurent des craintes qui n'étaient que trop justifiées : ils savaient que le fanatisme musulman allait être excité au plus haut point et qu'ils en seraient les premières victimes. Lorsqu'on 1844 le prince de Joinville bombarda Mogador pour punir le Maroc de son alliance avec les Arabes, les juifs de cette ville furent cruellement maltraités. Les mêmes scènes de pillage et de violence pouvaient se renouveler maintenant sur tout le territoire. Déjà les chrétiens qui demeuraient dans le paj^s étaient partis, les juifs indigènes durent également chercher leur salut dans la fuite.

1. Voir cette liste dans VU}îive7'S Israélite, XV, 701. Elle contient le chiffre de la population Israélite dans vingt-deux villes ou villages, et en faisant le total on obtient un chiffre un peu supérieur à 64,000 âmes.

Page 1