‹ Biographie de Charles Thibault, EcrChapitre 9 sur 18 · La croix · texte numérisé non relu

La croix

: L'’épée ;

. La charrue.

De fait, la croix est le signe du salut ; l'épée, celui du pouvoir ; la charrue, celui du travail.

La croix, symbole de l'amour surnature), a relevé l’ordre moral ; l'épée, symbole de la puissance légitime, a ennoblit l’ordre social ; la charrue, symbole du travail libre, à régénéré l’ordre matériel.

Trois nécessités découlent de ses trois signes symboliques :

1. Celle de se sauver, 2. celle de se protéger ; 3. celle de se nourir.

C'est donc une frinité de moyens qui se résume en une unité de salut.

Toute la philosophie du christianisme est là : Par la croix, l’on s’élève au Ciel ; par l’épée, l’on défend sa patrie ; par la charrue, l’on assure son existence.

Ces trois symboles représentent donc la vie divine des âmes, la vie sociale des peuples et la vie matérielle des individus. Quelques mots sur chacune de ces pensées ; tel est le plan de ce discours.

en LA CROIX DANS L'ORDRE MORAL.

In hoc signo vinces.

Le monde antique, quoiqu'ayant conservé une parcelle de théologie et quelques lueurs de vérité, a fini par perdre complètement sa voie ;— car l'erreur ne vit qu’en autant qu'elle est mêlée de vrai; seule, ce serait tenèbres complètes, mort certaine. Aussi, quand la vérité théologique cessa absolument d'éclairer le pag'anisme, celui-ci fut irrévocablement destiné à périr ; le principe de sa vie s'était envolé.

Il y eut toujours, dans les diverses phases de la vie des peuples, deux principes contraires, deux forces opposées ; l’une les inclinant vers la barbarie ; l’autre les poussant vers la civilisation.

La civilisation est le fruit de croyance dogmatique d’un peuple, de son affirmation théologique, de ses relations sociales, de ses connaissances intellectuelles,en un mot de ce qui constitue son éducation, sa vie particulière, sa manière d’ê tre, ses mœurs,

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son identité, son caractère. C’est partant le développement graduel et harmonique de toutes les puissances constitutives de l'individu et des sociétés humaines.

Sans théologie, il ne peut y avoir de sociétés régulièrement organisées, ni même de possibles. C’est alors le règne de la barbarie, la phase négative ; c’est la force brutale de l’antiquilé païenne qui écrase le faible et persécute le juste : c’est l'empire des passions désordonnées s’assouvissant sans frein et sans règle, sans pudeur et sans honte, sans scrupule et sans remords. . Dans cet état de société, la vertu est inconnue, la morale outragée, le droit foulé au pied.

L'Etat! voilà le dieu ; l’homme !

voilà la victime. Le despotisme est si cruel que le grand Corneille était justifiable.

‘ De rendre grâces aux dieux ae n'être point [Romain,

‘« Pour conserver encor quelque chose d’hu- [main.

Il n’y a ni liberté individuelle, ni initiative privée. L'état a absorbé l'individu à tel point qu’il n’y a plus que deux sociétés ; —celle des tyrants et celle des esclaves ; deux castes,

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celle des faux prêtres et celle des faux adoteurs ; —-deux principes, celui de la force qui écrase et celui de la faiblesse qui souffre. L’abjection va tellement bas, MM. que ceux mêmes qui sont injustement condamnés à la mort cruelle, mais inutile, des amphithéâtres passent en riant remercier leur bourreau !

Ave Cæœsar morituri te salutant !

Le dégoût s'empare de l’âme à la vue d’un pareil abaissement.

Sans doute que l’on rencontre bien, par ci, par là, quelques beaux traits de vertu privée, quelques âmes supérieures qui jettent une clarté soudaine sur la nuit de ces époques néfastes. Mais, ce ne sont là que des météores qui brillent un instant pour s'éteindre à jamais dans les ombres épaisses qui recouvrent la terre.

Ce monde ancien eut pourtant ses éclairs et comme de célestes visions.

Mais une fois entièrement courbé sous l'esclavage de ses faux dieux, une fois complètement sorti de ses voies et tout-à-fait hors de sa mission, il semble n'avoir d'autre but que de s'entredétruire, jusqu'à ce qu’une

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grande unité se soit accomplie sur ses ruines.

Ce que la Grèce ne put achever par ses lois modèles, Rome le fit par ses sanglantes conquêtes. (C'était à Rome que le divin crucifié avait donné rendez- -vous au monde. Et le monde s’y trouva concentré et réuni à l'heure marquée. En laissant faire cette grande ünité politique, le ciel préparait dès longtemps le règne du Dieu unique. À chaque peuple il avait assigné une mission, fait une promesse. La menace ne manqua pas, non plus, aux prévaricateurs. Les prophètes ont pleuré sur des ruines à venir, les aruspices ont annoncé des catastrophes prochaines. Les voix prophétiques sont méprisées ; les entrailles des victimes sont en vain consultées ; la malice des hommes a atteint les hauteurs du Ciel ; les ‘tonnerres de la justice divine éclatent ! La guerre sévit sur les campagnes en ruines ; la peste décime les cités en deuil ;. et les matrones en pleurs gémissent dans les temples, en priant les dieux de détourner dé dessus les peuples, leur courroux justement irrité.

La vérité allait toujours en s’altérant. L'on peut retracer chaque phase de l’histoire par la connaissance des divers systèmes philosophiques qui y correspondirent. D’affirmatives d’abord, les civilisations successives s'étaient déjà considérablement modifiées à la naissance de Ja philosophie. Six siècle avant l’ère chrétienne, la Grèce donna le jour à celle-ci ; elle devait s'y perpétuer pendant douze cents ans. Elle apparut dans le monde avec les lettres, au contact de l'Egypte et de l'Asie mineure.

Sa maturité se passe à Athènes ;.

elle rencontrera sa décadence à Alexandrie et à Rome, altérée . qu’elle sera alors par les erreurs orientales qui s’y seront glissées. Les philosophes se rapprochent trop du soleil de la vérité ; ils devancent trop leurs siècles ; ils sont ostracisés et mis à mort. C’est le propre de la vérité d’étre persécutée ; son ombre même ne peut être tolérée par le paganisme.

Thalès de Milet, contemporain de Crésus et de Solon, vient de fonder l'école ionienne ou panthéistique, mère de l’athéisme et du naturalisme

modernes, mais en revanche, Pythagore crée l’école italique, qui, par sa science des nombres arrive à la connaissance de l’âme et à la perfection de Dieu.—Anaxagore, son disciple, parvint à la connaissance et à l’affirmation d'un principe intelligent et créateur du monde.—C'en était trop pour la mythologie d’alors, pour les croyances polythéistes du temps ; Anaxagore, en dépit dela grande éloquence de son disciple Périclès, est condamné à l'exil.

Les faux dieux tremblent ; ils ap-.

pellent les sophistes à leur secours ; ceux-ci se précipent en Grèce. Malheur à la morale ; l’on continua d’embrouiller tout ; de leurs chicanes se perpétua le chaos.

En vain Socrate veut-il étudier plus attentivement l’homme et ses attributs, sa faiblesse et sa force ; en vain invente-t-il sa psychologie ; en vain voile-t-il sous le nom de démon celui caché de Jéhovah, les sophistes qui flattaient les passions populaires réussirent à le faire condamner à mort. Prêcher l’immortalité de l’âme était la ruine du matérialisme aucien, enseigner la croyance à un

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Dieu unique était le renversement des idoles.

Platon, fidèle disciple de Socrate, n’a pusauver la vie à son maître, mais du mojns, ô piété touchante !il se fait le continuateur de son œuvre ; il l'explique, la commente, la perpétue et à ses charmes naturels, il lui prête encore l'esprit sareastique d'Aristophane et la beauté noble de Sophocle.

La théodicée de Platon se rapproche de la nôtre ; son Dieu est non ‘seulement infelligence et puissance, mais il est surtout amour. Créateur de la théorie des idées, il a rasé de son vol sublime les hauteurs de cette philosophie qui devait lui conquérir un admirateur, sinon un disciple, dans la personne dugrand Augustin, le fondateur de la méthaphysique chrétienne. |

Platon rend service à l’antiquité ; celle-ci le méconnaît.—.Il aide de ses conseils Denis le tyran, et celui-ci le fait vendre comme esclave.

Aristote naît de Platon, mais s’éloigne de son idéalisme pour aboutir exclusivement à l'expérience.

À la grande scholastique chré-:

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tienne sera donné d’épurer tous ces systèmes et de donner aux savants la véritable cief de la vraie science.

Comme Pythagore, Anaxagore, Socrate.et Platon, Aristote, plus spiritualiste que l’école qu’il fonde, découvre et proclame un Dieu, cause première de l’univers, intelligence éternelle qui dépend d'elle-même et se suffit à elle-même. En dépit de ses sérvices immenses rendus à Alexandre de Macédonie, son élève, Aristote tombe en disgrâce et va mourir dans une île ignorée. |

Ciceron crée la langue de la philosophie à Rome ; il laisse entrevoir d'autres récompenses que celles décernées au Capitole : Cicéron périt sous la hache des sicaires.

Sénèque enseigne la vertu dans la Rome corrompue des empereurs.

Néron, déjà meurtrier de son frère et de sa mère, se fera l’assassin de son ancien maître. Sénèque devra s’ouvrir les veines du même fer avec lequel la vertueuse Pauline, sa fem-

me, a aussi versé une partie de son

sang.

Si maintenant des philosophes vous passez aux orateurs, aux poètes,

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aux historiens, aux héros et aux grands guerriers qui ont jeté un si vif éclat sur leur patrie, que verrezvous, MM ? Quel triste spectacle viendra frapper vos yeux ? Tous, ou presque tous ne sont-ils pas chassés de leurs villes, jetés dans les fers, envoyés en exil ou mis à mort ?

Le vulgaire ne pardonne jamais au génie ; l’impiété s’offusque toujours de la vertu. La gloire monte trop haut ; elle illumine trop le front de ses élus ; la bassesse abhorre la gloire.

L'on ostracise les hommes de bien, parce qu'ils sont reconnus justes !

Comme Saturne, les nations’ païennes dévoraient leurs enfants. L’aube de la civilisation chrétienne, l'ordre moral n'apparaissent pas encore à l'horizon des temps ; mais j'en vois pourtant les signes et les symboles partout. J'entends le cygne de Mantoue suppliant sa muse de s'élever et de chanter ces temps prédits par la sibylle et qui doivent nous donner l'enfant promis, lequel ramenera l’âge d’or dans le monde.

« Magnus ab integro sæclorum nascilur ordo. »

De fait J1 croix existe, mais ne règne pas encore ! Elle remonte pour-

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tant à l’origine des temps, à celui de la chûte du premier homme, à l’époque de la première promesse, à l’occasion de la première faute, à l’instant de la première menace. L'ordre moral est troublé par la révolte de l’homme ; la promesse de la croix en répare déjà les outrages. Aussi se montre-t-elle, dans l’ordre physique, sous toutes les formes, faconnée de toutes manières ; l'épée qui protège

. l’homme est taillée en croix, le soc de

la charrue qui déchire la terre est construit en croix ; les flèches du pai, tonnerre qui protègent nos demeures constituent aussi une croix.

L'oiseau qui vole prend cette forme mystérieuse, ainsi que l’homme qui prie. L'arbre qui s'élève vers le ciel forme une croix, de même que le navire qui étend ses voiles.

À Rome même, la Statue élevée à la Piété publique, sur le Forum, se tenait debout les bras en croix.—Les Egyptiens plaçaient la croix dans leurs temples et un ancien empereur de Chine, pour prier, joignait ensemble deux morceaux de bois en Croix.

Les actes les plus importants de l'Ancien Testament manifestent le symbole de la croix. La croix, représentée par le serpent d’airain, sauve Israël en route pour la terre promise ; la croix, de nos jours, enseigne au peuple chrétien le chemin qui conduit à la Jérusalem Céleste.

Quand Jacob, le vainqueur de l’ange dela vie va être vaincu à son tour par celui de la mort, il fait le testament de la promesse ; il laisse sa bénédiction à ses descendants : 1l croise ses bras pour bénir Ephaïm et Menassès. Trois ans durant une sécheresse désolante a ruiné les peuples.

Eli s’élance dans les hautes solitudes du Carmel, et là, le front dans la poussière, il étend les bras en forme de croix et fait monter de la mer le nuage qui ira rendre à la terre sa fraîcheur et sa fécondité.

Les Hébreux ont engagé la bataille décisive contre Amalech ; le sort est incertain. Moïse monte au haut de la montagne pour prier le Dieu armées. Au sommet des montagnes, les bruits terrestres n'arrivent pas ; le Ciel semble mieux écouter.—Le grand législateur d'Israël s’en fera alors le

prêtre ; iltend les bras en croix.

Il ne représente pas seulement ce siœne, cet étendard de la rédemption à venir, dans cette attitude respectueuse ; il devient croix vivante, croix priante, croix instable dont lepied touche le roc, et dont les bras chancelants sont tenus, aussi longtemps que la victoire est incertaine, par la piété d’Aaron et la constance de Hur.

La croix est donc déjà un symbole, un signe, un mystère, un drapeau, un étendard, en attendant qu’elle devienne le sacremènt de notre rédemption.

La malice humaine est à son comble ; l’iniquité recouvre Ia terre ; l’anarchie remplit la cité ; le mal a souillé tous les peuples. Le crime défie toute description ; toute âme honnête se détourne à la vue des iniquités publiques et privées qui se commettent de toutes parts ;—toute oreille chaste se dérobe aux concerts d’obcénités que l’on entend partout.

Le Circle, le Théâtre, le Forum sont souillés de sang et d’infamie. La barbarie, la tyrannie, l’écrasement, la haine, la cruauté et la luxure sont

partout ; l'honneur, la piété, l'espé” ratce, la vertu nulle part. L'ordre moral est inconnu, l’ordre social renversé, l'ordre matériel détourné de son but. Un sensualisme grossier a corrompu l'individu jusque dans la moëllé des os ; un despotisme cruel écrase l’hong comme l'artisan broie le métsf” L'’athéisme social règne, le sanctuaire de la famille est violée ; ses bases sont ébranlées.

Elle n’a plus de lien ; elle a oublié l'honneur; elle ignore même jusqu’au nom de vertu.

Les nations se sont succédé les unes aux autres. Mais, Ô singularité de l’histoire ! MM, nulle grande période, nulle époque remarquable qui ne soit partie d'une ruine quelconque pour aboutir à une grande conquête. Ainsi en fut-il pour les peuples anciens tombant les uns sur les autres : L’Assyrie sur la Grèce la Grèce sur l'Egypte, l'Egypte sur la Phénicie, la Phénicie sur la Judée.

Puis Rome tombant sur tous jusqu’à ce qu'enfin la croix de Jésus- Christ vienne s'implanter sur tous ces décombres et dominer toutes ces ruines. -

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De fait, si les empires modernes n'ont été créés qu’en vue du second avènement du Christ, tous les royaumes antiques ne paraissent avoir été fondés qu’en vue de la venue de l'Homme-Dieu. Le grand avènement accompli leur raison d’être n’éxistait plus. Ils avaient dû leur élévation aux mêmes causes, leur grandeur aux mêmes vertus, leur punition aux mêmes crimes, leur décadence au même aveuglement, leur destruction complète à leur même opiniâtre idolâtrie.

C’est l'heure du rachat du monde.

Je la salue déjà aux signes extérieurs qui se manifestent, à la frayeur des tyrans, à la défaite des faux dieux, à la rage de l'enfer, aux miracles qui suivent la résurrection, à la joie des saintes femmes, aux Àlleluia des anges.

Déjà je vois que l’on se rallie autour d’un nouvel étendard : une société nouvelle,empourprée du sang de la croix, naît à la vie ; voilà donc cet ordre nouveau chanté par les poëtes, attendu par les anciens annoncé par les prophètes, proclamé par le ciel,

Je salue cet étendard que les apotres dressent devant les nations :

Vexilla Regis prodeunt.

C'est ce drapeau du Christ qui s’élance à laconquête du monde, à la réforme des empires, à la régénération des sociétés. O vertus de la croix ! O puissance merveilleuse du sang ! L'eau du déluge avait suffi pour lavé le péché de l’homme, mais il fallut le sang.d’un Dieu pour racheter le crime de son esprit; car le péché de l’homme se retourne surtout contre lui-même, mais le crime de son esprit s'élève directement contre Dieu.

L'homme aime l'inconnu, l’abîme l’attire, il cherche le mystère. Oùen trouvera-t-il un plus grand que celui de la croix ? Aussi s’attache-t-1l à ce nouvel emblême. La croix le régénère, l’ennoblit, lui rend sa liberté, le sauve.

Symbole d'ignominie chez le païen, elle aevient celui de la gloire ; signe de dégradation et d’opprobre chez les sociétés antiques, elle devient celui de la vénération et de l’amour.

O étrange changement i la croix conquiert les cœurs qui jusque là

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n'avaient pas connu l’amour ; —elle soumet les intelligences, elle dompte les volontés, elle adoucit les mœurs, elle élève la justice, elle proclame la liberté ; aux tyrans, elle prêche la modération ; aux puissants, la douceur ; aux maîtres, ia compasion ; aux esclaves, l’obéissance.

Ceux mêmes qui détestent la croix sont obligés d'admettre sa puissance, de même que ceux qui l’aiment : la haine est parfois un critère plus manifeste que l’amour. Le guerrier place la croix sur sa poitrine, le chevalier sur son cœur, le roi sur sa couronne. C’est maintenant le cachet de la puissance, la marque distinctive de la grandeur, l'éclat éblouissant de la gloire.

Elle orne le sommet de nos temples ; elle brille sur nos autels ; elle fait reverdir l'espérance jusque sur nos tombeaux.

Elle vient de sauver l’homme, elle élargit les bases du droit, elle rassérène l’ordre moral. Si la terre lui doit son salut ; les empires, leur tranquillité ; les sociétés, leur repos ; les nations leur stabilité; l’église lui doit sa force, sa constance, sa résignation, sa persévérance et son zèle.

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La civilisation reprend sa marche radieuse dans les sociétés ; elle se réaffirme ; elle reconstitue les bases morales détruites ou oubliées. La barbarie fait place à la croix; les ténèbres, au jour. Par la croix, la faiblesse devient force ; le pouvoir succombe devant elle. K$Sortie des profondeurs des catacombes, la croix, portée au dessus des aigles de l’empire, va triomphalement s’assooïir sur le trône des Césars :—C’est de là :

maintenant, que ses rayons vont briller sur l'univers. La force brutale est vaincue, l’ordre moral renait, la famille, cette grande assise des nations, est reconstituée.

Et comme pour se moquer de la force, le Dieu de la croix, s'appuie sur la faiblesse.—Sa religion avait commencé dans le sang, elle se raffermit par le martyre ; elle est continuée dans les larmes. ;

Quelques fois j'entends l’impie se moquer de la souffrance.

Ah! le malheureux :

Mais il ne sait donc pas à travers Îles orages Ce qu'un souffle inspiré peut briser de nuages : Maisil ne sait donc pas qu’à l’ombre du saint lieu . Sa force est infinie.

Et qu'un cri de douleur monte plus vite à Dieu Que l'élan du génie,

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Ce cri de douleur suffit au Ciel!

C’est à l'humilité et à la faiblesse que sera confié le glorieux privilège de porter l'étendard de la nouvelle civilisation chez ceux qui ne la connaissent pas encore. Ainsi, c’est de la main de Clotilde que les braves guerriers Francs reçoivent la croix, tandis que Théodelinde la fera connaître aux farouches Lombards.

Ceux-ci l’enseigneront à leur tour aux autres barbares en route pour écraser le colosse romain. C’est un ancien petit esclave de la Gaule en Irlande qui retournera y planter la croix et faire connaître le christianisme dans cette île.—Les disciples de Benoît apprendront la foi nouvelle aux peuples de la Suède, de la Norvège et de la Crermanie. Grégoire-le- Grand, étendu douze ans sur son lit de douleur, comme sur le bûcher de son martyre, conserve toujours l'énergie et la volonté de Pierre :

c'est lui qui envoie Augustin porter la civilisation nouvelle aux Angles de la Grande Bretagne :

Vexilla Regis prodeunt.

Ainsi la civilisation catholique poursuivait, à travers les âges et au

milieu des nations, sa marche bienfaisante. Attaquée d’abord par la tyrannie, elle s’en rendit maîtresse ; combattue par les schismatiques et les hérésiasques, elle les vainquit ; persécutée par les impies, raillée par les pseudo-philosophes, reniée parfois parses propres enfants, elle n’en continuait pas moins ses glorieuses évolutions vers l'Ouest. Les empires pas:

saient ; celui de Rome s'était divisé, à la mort de Théodose, en 895, en empire Romain ou d'Occident, et en celui d'Orient ou de Bas-Empire. Le premier finit en 476 avec Augustule et ne fut restauré qu’en 800 avec Charlemagne, pour se diviser en 888, à l’époque du démembrement de la puissance Carlovingienne, et passer successivement aux mains des souverains de France, d'Allemagne et d'Italie. Il s’effondra vers 911 avec . Louis IV, le dernier des descendants de Charlemagne, pour être rétabli -de nouveau en 962, sous le nom de saint-empire Romain de la nation Allemande, par Othon le Grand.

Le despotisme musulman renversa l’Empire Grec en 1453 ; Bonaparte brisa celui d’Othon le Grand au com-

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mencement de ce siècle. Ainsi tout passait, tout s’effondrait, tout disparaissait dans les tourmentes politiques, au milieu des guerres désastreuses. Une seule chose restait debout sir toutes ces ruines :—le christianisme.—Un seul étendard planait victorieux au dessus de toutes ces défaites : —l’étendard de la croix.

Mais, du fond de l'Allemagne part un cri do guerre ! |

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Une voix s lattes et rugit, Comme un vent orageux, comme un immense [bruit, C’est celle de Luther ; elle tonne, Tout s’agite ou s s'allume.

L'Allemagne déborde et sème le chaos, Comme un vase enflammé qui laisse fuir à flots Sa bouillonnante écume.

Luther dévaste tout... é Son bras, pour couronner cette œuvre de l'enfer Son bras est plus hardi, son langage plus fier ; Ce grand démolisseur qui sait si bien son rôle, Frappe avec la parole Et prêche avec le fer.

L'erreur semble prévaloir en Europè ! A l'Occident, par de là les mers, Hs nombreuses tribus, plongées dans l'idolatrie, courbées sous le joug de satan, attendent encore leur délivrance ;—l’neure en est venue. Ce que l'Eglise perdra d’un côté, elle le repren-

dra de l’autre ; la croix traverse les mers avec Colomb ; c’est en son nom que Cartier et ses compagnons s’emparèrent du Canada—Leur pt ier acte fut d'y planter une croix ;

Vexilla regis prodeunt.

L'enfer s’agite, de sombres visions tourmentent Donnacona,—car le ciel prend possession de ce pays.—Alors Eclatent dans les airs mille clameurs joyeuses Des voix chantant en chœur sur nos rives heu-

[reuses, Comme un long hosanna, Et l’on vit voltiger des spectres diaphan Et l’écho sur ies monts, dans les bois, les sava- [nes Répète : Agouhanna !

Ainsi la croix, aidée de l’Epée, va civiliser notre continent ; le rôle de cette dernière vous sera développé dans la deuxième partie de ce discours.

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