‹ Biographie de Charles Thibault, EcrChapitre 16 sur 18 · SR" EM · texte numérisé non relu

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Le grand Pompée lui-même cultivait ses propriétés, de même que Marius, Cincinnatus,Curius Denlatus, Attilius, Caton et Regulus.Il n’est pas de plus douce jouissance pour Horace que celle de la culture de son champ. Et, au dire de Sénèque, le grand- Scipion travaillait ses terres. A l’âge de 80 ans, Varron écrivait un livre sur l’art agricole ; Columelle, Pline et Palladius imitaient son exemple ; et Virgile nous donnait son admira-.

ble livre des Géorgiques, dans lequel sont réunis, en un style enchanteur toutes les beautés champêtres, tous les charmes de la nature, tous les bienfaits de la terre, toutes les douceurs de l’existance de la campagne.

Tilyre, lu palulæ recubans sub legmine fagi Silvestrem lenui musam medilaris avena,

ass taves Tu Tilyre, lenlus in ombra, Formosam resonare doces Amaryllida silvas.

De fait, à l’origine des peuples, lorsqu'ils sont encore près des sources des grandes traditions de l'humanité, le travail est pratiqué nar tous ; l’oisiveté est encore un crime.

Les Pélages, que nos souvenirs helleniques nous découvrent les pre-

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miers, sont déjà occupés de grands travaux, dont la connaissance nous est transmise à travers les voiles de la mythologie et les données altérées du temps. Plus tard, aux plus beaux jours des Héros grecs, Homère et Hésiode nous les représentent occupés aux travaux des champs. Päris et Anchise gardaient des troupeaux, Agamemnon et Achille apprétaient eux-mêmes leurs propres repas. Ulysse façonnait de ses mains royales, dans un olivier sauvage, la couche qui servira à le faire reconnaître plus tard, et sa fidèle Pénélope ne cesse, tout le jour, de tourner ses fuseaux.

Hésiode compare le paresseux aux frelons qui consomment dans l’oisiveté, le fruit des abeilles.

Thésée et Solon avaient créé une large place au travail dans la constitution d'Athènes. Hélas ! le luxe, la richesse, l’esprit d'aventure, le théitre, la corruption engendrèrent le dégoût du travail, et à sa suite tous les excès qui ruinent un peuple.

ussi, bientôt le mal a fait tant de ravages qu'il n’y a plus ni force pour supporter le poids des armes, ni courage pour voler à la dé‘ense de la

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patrie, ni vertu pour en protéger les autels. La Grèce n’est plus qu'une proie facile pour Rome, sa glorieuse rivale. Car, du moment que Salluste a pu dire avec vérité à César. ‘ Virtus, vigilantia, labor’ apud Græcos nulla sunt,” c'en était déjà fini du royaume corrompu des Hellènes.

Rome la frugale, l’'énergique, la forte, l’active, la brave va pourtant périr par les mêmes causes que la Grèce !

Elle n’a pas su se prémunir contre les fatals présents de son ancienne ennemie, elle n’a pas repoussé avec assez d'énergie les séductions qu’on lui présente, elle ne s’est pas assez mise en garde contre les mœurs grecques, elle avait oublié le Timeo Danaos et dona ferentes. Aussi ses conquêtes asiatiques, jointes aux charmes et à la moilesse d'Athènes, seront sa pierre d’achoppement.

Pline nous assure que la plaie du luxe ne fut introduite en Italie qu’à la suite de la conquête de l'Asie.

Aussi longtemps que ce fut une œuvre de piété, pour le romain, que de travailler la terre, la république put compter sur des soldats énergiques, forts, braves et courageux ;

alors elle était prospère, victorieuse et conquérante. (C’est en effet par la double puissance de l'épée et de la charrue que Rome devint la dominatrice du monde ; la donation qu'Attale lui fit de l’Asie fut un présent funeste ; la corruption de l'Orient étant encore plus grande que ses richesses ; elle l’a porta au cœur de Rome ; la débauche envahit l'empire ; le luxe y fut bientôt suivi de tous les autres vices : car, du luxe à la mollesse, de la mollesse à l’oisiveté, de l’oisiveté à la luxure, de la luxure au sensualisme, l’enchaînement est naturel, complet, nécessaire et logique.

Le mal se propagea bientôt dans toutes les provinces ; la catastrophe finale pendaïit déjà sur la tête du plus grand empire qui eut jamais existé. Dans ce triste état de démoralisation profonde, les travaux des champs étaient exclusivement abandonnés aux esclaves ; les grands propriétaires s'étaient concentrés dans les villes. “ Du pain et les plaisirs, ” voilà tout ce que demandait le romain efféminé par le crime, corrompu par les spectacles, souillé par le vice, étiolé par l’oisiveté, affaibli par l’inaction.

Aussi, quand les barbares affamés par les exactions de Rome, abandon:

neront leurs terres incultes, chassés par les tourments de la faim comme les fauves de leurs tannières, ils ne trouveront plus de résistance nulle part pour arriver jusqu’au centre de cette Rome qui avait été la maîtresse de tout l’univers! Elle avait retourné.

contre elle-même cet art perfide qui dans Capoue lui avait servi pour perdre les légions de son plus redoutable ennemi ; ce terrible Annibal dont le serment de haine était éternel.

Les mêmes phénomènes se reproduisent dans la France du moyen âge, tant les principes sont absolus et immuables. —Charlemagne encourage l’agriculture, de même que l'Eglise ordonne aux moines de se livrer, avec ardeur, au défrichement des terres incultes et aux travaux des champs : les successeurs du grand empereur imitent son exemple:

la France est déjà forte et puissante.

Henri IV,et son célèbre ministre Sully, continuent l’œuvre si heureusement commencée. Hélas! Louis XIV ne comprit pas assez tous les

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