‹ Biographie de Camille DesmoulinsChapitre 2 sur 6 · VI · texte numérisé non relu

VI

Cetle année 1791 , dont il marque les premiers jours par tant de bonheur et d’amour, est l’année des succès les plus brillants de Camille Desmoulins. Le peuple le connaît, et l’aime, et le porte aux nues. En lui, le peuple reconnaît un frère. Ils ont la même nature fougueuse, la même passion exagérée d’indépendance, la même versatilité, la même inconsistance d’idées, les mêmes emportements. Tout leur est commun : férocité d’instinct, et tout d’un coup facilité au pardon. Leur bouche à tout deux grimace presqu’à la fois le mépris amer et le doux sourire de la pitié. Tous deux ils recherchent l’injure, le sarcasme, la plaisanterie qui vole au but, frappe et renverse. Comme deux enfants qui ne connaissent point d’obstacles, ils courent devant eux, semant leur route de ruines et de débris, quelquefois de cadavres, puis ils pleurent et s’attendrissent sur tout ce mal.

On pourrait croire que l’amour de Luciîe modifiera cette primesautière et sauvage nature ; que sa douceur appellera la douceur; qu’un baiser de ses lèvres roses n’inspirera à Camille que de bonnes et douces pensées ! On pourrait croire que le bonheur mène droit à l’indulgence et à la bonté ! Prenons le numéro 66 des Révolutions de France et de Brabant , écrit

quelques* jours après le mariage de Camille. La guerre est possible»; tout l'annonce Si la guerre éclate, voici les mesures aimables que le journaliste propose de rédiger en forme de décret. Nous copions textuellement:

1° Tout soldat Autrichien , Piémontais ou autre qui sera pris les armes à lu main , pendu sur l’heure' comme brigand , ou fusillé comme bête féroce.

2° Tout soldat ennemi qui, honteux de servir dans un camp de Tartares et au milieu d’une horde de brigands, viendra rendre ses armes à des hommes ses frères contre les loups d’Autriche , recevra une portion de terre; le peuple français affecte une partie des biens du clergé jusqu’à concurrence de 100 millions pour récompenser; les honnêtes déserteurs de leur probité.

5° Tout déserteur ennemi qui apportera la tête d’un capitaine, recevra quatre fois autant que le délégué payait dans l’ancien régime à celui qui apportait une tête de loup. L’Assemblée Nationale charge son comité de liquidation de lui proposer incessamment le larifdu prix de toutes têtes, depuis celle de simple lieutenant jusqu’à celle du feld-inaréchal et du tyran.

Voilà de ces articles comme il en fallait pour faire bondir le peuple, pour le faire rugir d’aise. C’était là d’excellente prose révolutionnaire, sentant le sang et la violence, méchante et imprévoyante; car elle aurait pu nécessiter d’épouvantables représailles. Qui aurait osé les blâmer et qui en eut porté la faute?

Les raille» ies décochées par l’impitoyable Camille contre le roi souffrant d’un rhume que des courtisans maladroits voudraient changer en sérieuse indisposition , en maladie causée par les inquiétudes de la situation; ces railleries de l’article que l’on va

lire n’eurent pas moins de succès parmi la populace. Indécentes et grossières, visant au scandale arislophanesque , elles durent exciter l’hilarité de ces misérables dans l’intérêt de qui Camille mettait en lambeaux la dignité de la royauté, le respect du au malheur: « .1". P. Prissot, » écrivait-il en mars 1791. « s’est

> moqué avec une grande raison de la bonhommîe de nos lé-

» gislateurs, d'interrompre la majesté des séances pour enten* » dre tous les jours, à l’occasion des rhumes de l’aîné des Cupet, » cette ridicule technologie des Diafoirus : que les urines ont été

> plus abondantes , plus claires , que les selles sont chargées de b glaires! Quel citoyen n’est pas indigné de la bassesse de ces » députés qui applaudissent à tout rompre, au dire d’un évêque » qui monte à la tribune de l'Assemblée Nationale pour faire » celte proclamation que les selles d'un citoyen enrhume sont co- » pieuses et que la matière n est plus aussi nauséabonde et est femf.

* à fait louable, je m’étonne que les médecins n’apportent pas » en cérémonie burina! et la chaise percée du prince sous le nez » du président et de l’Assemblée, et que celle-ci ne crée pas » exprès un patriarche des Gaules pour faire la proclamation de » la qualité des selles du grand Lama. On a cité, pour le nec plus » u'trà de la bassesse , le sénat romain délibérant sous Tibère à » quelle sauce l’empereur mangera un magnifique turbot; mais

• lequel est le plus vil adulateur du sénat dans la cuisine deTi- » bère, ou du sénat dans la garde-robe de Louis XVI? »

Ce serait le texte d’un volume entier que ces attaques contre la royauté expirante et mal défendue par le peu d’hommes qui osaient encore la défendre. C’est un exemple seulement que nous avons voulu donner.

Camille abandonne un instant la royauté qui n’en peut plus , pour aller rompre des lances contre La Fayettequi paraissait regretter sa conduite et vouloir faire retour vers la cour, maintenant qu’elle ne pouvait plus être sauvée. La Fayette commandait la garde nationale et se montrait impitoyable aux émeutes, aux coalitions d’ouvriers. C’est tout un dictionnaire des halles que la collection cynique d’injures imprimées à chaque ligne dans les numéros des Révolutions de i'rance et de Brabant : « Libérateur » des deux mondes, fleur des janissaires, phénix des alguasils- » majors , Don Quichotte du Gapct et des deux chambres , cons- » tollation du cheval blanc, ma voix est trop faible pour s’élever

> au dessus des clameurs de vos trente mille mouchards et d’au- » tant de vos satellites, au-dessus du bruit de vos quatre cents

» tambours et de vos canons chargés dè raisins. » Tout cela est extrait d’un même numéro.

Voilà de quelles aménités Camille saluait M. Moitié de La Fayette dont le cheval blanc, grâce à lui, devint proverbial. Nous ne voulons pas perpétuer ces extraits et suivre pas à pas Camille Desmoulms dans la voie où il s’était engagéet où le maintenaient, ses succès, l’attention qui l’entourait, l’émulation aussi; car ses amis grandissaient, comme lui , en réputation, en puissance: Carra, Brissot, Fréron dans la presse, Robespierre à la tribune, Danton dans les clubs. Cependant, c’est avec quelques détails que nous voulons parler des derniers jours de son journal ; après

avoir raconté son apparition fulgurante, ses succès de dix-huit mois , il nous reste à dire comment il va finir.

Il y avait longtemps déjà que le roi méditait le projet de son évasion. Les évènements qui se succédaient, l’exaspération qu’on ne pouvait plus nier, les menaces des misérables qui se tenaient patiemment sous ses fenêtres pour épier l’occasion de l’insulter à chaque instant, lui, la reine, les princesses ses sœurs, jusqu’à ses enfants, la crainte de voir le peuple briser bientôt les dernières, mais faibles barrières de respect qui le retenaient encore, tout poussait le roi à un départ qui seul pouvait peutêtre le sauver.

Si le roi s’était longtemps préoccupé de sa fuite , les Parisiens ne s’en occupaient point avec un moindre intérêt. Chacun sentait que ce départ était nécessaire, indispensable, qu’il aurait lieu bientôt. Camille, Fréron et Danton, sortaient des Jacobins, dans la nuit du 20 juin; ils causaient de la probabilité d’une fuite prochaine. « L’un de nous, Fréron, » raconte Desmoulins dans son journal, « avait dans sa poche une lettre dans laquelle » on le prévenait que le roi partirait celle nuit. » Et dans les rues, pas une patrouille. Paris paraissait si abandonné, si calme dans une telle occurence, que Camille en fit la remarque à ses amis. Puis, plus loin, Camille raconte les pressentiments des patriotes, leurs craintes, leurs précautions :

« La nuit où la famille de Capet prit la fuite, le sieur Buscbi,

» perruquier, rue de Bourbon , s’est transporte chez le sieur > Bûcher, boulanger et sapeur du batadlon des Thealius, pour » lui communiquer sa crainte sur ce qu’il venait d'apprendre » des dispositions que le roi faisait pour s’enfuir. Ils courent à » l'instant réveiller leurs voisins, et bientôt rassembles au » nombre d’une trentaine , ils se rendent chez M. de La Fayette » et lui annoncent que le roi va partir. Ils le somment de prendre » immédiatement des mesures pour s’y opposer. M. de La Fayette » se met à rire et leur recommande de retourner tranquillement » chez eux. Pour n’être pas arrêtés en se retirant, ils lui deman- » dent le mot d’ordre; il le leur donne. Lorsqu'ils ont le mol

» d’ordre, ils se portent aux Tuileries, où ils n’aperçoivent

» aucun mouvement, si ce n’est un grand nombre de cochers de

» fiacres qui se trouvent près du Carrousel. Ils font le tour des

» cours jusqu’à la porte du manège, où se tenait l’Assemblée,

*> et ils n’aperçoivent rien de suspect; mais à leur retour, ils » sont surpris de ne plus trouver un seul fiacre sur la place.

» Ils avaient tous disparu, ce qui leur fit conjecturer que quel-

» ques-unes de ces voilures avaient servi aux personnes qui

» devaient accompagner celle indigne famille. »

Pendant ce temps, le duc de Villequier était surveillé chez lui ; mais l’appartement du premier gentilhomme de la chambre

communiquait, par un corridor secret , avec le cabinet du roi, et le duc présidait à tous les préparatifs. Bientôt, le roi et la

reine gagnèrent, par la communication secrète, l’appartement de M. de Villequier, et ils descendirent les uns après les autres sur le Carrousel. On sait les détails de cette fuite qui eut d’abord tout le succès possible.

Le lendemain matin, tout Paris se réveillait en sursaut, au bruit de la fatale nouvelle. Le peuple accusait de trahison La Fayette et l’Assemblée nationale. Dans sa colère, qu’excitaient encore les journalistes, Camille, Marat, cent autres, il brisait les efïlgies du roi, ses statues, ses armoiries. Les clubs se rassemblent; on craint la violence de leurs motions et les meneurs du peuple y courent pour le calmer. « Pendant que l’Assemblée

» nationale décrète, décrète et décrète encore, le peuple agit, » s'ecrie Camille dans son journal. « Je vais aux Jacobins, je » rencontre La Fayette sur le quai Voltaire. La voix de Harnave » a déjà ramené les esprits. On commence à crier: Vive La » Fayette! Il passe en revue les bataillons postés sur le quai. •> Convaincu du besoin de se réunir autour d’un chef, je cède » au mouvement qui m’entraîne vers le cheval blanc. Monsieur » de La Fayette, lui dis-je au milieu de la foule, j’ai dit bien du » mal de vous depuis un an; voici le moment de me convaincre >• de mensonge. Prouvez que je suis un calomniateur, rendez - » moi exécrable, couvrez-moi d’infamie, et sauvez la chose » publique. Je parlais avec une chaleur extrême. Il me serre la » main. — Je vous ai toujours reconnu pour un bon citoyen, » me dit-il; vous verrez qu’on vous a trompé. Notre serment à •> tous est de vivre libres ou de mourir. Tout va bien; il n’y a » plus qu’un seul esprit dans l’Assemblée nationale, où le danger » commun a réuni tous les partis. — Mais pourquoi, repris-je, » votre Assemblée affecte-t-elle de parler, dans tous ses décrets, » de F en!èvnn°nl du roi , tandis que le roi écrit lui-même qu’il » s’échappe volontairement? Quelle bassesse à une assemblée,

» ou quelle trahison, de parler ainsi quand elle a autour d’elle » trois millions de baïonnettes ! — Le mot enlèvement est un » vice de rédaction que l’Assemblée corrigera, répondit La » Fayette. Puis il ajouta : C’est une chose bien infâme que cette » conduite du roi. La Fayette répéta ce mot plusieurs fois en » me serrant la main très-affectueusement. Je quittai cet homme » en me disant que, peut-être, l’horizon immense que la fuite » du roi ouvrait à son ambition le ramènerait au parti populaire. » J’arrivai aux Jacobins en m’efforçant de croire à ses démonsj> trations de patriotisme et d’amitié, et de me remplir de ce tu; » persuasion qui, malgré mes efforts, s’écoulait de mon esprit » par mille ressouvenirs comme par mille issues »

Aux Jacobins, Robespierre parlait. Il tonnait contre l’Assemblée et disait: « Je recevrai comme un bienfait une mort qui » m’empêchera d’être témoin de tant de maux !» — «« Nous

— ilO —

> mourrons tous avec toi! » s’écria Camille en se jetant dans îes bras de son ami. Mais bientôt arrivait la nouvelle de 1 arrestation du roi à Varcnnes, et bientôt aussi l’on sut que le roi rentrait prisonnier dans sa capitale. Camille, toujours impitoyable , courut à la barrière pour assister à ce spectacle, à ce martyre plutôt. « Des spectateurs de tout rang et en grand nombre. » raconte-t-il, « ne manquèrent pas de se trouver sur le chemin. Le » poids de la chaleur ne rebutait personne et l’on ne s’ennuyait » pas d’attendre. On s’étonnait d’avoir été si longtemps dupe de » ce rustre couronné dont les pièges avaient été aussi grossiers » que la personne. »

A partir du 21 juin, Camille intitula son journal : « Révolutions » de France et de tous les royaumes qui demandent une Assmi- » blée Nationale , et , arborant la cocarde , mériteront une 'place » dans les fastes de la liberté. »

Nous avons annoncé la disparition prochaine des Révolu' ions de Francs et de Brabant . La Fayette , avec qui Desmoulins vient presque de se réconcilier , fut en partie la cause de la résolution que prit Camille d’abandonner le journalisme, au moins momentanément.

Les journaux ne cessaient, depuis le retour du roi, depousser le peuple à une rupture éclatante. Plus de roi, soyons républicains, s’écriait-on dans un rassemblement formé, le 16 juillet, au milieu de la place Vendôme. Une députation du peuple s’en fut demander à l’Assemblée Nationale la mise en jugement de Louis XVI, et l’arrestation immédiate de La Fayette et de Bailly. Le 17, c'était l’anniversaire de la fête de la Fédération. L'émeute envahit le Champ-de-Mars. La garde nationale est insultée. Le maire Bailly proclame la loi martiale; un soldat tombe uses côtés, frappé par les balles des émeuliers. Après les sommations, La Fayette m traille le peuple, et pendant quinze jours le drapeau rouge flotte sur l’Hôtel-de- Ville.

« Voyez les satellites de La Fayette sortir furieux de leurs ca- » sernes ou plutôt de leurs cavernes, » s’écriait le lendemain Camille Desmoulins. « Us s’assemblent, ils chargent à balle devant.

* le peuple. Les bataillons d’aristocrates s animent au massacre*

* C’est surtout dans les yeux de la cavalerie qu’on voit la soif r> du sang allumée par la double ivresse du vin et de la ven- » geance. Cette armée de bourreaux en voulait surtout aux » femmes et aux enfants. L’autel de la patrie est couvert de

* cadavres. C’est ainsi que La Fayette trempe ses mains dans le » sang des citoyens, ses mains qui dégoutteront toujours à mes » yeux de ce sang innocent. Celte même place où il les avait » élevées au ciel pour lui jurer de les défendre!... Depuis ce » moment, les meilleurs citoyens sont proscrits, on les arrête » dans leur lit, on s’empare de leurs papiers, on brise leurs » presses, on signe des tables de proscription. Les modérés i affichent ces tables et les si0nent. Il faut purger la société, » disent-ils, des Brissot, des Carra, desPétion, des Bonneville , > des Fréron, des Danton, des Camille! Danton et moi nous » n’avons trouvé d’asile que dans la fuite contre nos assassins ! » Les patriotes sont des factieux !... »

Aux attaques de la presse jacobine qui voulait perpétuer le désordre, La Fayette répondit par la suspension de quelques journaux. On défendit de les vendre dans la rue. Camille cria partout que La Fayette en voulait à sa vie, que La Fayette l avait proscrit, que La Fayette avait payé des sbires pour l’assassiner, qu’il n’avait échappé aux poignards des bandits de La Fayette que parce qu’il n’avait point été reconnu , et il disparut comme Marat, comme Danton, comme tous ceux qui , dans leurs écrits, ou leurs discours, avaient préparé celte sanglante affaire et en fuyaient les conséquences. La Tribune des Patriotes de Prudhomme affirme aussi que Desmoulins avait failli être assassiné sur le Pont-Neuf; mais personne ne crut le premier mot de ce conte ; elle ajoute que Camille et Danton se cachèrent parce qu’il y avait un ordre de les arrêter. Cette phrase ne manque pas de vraisemblance, surtout si ce qu’on racontait était vrai : on accusait Camille d’avoir dit, dans un de ces élans d’effervescence trop fréquents chez lui, qu’il fallait égorger la garde nationale. Plu-

sieurs journaux annoncèrent son arrestation, entr autres le Courrier de Gorsas.

Toutefois, pendant la soirée qui suivit l’horrible massacre du Champ-de-Mars , il reparaissait aux Jacobins plus audacieux que jamais.

Mais Danton, qui voulait laisser passer l’orage, s était retiré à la campagne; mais Marat s’était enfoui dans une cave; mais des journaux n’avaient plus reparu. Camille comprit le dernier qu’il fallait être prudent. L’autorité paraissait se sentir quelque velléité de courage et de fermeté. Bien a contre cœur , bien désolé, il se résolut à briser lui-même entre ses doigts cette plume qui cependant l’avait fait tout ce qu’il était , qui lui avait donné, après tant de travaux, de luttes, de douloureuses veilles, pouvoir, réputation , aisance, famille.

Dans son numéro 86 qui fut le dernier des Révolutions de France et de Brabant , il remettait entre les mains de La Fayette sa démission de journaliste et de censeur national , et poursuivait le héros au cheval blanc de ce dernier sarcasme :

« Nous avions tort, la chose est par trop claire,

» Et vos fusils ont prouvé cette affaire. »

Les Révolutions de France et de Brabant eurent quatre- vingtsix numéros. Quoique maintenant ce long recueil ail perdu bien de ces qualités d’actualité qui le faisaient rechercher quand, le soir venu , les crieurs publics s’en allaient par les rues annoncer

le nouveau numéro paru , l’analysant, le commentant , l’augmentant quelquefois ; quoique nous ne comprenions plus bien de ses moqueries ; quoique nous ne connaissions plus ces hommes secondaires qu’il livrait ou pâture à la colère du peuple; quoique ces sarcasmes sentent souvent la corde du réverbère ou l’assommoir du faubourien, il se laisse lire avec intérêt, tant il est spontané, naïf, spirituel. C’est la seule feuille révolutionnaire qu’on puisse lire sans dégoût ; on lui pardonne beaucoup , parce qu’elle fait sourire. Et cependant, que de malheurs causa ce journal ! que de fausses idées il servit à répandre ! que de pa-

radoxcs il mil en circulation ! que il idées fausses ! que de vio* lenees! que d'injustices par lui commencées, achevées par la foule!

Nous ne savons pas où Camille se réfugia, quand il fut décrété d’arrestation. Suivant un bruit qui courut , et que Corsas rapporte, Danton , Fréron et Camille se seraient dirigés vers Marseille. Si Desmoulins ne put être arrêté , son secrétaire, Marcandier, de Guise aussi, n’eut point autant de bonheur; mais ce ne fut pas sans peine qu’on s’empara de lui. Il résista vivement et tira même un coup de pistolet sur les soldats , ce qui lui valut d’as>ez mauvais traitements.

Pendant la disparition deDesmoulius, quelqu’inconnu s’empara de son litre si célèbre : Révolutions de France et de Brabant % essaya d’imiter son style , sa verve railleuse, sa gaîté, sa malice, sa manière, tout ce qui constituait enfin ce journaliste inimitable ; mais le succès ne paya pas celle fraude. Dans une lettre du mois d’aoùt , Camille dénonçait celte spéculation à l’un de ses amis et confrères en journalisme, et le priait de répandre partout, à l’aide de la publicité dont il disposait, qu’il n’était pas l’auteur d’un numéro quatre-vingt-sept qui venait de paraître*

Camille avait pris un arrangement avec Prudliomnie, rédacleui de la Tribune des Fatrioes , pour que celui-ci se chargeât de servir les abonnés des défuntes Révolutions de France et de Brabant. En prenant congé de ses anciens et fidèles lecteurs , Camille , s’excusant auprès d’eux de la cessation de leurs relations , leur donnait une assez singulière raison du silence auquel il se condamnait; il se gardait bien de leurconter ses motifs de prudence; mais il s’en prenait aux « infidélités ruineuses de » M. Caillant et de la poste. » Il leur parlait de pertes d’argent , d’ennuis matériels. Au surplus , voici dans toute sa teneur son adieu de séparation ;

« Camille Desmoulins à son abonné, salut. Cher et féal sous- » cripteur , j’ai exposé dans mon numéro 86 la raison suffisante » qui m’obligeait à vous dire un adieu qui , j’espère, ne sera pas • éternel. Aux raisons générales, j’aurais pu en joindre de poi-

» sonnclles et de non moins pertinentes. ïi faut que le journa-

> liste vive du journal; du moins n’est-il pas obligé de s’y rui-

> uer. Les infidélités delà poste, mon inexpérience et mon peu » de loisir pour diriger un journal avaient rendu l’expédition du » septième trimestre si onéreuse pour moi que je voyais mou » ci devant pécule s'engloutir ès-mains de l’imprimeur, graveur, ■* brocheuses, et malgré les florins de la Prusse, et les guinées » de l’Angleterre, et les ducats de la Hollande que j’avais tou* » chés pour médire du cheval blanc, je courais aussi rapidement » que Louis XVI à l’insolvabilité et à l’inéligibililé. »

Nous ne sommes pas mieux renseignés sur la durée de la re^ traite forcée de Camille que sur le lieu de son exil. Tout ce que nous savons, et c’est le Moniteur qui nous l’apprend , c’est que, le 8 septembre 1791 , Camille était encore sous le coup d’un ajournement. Ce jour-là. accompagné du fameux Santerre, qui plus tard succédera à La Fayette dans le commandement de la garde nationale de Paris , il fut admis à présenter à la barre de l’Assemblée Nationale une pétition contre les membres du bu~ reau de l’Assemblée Electorale du département de Paris; le bureau n’avait pas voulu les admettre à voter parce qu’ils étaient en état d’ajournement. « Nous venons, » dit Santerre qui portait la parole , - vous consulter sur la question de fait. Existe-t-il une » loi qui nous suspende de nos fonctions? Existons-nous , ou » n’existons-nous pas? » Une seconde fois, Pélion défendit Camille à la tribune, mais aujourd’hui sans succès. M. D’André rappela qu’un décret portait que les personnes en état d’accusation ne seraient point admises dans les assemblées primaires , à plus forte raison aux assemblées électorales , et que c’était fort mal à propos qu’on faisait perdre son temps à l’Assemblée pour faire décider une question déjà résolue depuis longtemps. Il fut passé à l’ordre du jour sur la pétition de Camille et de Santerre.

Probablement, tout danger avait cessé le 21 octobre 1791 , lorsque Camille réapparut à la tribune des Jacobins et s’empara violemment de l’attention publique à l’aide d’un discours sur le Veto que de nouveau la presse mettait en discussion. Ce discours

brutal , exalté, vivement applaudi par les tribunes, n’eut pas le même succès auprès de la portion modérée du club qu’il ne faut pas regarder comme encore arrivé à ce paroxisme de violence exagérée qu’il revêtira en 1793, quand il aura expulsé Condorcet, Brissot, les Girondins , tout ce qui veut rester honnête et digne.

Pour avoir spontanément détruit lui même son journal, admirable instrument d’influence et de réputation, Desmoulins n’avait pas pour cela renoncé complètement à écrire. Nous l’avons vu céder ses abonnements à Prudhomme, rédacteur de la Tribune des Patriotes % l’un des plus remarquables publicistes de la révolution. Ces deux ardents soutiens du parti avancé réunirent leurs efforts. On voit , dès le commencement de 1792, Camille soutenir, dans le journal de Prudhomme, Robespierre auquel il sacrifie Condorcet et Brissot , Brissot qu’il va combattre corps à corps, étreindre comme lout-à-l’heure il étreignait La Fayette et Bailly, Brissot qui signait à son contrat de mariage et qu’alorsil portait aux nues, Brissot qu’il poursuivra de sa haine implacable et de la ruine duquel il pourra se flatter, pour se repentir ensuite d’en avoir été le principal auteur.

Ce fut une affaire particulière qui amena cette rupture féconde en résultats politiques.

Depuis son retour à Paris et pour ne pas rester inactif à la charge de la famille de sa femme qui venait de faire des pertes assez considérables par suite du discrédit où étaient tombées les rentes sur l’Hotel-de-Ville de Paris, Camille Desmoulins s’était décidé à recommencer son ancienne carrière d’avocat. « Après » avoir tour à tour élevé ou abaissé Mirabeau , La Fayette et les » Lameth, selon qu’ils se montraient amis ou ennemis de la na- » tion , » mande-t-il à son père dans une lettre du mois de décembre 1791 ; « Après avoir tant contribué à élever à la mairie • et aux places qu’ils occupent mon cher Pétion et tous nos

> féaux, Robespierre, Rœdérer, Manuel , etc. , je rentre, après

> la révolution, dans le barreau et je vais débuter par une cause » contre d’André, qui vient d’assigner en réparation de calom-

» nie la ville de Marseille, c’est-à-dire la Société des Amis de la » Constitution de cette ville où tout le monde est Jacobin. » Camille avait plaidé, en janvier 4792, et devant le tribunal de police correctionnelle, la cause d’une dame BelTroy et d un sieur Sturbide, gens d’assez peu de moralité, s’il faut s’en rapporter à la décision de l’autorité qui fit jeter l’homme à Bicêtre, et la femme à l’hôpital de la Salpétrière après que le tribunal les eut tous deux condamnés à six mois de prison, celle-ci comme tenant un tripot au passage Radziwill, un repaire de voleurs, celui-là comme escroc au jeu. On n’avait pas tenu compte de l’appel par eux formé contre le jugement qui les avait frappés. Camille fit apposer dans tout Paris un immense placard rouge où il dénonçait à l'indignation publique cette violation du droit commun, « cet abus de pouvoir. »

Après une courte discussion de droit. Desmoulins ajoutait :

* Si, lorsque nos ancêtres n’étaient pas corrompus; sir lorsque ■ Tacite les proposait aux Romains comme des modèles de veiv

> tus, c’est une vérité historique et incontestable que, dans les » forêts de la Gaule et de la Germanie, nos pères- jouaient , an » Trenfe-et un. et même au Biribi , leur liberté individuelle ; si » ces hommes qui avaient la servitude en horreur, mettaient

> pourtant dans un cornet le bonnet de la liberté et se faisaient

* esclaves, tant ils étaient, disent les historiens, observateurs

> religieux de leur parole et gens d’honneur; est-il si étrange » que cette passion pour les jeux de hasard se soit perpétuée de

> nos jours et se soit renouvelée avec fureur, depuis que la Dé-. » claration des Droits a proclamé la liberté rie faire fou l ce qui d ne nui t qu'à soi meme , sans nuire à aufrui ? »

Jusqu'ici rien n’est moins politique que ce second plaidoyer de Camille en faveur de ses clients. Mais le placard rouge était, rédigé en termes si virulents, la paradoxale défense publique de la passion du jeu et des coupe-gorge, dos tripots, étailsi dangereuse, que Brissot, dans son journal le Pafriofe fiançais % s’empara de ce fait et prétendit que dans ce placard la morale n’était guères plus ménagée que la modération. Brissot eut

(1 assez dures paroles contre son jeune ami ; celui - ci n 'aimait guères la critique. Il écrivit à Brissot et à Gorsas, qui avait , dans le Couvrir?' , publié l'article de Brissot, et il réclama l’insertion de son placard en guise de réponse et pour mettre le public « le juré d’opinion , » dans la possibilité de juger entre lui et ses agresseurs. Si Gorsa» déféra aux désirs de Desmoulins, Brissot n’y répondit que par un dédaigneux silence ; plus tard , à son refus il donna pour motif que son journal n’était pas fait pour propager la contagion et répandre le venin.

L’irascible Desmoulins voua dès lors une mortelle haine à Brissot qu’il va partout poursuivre, jusque dans sa vie privée, jusque dans sa famille. Il publia contre Brissot une première brochure qui doit dater des premiers mois de 1792 et qu’il intitula Bri.Ÿ.ot démasque par Camille Desmoulins. Un an plus tard, c’està-dire en avril 1793 à l’époque où s’envenimait la lutte des Montagnards et des Girondins, il écrira le pamphlet intitulé Histoire des Brissotins,ou fragments de V Histoire secrète de la révolution et des six premiers mois de la République. Camille se venge d’un acte de courage et de bon citoyen par des dénonciations, la dénonciation son arme favorite, son arme terrible et impitoyable, la dénonciation dont les blessures sont toujours mortelles en temps de révolution. Puis, quand les Girondins porteront leurs létes sur l’échafaud , Camille pleurera sur eux et sur lui aussi

qui les a perdus; Camille se repentira . . toujours trop tard;

c’est là son châtiment.

Dans le journal de Prudhomme, dans ses brochures qu’un éditeur refuse de répandre tant elles sont empreintes de fiel et d’aigreur, au club, c’est toujours à Brissot que s’en prend le vindicatif jeune homme.

Ainsi, dans une séance des jacobins, c’était le 257a vril 1792, la discussion roulait sur l’influence exorbitante qu’on attribuait à Brissot et à Condorcet. On prétendait qu’à eux se devait le récent ministère où Boland était entré. On les accusait d’entretenir d’acti ves correspondances avec La Fayette, alors à la tête de son armée dans les Ardennes. Brissot se défendait à la tribune

devant le peuple plus puissant (pie ces hommes accuses d’excès de puissance. Tout-à-coup, des rires ironiques se font entendre, bientôt suivis d’un grand bruit. C’était Desmoulins (pii s’agitait dans une tribune publique. Ceux qui voulaient écouter l’orateur se récrient et demandent que les censeurs interviennent. « Il est » impossible d’assister à cette séance, » leur dit un des censeurs. « Les propos infâmes que tient Mt Desmoulins ne se peuvent to- » lérer. Il est affreux, après avoir employé tous les moyens d’hon- » nêteté pour le faire cesser, de lui entendre crier à tue-tête que » l’orateur qui est à la tribune est un coquin. » Le tumulte arrive à son comble. A la porte, l’interrupteur! à la porte, Desinoulins ! crient les amis de Brissot. Qu’il s’explique! vocifèrent d’autres elubistes. Camille s’en fut. enchanté de ce scandale , et le lendemain , il racontait cette scène dans la Tribune des Patriotes. On va voir avec quelle effronterie il cherche à s’excuser ? non : à insulter plus gravement encore celui qui fut son ami :

« J’ai avoué que Brissot était un écrivain médiocre.» dit-il. « Je lui dois une réparation d’honneur. Justifiant, hier devant les » Jacobins, les ministres à qui on faisait le reproche de se servir » des emplois qu’ils avaient à distribuer pour se faire un parti » dans la société : Çst-il possible, s’écriait-il , que l’on fasse ici » un reproche au ministère de donner des places aux Jacobins.

» Plut au ciel, messieurs, qu’on pût vous en donner à tous. On » juge de l’effet que dut produire ce souhait. Je ne pus rn’empê- » cher d’admirer l’orateur , et me penchant vers l’oreille de mon » voisin Duham : Je ne connais , lui dis-je, dans Cicéron ni dans » Démosthènes aucun morceau plus propre à exciter l’intérêt! » Que d’art, le coquin ! A ce mot, quoique ce cri fut d’admira- » lion , je vis le moment où j’allais être traité par nos frères les » Brissolins comme Panthée le fut par les Ménades. »

Quatre à cinq jours plus tard, c'est avec son imprimeur que Camille se querelle. La scène est toujours aux Jacobins. L’objet en discussion, c’est toujours Brissot. Cet imprimeur, qui se nommait Patris, avait reçu de Camille un pamphlet à me! ire sous presse. Quand il en eut pris connaissance, il se sentit tout ef-

frayé de 1 incroyable violence au coin de laquelle cette brochure était frappée. Il la rendit à son auteur qui n’eut rien de plus pressé que de courir dénoncer l’imprimeur à la tribune des Jacobins. Ordre à Patris de comparaître et de se justifier. Au lieu de se défendre, Patris attaqua son adversaire. Suivant lui, Camille n’était qu’un auteur famélique et faisant de sa plume mercenaire son gagne-pain : obligé de remuer la boue et de fouiller l’ordure pour y ramasser de quoi manger, son nom seul était une injure; c’était la plus vile des créatures , le plus infâme des calomniateurs. Cette harangue forme un assez curieux spécimen de l’éloquence en honneur alors. En façon de péroraison, l’imprimeur Patris concluait à ce que Camille ajaut menti à la Société et à lui-même, la Société, qui se devait à elle et devait à lui, Patris , d’exclure Desmoulins du nombre de ses membres , le rayât de scs listes.

Camille demanda la parole; mais sa voix fut couverte d’aboi d par les cris des partisans de Brissot accourus en grand nombre à cette intéressante séance. Les Brissotins demandaient que l’affaire fut renvoyée à une commission où ils espéraient sans doute entrer en majorité. Camille, à force de patience, obtint qu'on l’entendrait. Il montra qu’une ligue s’était formée contre lui entre son imprimeur et les am s de Brissot pour étouffer sa voix ; il fit toucher du doigt l’intrigue. Patris prétendait qu’il ne pouvait imprimer la brochure à cause de sa violence. Etait-ce bien cette violence et ses conséquences qui l’empêchaient de livrer ses presses? Mais la brochure était imprimée ; mais elle était prête ; mais Patris avait envoyé à tous les abonnés de la Tribune des Patriotes , à tous les lecteurs et par conséquent à tous les amis de l’auteur, une circulaire où il les avertissait que la brochure étaitprête, mais quelle ne paraîtrait pas et qu’ils pouvaient faire retirer le montant de leur souscription. Pourquoi ces ruses , pourquoi ces mensonges? C'est que les Brissotins avaient acheté Patris et mettaient des entraves à la liberté de la presse. Camille avait gagné sa cause. On expulsa honteusement Patris qui, le lendemain, eut encore la douleur de sc voir fort maltraité par

son ennemi dans le journal de Prudhomme. El il faut dire que l'auteur de la brochure n'y alla point de main-morte.

La vie de Desmoulins est pleine de ces incidents qu’un homme plus sérieux, ou chercherait à éviter, ou subirait avec ennui, comme on regrette tout ce qui attire sur soi l’attention et la curiosité publiques et toujours gênantes. Camille au contraire aime et recherche tous ces petits scandales. Au milieu des plus graves évènements, des ruines qui s’ainoncèlent autour de lui et qui tout à l’heure vont s’amonceler plus nombreuses encore et plus complètes, l’homme de trente ans n’a pas conquis de gravité, d’ampleur ; il est demeuré ardent jeune homme d’avant 1789; il lui reste assez de liberté d’esprit, d’indifférence plutôt, pour rire et s’amuser de tout , pour risquer des pasquinades haineuses semblables à celle dont il poursuit Brissot, son ancien ami, au club et dans son journal. Cette haine contre Brissot, ou plutôt contre le parti qui commence la lutte avec Robespierre et la Montagne, est si furieuse, qu’elle cherche partout une occasion de s’épancher. Gette occasion, il la lui faut à tout prix, au prix même d’une palinodie. On sait comment, dans sa France Libre , Desnloulins a attaqué les prêtres et la religion. Camille

est un des héritiers immédiats de Voltaire et a directement reçu

le précieux dépôt de l’incrédulité et des railleries impies du maître. Par colère contre Brissot, il va se mentir à lui-même et proclamer la nécessité, au moins momentanée, des cérémonies religieuses dont il s’est tant moqué et que, dès 1789, il aurait voulu voir remplacer par le culte payen d’un Être Suprême.

C’était à la fin de mai 1792. Le jour de la touchante solennité de la Fête-Dieu approchait. On agita la question de savoir si l’on permettrait ou si l’on interdirait toute cérémonie publique et la sortie des processions dans la capitale. La Commune de Paris prit un arrêté aux termes duquel les citoyens furent déclarés libres de tapisser leurs maisons sur le passage des processions; mais il fut défendu de requérir la garde nationale qui d’ordinaire assistait au cortège. Le journal de Brissot se prononce pour Celle mesure contre laquelle, au contraire , protestaient un

certain nombre de gardes nationaux. Camille s’empressa de prendre parti contre la Commune , ou plutôt contre Brissot.

« Je crains, » écrivait-il dans lejournal dePrudhomme, « que » Manuel n’ait fait une grande faute en provoquant l’arrêté contre » la procession de la Fête-Dieu. Mon cher Manuel, les rois sont » murs, mais le bon Dieu ne l’est pas encore. Notez que je dis le » bon Dieu et non pas Dieu, ce qui est bien différent. Oh! que le » comité autrichien (les royalistes), a eu plus d’esprit cette fois! » Voyez le magnifique reposoir qu’il fait construire ad majorent j> Dei gloriam. Quant à moi , je dépose aux archives nationales ï et ce numéro et ceux des Révolutions de France et de Bra- » ban/ qui l’ont précédé, comme un monument de mon bon » sens quelquefois , et une sorte de protestation que je n’ai pris » aucune part à tant de bévues des patriotes ; que je ne puis être > responsable de leurs fautes et de tant de plaies déjà faites à la » France, dont je demande pardon à la Nation, à Dieu , aux Co- » lonies , aux Avignonnais , aux Jacobins fusillés au Champ-de- » Mars, etc., etc., tous évènements dont je prie la postérité de » ne pas charger ma mémoire, comme celle du pouvoir exécutif » mal vu des généraux toujours comtes ou marquis, et de Bris- » sot et des Brissotins tout au moins fats et orgueilleux. »

Maintenant, Camille n’abandonnera Brissot que quand il sera tombé. C’est au profit de Robespierre déjà grand, de Danton qui grandit, qu’il combat les Girondins. Nous ne multiplierons donc pas à l’excès les extraits des journaux écrits partiellement ou en totalité par Camille Desmoulins. Ce que nous en avons donné suffit pour faire connaître et la pensée, et le style, et le faire de l’écrivain. D’ailleurs nous retrouverons deux fois encore le journaliste, la première quand il faudra pousser aux excès, la seconde quand il faudra gémir sur ces excès et essayer d’y mettre terme. De plus, Camille nous convie à des scènes plus animées, plus tristes s’il est possible, à la chute de la royauté dont il a préparé la ruine par ses articles, dont il va hâter la fin tragique par ses complots , en attendant que par ses votes il envoie à l’échafaud le représentant du principe royal.

Nous sommes en plein mois de juillet 1702, époque sinistre comme un présage de mort. Les Girondins rompent tout rapport avec le roi dans la lettre menaçante où Roland donne sa démission de ministre et proclame que la révolution , faite dans les esprits, s’achèvera au prix du sang et sera cimentée par lui : terrible oracle que les Montagnards se chargeront d’accomplir , même au prix du sang des Girondins. Le faubourg de gloire , le terrible faubourg Saint-Antoine où règne en maître Santerre , San terre , l’ami de Desmoulins, s’agite sourdement. On sent l’insurrection qu’on ne voit point encore. On sait que six cents Marseillais, appelés par Barbaroux et au- devant desquels Camille courra lout-à-l’heure , marchent sur Paris en se recrutant parmi tout ce que le Midi , le Lyonnais et la Bourgogne possèdent de plus mauvais comme population. On conspire à Charenton; Camille y fait des motions avec Lex-capucin Chabot, qui l’accompagna dans le suprême voyage pour l’éternité.

Malgré ces sourds roulements du plus terrible orage qui jamais ait grondé sur les sociétés, on trouve encore le temps de rire les uns des autres, fatale gaité qui envenime les querelles elles rendra mortelles, Camille Desmoulins, qui avait tant ri de

tout son entourage, fut aussi bafoué. Il parut, vers ce moment, une caricature très spirituelle qui représentait une scène de dégel. Aux rayons ardents d’un soleil tteurdelysé , le colosse de neige de la Liberté s’affaissait sur sa base. La cour, du haut d’un balcon, assistait et applaudissait à ce plaisant spectacle et envoyait une armée de charretiers qui, à grand renforts de pelles et de balais, déblayaient le terrain d’une niasse d’immondices qui n’étaient autres que les sans-culottes, dont les principaux gisaient déjà pèle-mèle sur un immense tombereau aux armes de France. Les jambes de Prudhomme, le collaborateur de Camille, sortaient de la charrette où des fuyards allaient bientôt le rejoindre. Parmi ceux-ci qui se sauvaient pour éviter d’abord le choc de leur idole dont la statue se dégelait et tombait, ensuite l’ignoble tombereau, nous remarquons l’étourdi Janot Desmou* lins, ou mieux Camil e Desmoulins qui, coiffé du bonnet des esclaves phrygiens , se sauve à toutes jambes , emportant dans ses bras la fameuse lanterne dont il s’est constitué le procureur, le pourvoyeur. Mais le poids de la lanterne le fait trébucher. Il tombe avec elle et l’écrase de son corps.

Celte caricature eut un succès énorme... parmi les amis du roi. Mais Camille, avant de se venger lui-même, fut vengé bientôt parla section des Quinze-Vingts qui déclara publiquement « à » toute l’Europe que l’auteur des Révolutions de France et de » Brabant avait bien mérité de la patrie. »

Desmoulins avait bien d’autres soucis plus graves que celui que pouvait amener dans son âme une caricature plus ou moins spirituelle et mordante. En ce moment, il conspirait à Charen* ton, et il louchait à l’heure heureuse où sa femme allait le rendre père.

Dans une lettre qu’il écrivait à son père en avril 1792, il lui annonçait cette grande nouvelle et s’excusait de ne pouvoir acheter la maison de Guise où il était né. « La proposition que » vous me faites » , dit-il, « n’aurait pu vous venir à l’idée, et » je vois bien que vous n’avez pas lu mon dernier ouvrage » Brusol démasqué. Vous y auriez vu l’exposé naïf de ma for-

» tune. J’ai reçu en dot 100,000 francs en contrats constitués » sur la ville au denier 4, ce qui me fait 4,000 livres de rentes » et 12,000 francs en deniers convertis en trousseau, mobilier » et acquittement de dettes. Comment voulez-vous que, dans » un moment où tout est renchéri plutôt de moitié que du tiers, » avec 4,000 livres de rentes je puisse acheter un bien de » 30,000 francs? Votre maison, la maison natale, m’est chère; » personne ne connaît mieux que moi le plaisir qu éprouva t> Ulysse en voyant de loin la fumée d’Ithaque; mais avec 4,000 «francs qui, dans la circonstance présente ne valent guères » plus de 2,000 livres de rentes, comment pourrais-je acheter « une maison de 30,000 livres, surtout quand je vais tout à » l’heure avoir un enfant, et que je sens déjà la charge de la » paternité par les frais de layette et la tendre sollicitude d’une » mère qui, dès à présent, s’inquiète des besoins de son fils et » l’aime presque à me rendre jaloux? »

Ce fut le 6 juillet 1792 qu’un fils lui naquit, un fds auquel il ne serait pas donné de connaître et d’aimer son père si ardent, si coupable, si malheureux, sa mère, si belle, si pure, si regrettable !

La mode était à l’athéisme. Camille voulut que son fds, un Romain comme lui, auquel il donna deux noms de héros latins, Horace-Camille, ne reçût pas ses prénoms de la religion, mais de la loi seule. Le 8 juillet, accompagné de deux de ses amis politiques, le fameux Lecointre de Versailles et Merlin de Thionville, il présenta son enfant à l’officier municipal. Les phrases dont le nouveau père requit l’insertion au procès-verbal de la constatation de naissance du petit Horace, sont trop curieuses pour que nous veuillons les passer sous silence. « La * liberté des cultes étant décrétée par la Constitution , » disait Desmoulins, « et aussi par un décret de l’Assemblée nationale » législative relative au mode de constater l’état civil des ci- » toyens autrement que par des cérémonies religieuses , il doit » être élevé dans chaque municipalité chef-lieu un autel sur p lequel le père, assisté de deux témoins, présenterait à la

> pal rio sos enfants. Le comparant voulait user des dispositions » de la loi constitutionnelle, voulant s’épargner un jour, de la » part de son (ils, le reproche de l’avoir lié par serment à des * opinions religieuses qui ne pouvaient pas encore être les

» siennes, et de l’avoir fait débuter dans le monde par un choix » inconséquent entre neuf cents et tant de religions qui parta-

> gent les hommes, dans un temps où il ne pouvait pas seule-

> ment distinguer sa mère. *»

On ne discute plus cet étrange scepticisme que montre Camille à l’encontre des religions. On ne prouve pas qu’un père intelligent a le droit, disons plus, le devoir de forcer la jeune aine de son enfant, non pas à faire un choix entre plusieurs

religions, mais à accepter ce choix tout fait, quand entre ces religions l’une est grande, élevée, civilisatrice, et les autres arriérées, corruptrices, superstitieuses, abrutissantes. Ce droit et ce devoir ne se démontrent pas, pas plus que le droit et le devoir de choisir pour un fils entre une éducation qui développe et grandilson esprit et une éducation qui le rétrécit , entre une carrière d’avenir et une carrière sans issue, entre une conduite morale et qui honore et une conduite ignoble et qui compromet à toujours. Un père est un guide qui n’a pas sa liberté d’action et qui encourt une double responsabilité, la sienne comme maître, celle de la perte de son fils qui s’égarerait par la faute de ses parents; et la religion ressemble aux idées ; elle n’existe que parla transmission; on ne la trouve pas en soi ; elle s’apprend; elle se communique. En ce sens, Camille, s’il méprisait et condamnait la religion catholique, avait mission, non pas d’abandonner son enfant à son propre jugement, mais de préparer ce jugement et surtout de l’engager par avance par un acte qui lie.

Ce fut parle nom du fils de Camille que s’ouvrit la série des inscriptions républicaines de l’état civil de la municipalité de Paris. C’est ce qui engagea sans doute le sceptique jeune homme à demander l’insertion de sa profession de foi d’indifférence en matière de religion, pour qu’elle portât ses fruits.

Le lendemain, le petit Horace, que sa mère trop délicate ne pouvait allaiter, fut remis à une nourrice de Hle-Adam où se trouvait déjà l’enfant de Danton. « Je souhaite (pie la révolution, si elle se consomme, lui soit plus heureuse qu’à vous % écrivait oe Guise, à Camille, M. Desmoulins, père, qui semble tout d’un coup inspiré de l’esprit de prophétie et dont la tendresse perce les espaces comme à l’aide d’un accès de seconde vue.

De Camille, père de famille, arrivons à Camille conspirateur.

On touchait aux. derniers jours qui précédaient immédiatement la fête anniversaire de la Grande Fédération de d789. Les conjurés , tous chefs des clubs des Cordeliers et des Jacobins , Danton, Santerre, Momoro, Chabot, Camille, la future Montagne, réunis chaque nuit dans une petite maison perdue sur les bords de la rivière , délibéraient sur la question de savoir si le 14 juillet, date de la fêle , ne serait point aussi celle de l’insurrection et de l’affranchissement On reconnut que rien n’était prêt encore, ni les moyens matériels , ni l’esprit du peuple. La grande insurrection fut ajournée. Mais Camille reçut la mission d’apprendre au peuple, sous prétexte de lui conseiller la prudence et la tranquillité, qu’à un jour prochain on aurait besoin de lui et qu’il devait se tenir prêt , manœuvre dont la presse démagogique a abusé de nos jours , et qui maintenant est usée jusqu’à la corde, mais qui, neuve alors , devait produire et produisit tout son effet.

Le 15 au soir , c’était séance aux Jacobins. Camille y parut et monta à la tribune. « Il se trame un grand comp’ot, » dit-il ; « n’en doutez pas. On assure que Lukner a été vu à Paris. La » Fayette y est arrivé déjà ; on veut nous effrayer par le bruit » d’un massacre pour demain ; cela n’est pas possible. Leur pro- » jet pourrait être un enlèvement. Il faut bien prendre garde de » ne pas légaliser en quelque sorte une telle démarche par des » opinions hasardées prononcées dans cette société , telle par » exemple que celle que je viens d’entendre et de ne prêter ser- » ment qu’à la Nation et à la loi (avis que Carra venait d’ouvrir.) » On dira que des hommes ont refusé de prêter le serment cons-

> titulionnel, et on dira aux soldats qu'eux ils l'ont prêté ce » serment constitutionnel. Sans doute, les généraux ne peuvent » avoir d’autre projet que d’enlever le roi, de le mener dans les » armées qui se joindraient peut-être aux Autrichiens, sous le » prétexte de la Constitution. Prêtons donc le serment ordinaire,

» et si le pouvoir exécutif ne tient pas le sien , punissons-le ,

» destituons-le s’il le faut, mais ne nous écartons pas de la » Constitution. »

On sait ce que fut la fête, nous nous trompons : la cérémonie. La reine y fut constamment insultée. Sur le passage du cortège, des inscriptions menaçantes pouvaient faire pressentir au roi le sort qui l’attendait. Louis XVI refusa de mettre le feu à l’Arbre de la Féodalité , en disant qu’il n’y avait plus de féodalité. Un représentant de l’Aisne, Jean Debry , saisit ka torche repoussée par le roi et alluma l’incendie qui dévora les armoiries, les titres de noblesse, les parchemins féodaux ; mais, ainsi que le lui avait conseillé son orateur favori , le peuple des faubourgs ne remua pas. Cependant, son exaspération était portée à l’excès. Des placards incendiaires couvraient les murs. Le peu de royalistes qui restaient à Paris, se voyaient en butte aux insolences de la populace, aux sévices même. Les conciliabules dans la petite maison deCharenton étaient plus fréquents que jamais. Pétion, Marat, Robespierre, Danton , Westermann . Lajousky, Santerre, Carra, Camille Desmoulins , y avaient constitué en permanence un Directoire insurrectionnel.

Tous ceux qui se sentent énergie, colère, influence, courage, talent, sont là, complotant la ruine, hélas ! trop facile alors, de l’ancienne société attaquée par tous , abandonnée par tous.

Mais de tous ces hommes exaltés qui méritera l’honneur d’être proclamé chef de l’insurrection ? Sera-ce Camille , dont la verve cynique plaît aux masses , dont l’audace amusante le transporte, dont la plume tue comme une épée, dont les dénonciations sont mortelles ? Non; il ne sait pas et ne peut pas parler, tonner, mugir sur la place publique. Il faut une voix de taureau d’airain et l’encolure d’un géant pour forcer l’attention de la foule en un

jour d’émeuic. La foule a ses tempêtes comme la mer ; il ne faut rien moins que les éclats du tonnerre pour se faire entendre pardessus la mer et le peuple en furie. C'est Danton , taille en icrcule, qui sera ce chef, et non le fin et beau phraseur Desmoulins. Cependant, s'il sert en sous-ordre la démagogie, Camille peut se flatter d'occuper encore parmi ses courtisans un rangéleve.

Il est l’ami de Danton , sa parole , sa plume, son seyde , son

bras droit.

L’insurrection avait été fixée an 26 juillet. On devait, pour soulever, pour coltrer le peuple, profiter d’un festin civique qui se donnait sur la place de la Bastille, sorte d agape révolutionnaire où chaque convive apportait son plat, sa bouteille, sa femme et son enfant , pique-nique public où les tables reposaient sur les pierres de la vieille forteresse démolie il y avait trois ans, où les couplets à boire se composaient du Ça ira , de la hideuse carmagnole, et de ces hymnes soi-disant patriotiques au bruit desquelles se firent toutes les sanglantes journées de la révolution.

A quelques pas de la Bastille s’élevait un cabaret borgne à renseigne du Soleil-d’Or. C’était là que les meneurs du complot se tenaient, attendant que l’ivresse du vin, de la politique et du tapage , leur livrât le peuple monté au point convenable et ne devant plus s’arrêter que dans le triomphe. Camille y était. Vers neuf heures du soir, le comité insurrecteur, croyant le moment venu, voulait donner le signal de la révolleen arborant le drapeau rouge derrière lequel on entraînerait les fédérés des provinces, le peuple des faubourgs, vers le palais des Tuileries. Mais le maire de Paris , Pélion, qui , dans toute cette affaire du dO août, joue, soit à Charenton, soit aux Tuileries, le rôle d’un trembleur , ne voulut pas que la conspiration éclatât ce joui -la.

On renvoya au T août la seconde seance du comité insui lecteur qui se réunit au Cadran-Bleu sur le boulevard. Camille s’y trouvait encore avec tous les chefs du complot, avec les fédérés de Brest, avec les principaux Marseillais arrivés à Paris le 29 juillet et au-devan" lesquels il avait été à Charenton pour fraierai-

ser, pour faire connaissance, échanger des projets. En voyant entrer dans la ville, mêlés , confondus , s’embrassant, enlacés, les révolutionnaires de Parisetles révolutionnairesdu Midi , on savait d’avance pour quelle œuvre ils s’entendaient si bien; le mot: insurrection était dans toutes les bouches avec le mot: violence. Le 4 août on décida que le lendemain serait le grand jour du soulèvement. On se partagea les rôles : à Westermann, à Santerre, la direction des combattants ; à Danton, la prise de possession de la Commune, centre et but de toutes les émotions populaires ; à Camille la mission de préparer dans son journal l’insurrection et d’échauffer les enthousiasmes. Une seconde fois l’affaire avorta ; on convint d’attendre quelques jours encore ; les rassemblements ne se montraient point assez nombreux , assez animés, assez violents; les clubs n’étaient point sans doute assez montés. On voulut attendre le commencement de la discussion sur la suspension du roi, annoncée pour une époque très rapprochée. Enfin, il manquait un prétexte.

Ce prétexte, on le trouva dans l’acquittement de La Fayette , ce général au nom abhorré, que Camille avait couvert de ridicule, et que l’Assemblée Nationale avait renvoyé absous de banales accusations de trahison contre la Nation. Le 8 août, le peuple , indigné , insultait et maltraitait des députés. Pendant la nuit, les clubs avaient travaillé cette colère tansformée en

rage. Le 9, le comité insurrectionnel fixa le mouvement au lendemain. Le lendemain, au lever du soleil, tout était fini.

Ce n’est point a nous à raconter celte grande et lugubre page do notre histoire. Nous n’avons à faire voir que la part qu y prit l’homme dont nous écrivons la vie.

Dans la journée, nous trouvons aux Cordeliers Camille, qui s’est joint à ses nouveaux amis les Marseillais. C’est Danton qui occupe la tribune et souffle la haine qui, portée sur les ailes de

sa puissante parole, envahit tous les cœurs, lout d un coup retentit une détonation, signal convenu sans doute et à l’aide duquel on veut faire croire à une agression contre le peuple. On crie aux armes. Camille, suivi de Chabot , se jette par les rues,

appelant le peuple à la révolte. Il a mission de faire sonner le tocsin. Sur sa route, il rencontre bien des gens indécis, bien des gens qui ont peur, quelques hommes restés fidèles au roi, à la grande cause de l’ordre. Il s’arrête un moment; il leur parle; il les exhorte; il les encourage. Aux uns , c’est avec la menace qu’il s’adresse , aux autres c’est avec des supplications! L’ardent jeune homme essaie de faire passer sa passion dans toutes les âmes.

Mais sa suite s’est emparée de quelques sections; mais il a donné l’ordre de sonner le tocsin; mais les lugubres volées ébranlent l’air et les masses. Au premier coup de la cloche, tomes les cloches se réveillent et appellent le peuple aux armes.

Pendant que les hommes s’agitent, les femmes se désolent. « Qu’allons nous devenir? » écrit la pauvre femme de Camille sur les feuillets d’un livre où, chaque soir, elle consigne ses impressions, ses souvenirs de la journée, louchante coutume à laquelle nous devrons une page de l’histoire intime et en même temps politique de Desmoulins. « Qu’allons-nous devenir? je » n’en puis plus? Camille , ah! mon pauvre Camille, que vas-tu i devenir? Je n’ai plus la force de respirer. C’est cette nuit, la » nuit fatale. Mon Dieu ! s’il est vrai que tu existes, sauve donc * des hommes qui sont dignes de toi! Nous voulons être libres ; > ô Dieu ! qu’il en coûte. Pour comble de malheur, le courage » m’abandonne. — - Jeudi, 9 août. »

Et l’on se rappelle que Lucile est à peine remise des fatigantes douleurs d’une maternité récente. N’aura-t-elle pas à pleurer tout à l’heure sur le père de son mari, soit qu’il périsse au cœur de son succès, au sein de dangers qu’elle s’exagère, d’une lutte à laquelle Camille ne prendra part que de loin, soit qu’il doive plus tard porter la peine d’une défaite possible quoi» qu’improbable?

Laissons encore parler cette pauvre femme Elle racontera bien mieux que nous les angoisses de son âme, les exagérations de sa tendresse, son amour, ses douleurs, sa joie, tout ce qui la

rend si purement, si adorablement intéressante. Voici ce que, îe ^décembre, après le triomphe sanglant des Tuileries, elle écrivait sur ses tablettes :

« Quelle lacune depuis le neuf août! que de choses! quel » volume j’aurais fait si j’avais continué. Comment me rappeler » tant de choses? N’importe, je vais en retracer quelque chose. » Le 8 août, je suis revenue de la campagne. Déjà tous les » esprits fermentaient bien fort. On avait voulu assassiner Ro- » bespierre. Le 9, j’eus des Marseillais à dîner; nous nous » amusâmes assez. Après le dîner, nous fûmes tous chez M. ». Danton. La mère pleurait, elle était on ne* peut plus triste; son » petit avait l’air hébété; Danton était résolu. Moi, je riais » comme une folle. Ils craignaient que l’affaire n’eût pas lieu. » Quoique je n’en fusse pas du tout sûre, je leur disais, comme » si je le savais bien, qu’elle aurait lieu. Mais peut-on rire ainsi ! » me disait madame Danton. Hélas! lui dis-je, cela me présage * que je verserai bien des larmes peut-être ce soir. Sur le soir, » nous fûmes reconduire madame Charpentier (1). Il faisait beau, » nous fîmes quelques tours dans la rue; il y avait assez de » monde. Nous revînmes sur nos pas, et nous nous assîmes tout » à côté du café (5). Plusieurs sans-culottes passèrent en criant : » vive la Nation! puis des troupes à cheval, enfin des foules » immenses. La peur me prit. Je dis à madame Danton : Allons- » nous en. Elle rit de ma peur ; mais à force de lui en dire, elle » eut peur à son tour, et nous partîmes. Je dis à sa mère : » Adieu; vous ne tarderez pas à entendre sonner le tocsin. En » arrivant chez Danton, j’y vois madame Robert et bien d’au- > très. Danton était agité. Je courus à madame Robert et lui » dis: Sonnera-t-on le tocsin? — Oui, me dit-elle, ce sera ce » soir. J’écoutai tout , et ne dis pas une parole. Bientôt je vis » chacun s’armer. Camille, mon cher Camille arriva avec un » fusil. 0 Dieu ! je m’enfonçai dans l’alcôve, je me cachai avec,

(1) Parente de Danton.

(2) Café de la place de TOdcon.

» mes deux mains et me mis à pleurer; cependant, ne voulant » point montrer tant de faiblesse et dire tout haut à Camille » que je ne voulais pas qu’il se mêlai dans tout cela , je guettai » le moment où je pouvais lui parler sans être entendue, et lui » dis toutes mes craintes. Il me rassura en me disant qu’il ne » quitterait pas Danton. J’ai su depuis qu’il s’était exposé. Fréron x> avait l’air d’être déterminéà périr. « Jesuislasde la vie, disait-il, s je ne cherche qu’à mourir. » Chaque patrouille qui venait, » je croyais les voir pour la dernière fois. J’allai me fourrer » dans le salon, qui était sans lumière, pour ne point voir tous » ces apprêts. Personne dans la rue.

, » Tout le monde était rentré. Nos patriotes partirent. Je fus » m’asseoir près d’un lit , accablée, anéantie, m’assoupissant > parfois, et lorsque je voulais parler, je déraisonnais. Danton » vint se coucher. 11 n’avait pas l’air fort empressé, il ne sortit » presque point. Minuit approchait. On vint le chercher plu- » sieurs fois; enfin il partit pour la Commune. Le tocsin desCor- » deliers sonna : il sonna longtemps. Seule, baignée de larmes , » à genoux sur la fenêtre, cachée dans mon mouchoir, j’écoutais » le son de cette fatale cloche. En- vain venait-on me consoler. » Le jour qui avait précédé cette fatale nuit me semblait être le » dernier. Danton revint. Madame Robert, qui était très inquiète » pour son mari qui était allé au Luxembourg, où il avait été » député par sa section, courut à Danton, qui ne lui donna » qu’une réponse très-vague. Il fut se jeter sur son lit. On vint » plusieurs fois nous donner de bonnes et mauvaises nouvelles.

» Je crus m’apercevoir que leur projet était d’aller aux Tuileries.

» Je le leur dis en sanglottant; je crus que j’allais m’évanouir.

» En vain Mme Robert demandait des nouvelles de son mari ;

» personne ne lui en donnait. Elle crut qu’il marchait avec le » faubourg. « S’il périt, me dit-elle, je ne lui survivrai point.

» Mais ce Danton, lui, lepoint de ralliement! si mon mari périt,

» je suis femme à le poignarder. » Ses yeux roulaient. De ce mo- ® ment, je ne la quittai plus. Que savais-je, moi , ce qui pouvait j> arriver? Savais-je de quoi elle était capable? Nous passâmes

ninsi la nuit dans de cruelles agitations. Camille revint à une « heure ; il s’endormit sur mon épaule. Madame Danton était à 1 côté de moi, qui semblait se préparer à apprendre la mort de

* son mari. « Non, me disait-elle, je ne puis plus rester ici. » « Le grand jour étant venu, je lui proposai de venir se reposer

» chez moi. Camille se coucha. Je fis mettre un lit de sangle

* dans le salon avec un matelas et une couverture, elle se jeta là- » dessus et prit quelque repos. Moi je fus me coucher et m’as- » soupis au son du tocsin, qui se faisait entendre de tous côtés. » Nous nous levâmes. Camille partit en me faisant espérer qu’il » ne s’exposerait pas. Nous fîmes à déjeuner. Dix heures, onze » heures passent sans que nous sachions quelque chose.

* Nous primes quelques journaux de la veille, assises sur le » canapé du salon, nous nous mîmes à les lire. Elle me lisait un » article ; il me sembla, pendant ce temps, que l’on lirait le » canon. J’en entendis bientôt plusieurs coups sans en rien » dire : ils devinrent plus fréquents. Je lui dis : « On tire le » canon. » Elle écoute, l’entend, pâlit, se laisse aller et s’éva- » nouit. Je la déshabillai. Moi-même, j’étais prête à tomber là, » mais la nécessité où je me trouvais de la secourir me donna » des forces. Elle revient à elle. Jeannette (1) criait comme une » bique. Elle voulait rosser la M. V. Q., qui disait que c’était » Camille qui était la cause de tout cela. Nous entendîmes crier » et pleurer dans la rue, nous crûmes que Paris allait être tout

* en sang. Nous nous encourageâmes, et nous partîmes peur » aller chez Danton. On criait aux armes , et chacun v courait.

» Nous trouvâmes la porte de la cour du Commerce fermée (2'. » Nous frappâmes, criâmes, personne ne nous venait ouvrir. » Nous voulûmes entrer par chez le boulanger, il nous ferma la

( I ) Cuisinière de Camille.

(2) Danton habitait un appartement dans le passage du Commerce au-dessus de la porte d’entrée du côté de la rue de l’Ecole de Médecine. M. Gely , son beau-père, y demeure encore en ce moment.

(Notes de M. Matlon.)

ï porto au nez. J’étais furieuse; enfin on. nous ouvrit. Nous ï fumes assez longtemps sans rien savoir. Cependant, on vint * nous dire (pie nous étions vainqueurs. A une heure , chacun » vint nous raconter ce qui s’était passé. Quelques Marseillais

» et me dit que la première tête qu’il avait vu tomber était celle » de Suleau. Robert était à la ville , et avait sous les yeux le » spectacle des Suisses qu’on massacrait. Il vint après le dîner, » nous fit un affreux récit de qu'il avait vu , et toute la journée » nous n’eniendiines parler de ce qui s’était passé. Le lendemain » \ 1, nous vîmes le convoi des Marseillais. 0 Dieu ! quel specta- » cle ! Que nous avions le cœur serré. Nous fûmes, Camille et » moi, coucher chez Robert. Je ne sais quelle crainte m’agitait ; » il me semblait que nous ne serions pas en sûreté chez nous. Le » lendemain 12, en rentrant, j’appris que Danton était ministre. »

Quelle scène! quelle tristesse profonde ! Voilà la vie intime du conspirateur et du meneur d’hommes ! On s’habitue à se les figurer grands, tout d’une pièce, coulés en bronze, parce qu’on ne les voit que dans l’histoire. On ne leur soupçonne pas un cœur; on croit qu’ils n’ont pas aimé , parce que jamais le Moniteur et les journaux impitoyables du temps ne vous parlent que de leurs discours, des insultes dont ils se fouettent réciproquement le visage, des accusations qu’ils se prodiguent, et enfin de leur mort sanglante et prématurée ; mais on aime à les savoir hommes. On leur pardonne beaucoup quand on sait qu’ils ont beaucoup aimé. On se reconcilie presque avec eux quand on les voit s’attendrir aux pleurs et aux attendrissements de leurs femmes. Et ce contraste, cependant, les rend plus terribles encore.

La tâche de Camille n’était point achevée. Vainqueur , il dut abandonner sa femme encore en pleurs , pour aller, dans la soirée du 10 août, s’empaler de la Commune et y composer un gouvernement provisoire , se mettant ainsi plus intimement que jamais en rapport avec les électeurs qui , dans quelques jours , lui confieront le mandat de député si ardemment désiré par lui

depuis le mois de mai 1789, et l’enverront siéger à la Convention.

11 est une coïncidence étrange et qui nous a vivement frappés, qu’une fois déjà nous avons indiquée en passant ; c’est celle-ci Deux des hommes qui ont eu le plus d’action , dans celte nuit du 40 août , par leur position , par leur influence en sens contraire . l’un pour le peuple, l’autre pour le roi, l’un Camille Desmoulins, l’autre M. le comte d’Hervilly, étaient du même pays, presque du même âge. M. d’Hervilly, qui commandait le château des Tuileries et qui se montra si grand, si fidèle, si héroïque, avait sa famille à Leschelles , si voisin de Guise patrie de Camille Desmoulins, qui se montra, lui, si hostile, si acharné, si agressif!

Nous avons laissé Camille à la Commune où, entouré des principaux sectionnâmes , il remplaçait les anciens magistrats violemment expulsés. C’est là que Danton vint le chercher pour lui apprendre qu’il était temps de profiler de leur succès, que l’Assemblée Nationale venait de le nommer ministre de la justice et que lui , Danton, lui ministre, n’avait point oublié son ami, et venait lui demander s’il voulait être son secrétaire-général, presque un second ministre. Camille accepta.

Lejeune ambitieux touche aux premières dignités de la Nation; il s’exalte, il rayonne. Il sait les dangers qu’il a courus ; il s’étonne de les avoir traversés. « Mon ami Danton est devenu * ministre de la justice par la grâce du canon ; cette journée » sanglante devait finir, pour nous deux surtout, par être élevés » ou hissés ensemble. Il l’a dit à l’Assemblée Nationale : Si » j’eusse été vaincu , je serais criminel. » Insensé ! qui essaie de se persuader que le succès absout de la faute ! Et l’histoire?

Alors il raille son père. « Me voilà logé au palais des Maupeou > et des Lamoignon. Malgré toutes vos prophéties que je ne fe- » rais jamais rien , je me vois élevé à ce qui était le dernier éclie- » Ion de l’élévation d’un homme de notre robe , et , loin d’en » être plus vain, je le suis beaucoup moins qu’il y a dix ans, » parce quejevaux beaucoup moins qu’aiors par l’imaginaiion , » la chaleur, le talent et le patriotisme que je ne distingue pas

i de la sensibilité, de l’humanité et de l’amour de ses sembla- » blés que les années refroidissent. »

v Alors il raille ses compatriotes qui l’ont méconnu dans sa médiocrité, qui vont le haïr parce qu’il est grand. C’est la seconde fois que nous citons ce passage de sa correspondance ; il en vaut la peine. « Le vésicule de vos gens de Guise, si pleins d’envie, » de haines et de petites passions, va bien se gonfler de fiel au- » jourd’hui, à la nouvelle de ce qu’ils vont appeler ma fortune. » Puis, tout-à-coup, il se sent pris de tristesse et il ajoute : « De ma fortune qui n’a fait que me rendre plus mélancolique , » plus soucieux, et me faire sentir plus vivement tous les maux » de mes concitoyens et toutes les misères humaines. »

Ce retour sur lui-même lui rappelle d’anciens et jolis souvenirs. L’homme se dégrise; l’homme d’état s’oublie un moment. Autrefois , lors d'une de ses rares apparitions a Guise, il avait rencontré dans sa famille une jolie jeune fdle, Mllu Flore Godard de Wiège, et, pendant quelques jours , il avait cru l’aimer. Peut-être la jeune fdle le dédaigna-t-elle, parce qu’il n’était rien alors, et il veut qu’elle se repente. «J’ai appris que ma cousine » Flore vient de se marier; veuillez lui faire mes compliments. » On raconte que, Camille allant au supplice, celle qui fut autrefois Flore Godard et qui alors habitait Paris avec son mari, se trouva sur le passage du sinistre cortège et recueillit un des derniers regards de l’infortuné. Quelles durent être désolées les pensées échangées dans ce muet adieu !

Cette lettre est vraiment une fidèle image de la légèreté et de l’inconstance de Camille, de sa facilité à passer d’une idée à une autre idée que la première n’a poini enfantée. Il vient de parler de sa famille. Sans transition, brusquement, il aborde les affaires publiques dans le même alinéa. « Je crois la liberté affermie par » la révolution du 10 août. Il nous reste à rendre la France heu- \ reuse et florissante autant que libre; c’est à quoi je vais con- » sacrer mes veilles. » Immédiatement après ces élans généreux comme en ont par centaines tous les ambitieux , sauf à les oublier bientôt , Camille reparle affaires d’intérêt, pour revenir en-

coi'e à la politique. « Nous sommes entrés ici , comme vous le » voyez, par la brèche du château des Tuileries et je ne vois » guère qne les hulans et les Tyroliens qui puissent nous chasser * de la place Vendôme.» Le républicain compte sans les républicains!

Rien n’est sombre, rien n’est triste, rien n’est désolé, comme la lettre envoyée par le père de Camille en réponse à la lettre follement triomphante, étourdiment joyeuse de son fds. Le bon citoyen n’a pas été détrôné par le bon père. Le père connaît son fds à fond, sait son inconsistance, son exaltation impuissante. et le citoyen pleure sur les confidences qu’il reçoit du père, a Je serais bien délicieusement affecté, mon fils, de votre » position, » répond poste pour poste ftl. Desmoulins. « si vous » ne la deviez pas à une crise que je ne vois pas encore finie et » dont je redoute toujours les suites. D’après le cri de tout ce » qui m’entoure, les évènements du 40 août ont indisposé les » provinces et l’armée contre les parisiens et contre le parti

> dont on vous croit l’un des membres les plus ardents.

» Dans l’agitation où sont toutes les choses autour de nous,

» je préférerais peut-être vous voir paisible possesseur de mes » places et le premier de nos concitoyens dans notre ville natale d plutôt qu’à la tête du ministère d'un grand empire déjà bien » miné, bien déchiré, bien dégradé, et qui, bien loin d’être » régénéré, sera peut-être d’un moment à l’autre ou démembré w ou détruit. »

M. Desmoulins n’a point confiance dans l’avenir ; il sait que la violence appelle la violence et que le pouvoir ramassé dans le sang n’a jamais pu durer. Il prévoit des retours prochains de fortune, des malheurs aussi grands que la réussite actuelle. Les conseils qu’il adresse à son fils sont ceux de la véritable sagesse. Dans l’amertume de son âme, voici ce qu’il écrit ensuite :

« Quoi qu’il eu soit, mon fils, puisque vous voilà en second

> au gouvernail remis à M. Danton, votre ami, pour la partie de » la justice, distinguez- vous-y par les grandes qualités qui sont » propres à cette administration; joignez à voire popularité

» connue cet esprit d'intégrité et de modération que vous aurez » souvent occasion d’y développer; dépouillez-vous de celui de » parti qui vous y a peut-être élevé, mais qui pourrait ne pas » vous y maintenir. Avec la droiture que je vous connais et la » modération que je vous prêche, on va loin, même dans le » poste le plus scabreux. Faites revenir vos ennemis en vous » montrant juste avec eux et facile à oublier leurs torts; faiies- » vous le plus d’amis que vous pourrez parmi les gens de bien » et consultez toujours le mérite et le talent dans vos choix.

» Jouissez longtemps de votre nouvelle place et ma satisfac- » lion sera au comble. Votre mère partage tous mes sentiments » sur ce point et me charge de vous en assurer; elle vous em- » brasse ainsi que votre sœur. Recevez nos communes félicita- » lions et faites-les agréer à notre chère belle-fille avec toutes » les caresses de la plus franche cordialité. »

Nous ne verrons plus apparaître que deux fois M. Desmoulins, père, d’abord en 1794, au moment du procès de Louis XVI. C’est encore un conseil qu’il donnera au fougueux Camille, conseil hélas! que celui ci non-seulement n’écoutera pas, mais mépritera et insultera par une motion extravagante digne d’un fou furieux. Ce sera ensuite pour lui prophétiser sa mort.

Cette noble et blanche tête de vieillard conquiert par le contraste une puissance incroyable et magnifique de calme, d’autorité paternelle, de dignité politique qui font rêver à un nieilleur sort, à un autre fils. Qui sait où serait arrivé Camille obéissant aux conseils de son père !

C’est en ce moment que le faubourg Saint-Antoine, réuni dans la section des Quinze-Vingts, envoya celte adresse de félicitations dont nous parlions en rendant compte de la caricature où Janot Desmoulins brisait en fuyant sa fameuse Lanterne. Voici cette adresse dont le manuscrit, titre d’une nouvelle aristocratie, la noblesse do l’émeute, est encore aux mains de M. Alaiton de Venins.

« 21 août 1792.

» Extrait des délibérations de la section des 15-20 du 21 août 1792 ,

» l’an 4 de la liberté , le premier de l’égalité.

» Sur ta proposition d’un membre , l’Assemblée a adopté en » son entier la proposition suivante.

» La section des Quinze-Vingts, faubourg Saint-Antoine ,

» Considérant que pendant la révolution , les écrivains patrio- » tes ont préparé au peuple français le chemin de la liberté et de

* l’égalité; qu’ils ont toujours donné l’éveil au moindre danger » de la patrie; qu’ils ont hardiment annoncé les complots des b conspirateurs et les trames infernales qui s’ourdissaient aux » Tuileries à l’aide d’un calme trompeur;

» Considérant que leurs écrits ont répandu dans l’empire le » feu électrique qui va nous donner une Constitution digne d’un » peuple souverain ;

» Déclare à toute l’Europe que » Gorsas, auteur du Courrier des 83 départements ;

» Carra, auteur des Annales patriotiques ;

» Prudhomme, auteur des Révolutions de Paris ;

» Desmoulins, auteur des Révolutions de France et de Btaban » Ont bien mérité de la patrie.

» L’Assemblée générale vote des remerciements à tous ces

* écrivains qui ont prêché la liberté et l’égalité.

» Arrête en outre que le présent arrêté sera porté par les com- » missaires aux quatre auteurs qu’elle vient de désigner.

» Pour copie conforme ,

» Renet ,

» Secrétaire-greffier . »

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