‹ Biographie de Charles Thibault, EcrChapitre 10 sur 18 · L'ÉPÉE DANS L'ORDRE SOCIAL · texte numérisé non relu

L'ÉPÉE DANS L'ORDRE SOCIAL

Vives in giadio el fratri luo servies.

Sans doute, MM. que vous avez compris, qu’en parlant de la croix, comme je viens de le faire, je n'ai pas voulu entendre par là la forme ou la matière périssable dont elle se

compose.

Par cette idée, par ce mot, j'ai

: symbolisé toute la théorie, toutes les

doctrines du christianisme, toute la philosophie catholique, tous les bienfaits de notre civilisation, toutes les gloires, toutes les souffrances et tous les deuils de la vérité —l’Eglise enfin : l'Eglise avec ses’ larmes, ses combats, ses martyrs, sès espérances, ses bienfaits ; avec ses joies, ses revers, ses triomphes, ses victoires.

Mais. l'Eglise seule, persécutée, sanglante, dont le berceau était un infâme gibet, dont la puissance n'était que ses larmes, les disciples que des ignorants, le fondateur qu’un soidisant criminel auquel on avait préféré un insigne voleur, dans sa propre Patrie —l’Eglise dis-je, comme

FM

ensemble de doctrines nouvelles, pr A impalpables, spirituelles, célestes, n'aurait pas toujours : été comprise par des hommes grossiers, incultes, sensuels, barbares et esclaves. Ç Aiite

-À cette Eglise donc il fallait des auxilliaires, des appuis, des moyens humains pour conquérir les cœurs:

Et cette Eglise de paix, qui prêchait une parole de douceur, une doctrine d’humilité, une espérance d’amour, dut appeler à son aide le secours de l'épée !

‘L'épée chrétienne : dans l’ordre social, signifie donc pouvoir judicieux, force ‘civilisatrice, action bienfaisante, puissance légitime qui fait respecter la vérité, qui raffermit l'Etat, qui consolide le trône, agrandit la nation, maintient la famille et protèse l'autel.

L'épée, symbole de l'autorité, représenté la croix dans sa conformiation physique, comme dans sa signification morale. |

Oui, chose digne de remarque, en effet, MM. c'est que l'épée qui repré:

sente la justice, qui exprime la :possession; qui maintient l’ordre, qui

se,

MN | venge l’innocent, qui fait respecter le droit a pour modè.e régulier, pour archétype parfait, la croix elle-même.

Or, sur la croix, le sang d'un Dieu a coulé en telie abondance qu'il a

entièrement lavé ‘les iniquités de

Phomme. Par l'épée, le sang a aussi coulé à flots jusqu’à ce qu’il ait obtenu justice et compassion pour : les peuples. Si la gloire ennoblit, si la justice élève les empires, C’est l'épée-quiest l'instrument du châtiment des peuples, pour les ramener, vers les sentiers de la croix, vers les hauteurs du Calvaire, vers les sommets de l’amour. L'épée, —c'est le fer qui frappe, qui blesse, qui corrige, et qui répand le sang. Or, le sang versé pour une cause Juste et sainte possède une vertu puissante, un cachet spécial, une force particulière. |

L’épée se retrouve partout.

Quand l’homme par son audacieuse révolte a perdu son empire, quand il va être à jamais chassé de cet Eden, embelli: par la main de Jéhovah, orné de toutes les splendeurs d’une création divine, de quoi l'ange exé-

cuteur de la sentence .incommutable

Mat:

ei n0

contre le prévaricateur est-il armé ?

sinon d’une épée flamboyante ? ; Il se place ensuite à la porte du. Paradis terrestre pour en fermer les avenues à Adam et à sa malheureuse postérité. -

Depuis lors l'épée fut l’arme des nations les plus civilisées.—Les ‘anciens Perses, les héros grecs devant Troie, les Spartiates, les Athéniens, les Romains, les Gaulois, les Goths et les Espagnols s’en servirent dans leurs sanglants combats.

Chez les Romains, on plantait l'épée devant les. Préteurs, comme attribut de leur puissance ; les Préfets du Prétoire la portaient comme marque de leur dignité. Chez eux, comme de nos jours, ceux qui se rendaient à l'ennemi, se dépouillaient de leur épée pour la remettre au vainqueur.

La France gouvernementale qui a perdu le sentiment de la croix, semble plus n'avoir la force de tenir l'épée; elle ne sait plus manier que l'instrument de crocheteur ; elle tremble devant le Prussien ; ses armées plient devant les signes maçonniques de l'Allemagne : elle re se montre inso-

lente que devant des femmes : sans

‘autre protection que la grille d’un

couvent !

Aussi des mains affiblies du neveu de Bonaparte, l’épée de la France dut s’humilier au point de passer à celles de l’empereur d'Allemagne. Et ce; de.

vant Sédan, une citadelle française ! !

en présence des légions françaises ! en face des descendants des soldats qui avaient promené les aigles victorieuses du premier Empire, d’un bout de l’Europe à l’autre ! !

Pardon, MM. de mettre tte Lu

devant vos yeux, quand il ne devrait, en ce beau jour, n'y passer que des gloires.

Cependant, à côté de cette France impie, lâche, traître et païenne, il y aussi la France noble, sincère, patriotique, chrétienne ; la France de Charette et de ses héros de Patay, de Rameau, de Claudio Jannet,'de Charles Perrin, du comte de Foucault, de Chesnelong, de Lucien Brun, d'Emile Keller, du comte de Mun, de Beaudry-d’Asson, des Veuillot, du Marquis de Montcalm et du grand

Freppel, ete. Ne perdons donc pas.

espérance pour notre mère-patrie ;

di Gr

l'épreuve peut l’épurer, l'exemple de la Belgique doit l'encourager, le parti catholique peut encore la sau- Ver. Car, sion arrache la croix de ses ‘écoles, celle-ci protège encore ses autels ; elle a encore ‘une place dans le cœur du peuple. Or, la croix est le sacrement de la rédemption comme l’épéeest celui du rachat

des peuples : car en effet, l'épée est le

signe de la victoire, de la puissance, de l'honneur et de la conquête ; — c'est aussi, celui de la force, mais de la force du droit qui protège et non de l’injustice qui souille ; de la puissance qui élève et non de la violence qui flétrit. |

Quand l’on sacrait les anciens rois de France, ceux-ci prenaient alors l'épée sur l'autel pour attester qu’ils ne:tenaient leur suzeraineté que de Dieu: Et, en Allemagne, .

l'épée et la-erosse étaient les armoiries des grands dignitaires et justiciers ecclésiastiques. En Normandie, la huute-Justice possédait le droit de l'épée, consistant ‘en celui de faire exécuter ses arrêts par la forcé des armes. D: a

‘Trois ÿwrands Ordres militaires se sont. honorés du titre ‘‘ d'Ordres de l'Epée..” La fondation du premier remonte à Guy de Lusignan ; il eut pour. siège l'Ile de Chypre achetée, dans. ce but, de Richard Cœur-de- Lion ; sa fin était la protection du royaume. Aussi, portait-il fièrement sa devise sur laquelle se lisait :

‘ Securilas regni.”

Albert, évêque de Riga, veut élever une. barrière contre Îles envahissements de l'erreur, il fonde les‘ Chevaliers du Christ des deux Epées,” dont le but était de refouler au delà de la Livonie et de la Pologne, la barbarie

de l’Orient qui voulait briser les

lignes chrétiennes de l'Occident.

L'Eglise de Suède souffre ; —le Luthérianisme fait brèche partout.— C’est encore à la chevalerie. que le peuple chrétien va demander aide et protection ; Gustave Wasa fonde un troisième ordre de l’Epée.

Aujourd’hui même, le titre de Chevalier de l'épée n’est conféré,en Suède, qu'à ceux qui se sont illustrés sous les drapeaux. L’Epée de cet ordre porte pour devise—" Pro Patrid,” pour son Pays.

* Ainsi, si la croix est l'emblème de l'amour de Dieu pour les hommes, l’epée est celui du dévouement à la patrie. C’est la sécurité du royaume, c’est {a sentinelle du droit, c'est la protection des drapeaux, c’est l’immolation pour l'intérêt commun, c'est le symbole des armées, c'est l’auxil- Hiaire de la croix.

Et comment la catholique Espagne repoussa-t-elle par delà les colonnes d’'Hercule la puissance des Maures ?

sinon par l'épée ?

N'est-ce pas par la valeureuse épée de Godefroi de Bouïllon et de ses héroïques croisés que le monde catholique a pu, en suivant les traces ensanglantées des Chevaliers chrétiens, aller prier sur le tombeau du Christ, reconquis par le dévouement et la bravoure, contre le despotisme et la barbarie ?

C’est l'épée de Don Juan d'Autriche et de Jean Sobieski qui barre à l’islamisme le chemin de l’Europe, quand partout les armées du croissant, victorieuses, semaient sur leurs pas, l'épouvante, l’atrocité et la mort.

Nous ne pouvons non plus oublier les hécatombes des plaines de Poi-

ET

tiers et la victoire.éclatante de Lépante,--toutes au profit du Catholicisme.

Jehoyah était encore terrible pour sesgnnemis.

Hélas ! comme Israël, faut-il aussi nous demander où est notre Dieu ?

Le sang aurait-il perdu de son efficacité première ?

Non :—la mission de Napoléon ter, ce lion du désert, —s’affirme ; l'Europe coupable à besoin de châtiment ;-il l’en abreuve ; de la pointe de son épée il taille et retaille les limaites des royaumes, il flagelle les rois, il écrase les peuples jusqu’à ce que lui-même se sente rassasié de sang et de gloire.

Cependant, il a outrepassé ses pouvoirs, il a abusé de ses victoires, il a outragé le représentant du Crucifié, il a méconnu la mission de son épée. Voilà qu’elle sera à jamais brisée en ses mains : fait qui atteste une fois de plus, que l'épée est non seulement un fléau, maïs qu'elle est aussi Le sacrement de la justice et l’implacable instrument des vengeances célestes.

Si la croix est l’unique espérance du chrétien, l'épée est souvent le

aim DO

seul espoir des nations, quand elle est confiée à des maïns fermes, pures et dignes.

L'Eglise MM. est déjà dans Rome, mais la croix est encore cachée au fond des catacombes. — Pour l'en faire sortir, Dieu qui a les siècles pour lui, attend longtemps le secours d’un soldat chrétien. Constantin accomplit son heureuse mission.

Les autels sont élevés de toutes parts, mais le droit toujours barbare, ne peut encore les protéger.

Rome avait emprunté le dogme primitif de son droit aux Etrusques ; la Grèce lui avait donné ses formes symboliques, l'Orient l'avait revêtu de ses mystères. Mais ce droit personifié dans l'Etat, s'appelait parfois, Tibère, Néron, ou Héliogabale. (Cependant, tous les peuples conquis l'avaient accepté. L'unité chrétienne se préparait déjà, même par l’absolutisme du droit !

Ceux qui un jour viendront écraser Rome, étonnés de la sagesse de ses lois, modifiées par le christianisme,les accepteront pour eux-mêmes et les emporteront comme l’un de leurs plus beaux trophées, jusqu'au fond de

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leurs repaires. (C'est ainsi que la Germanie en recevra les lumières et que la Graule en bénéficiera.

En changeant de nom la républi- Fi romaïne change de tyrans ; le roït reste le même. Ainsi Trajan revenant de la Dacie fait égorger 10,000 gladiateurs inutiles pour le circle, vu le manque des animaux pour y combatttre ! Quoique mitigé sous les Antonins, le droit permet encore de jeter les hommes aux appetits aiguisés des lions.

Au christianisme seul était donné d’asseoir le droit sur sa véritable base, dé la ramener à l’ordre, d’en faire la

formule rigoureuse de la justice.

C’est alors que parut la véritable égalité, prêchée par Paul ; l’unité parfaite réclamée par Pierre. Ce droit, ainsi épuré, éclairé du flambeau de la croix, opéra avec sagesse. Il ne détruit rien d’abord, l’église étant la

grande école du respect,—1l corrige ;

il ne sape pas, il appuie ; il ne libére pas tout d’un coup l’esclave, mais il enseigne au maître d’abord la douceur, puis la Charité, puis l'égalité.

Aux vieilles formules, Théodose substitue son nouveau code plus

conforme éncore aux idées et à la douceur chrétiennes.

Le procès verbal en sera donné à la dernière séance du dernier Sénat, vers le milieu du 5m siècle, alors que l'heure des barbares est sonnée.

Rome n’est plus ! Son cadavre sanglant est dépecé et les lambaux palpitants en sont dispersés aux vents de la colère du ciel.

Dieu a eu son tour ; il est tombé sur la malheureuse cité.

Ce fut l'épée d’Attila et le pied d’'Odoacre qui se chargèrent de cette formidable exécution. Les fantômes impériaux disparaissent. Le droit païen dont l4 lutte, commencée sur le mont sacré dans le sang de Virginie, s'était perpétué dans les Edits prétoriens, et par la philosophie stoïcienne devait s’écrouler sur sés bases, pour reprendre sa véritable vie dont lasource, cette fois, était l'Egli. se, pour se perpétuer, avec la civilisation chrétienne, à travers tous les continents et parmi toutes les 'nations. | Ce droit MM. ne vous apparait-il

28 comme la conscience du christia-

nisme ? Comme la sanction de notre

ct M, pi

civilisation ?. Pensée profonde. qui

m'effraie pour l'Asie, berceau du monde quil'aperdu, pour l'Afrique, étape des peuples voyageurs vers l’Europe, qui l’a rejeté, pour l'Europe qui.le repousse et qui semble déjà retourner vers le paganisme : car la civilisation, comme le torrent, ne remonte jamais vers sa source : elle est progressive, ou elle périt.

N'importe, le Code chrétien de Théodose survivra aux ruines de l'empire. St-Boniface le donnera à la Germanie ; on l’enseignera aux Gau:

lois dans l’école de Clermont,et celle de York le fera pénétrer dans les mœurs et l'esprit de l'Angleterre.

La vérité ne meurt point. ?

C’est en vain que Frédéric Barberousse, comme successeur de Trajan, se proclamera, le propriétaire de ses sujets et que Louis XIV émettra les mèmes prétentions : le droit prime

la force ; ilest maintenu. Le di-

vorce disparait aussi. . Grégoire VII pourra mourir en exil, mais au moins il aura la consolation de faire triompher la. doctrine chrétienne contre les abominables prétentions de Philippe Auguste et d'Henri VIIL C’est

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