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CHAPITRE VIII

Fellenberg invite Pestalozzi à s'établir au château de Buchsée. — Difficultés de cette association; — elle se rompt. — L'Institut transporté à Yverdon.

Pestalozzi était, depuis vingt ans, en relation avec le célèbre agronome bernois Emmanuel de Fellenberg ; cet ami du pauvre, patriote aussi zélé que le fondateur de la Méthode, comme celui-ci ennemi déclaré de l'ignorance, voyait grandir et prospérer son école d'agriculture à Hofwyl, véritable colonie dont il demeura jusqu'à sa mort, le maître absolu. Ainsi que Pestalozzi, il commença par rassembler autour de lui des enfants de la classe pauvre; sans s'être écrié : « je veux être maître d'école, » il obéit à une voix intérieure qui lui fil délaisser la route naturellement tracée devant lui, celle de la magistrature, que ses talents et sa position sociale lui eussent rendue facile et avantageuse. Il ne fut point aussi douloureusement frappé des misères du peuple que l'auteur de Léonard et Gertrude, mais il était convaincu delà nécessité de mettre le peuple suisse, maintenu dans une ignorance systématique, en état de faire face à la situation nouvelle créée aux clas-

ses inférieures par la révolution française. C'est en 1800 qu'il fit l'acquisition du domaine de Hofwyl, foyer qui devait rayonner au loin; il se livrait à l'espérance d'améliorer le peuple et l'agriculture, noble but qu'il lui a été donné d'atteindre en une rare mesure et durant toute son honorable carrière.

Au moment où Pestalozzi dut songer à quitter le château de Berlhoud, la pensée d'une association se présenta aux deux philanthropes. Fellenberg, excellent administrateur, doué de toutes les qualités pratiques qui manquaient à Pestalozzi, exercerait aisément une haute influence sur la maison de ce dernier et tous deux auraient à gagner à l'échange plus fréquent de leurs pensées, à l'alliance étroite de leur action sur les classes inférieures et pour le bien de la mère patrie.

Il fut donc décidé que Pestalozzi viendrait occuper le vieux manoir de Miinchenbuchsée, au village du même nom, situé tout près de Hofwyl. Fellenberg se chargea de diriger la partie économique de l'établissement. Le petit univers qui se mouvait à la voix de Pestalozzi, et dont nul ne songeait à lui disputer la direction suprême, allait donc être gouverné par deux chefs; c'était risquer beaucoup, mais combien les illusions et les espérances de ces deux hommes d'élite étaient naturelles et respectables !

A peine cette nouvelle organisation commençait-elle à marcher, que"> Pestalozzi, songea à une combinaison nouvelle. Les villes de Rolle, de Payernc et d'Yverdon, offrirent presque simultanément leurs châteaux à l'instituteur zuricois, que le gouvernement vaudois était

jaloux d'attirer dans le pays, enrichi depuis un an seulement de son indépendance. Ce fut en juin 180i, que Pestalozzi vint occuper le château de Buchsée, habitation très inférieure à celle de Berthoud. Guidé parle désir de propager sa Méthode dans les pays où l'on parle le français, il se décida à fonder un second institut et à le placer à Yverdon. Il laissa à Mûnchenbuchsée environ 70 élèves, confiés aux soins de MM. Tobler, de Murait, Schmidt, Steiner et de quelques sous-maîtres, et vint lui-même à Yverdon, avec Krusi, Buss, Niederer, Barraud et sept ou huit élèves. La véritable cause de ce dédoublement n'était pas hautement avouée. Fellenberg exerçait une sorte de pression sur Pestalozzi, que celui-ci commençait à ne plus pouvoir supporter; il s'enfuit volontiers pour respirer à l'aise, mais on avait décidé qu'il irait d'un institut à l'autre, afin de leur imprimer à tous deux une direction conforme à ses vues. Il se verrait ainsi dégagé des soins matériels et économiques auxquels il se trouvait peu propre, et il se ménagerait le temps nécessaire pour travailler au perfectionnement de sa Méthode et à la rédaction de ses livres élémentaires. Mais ce plan, suggéré par Fellenberg, ne fut pas réalisé, car, déjà au printemps de 1805, tous les élèves et les maîtres laissés à Mûnchenbuchsée furent installés au château d' Yverdon .

Il faut avoir connu Fellenberg pour se figurer l'impression que ressentirent les élèves de Pestalozzi en passant sous la direction supérieure du premier. Autant l'extérieur du grand instituteur de l'intelligence des petits mendiants était négligé, bizarre, populaire dans

un certain sens, et captivant par la chaleur d'âme et la vivacité des impressions qui se succédaient sur son front et dans son regard, autant celui de Fellenberg était imposant et aristocratique. Son front élevé, son profil grec, sa taille majestueuse l'avaient fait nommer dans sa jeunesse X Apollon bernois; l'expression grave et spirituelle de ses yeux bleus, son sourire fin et légèrement satirique, inspiraient plus de respect que de confiance. Il y avait certainement de la bonté dans sa physionomie, mais on aurait dit en le voyant, plutôt un homme d'état, plein de droiture et de sagesse, que l'ami du pauvre enfant qui ramasse des pierres et de l'herbe, ou celui du jeune garçon qui se flatte de parvenir à la dignité d'instituteur de village. Quoique son cœur fût aussi paternel que celui dePestalozzi, par son ardent désir de faire le bien et par le dévouement de toute sa vie, il n'a point été salué du nom éternellement attaché à celui du grand pédagogue.

Lorsqu'il entrait dans les classes de Buchsée, le silence s'établissait, on avait peur de lui; à l'aspect de Pestalozzi, tous les visages s'éclairaient, les mains se levaient, les voix criaient à l'envi : « père Pestalozzi! Vater Pestalozzi ! »

Celui-ci désigne son associé par un mot qui peint toute la situation : l'homme de fer (der Eisenmann) ; cette épithète n'était certainement pas méritée, mais elle explique l'incompatibilité qui ne tarda pas à se déclarer entre ces deux hommes.

« A Munchenbuchsée, dit Ramsauer, il nous manquait cet amour vivifiant de Pestalozzi qui nous avait

rendus si heureux à Berthoud ; en général tout était changé. Ce qui prédominait chez Pestalozzi c'était le cœur; chez Fellenberg, c'était l'intelligence. Sous sa domination, l'ordre et la raison se faisaient sentir; on apprenait davantage , on n'était pas heureux. »

Ramsauer continua à remplir les fonctions de domestique et de sous-maître, depuis le départ de Pestalozzi pour Yverdon ; ce double fardeau n'étant plus allégé par l'intimité dont son bienfaiteur l'honorait, lui devint bien lourd; de son côté, Pestalozzi regretta son dévoué, son intelligent serviteur; il ne tarda pas à le rappeler. Ramsauer reprit avec joie sa place près de lui et près de ses chers instituteurs Km si et Buss.

Au printemps de 1805, la scission fut complète; les maîtres confiés à la direction de Fellenberg avaient adopté des allures différentes de celles que leur avait inspiré Pestalozzi, alors qu'il était considéré comme le chef unique de l'institut ; ils avaient pris de l'indépendance, leurs cœurs s'étaient peut-être refroidis, tandis que leurs connaissances s'étaient agrandies sous le commandement régulier et persévérant de Fellenberg. Lorsqu'ils arrivèrent à Yverdon, à la tête des nombreux élèves, joyeux de partir, le vaste château aux quatre tours rondes, bâti par les ducs de Zœhringen, était déjà trop habité, trop envahi par des élèves de nations et d'âges divers. Les fondements d'une tour de Babel se posaient, hélas! dans ce bâtiment d'un aspect imposant et sévère, tandis qu'à l'intérieur tout était riant et prospère. Pestalozzi faisait les plus beaux rêves; ses collègues se flattaient de le seconder tout en donnant

plus d'accès à leurs propres idées, mais chacun dut pressentir que la vie de famille, si douce à Berthoud, et déjà gravement compromise à Buchsée, ne pourrait renaître et se prolonger à Yverdon.

C'est encore à Jean Ramsauer que nous emprunterons les détails qui feront connaître à nos lecteurs la marche de l'institut, dans sa période la. plus brillante. Lorsqu'en passant à Yverdon, l'on s'arrête devant le large escalier qui conduit à la porte d'entrée, on croit voir monter et descendre des essaims d'écoliers de toutes nations; puis les nombreux maîtres, réunis par la même pensée, et le digne chef de cette bruyante et active armée, prendre à sa tête le chemin de la campagne où, si longtemps, il se plut à errer sous le regard de Dieu, en rêvant au bien que maîtres et élèves ne tarderaient pas à propager dans la société, aussitôt que chacun serait appelé à agir dans sa sphère particulière; il croyait peut-être, et pour chacun d'eux, à la mise en pratique de l'idéale devise fédérale : Un pour tous !

Ramsauer signale, dès les premiers temps de l'institut transporté à Yverdon, la cause première des changements qui altérèrent l'ensemble de l'établissement. La vie morale eut à souffrir du grand nombre des élèves et des maîtres; Pestalozzi, entraîné par le mouvement général et la multiplicité des affaires, qu'il se flattait encore de pouvoir connaître et diriger, perdit de son élan religieux, en se voyant dans l'impossibilité de s'occuper du cœur et de l'âme de chacun des enfants confiés à ses soins.

« Le culte domestique se ralentit ; les exhortations

si bien adaptées aux sentiments et aux événements du moment, les prières, tantôt récitées et tantôt d'abondance, devinrent beaucoup moins fréquentes qu'à Berthoud; il n'y avait pas de formalisme, manière de servir Dieu que Pestalozzi ne pouvait souffrir, mais la distraction, la préoccupation exerçaient leur fâcheuse influence. Le chef de famille se laissait étourdir par la science et l'ambition peut-être, quoique sa cordialité, son besoin de vivre pour autrui demeurassent les mêmes et qu'il fût toujours le foyer vivifiant de sa vaste demeure.

» Les élèves les plus anciens furent obligés d'apprendre davantage : quoiqu'ils fussent parvenus, à Berthoud, à un degré de connaissances presque merveilleux, ils cédèrent à une agitation vaniteuse et brûlèrent du désir de montrer ce qu'ils savaient. Une direction, une influence chrétienne fortement prononcée, aurait seule pu ramener les beaux jours regrettés ; aussi longtemps que Pestalozzi avait agi directement sur chaque individu, chacun avait pu se croire quelque chose dans l'ensemble et s'adresser à lui, quand il en sentait le besoin ; mais cet état de choses cessa avec la vie domestique et les proportions nouvelles que l'institut venait de prendre. Les individus, perdus dans l'ensemble, s'efforcèrent dès lors de se distinguer aux dépens les uns des autres ; l'égoïsme, l'envie et la malveillance envahirent plus d'un cœur.

» Les leçons, dirigées uniquement en vue du développement de l'esprit, nourrissaient et développaient l'amour-propre; le contre-poids à ce mal, la crainte de

Dieu et la connaissance de notre misère spirituelle ne régnaient point parmi nous. Au lieu de se dire que le maître ne peut agir, avec bénédiction, que lorsqu'il est parvenu à connaître et à adopter les hautes vérités de la foi chrétienne, que lorsqu'il est convaincu qu'il ne peut rien par lui-même, qu'il doit rendre grâce à Dieu de tout le bien qu'il opère, que, s'il veut réussir, il doit prier journellement pour le succès de son œuvre, que tous les chrétiens et particulièrement les instituteurs doivent demander chaque jour la patience, l'humilité et l'amour de leur tâche quotidienne; au lieu de toutes ces choses, on répétait sans cesse que l'homme peut tout, qu'il peut tout ce qu'il veut, que lui seul peut s'être en aide.

» Loin de chercher à faire naître, dans le cœur de leurs disciples, un profond respect pour le livre divin et la connaissance de la Bible, Pestalozzi et ses collègues adoptèrent de plus en plus la tendance moralisante. Les leçons de religion et les prières du matin et du soir ne sortaient point de cet ordre de faits et d'idées. J'ai été instruit et admis à la sainte Cène dans le même esprit, et j'ai mené dans l'institut, pendant seize ans une vie active et honnête , mais sans avoir le moindre recours à la Parole de Dieu.

» J'entendais bien , il est vrai , nommer souvent la Bible, et Pestalozzi se plaindre de ce que personne ne se plaisait à la lire , ajoutant que , dans sa jeunesse, il en était autrement. Je l'entendais souvent citer des textes des Livres saints au service du dimanche ou pendant les leçons données aux catéchumènes : il aimait à

les expliquer, mais notre attention ne fut jamais attirée sur la sainteté de ces livres, sur leur ensemble et leur but exclusif.

» Il fut donné à notre maître d'inspirer à ses collègues, pendant bien des années, un attachement si profond qu'ils s'oubliaient eux-mêmes, comme leur chef savait le faire, en travaillant avec lui à l'œuvre qui leur était commune. Combien leur zèle à tous, leur ardent amour du bien eût été plus durable, si Pestalozzi avait vivifié leur dévouement par une foi entière en l 'Evangile ! Ah! le Seigneur aurait fait reposer sa bénédiction sur le maître et sur les compagnons de ses travaux ; l'institut eût prospéré sous cette influence, il eût été solidement fondé. Il n'eût point été nécessaire de proclamer le caractère ainsi donné à cet établissement et de le déclarer chrétien avant toute autre chose ; au contraire, c'est en silence et en réalité qu'on aurait dû étendre et fortifier la connaissance de la Bible; elle aurait pris la place qu'elle doit occuper et ne l'aurait pas perdue. »

L'un des élèves vaudois de Pestalozzi, aujourd'hui ministre du St. Evangile , a bien voulu nous permettre de copier dans un journal destiné à sa famille , le passage qui raconte son court séjour à l'institut d'Yverdon. Son témoignage est si conforme à celui de Ramsauer que nous aimons à le faire connaître à nos lecteurs.

<c J'y entrai à 7 ans et demi, environ en juin 1808 , et j'y restai neuf mois seulement. C'était l'époque la plus brillante de l'institut; on y comptait 137 élèves, non-seulement suisses , allemands et français , mais

italiens, espagnols, russes et même américains. L'application des mathématiques était poussée si loin que des enfants de l'âge de 12 ans résolvaient de tête des problèmes comme ceux-ci : Combien de fois 2 entiers et 5/4 font-ils de fois 2/5? kk fois 1 plus */, x — 60; quelle est la valeur de x ?

» D'un autre côté , le goût , le sentiment religieux et surtout la foi chrétienne, y étaient beaucoup moins développés; ainsi on me donna force leçons de calcul de tête et d'allemand, mais je ne me rappelle pas qu'on nous ait fait lire la Bible et qu'on nous en ait fait apprendre quelques passages. Pestalozzi faisait une méditation religieuse chaque matin , en se promenant dans une grande salle au milieu des maîtres et des élèves rassemblés; mais, comme c'était en allemand et que la prononciation de ce bon vieillard était fort indistincte, je ne pouvais guère en profiter.

« D'un autre côté, le culte public de l'église delà ville auquel nous assistions chaque dimanche, rangés autour de l'orgue, était bien peu attrayant et utile pour un enfant de mon âge. Je me rappelle encore l'extrême ennui que me causaient les longs sermons des pasteurs. Ce qui m'intéressait le plus dans le service, c'était le moment où le souffleur et l'organiste se mettaient en mouvement, pour exécuter un prélude et surtout le morceau final. Si donc mon attention, ma mémoire et mon entendement se développaient , il n'en fut pas de même pour mon imagination, pour mon cœur et surtout pour ma conscience. Ce qui regarde le soin du corps, la nourriture et la propreté laissait aussi beaucoup à désirer.

Malgré cela, après avoir extrêmement souffert, dans les commencements, loin de Vevey et de mes bons parents, je me fis peu à peu à ce régime et je m'attachai d'autant plus facilement à mes maîtres dévoués, qu'ils prenaient part à toutes mes récréations et que , par un excès de liberté, il était permis de les tutoyer. Surtout je m'attachai de cœur à leur excellent chef Pestalozzi. Je vois encore ce bon vieillard avec ses culottes courtes à peine bouclées , ses bas descendant sur ses souliers, sa chemise, ses cheveux et sa barbe en désordre, mais portant de toutes parts des yeux si vifs et si pleins de tendresse, et ayant tant de bonté empreinte sur les lèvres, que chacun se sentait attiré vers lui; hommes, femmes et enfants recevaient volontiers ses embrassements affectueux.

» Je dois ajouter encore, à la louange de cet excellent homme , que s'il ne développa point en moi la crainte de Dieu et la foi au Sauveur, j'appris sous lui à faire mon travail d'écolier par sentiment du devoir, plutôt que par le dangereux excitant des louanges et des récompenses. Appelé un jour à me rendre dans son cabinet avec un jeune Italien, qui avait donné quelques sujets de plaintes, et qu'il réprimanda, je crus un moment qu'il m'en arriverait de même; mais le bon vieillard, se tournant vers moi, me dit que mes maîtres étaient contents de moi et qu'il le ferait savoir à mes parents qui ne pourraient qu'en être réjouis. Ainsi j'avais fait mon devoir, sans que les maîtres me louassent devant mes camarades et sans m'en être douté moi-même.

» En résumé , quoique je n'aie été que bien peu de

temps et encore bien jeune auprès de cet homme extraordinaire, il m'a laissé un souvenir ineffaçable et je le regarde comme l'un des bienfaiteurs de ma jeunesse. » Je me rappelle que souvent un des maîtres , assis près de la cheminée pendant que Pestalozzi prononçait sa méditation du matin, en recueillait avidement les paroles. Tholuck a publié, dans ses méditations matinales, l'une de ces improvisations de Pestalozzi prononcée un vendredi pendant l'hiver ; nous la citerons tout entière , parce qu'elle donne une idée assez juste de ce qu'était le christianisme de Pestalozzi à cette époque. »

Aucun des jours de la semaine n'est aussi important que celui-ci , jour des souffrances et de la mort de Jésus-Christ. Nous nous sommes occupés hier du repos de l'hiver. J'ai cherché à vous faire comprendre que la semence jetée dans le champ ne prospère que lorsque le champ a été bien labouré; quand il est mal préparé, ni l'hiver, ni son manteau de neige ne peuvent contribuer à l'œuvre du soleil ; nonobstant le repos de l'hiver, la semence est étouffée dans le terrain mal préparé.

Ainsi l'homme ne peut espérer un lit de mort paisible et une heureuse résurrection que lorsque les semences de sa vie sont propres à donner une bonne récolte. Il ne peut se livrer en paix au sommeil si le travail de la journée n'a point été accompli.

Quand nous prenons au sérieux cette vérité, nous comprenons que le sacrifice et la mort de Jésus-Christ ont été l'accomplissement de son œuvre sur la terre. Sa dernière parole fut : Tout est accompli,, et comme il était assuré que son travail était bien terminé, il mourut en paix. Si son œuvre n 'eûtpoint été achevée, il n'aurait point alors souffert , il ne serait point mort encore.

Il a vécu pour son Père céleste et pour l'humanité ; de là son repos.

Puissions-nous suivre son exemple, persuadés que c'est le seul moyen de jouir du repos éternel ! L'homme qui ne cherche pas à remplir ses devoirs et qui , par conséquent , ne tend pas à la perfection, n'obtiendra point le repos.

Combien il est difficile de poursuivre ce but durant toute notre vie , même pendant une heure consacrée à l'enseignement ! difficile en vérité. Jésus seul a pu dire : Tout est accompli. Tout ce que l'homme entreprend est une œuvre incomplète et misérable. . .

Nous devons nous demander sans cesse : me suis-je efforcé de travailler à mon perfectionnement? ma conduite a-t-elle prouvé que j'avais avancé quelque peu dans cette voie, la voie de la sanctification?... Qui peut aller au devant de la mort avec tranquillité, si ce n'est celui qui a pleinement rempli sa tâche?...

Nous n'accomplissons rien; nous vivons dans l'impuissance; nous n'agissons que d'une manière fragmentaire, mais nous ne pouvons trouver quelque repos que dans nos efforts vers la perfection.

Efforcez-vous à aimer toujours davantage Dieu , vos parents , et vous tous, les uns les autres.

Celui qui développe et perfectionne son être , trouvera des forces et des moyens progressifs pour accomplir sa tâche à l'égard des choses extérieures.

Nous citerons ici, à l'appui de l'intime confiance qui régnait entre Pestalozzi et ses collègues, un fait que nous hésiterions à faire connaître s'il ne nous était affirmé par M. L. Vulliemin, qui, lui-même, a fait partie des élèves vaudois de Pestalozzi. Pendant la première année de l'institut, à Yverdon, une caisse commune recevait tout l'argent payé par les élèves ; les

instituteurs venaient y puiser leur salaire et nulle comptabilité n'était établie à l'égard de cette bourse publique. Plusieurs graves abus ne tardèrent pas à faire sentir à Pestalozzi l'impossibilité de prolonger un essai aussi hasardé ; mais il fut tenté et dura pendant près d'une année , fait extraordinaire et qui n'a point été assez remarqué, tentative de communisme dans les meilleures conditions possibles.

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