A MARSEILLE
Che:( Antoine FA VET, imp, du Roi et de la Ville
(i) Mémoires, vol. «• n , p, 49,
58 BICXjRAPHIE
On lity à la fin de cette brochure de 67 pages in-4% la mention suivante :
« Collationné par nous, secrétaire, garde pour le Roi, des Archives de THôtel-de-Ville. Thiers. »
Voici les titres de quelques-uns des principaux mémoires rédigés par M. Thiers :
Observations de MM. les maire, échevins et assesseur^ sur le privilège exclusif demandé pour rétablissement des voitures publiques dans la ville et son territoire (*).
Notes historiques sur l'obligation des riverains à réparer et entretenir les chemins publics et voisinaux du territoire de Marseille ('}.
Mémoire et rôle de tous les aqueducs des eaux tant des fontaines que autres^ étant dans la ville de Marseille et son terroir f).
Mémoire de la municipalité de Marseille, sur
(i) 39 mai 1781. Reg. n. 11, fol. 109. — Reg. 13, fol. 3q. (a) Reg. n. II, fol. iio.
(3) Reg.n. 11, fol. i5i.
DE L.-CH. THIERS Sg
l'assistance d'un échevin négociant aux assemblées de la Chambre de commerce de cette ville (*).
Observations sur la réponse imprimée de MM. les Officiers du bureau des finances y au sujet de la petite voirie (').
Très humbles et très respectueuses représentations du corps municipal de Marseille à Sa Majesté sur le canal de l'Arsenal (').
Mémoire sur le projet d'éclairer la ville de Marseille {*).
Mémoire en forme de lettre pour demander la révocation des lettres-patentes de 1779, qui réforment la Chambre de commerce ("*).
Requête à M. F Intendant y au sujet de l'alignement et du nivellement des rues et des maisons des faubourgs (•).
(i) Reg. n. II, fol. 176.
(3) Reg. n. II, fol. 25.
(3) 18 juillet 1783. Reg. n. 12, fol. 59.
(4) 3 septembre 1783. Reg. n. 12, fol. 64, 98.
(5) 3 septembre 1784. Reg. 12, fol. 94.
(6) 3 septembre. Fol. 97.
6o BIOGRAPHIE
Représentations du corps municipal à Sa Majesté sur l'agrandissement de la ville (*).
Très humbles et très respectueuses représentations de la ville de Marseille au Rot^ sur la préséance aux États de Provence («).
Il serait trop long d*analyser ici ces divers travaux ; mais on nous saura gré de donner quelques extraits du mémoire adressé, le i*' décembre 1788, à M. de Villedeuil, ministre et secrétaire d'État, pour lui signaler la compétition de la ville d'Arles, qui prétendait avoir la préséance sur Marseille aux Etats-Généraux. M. Thiers y montre autant d'érudition que de finesse et d'habileté :
« Monseigneur, les États de Provence vont être incessamment rassemblés ; leur convocation est fixée au 14 du mois de décembre ; peut-être serat-elle retardée par le décret de l'assemblée des notables , dont M»"* T Archevêque d'Arles , M. le
(i) 3 septembre. Fol. i66.
(2) 4 février 1788. Fol. 17^.
DE L.-C. THIERS 6i
comte de Caraman , commandant en Provence y et M. le Premier Président du Parlement d'Aîx font partie.
« Si cet événement a lieu , si les États de Provence n*étaient convoqués que pour le mois de janvier 1789, la ville de Marseille serait encore privée de l'avantage d'y avoir ses députés.
« Elle ne peut consentir à ce qu'ils soient précédés par ceux de la ville d'Arles , qui prétend jouir de cette préséance ^ lorsque les Etats de Provence sont convoqués aux années impaires.
« Les États de Provence ont été suspendus pendant près d'un siècle et demi ; la mémoire s'en est presque effacée ; les monuments sont incertains et peu connus.
« Mais ce qui ne Test pas, c'est l'ancienneté de la ville de Marseille , l'importance de son commerce, l'étendue de sa renommée et la prééminence que toutes les villes de la Provence reconnaissent en elle.
c Cette déférence n'en humilie aucune , n'en afflige aucune.
« Toutes se plaisent à rendre hommage aux droits de la ville de Marseille, fondés sur ses services et leurs besoins.
€ La seule ville d'Arles a élevé des prétentions que la gloire passée peut excuser, mais qu'elle ne justifie pas.
« Arles fut autrefois la capitale d'un royaume célèbre. Les Romains se plurent à élever dans son sein des monuments , dont la magnificence atteste encore, après tant de siècles, combien ils estimaient cette fameuse ville.
« Mais antérieurement même à ces temps reculés, Marseille , République , avait une célébrité qui ne le cédait point à celle du royaume d'Arles.
« Illustre dès son origine, elle adoucit les mœurs féroces de ses voisins; elle introduisit dans les Gaules , encore grossières , les arts et les sciences qui avaient rendu les Grecs le premier peuple de l'univers.
« Elle fonda des colonies , elle étendit au loin sa puissance et ses relations.
« Bientôt les regards de tous les habitants de la Province se tournèrent vers elle.
« Ils s'accoutumèrent à la regarder comme le boulevard de leur pays.
<K C'était à elle qu'ils demandaient des capitaines capables de conduire à Tennemi les troupes confédérées.
a Les Marseillais y fidèles à leurs engagements , ne tentèrent jamais d'abuser de ces précieux avantages.
« Satisfaits d'éclairer et d'enrichir leurs compatriotes , jamais ils ne pensèrent à les subjuguer.
Qc Ils étaient jaloux de leur liberté , mais ils respectaient celle de leurs voisins.
« Ce fut par cette longue succession de sagesse, de gloire et de prospérité que Marseille fut conduite à ces temps de troubles et de désordres , où Tambition de deux citoyens romains ébranlait l'univers
64 BKXaAPHIE
Ljctd prtsqm en endcr par k génk paissant et rintrépide couxagie de I»irs brares ancêtres. « Marseille fat soamise cooune toat FaniTers. « Qoelqoes siècles après, eUe recoaYia sa liberté
f Bientôt elle en fit le sacrifice volontaire : elle passa soos la domination des comtes de ProTence.
« Mais, au miliea de toates ces variations, parmi tant de changements réitérés, toujours elle conserva sa prépondérance et sa dignité.
c La glcHre de la ville d'Arles s'éclipsait tous les jours ; celle de Marseille, au contraire, recevait de continuels accroissements.
« Les avantages de sa position la rendirent le terme du commerce de toute la Province et le centre de celui de la Méditerranée.
« Quelle n'était pas son influence.
« Est-il possible de concevoir, Monseigneur, que la ville de Marseille , regardée comme la nourrice de toute la nation provençale, il'occupât que le
second rang dans ses États assemblés, ou qu'elle ne jouît du premier qu'en le partageant avec la ville d'Arles I
« Tous les titres se réunissent en notre faveur, nous l'avons démontré.
a Ilesty pour les cités, comme pour les individus, un noble et juste orgueil , un honorable et juste amour-propre : ces sentiments sont la cause, l'aliment et l'aiguillon de toutes les actions grandes et utiles.
tt II serait dangereux de les éteindre ou de les affaiblir.
« Tant de motifs réunis , nous font espérer de la justice du roi que nous serons rétablis dans le rang qui nous est dû aux États de Provence , et nous attendons la décision de Sa Majesté avec la plus vive et la plus respectueuse confiance (*). »
Ci) Reg.decorre»pondance.LeUredai*' décembre 1788, fol. 173-175.
Le Conseil d'Etat, appelé à examiner cette grave question de préséance, se prononça pour le maintien du staJtu quo, € Le Conseil du Roi , répondit-on aux échevins de Marseille , a décidé en faveur de Tancienne alternative de préséance, soit les années paires et impaires; il a considéré vraisemblablement que la ville d* Arles avait été le chef-lieu d'un royaume, et il a pensé que cette affaire avait été examinée avec la plus grande attention dan^ rassemblée des États en 1 583 («). »
Les députés de Marseille et d'Arles se rendirent néanmoins aux États, qui se réunirent à Aix, le 25 janvier 1789. L'assemblée, après avoir entendu, le 3o, une longue discussion sur la question de préséance entre les deux villes, se borna à donner acte aux députés de leurs observations réciproques (*).
(i) Lettre de M. le comte de Caraman , du 10 décembre 1788. — Reg. des lettres reçoes, fol. 74.
(a) Statistique de» Bouches-du-Rbdne, tome 3^ p. 53;.
D^ailleurs, Marseille et Arles faisaient partie des terres adjacentes^ et leurs députés n'avaient, ni l'un, ni l'autre, voix délibérative aux États. L'assemblée, qui avait à vider des questions autrement importantes, ne s'occupa plus de ce conflit.
Cependant la Révolution s'avançait; les esprits s'enthousiasmaient ; la population ardente de Marseille , qui n'attendait qu'une occasion pour faire éclater ses sentiments, fit le plus grand accueil au comte de Mirabeau, que Ton considérait comme le promoteur le plus dévoué , le plus éloquent des idées nouvelles.
Mirabeau vint à Marseille le 18 mars 1789.
A son entrée au théâtre toute la salle se leva et applaudit ; une dame lut des vers en son honneur ; tous les spectateurs , après l'avoir acclamé avec enthousiasme , le suivirent quand il sortit et l'accompagnèrent jusqu'à son hôtel, en criant : vive le comte de Mirabeau !
te
La Municipalité, qui avait d*abord essayé de
calmer TefFervescence populaire, ne tarda pas à suivre le mouvement général, et même à solliciter le concours du célèbre tribun/ Le lo avril, les échevins lui écrivirent la lettre de remercîment ci-après :
« Oui , Monsieur le Comte , lui disaient-ils , vous êtes cher à la ville de Marseille, et si elle compte vos aïeux parmi ses illustres citoyens , elle se ferait un plaisir de vous y comprendre. Votre sagesse, dans les avis que vous avez eu la bonté de nous donner, a répondu à votre zèle et à votre prudence.» — Le 14 avril, c*est-à-dire quatre jours après, sur un rapport rédigé par M. Thiers, le Conseil municipal décerna le titre de Citoyen de Marseille à Mirabeau. (*)
Ici finit, en quelque sorte, la vie municipale de Tàrchivaire. Il n'a plus que quelques tnois à demeurer â rttôtel-de-Ville. Dès les premiers Jours
(i) Voyez ]e cérémonial , fol. v.— Arc. anc. de Marseille, série aa.
de 1790 , il est question , en effet, de supprimer ses fonctions, et lui-même demande à la nouvelle Administration de délibérer sur cette suppression , espérant qu'on lui tiendra compte de ses nombreux services. S'adressant «c à MM. les maire , officiers municipaux et à Thonorable Conseil général de la communauté , » il s'exprime en ces termes :
« Maître Louis-Charles Thiers , avocat au Parlement, archiviste de cette communauté, a l'honneur devons exposer que l'auguste Assemblée nationale, en formant les nouvelles municipalités du royaume, n'a rien prononcé sur la place du secrétaire archiviste; il ignore si la nouvelle municipalité de cette ville est dans l'intention de supprimer totalement cette place ; dans ce cas l'exposant se conformera à tout ce qu'il vous plaira d'ordonner ; mais il vous supplie , Messieurs , de vouloir bien considérer qu'il remplit cette place depuis vingt ans , à la satisfaction de tous les anciens Administrateurs , des Ministres de Sa Majesté et de ses
concitoyens. La preuve en est consignée dans vos registres, il serait fort heureux pour l'exposant que vous voulussiesi , Messieurs , vous les faire représenter.
« Ce serait , Messieurs , abuser de vos moments précieux , si je vous détaillais ici tous les ouvrages que j*ai faits pendant l'espace de vingt ans : placets au Roi , requêtes au Conseil d'État, mémoires aux Ministres, réponses à M. l'Intendant, tout se trouve transcrit dans sept différents registres déposés aux archives depuis 1770 jusqu'à la fin de
« Vous trouverez au dépôt , quatorze autres registres contenant les lettres écrites pendant le même espace de temps et par moi rédigées.
V Une analyse historique des titres concernant les domaines de la communauté.
« Un état de tous les offices créés dans le siècle passé et acquis par la communauté, tant pour opérer l'extinction des offices bursaux que pour
faire exercer les autres par des préposés au profit de la communauté , avec un état du produit actuel.
< J*ai fourni plus de deux cent cinquante-quatre dossiers , contenant les affaires d'Administration, pendant tout le temps de mon exercice , avec les rubriques alphabétiques par numéros et relatives à ces affaires.
« J'ose , Messieurs , à la fin de ma carrière, vous en demander la récompense, elle fut accordée à mes prédécesseurs, même pour un exercice moins long, et comme je pourrais perdre le fruit de votre reconnaissance presque au même moment oti vous me l'auriez accordée, je supplie humblement le Conseil de vouloir bien le rendre réversible à ma femme, afin qu'elle puisse, après ma mort, continuer l'entretien de mes enfants que je ne pourrais plus leur fournir. (*)»
Peu de jours après la réception de cette lettre , et le 24 avril 1790, le Conseil municipal décida, ainsj
(i) Archiv. modernes, série B , art. 711. Délib. du 22 septemb. 18 19, relative à une indemnité réclamée par le fils de l'archivaire.
que Tavait prévu M. Thiers, que remploi de
secrétaire archiviste serait supprimé. Il lui fut accordé, par la délibération transcrite ci-après, une pension de retraite de i ,000 livres :
<c II a été unanimement arrêté que M. Thiers sera remercié le i*'' mai prochain , et que jusques à cette époque il sera payé de ses appointements anciens, et néanmoins, qu'à compter du i*'mai, commencera en faveur du dit M. Thiers une pension de retraite annuelle et viagère de mille livres , à la charge par lui : i* de continuer ses fonctions jusqu'à ce que son successeur Tait remplacé ; 2® de se mettre incessamment en état de rendre compte des archives et de les mettre en règle; 3** qu'après que son successeur sera entré en fonctions , M. Thiers continuera de se rendre comme d'habitude à la maison commune , pour donner à son successeur toutes les instructions nécessaires, et ce , jusqu'à ce que celui-ci soit pleinement instruit (i).»
(i) Reg, des délib. de 1790, fol. 26.
Pour bien comprendre le but de toutes les conditions imposées à l'archiviste sortant, il faut savoir que la municipalité avait en vue, en remerciant M. Thiers, beaucoup plus de lui substituer un jeune avocat, patriote ardent, que de se conformer au <lécret de la Convention nationale , qui passait sous silence l'emploi de secrétaire archivaire. Les nouveaux Administrateurs avaient, le jour même, nommé un archiviste , M. l'avocat Jean-Joachim Pellenc, avec un traitement de 2,400 livres. Et comme cet avocat était peu au courant des importantes attributions dévolues à l'archiviste d'une grande ville ; qu'il fallait faire , en quelque sorte , son éducation administrative, on n'avait rien trouvé de plus commode que d'imposer cette rude besogne à M. Thiers.
Trois mois se passèrent sans que l'avocat Pellenc mit les pieds aux archives , et pendant ce temps M. Thiers continuait à remplir ses anciennes fonctions; seulement il ne touchait aucun traite-
ment. Il s'en plaignit dans « un comparant»
adressé aux Conseillers municipaux :
« Le sieur Thiers, secrétaire archiviste, vous prie d'observer, Messieurs, disait-il, que son successeur n*a pas encore paru et que le temps de son arrivée étant encore incertain , le sieur Thiers a continué ses fonctions pendant les mois d'avril , mai et juin , et s'est occupé , en outre , à dresser un nouvel inventaire des archives, qui n'avait jamais été fait par ses prédécesseurs, et qui indiqué lé. local où sont déposés tous les titres , documents et papiers , concernant la communauté ; inventaire qui suffira seul à instruire son successeur de l'état et situation de toutes les affaires. Il s'occupe de plus, à suivre la liquidation des affaires de l'arsenal et au remboursement des créanciers. De manière que toutes les fonctions de son ministère subsistent comme avant la nomination de son successeur.
Il parait donc juste que , remplissant les méme& fonctions , il jouisse des mêmes appointements. »
M, Thiers ne parvenant pas à se faire payer, termina promptement l'inventaire qu'il avait entrepris et le remit, le i*' août 1790 , à T Administration. Cet inventaire existe encore et permet de constater les richesses historiques que renfermait , à cette époque , le dépôt des archives communales.
Peu de jours après, M. Thiers appelé auprès de sa fille, qui était malade, remit son service à Tun de ses employés , nommé Lombard et partit pour Menton. Voici la lettre qu'il écrivit le 3 1 août, aux oiïiciers municipaux :
> Messieurs , la nouvelle de la maladie de ma fille , aux approches d'un accouchement , m'a fait précipiter mon départ de Marseille. J'ai cru pouvoir le faire avec d'autant moins de regret , que mes services vous étaient devenus inutiles depuis l'entière confection de mon inventaire, dans lequel j'ai eu soin d'insérer, sur chaque article , les observations et les instructions dont ils m'ont paru susceptibles , pour ne rien laisser à désirer à mon
sussesseur, à qui elles seront bien plus utiles par écrit que si je les lui avais données verbalement... M, Lombard connaît le local des archives et il est très en état de vous fournir les registres dont vous pouvez avoir besoin.»
Dans \xn post'Scriptum, l'archiviste recommande son fils à TAdministration : a Je laisse mon fils à Marseille , parce qu'il doit ses soins à sa femme et à ses enfants , je le mets sous votre protection , Messieurs ; il tâchera de s'en rendre digne par ses services pour la patrie et par sa soumission à tout ce que vous ordonnerez : Thiebs. »
Malgré toutes ces précautions, on voulut voir un émigré dans ce fonctionnaire presque octogénaire qui , après avoir fait liquider sa retraite et s'être tenu à la disposition de l'autorité municipale pendant quatre mois, s'était décidé à aller se reposer auprès de sa fille , établie à Menton.
L'Administration lui fit payer sa retraite pendant quelque temps, mais le ii septembre 1792, le
Conseil en prononça la radiation par une délibération ainsi conçue :
a Le sieur Thiers jouit encore d'une pension annuelle et viagère de i ,000 livres , qui lui fut accordée le 24 avril 1 790 , quoique ce pensionnaire soit depuis longtemps émigré du royaume... le Conseil, ouï le procureur de la Commune, délibère de supprimer la dite pension ainsi que les arrérages qui peuvent lui être dus (*). »
Deux années de pension étaient échues au moment oîi cette délibération fut prise, M. Thiers perdit non-seulement les arrérages de sa pension , mais encore les revenus de toutes ses propriétés qui furent confisquées (*).
Ce vénérable et malheureux fonctionnaire mourut à Menton , le 3o novembre 1795 , dans le domicile de son gendre M. Horace Pratti. Il avait accompli sa 81* année.
(1) Reg. des délib. fol. 160.
(2) Voyez à TAppendice, la litte des émigrés n" 24.
Je ne veux pas terminer cette étude bic^raphique, sans préciser les origines de M. Thiers , qui sont très-peu connues, et sur lesquelles on a brodé divers
romans.
Le grand-père paternel de M. Thiers fut Téminent archiviste, Tavocat distingué dont on vient de lire la biographie ; son grand -père maternel , M. Joseph Amie, était un très honorable négociant en draps de la ville de Marseille; lequel avait épousé à Constantinople une jeune grecque , d'excellente famille, M"' Marie Lhomaca, sœur de M°' Louis de Chenier, et tante de Joseph de Chenier, qui fit la campagne d'Egypte avec le général Bonaparte , en qualité de Drogman , et devint plus tard inspecteur général de TUniversité.
M. Joseph de Chenier était lié intimement avec le général Menou , qui ramena .en France Tarmée d'Egypte au mois de janvier 1802. M. Thiers, dont la mémoire est des plus fidèles , se rappelle encore avoir assisté au défilé de Tarmée d'Egypte, d'une
des fenêtres de la maison située rue de Rome, que le
général occupait ea ce moment. M. Thiers, n*avait
que cinq ans; émerveillé à la vue de ces belles et
vieilles troupes qui rentraient en France, il ne
cessait de questionner le vieux général, qui se
plaisait à satisfaire sa curiosité , en lui désignant
chaque régiment par les faits d*armes qu*il avait
accomplis. Peut-être cette circonstance influa-t-elle
sur les dispositions d*esprit du jeune enfant qui
devait être un jour Thistorien de nos grandes guerres.
BREVET d'aRCHIVAIRE POUR M. THIERS
De par le Roi ,
Sa Majesté ayant vu la délibération prise par le Conseil Municipal de la ville de Marseille, le trois mai de la présente année, contenant la nomination de trois sujets pour remplir la place de Garde des Archives de la dite ville, vacante par le décès du sieur Capus; quoiqu'elle les en estime tous dignes , cependant étant bien informée de la fidélité et affection à son service du sieur Charles Thiers , avocat au Parlement d*Aix , Elle a fait choix de sa personne pour en exercer les fonctions.
En conséquence veut et entend. Sa Majesté, que
k dit sieur Thiers soit admis à la dite place , et ce ,
pour le temps qu'il plaira à sa Majesté. Mande et
ordonne, Sa Majesté, au sieur de La Tour, conseiller
en ses conseils, Premier Président du Parlement
d'Aix et Intendant de Justice en Provence , ou en son absence à son subdélégué , qu'après avoir fait prêter, au dit sieur Tliiers, le serment en tel cas requis et accoutumé, il fasse mettre et installer dans la dite place de Garde des Archives et reconnaître en la dite qualité , pour être obéi en toutes choses concernant la dite 'place partons ceux et ainsi qu*il appartiendra.
Fait à Versailles, le i6 septembre 1770.
Signé : LOUIS.
Et plus bas,
Signé : Phélypeau.
Vu l'ordonnance du Roi de Tautre part ,
Nous ordonnons que le sieur Thiers prêtera
serment entre les mains de M. Brès, subdélégué à
Marseille, que nous avons commis à cet effet, de
même que pour faire mettre et installer le dit sieur
Thiers dans la place de Garde des Archives de la ville de Marseille et le faire reconnaître en la dite qualité, ainsi qu'il est porté par la susdite ordonnance.
Fait par nous, subdélégué général, en Tabsence de M. r Intendant.
A Aix, le 29 septembre 1770.
Signé : Pascal.
Le 3 octobre 1770, M. Thiers a été installé et admis au serment qu*il a prêté entre les mains de M. Brès, suivant son procès-verbal du dît jour 3 octobre 1770, en présence de MM. les maire et
échevins, dont acte lui a été concédé.