‹ Biographie d'Apollonios de Rhodes [microform]Chapitre 18 sur 55 · Poët., V (1449 ὃ, L · texte numérisé non relu

Poët., V (1449 ὃ, L

. l’ont fait LiNDE et SITZLER.

se mit à composer des poèmes ». L'expression συνών, qui désigne souvent les relations de disciple à maître, est expliquée par διδασκάλῳ et l'opposition entre πρῶτον μέν οὖ ὀψὲ δέ est peut-être un vague souvenir de la querelle des deux poètes : d’abord Apollonios aurait été un disciple obéissant de Callimaque; puis il aurait manifesté son indépendance en écrivant, malgré l’hostilité de son maître, une longue épopée!. Ses Argonautiques, Apollonios les écrivit « encore éphèbe », après avoir terminé ses études sous la direction de Callimaque. Le fait surprend d’abord : comme l'ont remarqué maints érudits?, cet ouvrage révèle une finesse psychologique et une érudition rares chez un jeune homme de vingt ans. D’autre part, les Aitia et l'Hécalé de Callimaque, imités dans les Argonautiques, semblent avoir été écrits pendant la maturité d’Apollonios. Mais lorsqu’Apollonios en fit une première lecture, le poème n’était pas rédigé sous sa forme définitive puisque les Vies et les scholies en mentionnent deux éditions. Il est vrai que de Wilamovwitz- Maællendorff® voit dans cette double rédaction une « fable » inventée par les anciens, mais nous n’avons aucune raison sérieuse de rejeter leur témoignage. D’après les variantes que les scholies nous ont conservées, les différences entre les deux éditions étaient peu importantes“; il est donc probable, comme le croit Rostagni, que si la première lecture des Argonautiques remonte à la jeunesse d’Apollonios, il ne s'agissait pas encore de la première édition complète, peu différente de celle que nous avons conservée, mais « d’un

1. Hypothèse ingénieuse de RanNow, art. cité. I1 est inutile, pour arriver à cette interprétation, de corriger ou de compléter le texte comme

2. CHRIST, Griechische Litteraturgeschichte, 534; SUSEMIHL, Gesch. der griech. Litteratur in der Alexandrinerzeit, 11, 670; STEINBERGER, die Lebensbeschreibungen des Apollonius Rhodius, 13 ss.; KNAACK, dans PauLy-Wissowa, art. Apollonios, 71, t. II, col. 126.

3. Hellenistische Dichtung in der Zeit des Kallimachos, 11, 167 n. 1.

4. Telle est l'opinion de WEICHERT, ΟΡ. cit., 53 s., approuvée par LINDE et MoonEY, éd. des Argonautiques, 410 5.

essai » peut-être incomplet, d’une ébauche très imparfaite,

et plus éloignée de la rédaction actuelle que la première édition citée par les scholies. « En fait, écrit Rostagni, la tradition biographique ne dit point que la polémique fut provoquée par la publication des Argonautiques, maïs par un premier essai que peut-être, dans une lecture publique, le jeune et impertinent auteur en avait donné à Alexandrie : premier essai qu’il à plus tard refait à fond durant son long exil de Rhodes, d’où vinrent, un peu tardives, les seules véritables éditions’. » On peut concilier ainsi la double publication des Argonautiques, ouvrage d’un génie en pleine maturité, avec la première lecture d’une œuvre de jeunesse qui en était l’esquisse. Dès lors, on ne voit plus aucune contradiction entre les Vies et les scholies d’Apollonios.

De même l'hypothèse de Rostagni permet d'expliquer pourquoi les Argonautiques, où l’on trouve des imitations des Aitia et de l’'Hécalé de Callimaque, n’en sont pas moins, sous leur forme primitive, une œuvre d'Apollonios jeune. Les imitations de Callimaque ont été introduites plus tard, à Rhodes, dans la première édition complète des Argonautiques.

Cependant, ainsi que l’a remarqué Pfeiffer’, comment croire que l’auteur d’une épopée si décriée à Alexandrie, couvert de ridicule aux yeux de ses concitoyens et violemment attaqué par son ancien maître, ait imité deux poèmes de celui qui fut le principal artisan de son échec et d’un exil probablement involontaire et ordonné par le roi ? Ces imitations de Callimaque par Apollonios se comprennent mieux si les Argonautiques, comme le pense de Wilamowitz, ont été publiées sous leur forme définitive avant la querelle : il était normal qu’un brillant élève de Callimaque rendit hommage, par des emprunts que les lecteurs savants recon-

Page 1