CAHEN, édition de Callimaque
dire une ville fortifiée, à nos rois. Enfin Callimaque était né à Cyrène et se glorifiait d’avoir pour père un Battos, descendant du fondateur de la ville: : c’est pourquoi il appelle Cyrène «ma ville », Battos « mon roi » et les Battiades « nos rois ». 1] n’y à donc pas, croyons-nous, d’allusion aux Ptolémées dans l’hymne à Apollon; aussi doit-on renoncer à toute chronologie fondée sur ces prétendues allusions. Rien n’empêche de croire que ce poème ne soit pas contemporain des autres hymnes et que la querelle entre Apollonios et Callimaque, dont l’épilogue paraît faire mention, ne soit pas antérieure à 258-250. Il n’y a donc plus contradiction entre la date possible de l'hymne et celle de la querelle d’après la première Vie d’Apollonios.
La théorie de Gercke et de Maass à été reprise et fortement modifiée par Rostagni?. Le savant italien admet que Callimaque appelle « nos rois » les Battiades; mais il croit ‘qu’Apollon représente Ptolémée Philadelphe et que le même souverain est désigné par l'expression « mon roi » qui s'oppose à la précédente. L’hymne se place vers 270 et célèbre la paix conclue entreMagas et Philadelphe après la guerre de Célésyrie. On sait que Magas conserva le titre de roi, tout en reconnaissant la suzeraineté de Ptolémée 11 : la fin du vers 68 « Apollon promit de donner des murailles à nos rois » signifie que Philadelphe promit à Cyrène de lui conserver son indépendance et ses souverains nationaux. C’est pourquoi le poète invite ses concitoyens à accepter sans résistance l’autorité de « son roi » Philadelphe et décrit la reconnaissance des Battiades envers le roi d'Egypte qui ἃ comblé Cyrène de bienfaits. L’épilogue se rapporte à Apollonios,
1. Epigramme 35; cf. STRABON, XVII, 837, frg. 550 Schneider; DE WILAMOWITZ-MŒLLENDORFF, Hellenistische Dichtung, 1, 175 n. 2. ὦ. Poeti alessandrini, Turin, 1916, pp. 303 ss.; NuovoCallimaco, Riv.
di Filol., N. S., t. VI, 1928, pp. 1-52. C’est par erreur que RoSTAGNI,
Poeti Alessandrini, p. 326 n. 80, attribue à VAHLEN et à MaAaAss la théorie qui identifie ἐμῷ βασιλῆι v. 26 sq. et ἡμετέροις βασιλεῦσιν v. 68 avec les Ptolémées.
qui calomnia Callimaque auprès de Philadelphe et fut exilé
à Rhodes par ordre du prince.
Cette théorie fort ingénieuse nous paraît inacceptable. D'abord elle est d’une complication surprenante : le même
souverain serait appelé tour à tour Apollon et « mon roi »,
alors que le dieu et le monarque sont distingués dans ces vers :
I1 est invraisemblable que les expressions « mon roi » et «nos rois » n’aient pas le même sens et ne s'appliquent pas aux souverains de Cyrène. En outre l'interprétation de Rostagni est contredite par la suite des idées et la composition du poème, si clairement exposées par Bethe. Le poète énumère les diverses attributions d’Apollon et raconte les origines de Cyrène pour montrer la puissance du dieu fondateur de villes et la protection spéciale qu’il accorde à la patrie de Callimaque : iln’y a rien là qui puisse justifier les prétendues allusions découvertes par Rostagni. Au fond, la théorie du savant italien n’est qu’un nouvel exemple de ces interpretations symboliques justement condamnées par Cahen dans sa notice sur l'hymne à Artémis : « Ce système d’exégèse, selon lequel Callimaque, en bon « alexandrin », ne dit rien que pour faire entendre autre chose, et qui fait de toute une poésie pittoresque un griphe colossal, ne repose sur aucun fondement solide et conduit à des subtilités absurdes; quand Callimaque, dans les Hymnes et ailleurs, a voulu parler de la familleroyale, il l’a fait « en clair » : Artémis n’est qu'Artémis. Il n’y a rien dans la pièce quise rapporte à l’histoire du temps? ». De même Apollon n’est qu’Apollon et l’on doit écarter les allusions contemporaines signalées par Rostagni et par Cahen lui-même dans l’hymne II.
1. V. 26 s. Ne pourrait-on soutenir plutôt que, si Apollon représente Ptolémée Philadelphe, « mon roi » désigne celui de Cyrène, Battos ou Magas ?
ΤΙ reste maintenant à examiner si un fragment de Caillimaque publié récemment confirme les allusions à la querelle contenues dans l'Hymne à Apollon. Il s’agit d’un papyrus d’Oxyrhynchos!, qui nous à conservé un passage célèbre de Callimaque. On ἃ cru y reconnaître tout à tour un fragment du prologue des Aitia?, une élégie isolée et une poésie de Callimaque vieilli jointe à une édition des Aitia ou de ses œuvres. Laissant de côté cette question sur laquelle nous ne voulons pas prendre parti, nous nous contenterons d'utiliser ce texte pour l'interprétation de l’'Hymne à Apollon. Lenouveau fragment de Callimaque est une œuvre de polémique littéraire où l’auteur attaque une fois de plus ses ennemis et expose 868 idées poétiques. Aussi le rapprochement s’impose-t-il avec l’épilogue de l'hymne à Apollon, comme l'ont vu Hunt, Rostagni, Pfeiffer, Cessi et Cahen.
Sur les idées, l’accord est complet et le fragment précise le sens de l’épilogue. Dans les deux passages les ennemis de Callimaque, méchants, envieux et sournois*, Jui reprochent son impuissance à écrire une vaste épopée‘; Apollon intervient pour défendre le poète’ et Callimaque fait l'éloge d'une poésie courte, originale, légère et raffinée. Ce sont toujours les mêmes principes : condamnation de l’emphase et des gran-
1. HunT, Oz. Pap., XVII, n° 2079; commenté par P. Maas, DLZ 1928, p. 129 s.; A. RosrTaGni, Nuovo Callimaco, I, 11 prologo degli Αἴτια’ testo e interpretazione; 11, Callimaco e Apollonio Rodio, Conclusioni,, Appendice per la storia degli Αἴτια (Riv. di Filol., N.S., VI, 1928, p. 1- 52); PFEIFFER, Ein neues Altersgedicht des Kallimachos (Hermes, LXIII, 1928, p. 302-341); Q. CATAUDELLA, Il prologo degli Αἴτια e Gregorio Nazianzeno (Riv. di Filol., LVI, 1928, 509 s.); J. U. PowezLL, Callimachus and others (Class. Quarterly, XXII, 1928, 1-52); A. VOGLIANO, I1 nuovo proemio di Callimaco (Bolleitino di Filologia Classica, XXXIV, 1928, 201-211); CAHEN, Callimaque et son œuvre poétique, p. 42.