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grands avantages moraux et matériels du travail du sol. Il prépara les:
ruines à venir, le manque des moissons, les impôts qui en furent les funestes conséquences, l’agitation et le malaise qui contribuèrent à précipiter la France dans l’abîime de l'anarchie. Aussi du moment que Louis XIV eut attiré à la cour, —lieu de corruption et de dangers, —tous les grands seigneurs terriens et les riches propriétaires du royaume ceux-ci perdirent bientôt leurs mœurs simples et le goût de la campagne et de la culture de leurs fermes. De là date le déclin de la France et son acheminement vers l’effroyable catastrophe.
Car, l’on avait enlevé les forces vives de la natioñ, du milieu où elles opéraient avec sagesse et efficacité, en agrandissant leurs domaines, en civilisant les paysans, en dotant les églises, en aidant les pauvres, pour les transporter dans un centre malsain, délétère pestilentiel et énervant.
La Révolution acheva le désastre.
En morcelant la propriété elle éparpilla la richesse publique ; elle appauvrit le propriétaire. Elle jeta
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en pâture des milliers de petits champs à des milliers de familles qui restèrent sans influence aucune.
Elle a peut-être activé l’agriculture, mais Napoléon, le corryphée de la révolution, et le roi des loges, en sanctionnant, dans son code, le principe du morcellement de la propriété, en en faisant même une obligation absolue dans le partage des biens, porta un grand coup à la société telle que constituée depuis des siècles. L'effet en fut contestable au point de vue agricole ; mais la révolution n’en poursuivait pas moins son but : celui de la dissolution des grandes familles, car elle comprend que l’organisation chrétienne de celles-ci et leur solide assise dans le sol est la plus grande force de résistance qui puisse lui être opposée. .
Le mal se perpétue en France ; les
cultivateurs ont abandonné leurs
campagnes et sont venus constituer,
avec les rentiers et les petits négo-
ciants, la bourgeoisie impie des
grandes villes. C’est cette bourgeoisie
vaniteuse et ignorante qui alimente les loges, qui soudoie les émeutes, qui démoralise les ouvriers. Aussi, le
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grand publiciste de notre siècle, le célèbre Louis Veuillot reconnaissant la profondeur dé l’abîme où se plonus les classes moyennes, ‘ainsi éplacées, leur conseillait-il de retourner sur leurs terres, d'y dépenser leurs revenus, dont ils viennent dans les cités engraïsser leurs pires ennémis. ‘“ Vendez vos diamants, ajoute-til, votre or et vos argenteries pour “ fonder des écoles de Frères’ et des “ couvents de Trappistes, pour rele- “ ver les églises, pour rétablir dans ‘ les campagnes des œuvres de reli- . ar et de charité. Au lieu d’être ‘les derniers des bourgeois, conten- “tez-vous d'être les premiers des ‘“ paysans et des hommes de bien. ’’ Ce sage conseil ne prévalut pas ; le’ mal révolutionnaire ronge : la France actuelle qui est victime de fausses ‘théories économiques, de notions perversés, de principes subvérsifs : une philosophie menteuse l'a égarée. L'on a déplacé le travail, l'on a méprisé la charrue, l'on s'est agploméré dans les grands centres, l’on s’est porté vers l'atelier ; Ia production a été excessive, 1lés” crises financières s’en suivirent, les geges
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baissèrent, les grèves ‘en furent la conséquence. Comme si le : travail pouvait jamais faire des lois au capital ! DT | En face do cette situation eritique,
le Sphynx de la révolution a posé un problème ; le Socialisme nous en promettait une solution prochaine. Il commença par rejeter sur la tête du coupable tous les maux des peuples ; il apnela sur lui toutes les imprécations des sociétés ; il le voua aux plus terribles vengeantes. Il dit ani vriisans : ‘ vous êtes esclaves !
devenez libres! le travail a ses privilèges cormme le capital. Celui-ci nie ses devoirs envers vous, faites valoir vos droits contre lui. Appauvrissez votre ennemi; ne travaillez plus jusqu’à ce que vous l’ayez complètement vaincu. ” |
Delà ces insurrections périodiques, ces révoltes constantes, ces chanmages. forcés, ces haïines inassouvies, ces effondrements commerciaux, ces grèves désastreuses pour l’industrie,
our le négoce, pour la morale, pour a “#amille, pour. l'autorité, pour.
l'Etat et pour l'Eglise. |
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‘Les rôles sont renversés ; l’autori:
té monte d'en bas ; l'anarchie règne, la misère est au foyer ; le flot monte:
le pétrole étincelle ! La société est sur un volcan ; les soupapes infernales sont entr’euvertes.
Voilà le dernier outrage du délire, Ja négation des commendements divins au sujet du travail, le renversement de tout ordre, le nivellement de tout principe, l'oubli de toute
morale. |
+ Voilà où les prétendues revendications socialistes ont plongé le vieux monde. 0 US
Voilà l’œuvre de la révolution universelle que l’on propage aujourd'hui par toute la terre ; en Espagne par le libéralisme : en Russie par le nihilisme ; en Allemagne par la socia- Tisme : en Italie, par le carbonarisme ; en Belgique, par le radicalisme ; ‘en.
Angleterre, par les fénianisme — dynamitard ; en France, par le républicanisme maçonnique ; aux Etats-: Unis, par l’internationalisme.
En face de ces résultats, le socialisme ne sera-t-il pas obligé de confesser, comme le malheureux roi des Thèbes, qu'il fut à la fois, la cause, le
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principe, l'instrument de tous. ses désastres ?- Comment cet infortané n'est-il pas l’assassin de l’auteur de ses jours ? Ne s'est-il pas placé au ban des nations ? N'’a-t-il pas appelé
sur sa tête coupable les foudres ven:
geresses de sa propre excommunication ?
N'a-t-il pas fermé l'oreille à tous les enseignements de la vérité ? Ne s'est-il pas moqué de tous les avertissements de l’église ? N’a-t-il pas foulé au pied tous les préceptes du décalogue ? N'est-il pas main-
tenant obligé,comme Sisyphe, à rou-
ler sans cesse le rocher qui l’écrase, sans jamais pouvoir le fixer un jinstant ? N'est-il pas condamné comme Œdipe à une cécité volontaire et à un aveuglement perpétuel, sans. avoir même, pour guider ses pas incertains l'amour filial, et.le dévouement hé.
roique d’une Antigone moderne ?
Pardon MM, une amie encore plus dévouée que l'héroïne de Sophocle lui reste toujours ; c'est. l'Eglise avec son dévouement maternel, avec ses doctrines divines, avec son zèle infa-
tigable, avec son baume çonsolateur.
Remontez donc, ouvriers, du fond de
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vos loges souterraines vous jeter de nouveau dans les bras de votre mère, contempler encore les resplendissants rayons du soleil, les séduisantes aurores de la vérité. Reprenez votre travail--cette sainte action qui purifie ; retournez autant que possible à vos occupations agricoles ; ces salutaires exercices qui sanctifient.
Honorez de nouveau le trayail ; 1à est la vraie félicité. |
Homo nascitur ad laborem.
Car, sachez que le seul but de Ia vie humaine est le bonheur, et que son seul moyen est le travail ; que l'unique fin de l’âme est le repos
céleste et que la-seule voie qui y même est l’obéissance aux lois divines.
L'erreur moderne est de séparer la théologie de la science ; la morale de sa sanction ; l'âme du corps ; la liberté de la foi ; Dieu de l’homme.
Comme: si la théologie, la morale, la science, la foi et Dieu ne concourralient pas tous à la même fin: la régénération de l'homme par le: travail, la sanctification de l’âme par le repentir. R
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Que les gouvernements reviennent de leurs erreurs, que l’on. cesso de précher l’athéisme politique, que l’on rétablisse la confiance dans les sociétés, que l’on ramène la concorde; que l'on ferme les loges, que l’on reconstruise les bases de la famille, que l'on restitue les biens à l'Eglise, que l’on honore le travail, que l'on observe les lois de Dieu ; le bonheur, la tranquilité, l’ordre et la paix viendront reprendre possession du onde : mais à ces seules conditions à.
Homo nascitur ad laborem.
À quoi notre cher Canada doit-il d’avoir échappé jusqu'ici aux catastrophes qui ruinent le vieux monde?
sinon à sés travaux agricoles ? à la salutaire influence de la Religion ?
à la puissante protection de ses armes ?
Il est de notoriété universelle MM.
que Dieu, dans tous les siècles s'est choisi un peuple de prédilection, qu'il a entouré de soins spéciaux, qu'il.a effectionné tont particulièrement. x ie
Le grand amour de Jacob pour son jamin, ‘le rejeton de sa vieillesse, le fils de %es espérances —quand Joseph n’est plus,—n'est-ce pas là qu'une image affaiblie de la tendresse de Dieu pour la nation Canadienne, ce-Benjamin des peuples de l'univers ?
Aussi voyez-vous la croix, à notre origine, qui fraie notre route à travers les forêts sauvages de l'Amérique ?
Voyez l'épée chrétienne qui nous assure une protection efficace contre la barbarie : voyez la charrue, bénie par la religion, défendue par l'épée, Le trace dans notre sol vierge, son écondant sillon. | :
La colonie est alors essentiellement religieuse, —son but étant de convertir les âmes ;—accidentellement guerrière, —il lui faut se défendrn; naturellement agricole, — les premières nécessités de la vie l’exi gent.
Et ces circontances providentielles font que nous nous developpons sous l'œil de Dieu, dans J’harmonie, dans l'espérance et dans l'amour. ,
La religion, la guerre et l'agrieulture, savoir, la croix, l'épée et la char-
rue correspondent aux trois grandes vertus de Foi, d'Espérance et de Charilé ; car l’on s'appuie sur la foi, l’on espère en l'épée, l’on donne de notre abondance.
Partout l’on retrouve en ce pays, l’image de cette trinité bienfaisante qui rappelle celle du Ciel. De fait, c'est le Dieu-Père qui nous donne la foi, c'est le Dieu-Fils qui est le seigneur des armées ; c'est le Dieu-Esprit qui vous anime de charité.
Et à cette trinité mystérieuse correspond aussi celle des trois ssuveurs du pays ; —le Prêtre qui nous enseigne la religion, le Guerrier qui défend notre patrie, le Laboureur qui la rend fertile.
Si ces trois faits ressortent de nos traditions ; trois symboles s'imposent à notre histoire :—la croix étend ses bras dans l’air, au dessus de la tête de l’homme, pour lui indiquer le Ciel ; l'épée, aussi faite en croix, se tient à côté du cœur du guerrier pour lui rendre le courage ; le soc de la charrue, aussi faconné en croix, dé-
chire la terre, sous les pas du labou-
reur, pour lui assurer son existence.
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Le sang du juste, en coulant sur la
croix a sauvé de monde moralement :
Le sang justement répandu par l’é-
pée a sauvé notre peuple—sociale-
ment ; La rosée descendue sur le sil-
lon du laboureux nourit l’homme,
individuellement. L'on peut dire de
notre chère Canada ce que Turquety
disait de sa belle Bretagne : | Terre glorieuse et féconde
Où la liberté règne, où dans les temps d’erreur La vertu, transfuge du monde,
Se retire d’abord comme 1e sang au cœur !
Non, dans les plus beaux jours que l’orgueil
[humain vante,
Quelque soit le siècle ou ie lieu,
Non, jamais sol mortel n’a gardé plus vivante
L'empreinte de la main de Dieu.
Oui, nous sommes vraiment un peuple de prédilection ; nous semblons avoir été choisis pour de grandes choses. Et un jour l’on pourra dire des Canadiens français, en Amérique ce qu’un grand Pape autrefois, disait de leurs pères en Europe : —Gesta Dei per Francos. L’'arche d’Alliance nous a été transmise : —à nous de conserver ce précieux dépôt. Et comment y parviendrons-nous ? Par l’union intime avec notre clergé ; et en conservant la simplicité de nos mœurs, la
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naiveté de notre foi, la fidelité à nos principes ; —trois bases religieuses et sociales qui ne se consolident chez nous aussi, que par nos familles agricoles, et que nos populations civiques ont déjà laissé considérablement altérées.
L'agriculture fait naître l’aisance ; ‘son travail libre ennoblit l’homme ; Il n’en est pas ainsi du travail mer.
cenaire de l’atelier.—La culture ;— du sol est une prière qui est portée à l’Eternel sur les ailes des vents, par la voix des tempêtes, par le chant des oiseaux, par les harmonies de la nature, par l'écho des grands bois, par les voix mystérieuses de la nuit.
À la campagne tout est riant, tout est verdoyant, tout est gracieux; le soleil a plus de rayons, les astres plus de beautés, la nature plus de sourires, et au milieu même des orages, quand partout ailleurs l'horizon est sombre, quand le ciel est couvert d'épais nuages, il reste toujours quelque part au dessus de la campagne, une petite échancrure par où le soleil is comme d’une fenêtre du parais.
Et où est la liberté MM. si ce n'est chez l'agriculteur ? Où est le contentement ? où est le vrai bonheur ?
où là morale est-elle plus pure ? la foi plus consolante ? l'espérance plus douce ? la religion plus suave ? le respect plus profond ? l'amitié plus sincère ? la charité plus compatissante, sice n’est dans nos campagnes canadiennes et dans nos familles d'habitants ?
Regardez nos villes MM., avec leurs princières demeures, leurs monuments grandioses, leurs immenses édifices, leurs larges avenues, leurs
bruits, leurs dicordes, leur agitation leurs misères, leurs richesses leur commerce, leurs incertitudes, leur agiotage, leurs catastrophes financières, leur fièvre de spéculation, leurs jeux bourse, croyez-vous que le bonheur les habite ? que la sécurité y règne ? que la police nous y met à l'abri de tout danger ?
Détrompez-vous ; : derrière les rideaux de soie coulent plus de larmes en un jour, que vous n’en compteriez dans toute une année ! les sourires de l’homme d'affaires cachent parfois son anxiété ; le miel sur les lèvres
d'un citadin cèle trop souvent l’amertume de son cœur.
C'est là, au centre des grandes cités qu’habitent les sombres désespoirs, les cuisants remords, les troubles, les agitations, les insomnies, que l’homme des champs ne connait
pas encore, heureusement, en ce pays. ’
Le suicide, cette faiblesse maladive des cœurs lâches et des cerveaux détraqués, est le produit de l’excitation fébrile des villes. Delille va en compléter le désespérant tableau:
Là règne, songez-y. l'orgueil et la bassesse ; Les maux d: la misère et ceux de la richesse : Là, sans cesse at'irés des bouts de l'univers, Fermentent à la fois tous les vices divers :
Là, sombre et dédaignant les plaisirs légitimes, Le dégoût mène au vice, et l’ennui veut des
i — [crimes ; Là, des fripons gagés surveillent leurs compli- [ces,
Et le repos public est fondé sur des vices ; Là, le pâle joueur, dans son antre.infernal D'un bras désespéré lance le dé fatal.
Que d’enfants au berceau délaissés ‘par leur . [mère !
Combier n'ont jamais vu le sourire d’un père ! Que de crimes cachés ! que d’obscures douleurs! Combien coule de sang ! combien coulent de [pleurs !
La nature en frémit. ss css sosoon covsouossseseonee
Hâtons-nous MM. de détourner les yeux de ces tristes scènes pour les
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reporter sur celles si douces et si paisibles de nos campagnes.
Ah ! puissiez-vous, ô honnêtes habitants, y couler des jours toujours aussi calmes et aussi heureux que ceux dont vous avez jouis depuis la reconnaissance complète de la plénitudes de vos droits.
Je suis partisan de la théorie de la mission providentielle des peuples :
‘ Aux grands «œurs donnez quelque faiblesse.”
Car, pour parvenir à sa fin, il faut rester dans les voies tracées par le ciel, dass les limites du devoir, dans les bornes assignées à notre mission.
L'âme obéissant aux lois de l’attraction est attirée vers son centre qui est Dieu ; le corps, subissant celles de la pesanteur, s'enfonce dans la terre : pour les retenir à la hauteur où tous dezx doivent se rencontrer, il faut la loi de l'équilibre, or, cette loi est celle du travail.
Mais il y a travail et travail ; l’un qui fortifie, l’autre qui énerve ; l’un qui sanctifie, l’autre qui corrompt ; l’un qui élève, l’autre qui rabaiïsse ; l’un qui enoblit, l’autre qui rend esclave. Celui du laboureur est plus sain, plus naturel, plus serein, mieux équilibré que tout autre.
C’est à celui-là.que l'homme avait été d’abord condamné. Tant qu'il y resta fidèle, le bonheur accompagna ses pas. Du moment qu'il s’insurgea contre sa sentence, qu'ilse créa des besoins nouveaux, qu’il voulut vivre de la vie plus agitée, plus incertaine, plus spasmodique, plus enfièvrée du commerce, de l’industrie, de la spéculation, il dut dire adieu à son bonheur primitif, à son paisible repos, aux charmes de sa vie: il fut dévoyé, et comme en dehors de sa fin.
Voyez l'antiquité : aussi longtemps que les peuples vivent de la culture de leurs terres, de la garde de leurs troupeaux, de la vie paisible des pasteurs, leur existence est douce et riante, mais aussitôt qu'ils se sont concentrés dans les grandes cités, ils s’y créent des besoins factices qui les dévorent : Thèbes, Memphis, Babyione, Tyr, Sidon, Carthage, en sont des exemples désastreux ; je n’ose pas encore nommer Londres, Paris, Berlin, Chicago et New-York. Aux orateurs de l’avenir de proclamer sur leurs ruines les vérités que j'énonce.
… Hélas ! la terre n’a pas voulu comprendre les enseignements d’en Haut !
Aussi est-elle sans cesse travaillée en deux sens diamétralement opposés, pas deux forces qui se repoussent, par deux puissances qui s'entrechoquent, par deux énergies qui s’entreheurtent, par deux principes qui s’entredétruisent, par deux drapeaux qui luttent pour sa possession :
celui de l’amour et celui de la haine ; celui du bien et celui du mal ; celui de l’obéissance et celui de la révolte ; celui de la satisfaction des peuples catholiques et celui des revendications sociales des nations révolution- naires ; celui de l'affirmation divine et celui de la négation satanique.
Pour le chrétien, le travail est un châtiment et une récompense ; pour l’impie, le travail est une peine sans mélange de joie, sans compensation, sans bienfaits. Pour celui-là, l’homme est né pour le travail ; pour celui-ci, pour les jouissances.
L'Amérique du Nord échappe à ces bouleversements sociaux ; il y a chez elle une sève, une vie, une activité qui la sauve encore des cataclysmes, qui menacent l’Europe, qui ont perdu l'Afrique, qui ont englouti l’Asie.
Le peuple canadien se forme dans des circonstances exceptionnelles,
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dans des conditions heureuses. Tout est grand dans son origine, tout est” sublime, tout est légendaire, tout est mystérieux : les nécessités mêmes de sa vie l’attachent à la culture de la terre ; son système seigneurial lui en fait une obligation rigoureuse.
Aussi voyez ses premières familles s’y livrer, comme des derniers de ses paysans. L'exemple, aussi contagieux pour le bien que pour le mal, part de haut.C'est Mer de Laval qui de ses propres deniers, fonde une ferme modèle à St-Joachim et le premier collège agricole de notre pays, c'est Champlain, le fondateur de Québec, c'est de Maisonneuve le père de Montréal, c’est Boucher, le gouverneur des Trois-Rivières, c’est Talon, l’intendant général de la nouvelle France, c’est Juchereau, le fondateur de Natchitochés, c’est Aubert de la Chenaïe, de Chambly, de Varennes, de Sorel, Vincent de Hautmenil Legardeur, Leber, Robert de la salle Langlade, de Lamotte Saint-Paul, Dugué de Bois Brilliant et tant d’autres valeureux officiers qui partout s'étaient multipliés sur Los champs de bataille, qui répandirent leur sang
à flots pour conserver à la France un empire dont elle n’était plus digne, qui vont maintenant se faire défri, cheurs, colonisateurs, cultivateurs, fondateurs de seigneuries, organisateurs de paroisses, en an mot habitants tels que nous l’entendons en ce pays.
Continuons cette grande œuvre en aidant les sociétés de colonisation qui, comme celle de St-Sauveur de Québec, entretient chaque année à ses propres frais, dix à douze colons au Lac St-Jean. Archimède ne demandait qu'un levier pour soulever le monde. Notre obole donné à l’œuvre de la colonisation consolidera la nationalité dans le Province de Québec.
C’est la culture du sol qui nous valut notre courage, notre énergie, notre force, nos mœurs simples, notre foi vive qui nous firent résister à tous les obstacles, soutenir toutes nos luttes, affronter tous les périls, remporter tant de victoires. Nous étions là où la Providence nous voulait.
Eh bien ! Oui. O cher Canada !
Eh bien ! dans l'avenir ce qui fera ta gloire Ce n’est pas ce progrès que l’on a peine à croire Ni tes chemins de fer, ni leurs réseaux de feu, Ce sera la légende immortelle et bénie
De ces cœurs pleins de foi qui donnèrent leur vie Pour le droit et pour Dieu,
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La colonie prospéra lentement mais sûrement après la cession : —car nous ne fûmes jamais conquis.
Mais bientôt deux causes néfastes devaient ralentir nos succès ; ces causes s'agravèrent surtout depuis notre révolution.
‘Ce furent 1o l’éducation et partant le trop grand nombre d'hommes de professions libérales, 20 le refus de travailler la terre et conséquemment notre agglomération dans le villes, et notre émigration dans la République voisine.
10. Notre système de haute éducation importé du vieux monde, pouvait être très bien adapté à notre Canada, il y a cinquante ans et plus ; il ne répondit pas absolument dans la suite aux exigences de notre société. Son effet immédiat fut de jeter chaque année, dans nos grandes villes, des centaines de jeunes gens qui auraient dû employer leur énergie aux travaux des champs, de déclasser nombre de familles ; c'était presque renouveler la faute de Louis XIV ; c'était enlever à la culture des bras utiles et Créer une classe oisive de consommateurs improductifs.
L'on oublie trop qu'il n’y a pas ici de grandes fortunes séculaires et solidement assises, ni de nombreuses carrières ouvertes, comme en Europe, à la jeunesse. Que l'on relève le niveau des hautes études, tant que l'on voudra, maïs que l’on fasse un trillage judicieux ; que l’on enseigne à ceux qui doivent retourner à la charrue les sciences agricoles, les connaissances pratiques de la vie des campagnes ; à ceux qui doivent se livrer à l’industrie et au commerce que l’on inculque les notions nécessalres à ces fins ?
La plupart de nos couvents ne répondent pas, comme ils devraient le faire, au besoin de notre pays; voilà comment on fausse notre vocation. Diogène armé d'une lanterne, en plein midi, cherchait un homme !
Avec la vue de notre mission agricole, cherchez une véritatle femme de cultivateur sortie de nos couvents et vous éprouverez la surprise de l’interrogateur du philosophe grec. Il est indéniable que nos collèges ont puissamment contribué à sauver notre nation, aussi gardez leur jeur caractère de piété, de foi, de science,
mais corrigez et ajoutez selon les besoins des temps et des circonstances.
N'oubliez pas que les pratiques Bretons vivent à côté de nous. Faitesen sorte, que le laïcisme n'ait jamais raison contre vous. Gräce au clergé canadien, la réaction s'opère déjà de toutes parts—dans l'éducation.
20. 1887 eut pour effet de chasser bon nombre de nos compatriotes au délà des frontières, vers les Etats-Unis ; ceux-ci en appelèrent d’autres : ce fut là le commencement de l’exode canadien.
Les besoins nouveaux, créés par notre éducation, par le luxe qui s’introduisit dans nos grands centres et qui delà irradiaient dans nos campagnes, forca nombre de cultivateurs à délaisser des propriétés qui avaient suffi à la subsistance de leurs ancêtres, L'esprit d'aventure, des malheur de famille, des catastrophes financières, le besoin d'agrandir ses propriétés, le désir de faire fortune, en dehors des modes ordinaïres ; voilà en résumé ce qui a chassé, ostensiblement du moins, des milliers de canadiens de ce pays:
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