DESCHAMPS
Louis-Joseph- Auguste Deschakps est né à Aire , le 20 décembre 47*1. Il embrassa la même carrière que ses . aveux avaient suivie avec succès depuis 4494. Avocat au •parlement de Paris en 4761 , puis, juge gradué de la saHe épiscopale de Saint -0 mer , grand-bailli de Rcnti et dépendances , échevin , conseiller pendant HA ans au bailliage, .conseiller de l'abbaye de Saint- Bertin le 8 mai 1799; après', administrateur et juge au district ; notable et membre de la commune de Saint-Omer , il fut réélu juge-de-paix six foi» consécutives, et remplit ces fonctions sept années sans autre interruption que son élection à la place de maire, le 23 mars 4795, époque désastreuse où la cruelle disette se faisant sentir ,< l'on avait conçu de» appréhensions terribles sur la tranquillité de cette ville ; cependant malgré les grandes difficultés de sa situation et la pénurie des finances , il parvint à assurer la subsistance de la place et à conjurer l'orage près d'éclater. Nommé ensuite jugesuppléant au tribunal criminel du département, il fut enfin appelé comme juge à faire partie du tribunal civil de notre arrondissement où il siéga jusqu'au 5 octobre 4815, jour
de son décès.
Il a laissé deux ouvrages formant 4 vol. in-4.° , manuscrits, intitulés : H istoire de la municipalité de Saint-Omer. Bailliage de Saint-Omer, avec det notes historiques.
Ce magistrat érudit, laborieux et modeste , avait consacré « pendant plus de 40 ans , tous ses loisirs aux recherches des antiquités de son pays. Ses recueils renferment da*
anecdotes piquantes et des noies précieuses pour récînireiteement de nos annales. « Pas une loi (dit-il dans une do
• ses préfaces ) , pas un registre , pas un mémoire , pas un « titre u'pnt été cités sans avoir passé sous mes yeux ; c'est « de cette façon que je peux les citer comme encore exis- « tants , quoiqu'ils aient disparu pour la race présente « et future. » Il n'éprouvait d'autre désir en rassemblant avec tant de patience daus un âge très-avancé de si nombreux documents , que celui d'offrir une collection de mémoriaux utiles aux historiens futurs de cette contrée \ m il s'en trouvera un, s'écria-t-il avec constance, qui se « mêlera de l'histoire de sou paya 1 il y verra sans doute m parmi les ronces quelques fleurs à cueillir, m
Hennebert signale aussi dans son histoire d' Artois ce chrouiqueur estimable comme l'ayant aidé de ses lumières Cl de ses renseignements.
Gabriel-Emmanuel -Joseph (1) Grosier , est né à Saint* Oincr , le 19 mars 1738 , sur la paroisse de Saint-Denis. Son père était marchand ; sa mère s'appelait Cécilc-Augustine Deligny. Il eut pour parrain Jacques- Joseph Tahon , avocat au conseil d'Artois. Il fit ses études au collège des jésuites de cette ville, ét fut agrégé à cette société peu de temps avant sa suppression. Après sa sortie de cet établissement , il se rendit à Paris pour se livrer exclusivement à ses occupations littéraires. Retiré d'abord dans la fameuse école de Sainte-Barbe , il fut recherché bientôt
« (i) Prénoms relatés daus le registre aux actes de baptêmes, déposés 4
■la mairit. ; «••.*» M
par les érodiU de la capitale. Il céda , en 177! , aux ces réitérées du célèbre Fréron , et devint pendant six an* •on plus précieux collaborateur à l 'Année littéraire. Il était alors lié d'amitié avec Geoffroy et Royou , et associé à
la mort de Fréron, en :ida , uniquement dans l'intérêt de sa veuve et de ses enfants délaissés et presque sans ressources, à continuer la rédaction de cette feuille instructive. L'Annès littéraire reparut avec un nouveau succès , et plusieurs de
. En 1779 , il se chargea en faveur d'une institution de bienfaisance de reproduire le Journal de littérature, des sciences et des arts qui obtint presque immédiatement un nombre considérable de souscripteurs. Cette entreprise ne se continua pas cependant au-delà de 1782. « ] . 1779 , la seule qui soit de l'abbé Grosier , m d'excellents morceaux de critique et des analyses « bien faites. » C'est à la lecture attentive de ce journal que les lettres sont en partie redevables du précieux bibliographe Barbier. Les conseils judicieux de notre compatriote , ami éclairé de plusieurs écrivains de la En du, siècle dernier , dirigèrent la verve ardente de l'infortuné Gilbert , et formèrent l'habile Geoffroy à l'art de la critique. En 1M)0 , il reprit avec ce dernier la direction de l'Année littéraire , mais des circonstances politiques en déterminèrent la suppression définitive après la publication des sept ou huit premiers volumes.
L'abbé Grosier s'occupa pendant la plus grande partie de sa vie de l'histoire des arts et de la littérature de la Chine . 11 publia de 1777 à 17S3 , conjointement avec Leroux des Hauterayes , en 12 volumes in-4.° , ornés de cartes et de planches, l'Histoire générale de la Chine, traduite à Çckin , par le père de Mailla , sur les originaux chinois, et dont le manuscrit avait été envoyé en France en 1737. Ca manuscrit étant resté eu la possession des administr*-
teers de hr bibliothèque de Lyon , fat cédé * l*rfbé Gro-r mer le 3 août 4775 , «ou» la condition de foire jouir le public d'un trayait attendu depuis si long-temps avec impatience. Cette promesse fut dignement et promptement remplir. Le prospectus et la préface méritèrent à son auteur le» éloges de tous les savants de 1 époque. D'Alembert préconisa hautement ce discours préliminaire , et Laharpe lui donna en même temps une approbation éclataute. En peu de mois , une souscription d'une centaine de mille francs servit à tous les frais d'une édition magnifique. Cet important ouvrage , qui a exigé de laborieuses recherches et dans lequel on a essayé de justifier l'opinion de ceux qui attribuent à la Chine une haute antiquité , est le premier qui ait fait connaître d'une manière aussi satisfaisante la longue suite des événements politiques de ce vaste empire, et qui ait fait en même temps concevoir des annales de son immense histoire l'opinion la plus juste et la plus Traie. Deshauterayet et CoUon contribuèrent essentiellement à sa publication. Deshauterayes en fut même en quelque sorte le principal éditeur parles soins qu'il se donna pour en diriger l'impression. Devenu ensuite propriétaire de l'ouvrage , ce célèbre orientaliste r'ad joignit Cohon pour la révision et la rédaction.
e 0n sait que « la littérature est en général la profession ?
« qui rapporte le moins ; » l'Histoire générale de la Chine n*augmenta pas , n ce qu'il parait , la fortune de l'abbé Grosier ; les nombreux agents qu'il fut forcé d'employer pour le débit de son édition , et en pareille circonstance <>est une nécessité que des esprits chagrins peuvent seuls censurer , ne laissèrent à Tauteur fatigué qu'un bien faible bénéfice. Toutefois, loin de se décourager, il mit au jour en 1785 , comme supplément nécessaire , un treizième vo-
lame contenant la description topographique (1) des quinze
•X«jVf in '.♦onin J ii** *»/< * : » J-cti; lii^mirm •>[ irrob )s
(r) N.° 47g3du catalogue de Ja bibHbtbèqw de Swnt-Omcr,
provinces de la Chine , de la Ta r tarie , des ftes et des autre» pays qui en dépendent, ainsi que des notions fort étendues sur les lois , mœurs et usages , sciences et arts des Chinois. Ce volume eut -un succès européen; il en parut successivement des traductions anglaise, italienne et allemande. On le vendit séparément, et en 1786, on eu fit une seconde édition en deux volumes in-8.° Cet infatigable Audomarois songea encore depuis à compléter cette description de la Chine qui fut publiée pour la troisième fb;s en 1818 et années suivantes, en sept volumes in-8.*, a L'abbé Grosier a poussé plus loin son travail sur la Chine , « nous en a dit M. Barbier. L'histoire chinoise du père « de Mailla , écrite selon le goût chinois et en forme d'anm nales , n'offre que trop souvent une lecture pénible et « rebutante-, il la refondit quant au style, au choix et à m la disposition des faits , et la présenta sous la forme que « noua donnons à notre histoire moderne. Le travail de ce * second ouvrage est resté manuscrit. »
L'abbé Grosier avait débuté par l'insertion dans le mercure de juillet 1760, d'une imitation en vers français de Tode 10.* du livre l.* r d'Horace j cette pièce fut son seul essai poétique. Ou lui doit encore les Mémoires d'une sociètè célèbre , ou Mémoires des jésuites sur les sciences , les belles- lettres et les arts ; le libraire ne put , à cause de l'ère terrible , livrer a l'impression plus de 3 vol. in-8.° de cette collection extraite du Journal de Trévoux. Une partie de ces mémoires a été traduite en Allemand. L'éditeur élevé chez les jésuites plaça dans sa préface une éloquente apologie de cette corporation , considérée principalement soua le rapport littéraire. On comprend facilement néanmoins que le moment n'était pas fort opportun. On a attribué par erreur à l'abbé Grosier , Y Antidote de Vathéisme , ou Examen critique du dictionnaire des athées. 1801.
M. de Fortia 4'Urban , l'un des antiquaires les plus diatingués de notre temps et qui entretint souvent des rela-
- 4ÔÎ —
lions fort agréables avec notre respectable compatriote, à l'occasion surtout des notions fort intéressantes qu'il avait également recueillies sur la Chine , a inséré dans le tome dix de ses Mémoires pour servir à l'histoire ancienne du globe terrestre quatre morceaux de critique de l'abbé Grosier, «ur le voyage de M. de Guignes, fils, à Pékin; une polémique animée s'établit à ce sujet entre ces écrivains , dans laquelle , dit-on , la modération n'a pas toujours présidé.
L'abbé Grosier a travaillé encore à la Gazette de France, au Magasin encyclopédique , et à la Biographie universelle. Il a fourni à ce dernier recueil toutes les notices concernant la Chine. L'article Confucius est un des plus estimables de cette vaste collectiou. ^ *
Avant la révolution , ce vertueux Audomarois n'avait , pour tonte fortune, qu'un canonicat de Saint- Louis du Louvre. Privé , par les réformateurs impitoyables , de ce* modeste bénéfice , il ne lui resta pour toute ressource qu'un* rente modique ; heureusement , M. Treneuil lui montra un* bienveillance extrême, et parvint à le faire nommer en 1810, l'un des sous-bibliothécaires de l'arsenal où il était lui-même conservateur en chef. C'était un poste parfaitement convenable à ses talents et à son assiduité laborieuse. Quelques années après , en mars 4 81 S, son protecteur étant décédé , l'administration supérieure rendant justice à sa hante capacité , lui décerna une récompense méritée , en l'appelant à diriger cette immense bibliothèque de 200,000 volumes et de 5,000 manuscrits , la seconde de la capitale, pleine encore des souvenirs impérissables du bon «Henri et du fidèle Sully. L'abbé Grosier , dans les fonctions de sa nouvelle place qu'il remplissait avec une dignité parfaite, mais un peu sévère , sut toutefois par sa complaisance , son affabilité et son empressement à communiquer les lumières qu'il devait à de longues études , se faire aimer et regretter vivement des gens de lettrée qui fréquentaient ce riche établissement, il y a laissé quelques travaux bibliographiques,
et sa mémoire y est religieusement révérée. Il joignait à une grande instruction un goût très - pur et beaucoup d'a> piabilité. Jusque dans un âge avancé, il avait conservé Ja vivacité de son esprit et la sérénité du sage.
L'abbé Grosier n'est pas le seul Artésien qui ait été honoré du titre de conservateur d'une bibliothèque royale ; Gaguin qui a beaucoup écrit sur la morale , sur la littérature et sur l'histoire de France , avait reçu ce titre de Louis XII, son partisan déclaré. On sait que ce savant Audomarois a été dignement remplacé par l'un des écrivains les plus instruits et les plus aimables de notre sièclq littéraire. (1)
A la fin de 1831 , dans une promenade rêveuse au Père- Lachaise , nous posâmes avec respect plusieurs fleurs sur le cippo de marbre noir consacré aux. mânes de ce zélé bibliothécaire , de cet excellent critique , de cet écrivain bienfaisant, aux mœurs douces et faciles; ce monument devenu presque gris est dans la première division , sur un tertre , à droite en entrant dans ce merveilleux cimetière , et presque sur le bord de l'avenue ; on voit une petite urne dans l'étroit carré au bas du mausolée et ou lit sur le marbre funéraire cette inscription erronée:
ICI REPOSE J.»-B. te -G. ,e -ALEx. dre GROSIER, (2) abbé , pécédk le 8 septembre (3) 1823 , âgé de 80 ans , (4) Administrateur de la Bibliothèque de S. A. R. Monsieur. — De profundit.
(t) Ch. Nodier. — M. Mazas, antiquaire de la Morinie ( auteur de* Vit* des grands capitaines français , ouvrage qui contient des détails fort curieux sur notre payi , et d'un nouveau cours très-estime sur V histoire) de France, a été aussi sous -bibliothécaire à l'Arsenal.
(a) Voir plus haut ses véritables prénoms.
(3) Décembre.
(4) ta ans, S mois et 10 jours. ••
Il signait toujours Grosier. On a prétendu de là qu'il tenait beaucoup trop à une petitesse ( petite s ) ; nous ne «avons trop ce que Ton doit penser de cette mauvaise plaisanterie. Toutefois le nom de Grossier est dans son acte de naissance.
biographie unifswelle. — Biographie des Contemporains.
Guillaume-François-Joseph Liborel est né à Saint-Omer le 29 octobre 1739. Il dut à ses immenses succès dans ses études , à ses talents supérieurs et à son goût constant pour le travail , presque toutes les faveurs dont le combla la fortune ; des mœurs régulières et une extrême sobriété le conduisirent sans infirmité à l'état de nonagénaire.
Avant la révolution , il était renommé comme un excellent avocat au conseil d'Artois ; divers mémoires de ce jurisconsulte profond sont encore conservés dans quelquesunes de nos bibliothèques ; une circonstance remarquable dans sa carrière , c'est d'avoir présenté Robespierre au serment d'avocat : ce monstre n'en poursuivit pas moins à outrance son patron qu'il voulait faire périr sur l'échafaud.
Le mérite de notre compatriote le fit désigner en 1791 comme président du directoire du district d'Arras , où déjà il avait exercé les fonctions d'échevin.
Il revit son lieu natal après la chute des terroristes et fût nommé président du tribunal du district de Saint-Omer; c'est en cette qualité qu'à la séance générale du 24 septembre 1794 , il célébra avec énergie , dans un discours éloquent, en présence de Berlier et de Carnot, qu'il invita à la concorde et à l'oubli, la destruction d'un régime
qui fait encore horreur et que les Français sans doute seront jamais assez sots pour subir de nouveau.
A la création des tribunaux de départements, Liborel fit partie de celui du Pas-de-Dalais. Elu ensuite à la représentation nationale , il entra au conseil des anciens et y prit plusieurs fois la parole sur quelques matières de législation ; à la trop fameuse journée du 18 fructidor ^ 4 septembre 1797 ) , il était l'un des secrétaires de ce conseil que présidait Lafon-Ladebat , l'un des proscrits. Après la déroute parlementaire devant les grenadiers du vainqueur de l'Italie et de l'Egypte , il devint membre de la cour de cassation ; pendant quinze ans qu'il y siéga , il fut chargé de plusieurs rapports importants et difficiles t et présida souvent la section civile.
Au mois de février 1815 , il obtint pour prit de ses longs services les titres de conseiller honoraire, d'officier de la légion-d'honneur , et de baron , avec institution de majorât.
Sa position sociale et ses dignités ne lui avaient point fait oublier la cité où il avait reçu le jour: il contribua à lui procurer l'établissement de la cour d'assises, et le maire de Saint-Omer lui exprima la reconnaissance de ses concitoyens, par sa lettre du 30 janvier 1811.
Liborel est mort à Paris le 22 avril 1829.
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Henri - Bernard Delattre de Balzaert, conservateur des forêts du Nord et du Pas-de-Calais , membre de Tassera' blée constituante et du conseil des anciens , maire de Saint-Omer , est né en cette ville le 27 juillet 1743 , et y est décédé le 8 juillet 1804.
Le 3 décembre 4792 , il accepta les fonctions de maire de cette commune. Les circonstances étaient critiques, un épouvantable avenir effrayait tous ceux qui avaient conservé des sentiments honnêtes , et il fallait se dévouer complètement aux intérêts de ses concitoyens pour consentir à se mettre à la tête des affaires publiques, ("était réellement l'homme prudent et conciliateur de cette funeste époque. Luttant chaque jour contre l'hydre révolutionnaire , il ne fit jamais couler volontairement une larme , et protégea indistinctement tous ses administrés. Plusieurs fois y sa patience étant épuisée , il voulut se retirer de ce poste difficile , et céda toutefois aux plus vives installées ; enfin , il donna sa démission le 9 mars 4795. Mais cette retraite ne fut que momentanée ; Barras lui rendit les rênes de notre gestion locale le 5 août suivant. Quelques jours après , le décret du 21 septembre de cette année , relatif à l'exclusion des emplois publics des parents des émigrés , lui fit quitter définitivement cette place. .
Songeant constamment à la prospérité de sa ville natale , il montra un aèle extrême en sa faveur à la représentation nationale. Ses efforts furent vains dans la sollioitation du siège de l'administration centrale. A cette occasion , notre conseil municipal lui vota de vifs et justes rcmercîmeots.
Un mausplée a été consacré à ce magistrat, utile, courageux et bienfaisant , dans le modeste cimetière de Blendecques ; sa mémoire sera toujours respectée par les Audomarois.
, Jean-Baptiste Personne , né à Fiefc , arrondissement de Saint-Pol , le 46 avril 4744, est un des magistrats qgi ont acquis les droits les plus légitimes à la reconnaissance
de* Àudomarois pendant la période orageuse de 1* révo<* lution.
Il exerçait honorablement l'état de procureur à Saint» Orner , en 1769. Il adopta vivement mais avec sagesse les idées nouvelles. Le o* février 4790, il fut installé en qualité de procureur de la commune. Il déploya dans cet emploi , qu'il exerça jusqu'au l. er juillet 1791 , une activité remarquable et qui lui valut, le 1." février de cette année , une forte indemnité , votée par le conseilgénéral , pour le récompenser de ses travaux et de ses fetigues. Le 21 du même mois , cette administration lui confia la mission de sç rendre à Paris pour solliciter do rassemblée nationale les fonds nécessaires à la commune, avec pleins pouvoirs d'y traiter selon qu'il le jugerait à propos , les objets divers qui pouvaient concerner cette ville ; il reçut encore une indemnité , allouée publiquement le 17 septembre 1792 , comme un hommage à son zèle pour Tordre public.
Les électeurs de ce département , réunis à Calais le 7 septembre 1792 , choisirent Jean-Baptiste Personne pour un de leurs représentants à la convention nationale. Ce député est à jamais digne de nos plus chauds éloges pour son opinion dans le procès de Louis XVI. H se prononça pour la détention pendant la guerre et le bannissement à la paix , et réclama avec énergie le sursis et la sanction du peuple. «« Cette ratification est indispensable , s'écria-
• t-il avec une logique incontestable ! Il n'est pas vrai
• que les représentants ou mandataires du peuple soient
• porteurs de pouvoirs suprêmes ou absolus pour exercer « la totalité des droits du souverain... •
-, Ce courageux orateur ne counai&sait sans doute que trop les sentiments sanguinaires de la faction régicide f en observant qu'il était évident « que ceux qui s'opposaient «. à la ratification du peuple la réclameraient si des mera- « bres de la convention proposaient d'anéantir la déchéance
« de Louis, ou seulement de lui accorder sa liberté. »
C'est en vain qu'il déclara à ces furibonds prêts à opérer la dissolution du corps social , que la constitution acceptée par le peuple avait déclaré le roi inviolable ; hélas ! la plus monstrueuse des iniquités fut cousommée , et le fils de saint Louis monta au ciel , eu laissant sous son trône écroulé un gouffre effroyable où ses assassine se hâtèrent de se précipiter. (4)
Le 8 juin 1793 , le conseil général de la commune de Saint-Oiner écrivit a Personne pour lui exprimer une gratitude toute particulière de sa sollicitude habituelle pour cette cité dans les diverses dignités dont il avait été revêtu jusqu'à cette époque. Mais il s'était attaché au brillant parti de la Gironde ; il avait témoigné la plus vive indignation contre l'odieuse journée du 31 mai ; il fut poursuivi par les jacobins, et nos faibles administrateurs se dépéchèrent de faire disparaître la trace des éloges qu'ils venaient de lui prodiguer. On sait, au reste, que les Romains de cet âge de vertu tenaient tout prêta , selon les circonstances , des harangues et des costumes. Une adresse fut rédigée contre ce brave compatriote , le savant Daunou et quelques-uns de leurs amis politiques , par des forcenés qui n'avaient pas honte de proclamer cette infernale doctrine , qu'il valait mieux que dix innocents pésissent qu'un coupable pût échapper ; ils le déclarèrent « indigne de la confiance de ses concitoyens. » C'est alors que l'ardent Duquesnoy manda à l'une de nos autorités locales , qu'il félicitait de cette mesure patriotique ( lettre du 15 mars 1794 ) , « que l'affaire de Personne serait com- « mune avec les soixante-un députés mis en arrestation. • Soixante-deux girondins furent proscrits. Un rayon d'espoir
(i) M. Fockedey , antiquaire de la Morinie, député du Nord a la convention , montra non moins de dévouement et d'humanité. Il »'ef« fer ça aussi su péril de ses jours de sauver le roi-martyr.
ne tarda pas cependant à luire momentanément sur lai- France ; les monstres qui désolaient noire patrie tombé' rent à leur tour , et Personne reutré au sein de la Cou* Tention obtint de cette assemblée, le 2 avril 1795, une tomme de 600,000 livres en assignats pour procurer des subsistances à notre cité affamée ; le 21 juin suivant, il reçut en outre du comité de salut public l'autorisation de faire expédier pour Saint-Oraer 80 quintaux de grains d'Ostende , et 40 quintaux de riz du HâvreA
Le 42 août de cette (4) année , il fut ebargë de solliciter rétablissement du tribunal du département à Saint* Orner , comme le lieu le plus Central. Ses démarches réi* térées furent couronnées d'un plein succès. Le conseil de
cette commune lui témoigna encore expressément sa re* connaissance dans sa séance du 20 octobre 4705.
Presque au même instant , le lâche Lebon était traîné au supplice, à Amiens, dans un état d'ivresse.
Personne continua eusuite à tenir une Conduite dictée par Thumanité et la prudence. Membre du comité de législation, il parvint à faire prononcer l'annullation de plu- Sieurs jugements rendus pendant le règne de la terreur* H fit partie du conseil des anciens , mais il en sortit aux élections de mars 1798. Lors de la première organisation judiciaire de ce siècle , il entra comme juge au tribunal de Saint-Omer; il fut nommé vice- président de ce siège en 1811 , lors de la création des cours d'assises.
Son esprit de modération ne le quitta pas dans ses nouvelles fonctions, et ses rares connaissances l'y rendirent fort utile. Il fut aussi nommé membre de notre conseil
municipal. Il mourut en cette ville le 31 juillet 1812.
(r) Pertonnc fut puissamraant aidé dans celte circomtanee par Jean- François Dubrœucq , né â Audruieq , secrétaire de la commune de Saint* Omcr , le 5 février 1790, juge du district, membre do conseil des cinq cents, décédé Tua des plus savant» conseillers de la cour royale de Doua»,
Alexandre- Louis Mucherabled est né à Aire , le A oc* iobre 1744. Issu d'une famille réputée dans la magistrature , on le destina de bonne heure à marcher sur les traces de ses ayeux. Il fut reçu avocat au parlement de Paris, le 9 juillet 1767. Après quelques années de stage dans la capitale , il vint se fixer à Saint-Omer où il exerça sa noble profession avec un brillant succès. Ses écrits jouirent presque toujours d'une considération très-marquée. Il fit cesser la détention injuste de l'imprimeur Boubers , et sauva la vie à l'épouse de Monbailly , après avoir obtenu la réhabilitation éclatante de la mémoire de cet infortuné. Le retentissement de ce fameux procès criminel assura à l'éloquent orateur une clientelle honorable et un nom à jamais célèbre. L'évêque de Saint-Omer vint le complimenter et as- •ura à la veuve du supplicié une pension pour le reste de tes jours. Le peuple chanta ses louanges et le proclama digne d'exercer les fonctions de juge.
Ce chronographe : ConCIVIVM tVtbLà DàtVs est ( 1772 ), circula alors dans toute la contrée.
Muchembled «e fit aussi un renom distingué dans l'administration publique. Avant la révolution , il fut échevin et lieutenant mayeur de Saint-Omer. Député aux états d'Artois , il y combattit avec fermeté et constance les abus et l'arbitraire ; déposant dans deux mémoires , rédigés avec sagesse et clarté, les observations dues à une longue expérience , il invoqua dès cette époque le maintien des im«» munités du tiers-état de sa province , et réclama vivement
la garantie de tous les droits publics que nous possédons
Aujourd'hui. «
Mucherabled fit ensuite partie du conseil municipal de cette cité ; et lors de la première organisation de Tordre judiciaire, les électeurs le portèrent comme juge au tribunal du district. L'anarchie le contraignit bientôt dp quitter ce siège.
Son amour pour le bien public était tellement connu que , le 27 décembre 1792 , l'autorité locale le chargea d'aviser aux moyens de défricher , de dessécher avantageusement et de mettre dans la plus grande valeur possible les bruyères et marais de cette commune.
Le 5 juin 1793 , il exécuta une pieuse intention en faisant distribuer douze cents pains aux pauvres.
Il fut chargé en 1804 de discuter et de soutenir les droits de la ville contre les prétentions des habitants de la banlieue.
Il exerça long-temps aussi avec assiduité les fonctions d'administrateur de l'hôpital-général.
Adonné à un travail opiniâtre , animé d'un zèle exemplaire pour les intérêts qui lui étaient confiés , doué d'une excellente mémoire et d'un jugement droit , instruit à fond des règles de l'ancienne et de la nouvelle législation , consulté souvent dans des affaires délicates , Muchembled est décédé à Saint Orner , le 18 octobre 1810 , emportant les regrets de ses concitoyens et l'estime générale.
3)2 wtagtir&i.
Eugène- François-Léon , prince de Béthune , est né à Saint-Omer, sur la paroisse de Saint- Denis , le 30 juillet 1746. Descendant de l'ancienne maison de Béthune qui a
produit l'immortel Sully , notre compatriote *e montra digne de çette noble origine. Il embrassa d'abord dans un «âge fort tendre la carrière militaire qu'il fut obligé d'abandonner momentanément à cause de la faiblesse de st santé. Il cultiva alors avec «uccès la littérature, et fut *ççu membre de l'académie d'Arras , en 17do. Quelque* années après, étant rentré au service ^ Il fut nommé colonel de cavalerie, le 28 avril 1771. Joseph 11, l'ayant attiré à sa cour , le combla d'honneurs et de dignités. Le 30 avril 1791 , il fut installé en qualité de capitaine en €hef de la première compagnie des gentil» homme* de Flandre , Artois et Picardie , réunis sou» les ordres du prince de Bourbon ; ensuite il se retira en Hollande et rentra en France qu'il quitta de nouveau. Il fut créé chevalier de Saint-Louis , le 2 février 1798 ; radié définitivement de la liste des émigrés le 28 août 1802 , il alla de T meurer à Saint-Germain-cn-Laye. Il fut promu au grade . 4e lieutenant-général , le 22 mai 1816. Il était alors re- \r tu de plusieurs ordres étrangers. Le 29 juillet 1820, il - figurait encore comme président du comité de l'association paternelle des chevaliers de Saint- Luuia , dans le lieu ds sa résidence.
Dictionnaire des généraux français , par de Courcelles.
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Jean- Charl «8- Joseph Aubin est né à Saint-Omer , sur la paroisse de Sainte-Marguerite , le 21 février 1747. Il commença ses étude* *u collège de Saint-Bertin et se familiarisa avec la vie monastique et le» laborieux lqi*ir* de* feénédictin», «on* la bienveillant* protêt**» de Charh*
Gherbode, âbbé de la eomrauntuté , moiue instruit et m plaidant aux travaux historiques. Il se rendit ensuite en Normandie , dans la célèbre congrégation de Saint-Maur, devint «tous* prieur à Rouen et y exerça pendant près de .vingt ans l'emploi de bibliothécaire de cette compagnie. Dans ce foyer de science et d'érudition , il s'appliqua constamment à la littérature, et en fit le but et le charme de son existence. 11 avait visité avec attention les principales bibliothèques de la capitale , avant de travailler spécialement à celle de l'académie de Rouen. C'est là qu'il ae forma un plan d'investigations bibliographiques, qui devait plus tard nous être si utile. A l'époque de la révolution, il prit avec talent et énergie la défense de son or dre : « Sans domicile, sans ressource du côté des parenU
• que nous avons presque tous perdus , privés des livres « qui faisaient l'agrément de notre vie, nous allons tomber
• dans un anéantissement forcé et dans une détresse ef- « frayante. • Expulsé de sa retraite chérie, il retrouva dans les talents qu'il avait si fructueusement cultivés dos moyens certains de braver la fortune contraire. Il se livra alors entièrement à l'instruction de la jeunesse , fut nommé professeur à l'école militaire , et , après la tourmente populaire , il rentra dans sa ville natale avec des projet* salutaires de régénération sociale.
Quelques mois avant le retour du guerrier qui promettait le calme à la France , la place de bibliothécaire étant devenue vacante à Saint-Omer, l'abbé Aubin fut choisi pour la remplir, « comme un citoyen instruit dans la partie . • bibliographique et reconnu pour avoir toutes les qualités » requises pour en exercer dignement les fonctions. • A la même époque , il publia le prospectus d'un pensionnat qu'il ouvrit en cette ville et que les autorités administratives encouragèrent de tout leur crédit. Cette maison était «tuée dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Berlin , dans la position la plus riante et la plus avantageuse. Son plan
^éducation était basé sur la religion , la raison et Thon, neur, principes de toutes les belle* actions de l'homme. Ses premiers ressorts étaient l'indulgence , la douceur et la bonté. Il s'était acquis , par ses vertus sociales et sa moralité , l'est i me et la confiance générales , et ses compatriotes apprécièrent convenablement ses connaissances, et l'ardeur constante qui le dirigeait dans le progrès des sciences.
La nomination de l'abbé Aubin comme bibliothécaire est du 5 juillet 1799. On sait avec quel succès il répondit à l'attente de l'administration , et les nombreux éloges accordés avec justice à la docte classification de notre bibliothèque publique qu'il a tirée en quelque sorte du chaos et de la poussière où elle était ensevelie depuis la destruction des communautés religieuses et la confiscation des dépôts littéraires. Les résultats de sa gestion ont démontré qu'il avait fait preuve de patience , de zèle , de travail et de talents.
L'ouverture de la bibliothèque publique fut annoncée au commencement de 4805. « Ce noble projet qui est en- « fin exécuté, écrivait dans ce temps-là l'abbé Aubin, est a digne de nos magistrats et sera un monument de leur « goût pour tout ce qui peut contribuer à étendre les 'lu- « mièrcs de l'esprit humain. » Depuis lors , les autorités locales ont toujours porté un intérêt bienveillant à cette utile branche de l'instruction populaire , et à cet égard , ils sauront toujours comprendre sans doute parfaitement la nature bienfaisante de leurs fonctions.
L'abbé Aubin a rendu un service signalé aux lettres par la rédaction de son catalogue des Manuêcrit» de la bibliothèque de Saint- Orner. « On ne s'est point borné , dit-il « dans sa préface, à en présenter simplement le titre, on « y a joint des notes et des observations dans lesquelles, « quoique courtes et succinctes , on s'est attaché autant « qu'il a été possible, à en fixer l'âge, et à faire entrer • tout ce que le sujet renferme de plus curieux et de plu*
« intéressant, toit du côté de l'histoire , soit du coté du « rapport qu'il peut avoir avec les sciences. »
L'abbé Aubin dédia à la commune son catalogue général, fruit do plus de vingt années d'études et de recherches , et qui fut trouvé remarquable par Tordre , la clarté et la profonde érudition. Par sa délibération du 14 mai 4823, le conseil municipal eu ordonna le dépôt à la bibliothèque publique. L'autorité supérieure ne tarda paé à lui manifester des sentiments de bienveillance et d'encouragement qui lui inspirèrent un nouveau lèle pour les mériter davantage.
« On ne peut trop multiplier , s'écriait-il alors, les rea- « sources précieuses de l'instruction: la république dea a lettres a été , dans tous les siècles , la protectrice de» m sciences et des arts. Puisse l'horizon lumineux du siècle « où nous vivons n'être jamais obscurci par les nuages do « l'ignorance! * Son catalogue était tout disposé pour l'impression , mais moins heureux sous ce rapport que la gavant bibliothécaire de Cambrai (M. Leglay), il lui fut impossible , malgré les dispositions favorables de l'administration locale , de faire exécuter cette importante entreprise , pour laquelle on demandait une somme énorme , en 1816. L'impression des catalogues des bibliothèques communales est réclamée généralement ; c'est un des besoins do notre époque.
La bibliothèque de Saint-Omer se compose actuellement de 12,570 volumes qui forment 5,194 ouvrages imprimés et 842 ouvrages manuscrits.
Le 31 janvier 1827 , sa démission à l'amiable ayant été acceptée, il fut nommé bibliothécaire honoraire . « Nous satis- « faisons à la considération publique qui vous est acquise , « lui déclara-t-on à cette ooeasion, en voua accordant ce « titre. »
Dans les derniers mois de son existence , l'abbé Aubin , presque uniquement occupé des souvenirs poétique* qui
l'avaient jadis recréé, répétait sans cesse les noms de set auteurs favoris qui remplissaient encore son imagination d'illusions consolatrices. C'est ainsi qu'accablé de vieillesse et d'infirmités , formant des vœux pour la prospérité de rétablissement où il avait passé trente années de sa carrière, et qui était toujours resté le plos vif objet de ses affections , il s'endormit paisiblement, daus le sein du seigneur, le 5 septembre 1829 , laissant une mémoire chérie et vénérée de tous ses concitoyens, t ». . •
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Louis- Joseph-Thomas Lesergeant d'Isbergue , est né à Saint-Oraer, le 5 juillet 1747.
C'était Faîne d'une famille opulente de cette ville ; ancien capitaine de cavalerie , lieutenant des maréchaux de France , il fut l'un des quatre députés de la province d'Artois | aux états-généraux , en 1789. Eln membre de rassemblée constituante , U s'y déclara partisan des prineipes de modération , de réforme raisonnable et de sage liberté. De retour dans son lieu natal, et miraculeusement échappe au nivellement des jacobins , il fut chargé sous le directoire, en septembre 1797, de la présidence de 1 administration municipale; il fut révoqué de ces fonctions par arrêté du 29 novembre suivant. La réaction démagogique de cette époque , orageuse dans nos murs , explique facilement les motif» de cette mesure.
Après le rétablissement de Tordre , il fut nommé maire de cette cité, par décret du 14 mai 1800. Il fut encore éloigné de ce poste par arrêté des consuls du 2 juillet 4802, Le 20 août suivant , le conseil de lu commune J
pénétré de la perte de ce magistrat , qui dans tous le* temps s'était conduit avec intégrité , désintéressement et aménité , et qui était aimé généralement , décida à l'unanimité que l'un de ses membres irait représenter au premier consul que cette disgrâce injuste avait été surprise à sa religion, et qu'elle pénétrait de regrets la ville do Saint-Omer tout entière, qui déjà commençait à renaîtra sous sa direction salutaire. Quelques jours après, nos poltrons politiques firent déclarer cette délibération illégale. Cet honorable administrateur fut réintégré le 21 octobre 4806 , dans l'emploi de maire de Saint-Omer , qu'il exerça jusqu'à sa mort. Il remplit deux fois avec la plus grande distinction cette magistrature paternelle , faisant bénir sa sagesse, son impartialité, et son zèle à maintenir la tranquillité publique et l'harmonie parmi les Audomarois 9 assurant le service des subsistances dans des années calamiteuses , où l'histoire doit redire avec équité qu'il fit preuve de dévouement à son pays et à ses concitoyens.
Il était d'une prudence admirable , et en même temps son activité était si laborieuse , que la maladie ne put presque jamais la ralentir. Il donna en diverses cir constant' es* l'exemple des vertus publiques. Ami des lettres , il en favorisa de tous ses efforts la culture et l'encouragement. Son souvenir précieux a été long-temps le véhicule flatteur , le guide fidèle et sûr qui a tracé la marche de ses successeurs.
Lesergeant d'Isbergue est décédé à Saint-Omer le 1(J mai 1807 , jour de deuil remarquable par les regrets unanimes , la pompe funèbre étonnante , la fermeture motivée du théâtre et les honneurs extraordinaires rendus à la mémoire du défunt par le corps reconnaissant des pompiers. Un mausolée , érigé avec une noble simplicité dans l'église de Saint -Sépulcre , rappelle avec satisfaction ce nom chéri aux Audomarois , et attire ordinairement les regards des étrangers.
Àmable- Joseph-Marie Hellemans est né à Saint- Pol , la 9 juin 1750. Il fut promu par ordonnance royale du novembre 1768 , à la charge de lieutenant en second des canonniers , au régiment de Strasbourg , et de lieutenant en premier , dans la même arme , par autre ordonnance du 11 mai 1770. Ce fut le 9 mars 1785 qu'il reçut l'ordre de se rendre à Saint-Omer , à l'effet d'y être employé en qualité de capitaine en second aux détails de la construction de l'arsenal ; il obtint sa retraite quelques années après. Il fut décoré de la crois de Saint-Louis, à la fin çle 1791. Il faisait partie du conseil municipal de cette •ville, lorsqu'il en fut nommé maire par décret du 16 juin 4808. A cette occasion , le préfet de ce département loi écrivit le 25 juillet ces paroles flatteuses que sa conduit* honorable a parfaitement justifiées : « Les bons habitant* « de Saint-Omer voua ont reçu comme un bienfait de la « providence : on retrouvera un second d'Isbergue •
Par décret du 28 octobre de la même année, il fut ensuite revêtu de la dignité de président du collège éjecterai de l'arrondissement de Saint-Omer.
, Ce digne administrateur se délassait des importunité* des affaires publiques dans l'agréable culture des sciences; dans l'examen qu'il avait subi à Bapaume , à l'entrée de sa carrière, il avait été reconnu à un concours considérable comme l'un des plus fbrU et des mieux instruits des ^lèves du corna royal de l'ffttijferifl et y avait gagné l'e* lime et l'affection du célèbre Beiout. Vieux soldat , il loi
était doux de penter qu'en quittant «on épée , il pouvait' encore manier la plume avec habileté et rendre aerTico' à 8a patrie. 11 décéda à Saint-Omer le 17 novembre 1808. « Pendant le court espace de son administration, il n'a- « vait en vue que le bonheur de ses administrés et no « voulait user de son pouvoir que pour faire le bien. ït m réunissait les vertus du cœur et l'égalité d'esprit , qua- • lités que relevait encore une très raro modestie. » Il s'était particulièrement appliqué à l'étude des mathématiques et à celle des langues. Il a laissé divers ouvrages f en tr'a litres , un traité encore inédit sur le calcul différentiel et une grammaire française , in-8.* , de 470 pages f imprimée à Paris en 4811 , d'après le conseil de plusieurs nommes de lettres généralement considérés , et inscrite À notre catalogue sous le n.° 5,lu7.
Charles-Àlexandre-Balthaiar-François de Paul Baêrt-Duhollant vit le jour à Saint-Omer, sur la paroisse de Saint* Denis , le 19 décembre 1751 ; cet enfant qui devait ajouter un beau titre de plus à la gloire de son lieu natal, ne promettait d'abord qu'une bien courte existence ; il fut baptisé trois jours après sa naissance , à cause du danger de mort; son père , qui prenait la qualité d'écuyer et d'ancien échevin , était issu d'une famille noble , du Franc de 1 Bruges, alliée plus tard à la maison de Saint-Omer, et* qui , après la réunion à la couronne de la Flandre française, s'était fixée dans les environs de cette commune , à Upen , dit-on , en fece des ruines de Thérouanne. Sa mère était flamande et s'appelait Vàncappei; il eut pour
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parrain Charles Scacht, seigneur de Blingel Rivière , demeurant à Bergues- Saint- Winoc.
Maurice Baërt était , en 1456 , écuyer de Philippe-le- Bon , et Arnould Baërt , de Bruxelles , jurisconsulte renommé , membre du grand conseil de Belgique , décédé le 29 mai 1629 , était aussi probablement l'un de ses ayeux.
Le jeune Baërt fit ses études au collège des jésuites : il eut cela de commun avec Dausque , Maibrancq , l'abbé Grosier et tant d'autres savants audomarois. Destiné à Tétat militaire , il entra comme officier dans le régiment de Normandie-infanterie, mais au bout de quelques années, il donna sa démission pour se litrer entièrement à sa vocation pour les voyages , car on peut dire aussi de lui avec justesse que la pittoresque carrière de pélérin était réellement son véritable élément.
Baërt avait un goût inné pour Vhistoire ; il voulait en pénétrer plus intimement le génie , sans crainte de revenir sur la trace déjà parcourue , quand cette trace s'efface , et cherchant avant tout des exemples ou des leçons utiles. Craignant d'accorder trop de confiance à des préjugés ou à des erreurs en vogue , et ne voulant juger des hommes et des choses qu'avec les yeux inflexibles de la vérité , il entreprit de connaître les villes et les royaumes et de faire ses études historiques sur le théâtre même des événements, au sein d'une vie active , autrement que l'antiquaire , dont l'esprit s'éteint quelquefois dans les insupportables recherches. Il commença donc , non le tour du monde , mais l'exploration de l'Europe. 11 revit d'abord le berceau de son enfance et la douce contrée de ses pères , remplis pour son cœur sensible de si touchants souvenirs , lieux chéris qu'il afieetionna toujours avec une piété exemplaire , et sans jamais dédaigner tme gloire communale. Il reçut alors les adieux et les derniers conseils de son père (1) ,
j» Charles.Albert B«ërt, décédé à Saint-Omtr le x4 avril iijg:
bénédiction solennelle qui fut loin de lai porter malheur ; et après avoir examiné successivement nos provinces en observateur attentif, il visita toute l'Italie , franchit les Alpes et s'arrêta à Genève et à Zurich.
Ensuite, il parcourut toute l'Allemagne, la Hongrie, l'IUyrie , la Saxe et la Prusse ; de là , il s'enfonça dans la Pologne , arriva à Saint-Pétersbourg et inspecta en détail les nombreuses possessions de l'immense empire de Russie; après , il poursuivit sa course infatigable à travers la Suède, la Norwège, le Danemarck, le Hanovre et la Westphalie ; se retrouvant de nouveau sur la vieille terre de ses ancêtres, parmi les descendants des extrêtni hominum Morini, il se confia avec assurance aux flots de l'Océan, aborda plein d'espoir aux rives opposées , et mettant à profit , dans l'investigation approfondie des iles britanniques, ton expérience et ses lumières laborieusement acquises , il y rassembla avec une patience à toute épreuve les éléments de l'important travail qui devait assurer un jour sa réputation littéraire. 11 lui restait à connaître l'Espagne et le Portugal ; ces Royaumes n'échappèrent point à son insatiable curiosité ; enfin, il se ressouvint de notre belle France ; sorti de Paris le 1." juin 1780, il y rentra le 5 mai 1789. Que de particularités diverses à raconter ! que de réflexions consignées ! quel changement dans sa patrie entre son départ et son retour ! que de fatigues endurées et quel inquiétant avenir !
Baërt se rencontra dans ses nombreuses excursions aveu plusieurs personnages éminents du 18.* siècle. Il se lia d'amitié à Rome avec le cardinal Bernis et le mathématicien Jacquier , à Genève et à Zurich avec Saussure , Lavater et Gesner ; en Silésie , il assista aux grandes revues de l'arméo prussienne commandée encore par le grand Frédéric. C« roi philosophe , ami de Voltaire , qui , dans ses dernières années , voulait toujours effrayer ses ennemis , lui témoigna une considération flatteuse. Il se trouva en présence
de cette fameuse Catherine II, comme Tara ît été le jeûné Bernardin de Saint • Pierre ; avec les sentiments du tendre auteur des Etudes de la Nature, « il pouvait admirer de « loin la terrible impératrice , mais il ne pouvait aimer « que l'innocence et la vertu. • Gustave III lui montra one affection toute particulière : notre compatriote , comme français favorisé , se sentait secrètement attiré vers ce prince généreux qui voulut s'élancer au secours de Louis XVI ; et le monarque suédois semblait avoir deviné l'un des plut fidèles défenseurs du roi-martyr.
II revit Christian VII à Copenhague; il sortait à peine du collège lors de l'arrivée à Saint- Orner, le 15 octobre 1768, (1) de ce roi alors aimable et spirituel ; il avait accompagné les notables qui entrèrent dans la salle du festin et avait pu cousidérer à son aise ce brillant souverain. En contemplant de nouveau , en 1785 , ce prince presque privé* de l'usage de sa raison et écarté du gouvernement, il fut persuadé que « loin d'allonger la vie , le propre des hautes
• dignités et des honneurs est de l'abréger, après l'avoir « agitée violemment et souvent même après l'avoir empoi- « sonnée. » Le triste état de Christian était la déplorable conséquence de* divisions qui avaient désolé sa maison; ce qui prouve que pour se maintenir forte, florissante et heureuse , la famiUe , comme la cité , comme la nation , a surtout besoin d'être éclairée et unie.
Il causa à Florence avec l'héroïque Charte* -Edouard; Toici ce qu'il en a raconté : « J'ai entendu de la bouche « même de ce prince infortuné , alors courbé sous le poids
• d'infirmités morales et jouant tristement dans son inté- « rieur , en Italie , le rôle de roi , le récit des événement* « de sa fuite qui l'ont rendu bien plus intéressant que les « courts moments de prospérité que lui avait accordés la
• fortune. »» Le roi aotuel des Anglais l'accueillit aveo
|i) Variétét historique» sur Saiat-Omcr, page 199.
bonté , lorsqu'il n'était eucore qu'électeur dê Hanovre. Guillaume IV se doutait- il alors que cet érudit audomarois ne tarderait pas à tracer l'un des tableaux les plut estimés de sou futur royaume?
Le jour de son arrivée à Paris avait été celui de la fameuse ouvert ure des états-généraux ; en se livrant enfin paisiblement à son premier sommeil dans la capitale de sa patrie % notre voyageur surpris dut comparer naturellement l'état où il l'avait laissée et l'ère énigmatique qui s'ouvrait devant elle. • Ainsi Dieu se joue de la puissance humaine t et annonce par des signes éclatants les révolutions que « ses conseils vont opérer dans les destinées des peuples. ■
La révolution venait de s'annoncer : Baërt eu embrassa la cause avec modération ; partisan éclairé des idées progressives , des réformes utiles , et sujet dévoué au trône t il fut constamment du petit nombre des Français sages qui se sont souciés sincèrement de l'alliance tutélaire de la monarchie héréditaire et des libertés publiques. Il commença par se délasser de ses fatigues au sein des études littéraires qui avaient toujours charmé ses loisirs et auxquelles il s'adonna avec un nouvel enthousiasme. 11 parait qu'il ne tarda pas à jouir d'un crédit honorable. A cette époque , Saint - Orner sollicitait vivement de l'assemblée constituante l'établissement du chef-lieu du département du Pas-de-Calais, et celui du siège épiscopal; elle nomma Paërt, le 21 avril 1790, son député extraordinaire à l'efc. fet de poursuivre le succès de cette importante pétition , m connaissant sa capacité , ses lumières , son zèle désinte- » ressé et son activité, »
D'après la réponse bienveillante de Baërt, du 3 mai suivant , la municipalité fut pleinement autorisée à lui faire parvenir toutes les instructions nécessaires pour ses démarches réitérées en faveur de cette ville. Elle eut encore recours à son obligeance pour la surveillance de ses affaires t le 8 novembre 47,91.
Les Audomarois reconnaissants envoyèrent Baërt à l'as* semblée législative. Ce choix eut lieu à Calais en octobre 1791 ; on ne pouvait en faire un meilleur , sous le rapport du véritable patriotisme et des sentiments raisonnables. Que n'a-t-il été imité par un plus grand nombre de réunions électorales ? les fondements de la monarchie n'auraient point été sapés avec une irréflexion si funeste ; cent voix noblement indépendantes comme celle de cet intrépide Audomarois auraient peut-être empêché le vaisseau de l'état de se précipiter dans un gouffre infernal. Le 21 octobre 1791 , à l'occasion d'une dénonciation contre quelques bons paysans qui , à deux lieues de leur habitation , allaient entendre la messe d'un prêtre non assermenté t Baërt prononça un discours sage et éloquent en faveur de la liberté des cultes , et demanda que les actes de naissances , de mariages et de décès des personnes fusstnt constatés par les officier* de l'état -ri vil ; puis, que dans les villes , sur la réclamation de trois cents citoyens , et dans les villages , sur celle de cinquante , il fût accordé une église pour faire célébrer le culte catholique par des prêtres non assermentés. L'ajournement fit droit à cette proposition impartiale. Le 20 avril 1792 , lorsque l'irrésolu Louis XVI vint d'une voix altérée proposer à la chambre la déclaration de guerre contre le roi de Hongrie et de Bohème , Baërt qui partageait les noirs pressentiments du bon et chancelant monarque fut un des sept membres qui s'élevèrent contre cette résolution ; il eut le courage d'anathématiser cette guerre cruelle , qui inonda de ruines et de sang l'Europe entière, qui servit merveilleusement les parricides projets des factieux , car ils appellent ordinairement à grands cris , en pareille occurrence , une rupture étrangère , guerre fatale qui remplit l'intérieur de calamités effroyables et qui , pendaut tant d'années , appesantit son joug de fer sur notre malheureuse patrie ! La prévoyance de notre compatriote n'était
que. trop certaine. Deux mois «ont à peine écooléf > et déjà de hideux brigand» ont profané odieusement le palais de nos souverains et attenté lâchement à la majesté du trône ; Baêrt , fidèle à l'honneur et à ses serments , touché profondément de la situation déplorable de la famille royale , ne s'éloigna jamais de Louis XVI, dans l'affreuse in* surrection du 20 juin; cherchant à entretenir son héroïque constance , il voulut persuader à cet excellent prince qua les députés ne négligeraient rien pour, faire respecter son autorité: a Oui, lui répondit l'auguste victime déjà dét signée , en lui montrant les armes des scélérats qui l'en-* « touraient ; mais vous qui avez beaucoup voyagé , qué « croyez- vous qu'on dira de nous à l'étranger? » Baêrt rentra alors en toute hâte au sein de la Législative > mais « il eut beau crier que le roi était dans le plus grand « danger, que le représentant héréditaire de \a nation avait « été insulté, menacé, avili par la foule armée qui était « entrée au château » (i) ; cette assemblée pusillanime na fit alors , et surtout six semaines après , que retarder le grand crime qu'elle aurait pu prévenir par sa fermeté. :i Baërt qui avait toujours voté avec la portion saine de la législative, quitta Paris après le 40 août , désespérant de la liberté publique. Il avait vu abattre sur les places prin* çipales de cette ingrate cité les statues des rois de France ; y serait- il resté inutilement pour voir tomber la tète sau* glati te de leur soixante-septième et vertueux représentant? Ah! s'il avait pu du moins sauver cette vie préetease en sacrifiant la sienne! 11 revint triste et Consterné dans la ville de Saint-Omer ; bientôt poursuivi par les séides da cet infâme Artésien , qni voulut proscrire tous les savants , tous les gens de lettres , tous les artistes et les érudits (2) , il ne sa ernt plus en sûreté dans la contrée qui l'avait va
(i) Journal de Prodhoome. . >
i») Prajositioa do fiUibesyierre du i S juillet 1794.
maître , et alla se réfugier par précaution au fond du Jura , chez un ami de sa famille , où il resta dans une retraite absolue pendant les exécrables années de la terreur. Il retourna à Paris après la chute du monstre et trouva quelJ ques distractions à ses cuisants chagrins dans les soins exclusif» qu'il prit alors de réunir les matériaux épars de ses divers voyages.
' En 1797, Baêrt publia , dans un volume anonyme , des Mémoires historiques et géographiques sur les pays situés antre la Mer Noire et la Mer Caspienne. Paris, in-4.°, an V. Ces pays étaient alors presque inconnus , et ces mémoires furent lus avec curiosité.
* Il avait rédigé , en 1792 , un journal ayant pour titre V Indicateur, dont les principes étaient en opposition directe avec les idées exagérées du moment. En 1802, il mit au jour le Consommateur y mais sans désignation d'auteur.
On lit dans plusieurs notices biographiques que craignant les suites du 10 août, il s'était rendu aux Etats-Unis d'Amérique pour y former un établissement industriel ; c'est une erreur, Baèrt ne quitta plus la France.
< Baèrt doit être compté parmi les généreux écrivains qui, au commencement de ce siècle , tâchèrent de railler les esprits à la cause religieuse , et soutinrent de leurs talents celle de l'homme puissant qui nous avait alors retirés de l'abîme , afin de l'aider à une plus prompte reconstruction de l'ordre social. Il fit paraître, en 1802, avec nom d a'utenr mis au bas de la préface, chez Maradan, libraire à Paris , le TnhlMu, de la Grande-Bretagne , de l'Irlande, et des possessions anglaises dans les quatre parties du monde. 6 vol. in-8." avec cartes et figures. Cet ouvrage , le plus intéressant, le plus exact et le plus complet qui ait été donné en français sur ce sujet , et dans lequel brille une connaissance parfaite du pays , est le résultat avantageux des nombreuses observations de l'auteur faites sur les lieux
mêmes des objets traité^. Dés critiques anglais lui accor-
dèrent de brillant* éloges et déclarèrent que leurs compatriote» pourraient aussi le lire avec profit. Napoléon en parlait avec une bienveillance extrême; il le consulta souvent <, dit-on , au camp de Boulogne , pendant ses démonstrations quasi-sérieuse* contre ses implacables ennemis d'Albion.
11 est question dans le premier volume , de la description de l'Angleterre , de l'Ecosse , de l'Irlande , des iles qui avoisiuent ces trois royaumes , et de Gibraltar. La parti* qui regarde l'Ecosse et l'Irlande a été rédigée eu 4787. Celle qui est relative à TAngleterre et à ses colonies , l'a été à Londres en 1788. L'auteur s'y loue vivement du bon et facile accueil et de la cordiale hospitalité qu'il reçut , et éprouva pendant un séjour de deux ans et un voyage de deux mille lieues. Il cite particulièrement la famille respectable de M. Binghitm, pasteur d'Hemel-Herapsted en Hertfortsbire. C'est en Irlande qu'il a rencontré les beautés les plus remarquables de l'Europe; • Je n'ai pas vu de « plus belles femmes, dit-il, que les miss Grays de Cork, « miss Cobb de Dublin , et M. œe Brown , belle-fille du «• lord Kemnard. » Il se reposa avec sécurité au milieu de* montagnes des loyaux highUmders dont les habitudes patriarchales et les rêveries superstitieuses nous sont de» venues si familières depuis les délieieux romans de Wal» ter-Scott. H composa son article sur Gibraltar, en 478ft, après y avoir abordé à la nage et sans le moindre vêtement , pour éviter une quarantaine. 11 dut alors au général O'Hara*. homme aussi aimable que bon militaire, commandant de cette célèbre forteresse f la permission de traverser les lignes espagnoles et d'éviter ainsi de fatigantes courses de mer , et l'obligation pénible de retournée à la côte d'Afrique.
L'auteur passe en revue dans le deuxième volume les possessions anglaises en Amérique , continent et îles , en Afrique , et aux Indes Orientales. Il explique ensuite U constitution de ce royaume , se» lois et sa législation* .
ht tome troisième comprend la religion , les cultes alvert , la composition de la cour , les rangs et les diverses dignités , les forces militaires de terre et de mer , les fi- Dan ces, les impôts, l'agriculture, les mines, les manufactures et l'industrie ; le tome quatrième est consacré au commerce , à la population , au oaractère , aux mœurs et usages , et se termine par un aperçu très-piquant sur le théâtre, la littérature, les scienoes et les beaux-arts.
Cet ouvrage est inscrit au catalogue de la bibliothèque de Saint-Qmer , sous le n.° 5,052.
Baërt épousa le 20 février 1804 M ,le de Montboissier , petite- fille du respectable Malesherbes. C'était un mois avant l'assassinat du duo d'Enghien. Notre compatriote , justement révolté de cet horrible attentat , partagea les sublimes sentiments de celui dont le frère avait aussi épousé une petite-fille du dévoué ministre de Louis XVI , et après «voir fait l'acquisition de la terre de Château- Renard , dans lè Loiret, il y demeura dans un silence complet pendant toute la durée de l'empire.
Baërt salua le retour des Bourbons avec une joie inexprimable. En août 181 5 , il fut élu membre de la chambre des députés par le département où il résidait. 11 adressa dans cette circonstance un avis imprimé aux électeurs , dan* lequel il les exhortait à la concorde et à la modération. Le collège électoral était présidé par le vicomte de Chateaubriand. Avec quelle douce satisfaction l'illustre écrivain proolama-t-il l'honorable triomphe de ce digne allié du vénérable vieillard qui avait été jadis son premier protecteur , lors de ses hardis projets d'outre-mer ! Que de liens de sympathie entre ces deux voyageurs!
Le 9 décembre 1815, Baërt fut nommé président du troisième bureau dé la chambre des députés ; à la fin de janvier 1816 , il fit partie de la commission chargée de l'examen du projet de loi sur les élections. Le 22 avril suivant , il sollicita , à regret et pour des besoins aussi up»
gents qu'indispensables , un congé qu'il obtint, et peu après , il donna sa démission motivée sur le dérangement de sa santé; il s'était fait remarquer dans cette assemblée par la prudence de ses opinions. ,
« Quelle que soit la diversité des chemins , les voyageurs ,
• comme Ta observé si éloquemment Chateaubriand t arri-
• vent au commun rendez -vous; ils y parviennent tous « également fatigués , car ici bas, depuis le commencement « jusqu'à la fin de la course , on ne s'assied pas une seule « fois pour so reposer ; » aussi Bàërt t pressentant bien qu'il ne tarderait pas à descendre de la montagne, jeta dans le calme de la solitude un long regard sur les pays qu'il avait traversés. Chéri et respecté des personnes qui l'entouraient , il les récréait souvent enoore par le récit animé de ses amusantes pérégrinations. C'est ainsi que ses dernières années s'écoulèrent tranquillement dans sa terre de Château-Renard , où ses studieux loisirs étaient aussi employés à mettre en ordre quelques relations du plus haut intérêt. De temps à autre , il se rendait néanmoins à Paris , séjour qu'un homme de lettres ne peut jamais oublier, et il y termina sa carrière le 23 mars 4825. Il y repose avec Monsigny et Grosier,
Au milieu de la chapelle de Notre-Dame de Loretta , dans l'église de Saint-Denis , à Saint -Orner, se trouve encore une pierre sépulcrale infiniment curieuse sous le rapport héraldique, Elle concerne les familles Haërt et Scackt. Elle est ornée d'une quinzaine d'écussons presque effacés , et porto les inscriptions funéraires de Fayeul et du père de Baert, de leurs épouses et de plusieurs enfants en bas -âge.
Mathieu-Joseph -Guillaume Saint-Amour, est né à Ardre* le 22 mars 1755. Son père, qui avait figuré d'abord dans l'arme du génie , était devenu capitaine daus la première compagnie des grenadiers de France , et à sa retraite t décoré pour sa bravoure de la croix de Saint-Louis , avait été fait commandant de la place d'Ardres.
Saint-Amour commença ses études à l'âge de six ans au collège de Saint- Berlin , à St. -Orner; il les termina ensuite à Paris où il fit des classes fort brillantes. Des* tiué à la carrière militaire , il reçut en 1777 , à l'âge de 22 ans , un brevet d'officier dans la légion de Nassau. Deux ans après il quitta le service , s'appliqua à l'étude des langues , et parvint en quelques mois , par une ténacité constaute au travail , à composer en italien et en espagnol plusieurs morceaux de poéaie qui furent appréciés favorablement par les amateurs. Mais ce penchant no fut que momentané , et il se consacra désormais entièrement au droit et à ta jurisprudence.
11 obtint bientôt par dispense d'Age le poste de procureur du roi au bailliage d'Ardre». Il v trouva l'occasion de faire preuve d'une érudition profonde et d'une équité parfaite.
Désigné en 1782 , comme conseiller pensionnaire de la rille de Bourbourg , il contribua par son zèle et sa sagesse à la prospérité de cet intéressant pays.
Le 13 novembre 1787 , il avait assisté comme députa du tiers-état à l'assemblée provinciale de Picardie tenue à Calais ; membre du bureau , il s'y fit remarquer par la
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justesse de se* vue*. Il fut appelé en 1 7S0 à fhire partie de l'administration du directoire du département.
Le 4 juillet 1790, il avait renoncé à accompagner la députation du district de Calais qui se rendit à Paris pour la fédération générale du 14 de ce mois. Un hommage $lii8 flatteur encore lui fut rendu par les électeurs convoqués en octobre 1791 ; l'unanimité des suffrages le choisit pour l'un des députés à l'assemblée législative , mais il n'accepta point cette mission honorable. C'est alors qu'il fut nommé major-général des gardes nationales du Pasde-Calais. Il avait préféré <le se livrer exclusivement au* affaires de son pays qu'il affectionna toujours avant tout, : car il fut à trois reprises maire de sa ville natale , où il fit toujours régner l'ordre, et dont il assura les subsistances ; et c'est en cette qualité cfue plein de loyauté , et fidèle à ses opinions monarchiques et constitutionnelles , il signa un arrêté contre les barbares auteurs de la hideuse journée du 20 juin. Les généreux vainqueurs du 10 août l'en récompensèrent en le destituant de sa place d'administrateur du département. Il exerça ensuite par intérim les fonctions de procureur-général syndic du Pas-de- Galais. En 1790, il préserva, comme commissaire du directoire exécutif, le canton d'Audruicq des vexations multipliées du plus odieux arbitraire. Aux élections de 179H,' y fut élu .membre de la représentation nationale , et entra au conseil des cinq-cents. Il s'y montra encore d'accord àvec ses principes , et monta plusieurs fois à la tribnne pour y défendre ce que nos institutions pouvaient alors avoir de bon. Ses discours éloquents et modérés furent applaudis par tous les hommes intègres de cette époque; Il n'avait adhéré à ce mandat que par amour du bien public , et il eut , comme on sait , l'avantage de sauter par la croisée avec un grand nombre de ses collègues , lors de l'entrée un peu trop familière , sinon menaçaute ^ 4u général Bonaparte. *'-> : t.*
< Quelque* «nnéet après , en 1806 , il devint chef des contributions indirectes à St.-Oiner ; mais ses goûts simples et champêtres ne pouvant sympathiser avec les exigeances rigoureuses et arides de cet emploi , il se retira nu bout de quatre années à sa maison de campagne de - Zudquerque. En 1808 , pouvant commander une légion de la garde nationale active de ce département, il ne voulut par modestie que rester à la tête d une cohorte. En IMj, il fut élu à St. -Orner membre de la chambre des représentante , mai» sa santé ne lui permit pas de remplir ee nouveau mandat. Eu 1817 , les 22 communes du can* %on d'Àudruicq le réclamèrent pour juge-de-paix , et ce teu général le détermina à accepter cette charge pater* nelle que venait de lui confier le gouvernement. ] ,Le canton d'Audruicq, doût il avait déjà vingt ans auparavant mérité les nombreux éloges, se rappelle encore avec reconnaissance son talent conciliateur , son zèle éclai- »é , son intégrité et sa bienfaisance, Porté sur le tableau du conseil général du département depuis la création de cette institution , il en fut pendant quinze années consécutives le secrétaire , et plusieurs fois le président. . .11 avait été récompensé de ses divers services à la patrie par le grade distingué d'officier de la légion d'honneur ; mais il était sans ambition , car il aurait pu facilement ^li o coïïi^iis cl n.ns 1 oi jj 3oit><it ion cIll ti il)u.Qtit y e t jJlïi > t ijii 3. fin rang» élevé dans l'administration ou la magistrature i mais heureux, de son obscurité , il éprouvait uue jouissauce. infinie à se délasser de ses longs travaux dans les études littéraires qu'il avait toujours cultivées avec goût et même oc succès. Sa mémoire était prodigieuse , et sa facilité 4'écrire était telle qu'il dictait jusques à quatre lettres à la Ibis, lorsqu'il dirigeait l'administration générale du dé-r parlement. Il connaissait cinq langues et avait été reçu membre 4e plusieurs sociétés gavantes. Il avait ressenti Tivement en 1814 la perte d'un de tes tils. U ne trouvé
Joseph-Secret- Pascal VALLON GUE
uuaonc eritiiiie specr «icuicub au j>» uu g ci ne par îc général Marescot , il se distingua , pendant les guerres de la révolution , aux sièges de Landrecies , du Quesnoy , do Valenciennes et de Maastricht , et fit hormeor au nonl français dans les campagnes d'Italie et d'Egypte. Devenu successivement colonel -directeur des fortifications, sousdirecteur du dépôt de la guerre , aide-major du maréchal Berthier , il travailla en cette dernière qualité aux. préparatifs de l'expédition contre l'Angleterre. Ce fut dans les loisirs du camp de Boulogne qu'il composa la Notice hi$toriquesur la ville de Saint Orner , déposée à notre biblio-
quelque adouc infirment a «a peine amère qu en déplorant dans une élégie pleine de souvenirs touchants et mélancoliques toute l'étendue de son malheur. Ma Veillée au tombeau de mon fils , a été lue avec attendrissement par Andrieux, ancien ami de Fauteur , et les cendres du pére désolé ont été placées depuis auprès de celui dont il na pouvait se séparer.
C'est au milieu des bénédictions que lui attirait sa ma» gistrature tutélaire que Saint-Amour quitta ce monde , lé 29 juillet 1823 , et nous proclamons aussi avec tous les biographes qui nous ont précédés t cette vérité profondément sentie dans toute cette contrée , que « personne n'a • laissé une réputation plus mérifée de probité , de mo-
« dération , d'honneur et de fidélité à l'amitié . »
Joseph -Secret- Pascal Vallongue, né le 24 avril Î763, à Sauve , département du Gard , justifia d'abord dans les travaux qu'il fit exécuter à la place de Soissons, l'espoir brillant qu'avaient fait concevoir ses excellentes études ; attaché ensuite spécialement au corps du génie par le général Marescot , il se distingua , pendant les guerres de la révolution , aux sièges de Landrecies , du Quesnoy , de Valenciennes et de Maestricht , et fit honneur au nom français dans les campagnes d'Italie et d'Egypte. Devenu successivement colonel -directeur des fortifications, sousdirecteur du dépôt de la guerre , aide-major du maréchal Berthier, il travailla en cette dernière qualité aux préparatifs de l'expédition contre l'Angleterre. Ce fut dans les loisirs du camp de Boulogne qu'il composa la Notice ki$toriqae sur h ville de Saint - Orner , déposée' à notre biblio-
thcquc publique. Gréé général do brigade du génie , le 25 décembre 1805, après la mémorable journée d' Austerlitz f il dirigea Tannée suivante le siège de Gaëte , et y fut blessé mortellement, à la tète, d'un éclat d'obus, le 22 juin.
Ingénieur du premier mérite, écrivain élégant, le général Vallongue vivra toujours dans le souvenir équitablt des habitants de Saint- Orner : « ils ont reçu avec une vive
• satisfaction Futile ouvrage que jadis il a bien voulu ■ leur dédier, et son nom figurera toujours avec distinc-
• tion sur la liste de ceux qui ont des droits à leur graf titude et à leur amour. •
. La Notice historique est un beau manuscrit de 30 pages in-folio. Elle est restée inédite dans les archives du ministère de la guerre. M. A lient , sincèrement porté pour la gloire et l'intérêt de sa ville natale , a obtenu la copie inscrite au n.° 834 de notre catalogue.
L'auteur commence par donner une situation de la ville de Saint-Omer, qu'il envisage particulièrement sous le rapport de ses moyens de défense ; vient ensuite un chapitre pour son Histoire militaire et politique ; puis il énumère ses établissements militaires ; de là , il passe en revue les établissements et monuments publics. • Ce morceau d'ar-
• chitecture des plus beaux temps du moyen-âge aurait m mérité, dit-il en parlant de l'abbaye de Saint- Bertin,
• d'être excepté de la loi qui vouait à la destruction tous
• les monuments religieux. » Alors, comme aujourd'hui, il y avait des caractères qui faisaient honneur à l'humanité par leur indépendance et la sagesse de leurs opinions. L'auteur , dans des paragraphes intitulés : Population, Consommation, Agriculture, Manufactures , Commerce, Mœurs, n'oublie point de retracer la statistique morale de cette cité. Cette partie essentielle des annales d'une ville a été composée il y a 30 ans ; ne serait- il pas avantageux pour chaque cité de voir tous les quarts de siècle reproduire un •emblabk tableau ? Les véritables amis de leur pays seraient
à même de juger sûrement les résultats des changements que le temps y aurait introduits.
Une situation périodique de nos monuments , de nos mœurs et usages, de nos divers établissements et de toutes les espèces de notabilités , serait effectivement d'un attrait puistant et d'une extrême utilité. Dans le Saint- Orner autre fou sé placerait la joyeuse exclamation de Froissart, dans le J4. e siècle : • il voulut voir Saint-Omcr pour ce que cette
• ville lui semblait belle de murs , de portes , de tours « et de beaux cloebers \ » Cette opinion flatteuse du grand roi y trouverait encore sa place : • ayant visité la ville de
• Saiut-Omer le 30 avril 1677 , elle lui parut fort belle et
• bien fortifiée.... » Les tableaux poétiques ne manque* raient pas au Saint -Orner aujourd'hui.
Le général Vallongue a consacré des pages curieuses au Portus-Itius , aux ruines de Clairmarais, aux îles flottantes ainsi qu'aux faubourgs de Lysel et du Haut-Pont ; l'histoire singulière et problématique de ces antiques dépendances de notre cité , manque encore à la curiosité des voyageurs et aux archives des antiquaires. Mathurin , type remarquable d'une population étonnante et toute particulière , est digne aussi d'entrer dans le temple de mémoire.
Cette notice sur Saint-Omer porte l'empreinte d'un style gracieux et correct , et d'une connaissance approfondie do la localité , et des sites pittoresques qui nous entourent. Le paysage enchanteur de la riante vallée de l'Aa y a été traqé surtout avec élégance et une rare
Pierre- Jean-Marie Collet est né à Coulofne, canton de Calais , le *0 août 1764. »
Placé des sa plus tendre enfonce à Calait, chez un instituteur dévoué , il apprit promptement les premier» élément* de* science* , et entra ensuite au séminaire de Boulogne pour terminer ses études classiques.
Cet établissement était alors dirigé par un savant et vénérable évèque , M. de Pressy ; charmé des progrés étonnants de son nouvel élève , ce digne prélat sut l'encourager par une protection bienfaisante et une amitié honorable.
Collet a rempli différentes charges civiles pendant en- Tiron seize ans , entr'autres , celle de président de 1 administration du canton de Peuplingues, dans le Calaisis. Au milieu des occupations , publiques les plus multipliées, il n'avait jamais négligé d'entretenir habituellement son goût inné pour l'histoire de son pays. On peut dire avec vérité qu'il se livra avec une assiduité soutenue aux investigations les plus approfondies sur les antiquités de cette contrée | et que , pendant les dernières années de son existence, il employa en quelque sorte tous ses instants à mettre en ordre ses nombreux documents et à préparer l'impression des estimables produits de son zèle laborieux et patriotique.
Depuis dix ans surtout il s'adonnait spécialement avec une ardeur infatigable aux recherches les plus minutieuses sur la statistique de l'arrondissement de Saint- Orner et du Calaisis ; il n'avait épargné aucune démarche , aucun examen -, aucune course dans les plus minimes endroits de cette circouscription , pour se procurer les matériaux nécessaires au plan qu'il s'était formé d'exposer à ses concitoyens le cadre méthodique des événements les plus intéressants de leur histoire locale. Il mit surtout à contribution dans ce but louable les richesses littéraires de notre bibliothèque publique, et il y hit long- temps en permanence dans l'espoir de nouvelles découvertes.
Collet a composé trojs ouvrages. Le premier , imprimé en 4830 à Saint-Omer, a pour titre: Notice historique i%
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Saint- 0 mer , suivie de celles de Thérouanne et de Tonrnehem.
Le deuxième a été imprimé, après ea mort, à Calai» , en 1833 ; il est intitulé : Notice historique de l'état ancien et moderne du Calaisis , de l'Ardre sis et des pays de Bredenarde et de C Angle. Cetto notice est précédée d'un article biographique sur l'auteur , par M.' J. Derbeims. Le troisième est inscrit au catalogue de nos manuscrits sou» le 11/ 838. C'est un Essai historique, topographique et statistique sur l'arrondissement communal de Saint -Orner, suivi de deux notices sur Coulogne et Calais, insérées dans l'ouvrage précédent , petit in-folio de 236 pages. »
Collet est le premier écrivain de notre arrondissement qui , dans cette propension utile qui nous entraîne presque ' tous depuis quelques années vers les études historiques , ait livré à l'impression une composition relative aux anpales de la cité. C'est une antériorité dont il faut avec justice savoir amplement lui tenir compte. Il a compulsé divers manuscrits anciens et quelques auteurs du siècle dernier sur l'histoire de ce pays ; mais comme ses moyens d'exécution étaient bornés , il n'a présenté que des tableaux fort sommaires et que des notices purement statistiques. Il n'a pu i dans un cercle trop rétréci , se laisser aller à une discussion sérieuse des faits, ni indiquer d'une manière suffisante les sources ordinairement respectables qui ont servi de base à son récit, [/institution des congrès littéraires a certainement une utilité sociale, et le monde savant applaudira sans doute à ses résultats avantageux ; mais la facilité que l'on accorderait à l'auteur peu fortuné de soumettre sans restrictions et sans morcellements ses œuvres à la publicité, serait une mesure libérale non moins précieuse pour les lettres. Rarement en effet l'on voit sortir de la classe riche les écrivains dont la spécialité exige des veilles et des sueurs. Pour apprécier convenablement la valeur d'un ouvrage , il est bon de connaître au moins une partie des circonstances dans lesquelles il a été composé.
et c'est nn de* service* signalés que rend la biographie; Collet a commencé ses travaux historiques par l'arrondissement de §aint-Oraer ; il a consigné consciencieusement dans son Eê$ai les diverses définitions étymologiques, et toutes les indications topographiques et statistiques qu'il avait recueillies pendant sa vie entière sur les sept cantons qui composent cet arrondissement , sans oublier la description de son lieu natal et la ville où il avait reçu sa première éducation. Sa description de Sithieu tait aussi partie de cet ouvrage. Sa notice sur Saint-Omer n'est qu'un extrait de V Essai; la notice sur le Calaisis n'est aussi qu'une copie littérale de ce manuscrit, augmentée toutefois des communes du canton de Calais.
Le manuscrit n.° 838 renferme , sur nos petites communes , une multitude d'aperçus historique qui procureraient incontestablement une lecture attachante à tous ceux qui aiment sincèrement leur patrie. Les détails publiés sur le Calaisis par un éditeur généreux et éolairé, et conçus dans un genre absolument semblable, en ont été une preuve manifeste. Mais cet Essai aurait formé plusieurs volumes, et Collet, dans sa Notice historique âe Saint-Omer, dut se contenter de 240 pages in-12. On doit donc l'excuser vu peu de n'avoir pas été plus prolixe. Nous pensons que l'auteur , pn produisant ce livre mince mais utile , a rendu un véritable service aux Àudomarois , en les initiant rapidement à la connaissance de l'origine et des antiquités de leur cité. Mais en offrant notre hommage à sa longue patience et à ses soins multipliés pour introduire dans son volume les particularités indispensables , nous déclarons qu'il n'a rédigé qu'un livre très- insuffisant des annales de l'importante et populeuse ville de Saint-Omer ; après une analyse claire et exacte de l'état des anciens Morins , de leur soumission aux Romains et de leur conversion au christianisme , l'auteur passe trop légèrement fur les invasions des Normands ; dans sa narration sue?
•incte , il ne s'appesantit que rarement sur let causes (pis
ont déterminé les événements et jamais sur leurs conséquences qui furent quelquefois immenses. C'est ainsi par exemple que la possession contestée des villes de Saint-Omer et d'Airé a contribué puissamment à la fameuse ligue des alliés , déjouée si brillamment à la célèbre bataille de Boulines. Le sac de Saint-Omer par Philippe la grand* charte de Guillaume Gliton , constitutive des privilèges det Audomarois , le» efforts réitérés et les divers combats du fatal Robert d'Artois pour se rendre maitre de la place , n'ont pas été retracés avec les détails convenables ; la rébellion des bourgeois sous Charles-le- Téméraire , la séduction parricide que Louis XI tenta vainement envers l'héroïque de Beuvres , les sièges , la domination espaguole > les entrées solennelles de nos souverains , en un mot , presque toute la partie anecdotique , si attrayante pour les lecteurs actuels , est omise dans cette fugitive notice ; cependant les établissements monastiques qui jadis abondaient dans cette commune ont été traités avec 1 étendue désirable. Collet fait même autorité sur ce point. Ses paragraphes sur l'abbaye de Saint-Bertin et sur Notre-Dame de Saint-Omer sont également satisfaisants , mais depuis lors ces deux monuments ont été tracés avec talent par un pinceau supérieur. Il proposa aussi un plan de reconstruction pour l'hôtel-de-ville ; cet édifice ne lui survécut guères 1 C'est encore un épisode remarquable qui est digne d'une couleur littéraire et d'une plume exercée. Sa mention de la bibliothèque publique ne pouvait être qu'un simple enregistrement. Une dissertation étendue sur ce précieux dépôt ne peut se placer convenablement qu'en tête d'un catalogue imprimé. Enfin , malgré la forme toute chronologique de cette œuvre , les antiquaires doivent en savoir gré à son auteur , car ils y trouveront encore des documents exacts sur nos monumeuts , nos institutions , les différentes branches de imtre industrie , et des obser*
vations tarantes sur le climat , l'agriculture, les accident! physiques et la population de nos cantons. Collet a effert aussi une esquisse de la biographie départementale ; c'est la partie la plus faible de sa composition. Ce serait , il est Vrai , un imposant travail que la biographie du département du Pas-de-Calais ; mais il faut qu'elle soit commencée pour les premières localités de chaque arrondissement , et que Ton essaie pour Àrras , Bé thune , Saint-Pol , Hesdin , Mon treuil , ce que l'on a déjà fait eu partie pour Boulogne et Calais , ce que nous donnons maintenant pour Saint- Orner.
La notice principale de Collet est suivie de deux précis sur Thérouanne et sur Tournehem. Le dernier, susceptible d'être très-ampli fié , puisqu'il ne comporte que dix-huit pages, charme toutefois particulièrement par les vieux souvenirs qu'il retrace et la narration de faits peu connus. La notice sur Thérouanne est un peu plus longue; mais tont n'a pas encore été dit sur ce lieu célèbre, et une antre publication, augmentée des résultats de toutes les investigations rationnelles et enrichie d'un plan figuratif, ne serait pas également sans utilité pour l'histoire de France.
Au moment où Collet allait jouir du succès du premier fruit de sa vaste érudition , la mort le frappa subitement le 25 janvier 1830 , vers midi , dans la salle à manger de son imprimeur, à Saint-Omer. Sa perte a été déplorée justement par tous les partisans amis de la science historique. • ■
François-Joseph fleron , né à Aire, le 26 août 1765, est décédé à St. -Orner le 22 octobre 1832 , grand doyen de cet arrondissement , curé de l'église de Notre-Dame , Vicaire- général et chanoine honoraire d 'Arras.
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Elevé à l'ombre de la célèbre abbaye de§ Augustin* de Choques , par son oucle , simple pasteur du lieu et qui avait remplacé généreusement le père qu'il avait perdu , il grandit doucement au pied d'un autel modeste, comme la plante salutaire , aimée des cieux et pleine déjà de vertus favorables. 11 fit ensuite avec succès ses premières classes au collège de fiéthune , entra après à l'aide -d'une bourse au collège de Saint-Bertin , et termina son éducation .u .émiuaire de Srint-Finni. , à P.rU , di.Hngu.n* toujours par son application soutenue , ses progrès étonnants dans les sciences , et sa conduite exemplaire. U sortit de la capitale, revêtu des insigues du sacerdoce, et com4 meuca les exercices du saint ministère dans la petite commune de Busnes , près de Lillers. il y coulait des jour* paisibles, aimé et respecté de tous ses paroissiens, lorsque les déplorables résultats de l'impiété ayant ébranlé le vieux trône de nos rois , et jeté un voile sacrilège sur l'église , il lui fallut songer à abandonner un sol souillé par d'abominables for laits , et porter en gémissant sur le terre étrangère, ses vœux et ses regrets. Nos fiers régénérateurs redoutaient tant d'ailleurs alors un prêtre chrétien , qu'ils n'étaient guère scrupuleux sur les moyens de s'en débarrasser au plus vite. • !
, • L'abbé Deron se retira dans la Belgique , et ensuite en Allemagne. 11 recueillit dans son émigration , les fruit* avantageux de ses premiers travaux et de ses continuelle* études. On le chargea de présider à l'éducation des enfants d'une haute maison , et il répondit parfaitement aux vues élevées de la pieuse princesse d'OEttingee.
Le sort de l'abbé Derou était en quelque sorte digne d'envie dans cette délicieuse contrée , mais ses yeux n'étaient pas éclairés par les rayons du soleil natal ; sur ces bord* lointains , son cœur n'était pas suffisamment rempli y il lui manquait une jouissance qu'aucun plaisir ne peut égaler , celle de revoir les champs de la patrie. Cependant le*
événements s'étaient précipités ; un nouveau pouvoir yens.it de se poser sur les débris de vingt factions qui , par un arrêt de la justice divine , s'étaient entre- dévorées insensiblement. Une auréole éclatante recommandait le chef do l'état qui avait conclu un concordat avec le chef de l'église, le 29 novembre 1801. Après dix ans d'absence, l'abbé Deron quitta le pays où il avait reçu une hospitalité si généreuse , et reprit plein de joie , à l'exemple des anciens pélérins , la route chérie du toit paternel. A sa sortie de France , tous nos monuments religieux étaient encore debout ; lorsqu'il y rentra , que de ruines s'offrirent sur son passage ! quelle tristesse profonde dût s'emparer de son «me, quand les regards attristés du voyageur ne découvraient de toutes parts que les changements les plus déplorables ! A son arrivée à Saint- 0 mer , le beau collège où il avait passé des années si heureuses, n'était plus qu'un magasin ignoble, et le marteau du Vandale retentissait encore sur les ogives de Saint-Bertin. Mais il surmonta •on amertume , et imitant de grands exemples de patience, il fut aussi du nombre des Français raisonnables qui se crurent obligés en conscience de joindre leur force à celle du vaillant guerrier qui rétablit enfin dans la France épuisée l'ordre et les autels.
L'abbé Deron fut nommé à cette époque vicaire de la paroisse de Notre-Dame , qui avait été rouverte au pnblic le 6 juin 1802 , et qui était placée sous la direction de M. Coyecque. Il assista en cette qualité, le 11 octobre suivant, à la première cérémonie épiscopale de ce siècle à St. -Orner. Il devint bientôt le secrétaire , l'ami intime et le soutien généreux de la vieillesse de son excellent curé. Il sentit douloureusement sa perte , (1) et ne tarda
(i) Jean-FrançoieJeeeph Coyecque , chanoine en 1769, profeucor ds iheologie en 1771 , présidait du séminaire ea 1779, erchi-prétre ea * 3 8x , SSt né à Ioghem, canton d'Aire, le 17 avril 17 33. Pensionnaire
pat à le remplacer à la grande satisfaction de tout le* Audoraarois. Nul n'était plus digne en effet d'occuper ce poste important, nul n'aurait pu ressembler plus parfaitement à son vénérable prédécesseur. Sa conduite véritablement évangélique, confirma entièrement cette unanimité flatteuse et servira toujours de modèle à ses successeurs.
Chef du clergé de cette ville, il en était sans contredit l'ornement par ses talents démontrés , ses profondes connaissances , sa bienfaisance constante et ses sentiments de tolérance et de conciliatiop qui finirent par lui gagner la bienveillance générale. Pendant son émigration , il avait rendu de nombreux services partout on il arrêtait ses pas , bravant les obstacles et les dangers pour pouvoir faire quelque bien et suivre plus directement le chemin du maitre qu'il avait pris pour modèle ; dans les 30 années qui suivirent son retour, le même caractère de charité céleste le distingua toujours éminemment dans le solitaire asile du pauvre ou de l'infortuné , auprès du chevet dés-
uu courge ne aaim-Dcrua , a mie ne récompense pour se* prugre* rapides dans ses éludes, encouragé par la bieoveillance de son évéque, profondément versé dans la théologie , à laquelle il s'était spécialement appliqué, il commença ses travaux ecclésiastiques par les vicariats de La Gorgue et des paroisses de Noire-Dame et de Raini - Pierre à Aire , et fut nommé après professeur de théologie au séminaire de Saint-Omar» qu'il ne tarda pas à administrer comme supérieur. Il exerça celte haute direction pendant dix ans avec un succès prodigieux. Il fut revêtu ensuite des dignités de chanoine gradué en droit et d'archi- prêtre du diocèse. Réfugie à Londres pendant la révolution , il y fut désigné par l'évéqne Stapelton comme son grand -.vicaire pour les Français émigrés. Appelé enfin dès le retour de la tranquillité publique, le 18 juin 180a, i. la cure de la paroisse de Notre-Dame , il y déploya pendant plus de vingt ans , les talents les plus propices et les vertus les plus rares. Le a3 janvier 1824 ayant vu terminer la longue et honorable existence de ce respectable pasteur , l'exemple et l'honneur du clergé , un digne hommage fut rendu * sa mémoire impérissable , par l'un des plus fermes soutiens de l'élude kr chaire dans ce département. (L'«*U *«*4r ) "
enchanté du pécheur mourant, au pied de l'échafaud , avec le criminel stupéfait , sans crainte dans les réduits empreints d'un souffle contagieux ; chrétien avant tout , il cherchait des chrétiens sans différence , pour les aimer , les consoler ou pleurer avec eux , les secourir et adoucir leurs maux. C'est ainsi qu'il faisait bénir ses divines fonctions.
L'abbé Deron porta toujours un vif intérêt aux progrès et à la bonne direction de l'instruction publique. Il corn tribua efficacement , au commencement de ce siècle , à la restauration des études dans cette ville et apporta alors une assistance favorable à notre collège communal. Lë recteur de l'académie de Douai le désigna ensuite expressément pendant plusieurs années comme l'un des examinateurs des compositions des élèves. 11 n'avait jamais d'ahV leurs renoncé à son doux penchant pour les muses , auxquelles il dédia plusieurs petites compositions agréables et délicates , expansion candide de l'enthousiasme inspiré par quelques jours heureux trop tôt perdus dans l'oubli. Il se retraçait encore les fêtes littéraires de son temps , car les luttes savantes de l'émulation et les récréations théâtrales étaient fort en vogue depuis deux siècles dans la plupart des maisons d'éducation à Saint-Omer. Les solennités de ce genre , où l'on s'empressait de lui témoigner une gracieuse déférence , étaient souvent pour ce prêtre expérimenté , l'occasion touchante de quelques bonnes actions de plus. 11 applaudissait avec une joie franche et encourageante aux innocents triomphes de la jeunesse , et savait convenablement l'affermir dans les sentiers salutaires du travail , du savoir et de la verta. Protecteur des beaux -arts , il veilla toujours avec zèle et intelligence à la conservation des antiquités précieuses qui décorent l'intérieur encore trop négligé de notre superbe cathédrale. 11 n'avait épargné au reste aucun soin , aucun sacrifice et aucune réclamation pour procurer à cette basilique tous les embelli sseuieuU dont, elle est susceptible.
. i înspecteur-generai aes monuments nisioriques n eut
qu'à go loner de «on attention éclairée de réserver pour notre musée les dalles curieuses de l'ancienne cathédrale de Thérouanne. Il consacrait surtout ses loisirs à l'examen des événements historiques de notre contrée. C'était l'étude qui dans ses derniers jours répondait le plus à ses inclinations patriotiques. Membre de la société des antiquaires de la Morinie il s'était propose de coopérer utilement à la publication de ses mémoires; il avait rédigé jadis une Notice sur Tantique chapelle de Notre-Dame des miracles ; et son discours pathétique sur la réintégration solennelle du buste de saint Orner, le 7 juin 5804, dans lequel il retraça avec nne vaste érudition , l'histoire de notre illustre fondateur et de son église , avait prouvé suffisamment sa capacité éteudue.
L'étonnante révolution de 1830 qui entraîna l'exil irrévocable des derniers descendants de Louis XIV, impressionna douloureusement l'arae loyale de l'abbé Deron ; it avait été l'objet des attentions les plus flatteuses pendant le brillant séjour de la cour daus cette cité , en 1827 ; sa reconnaissance, le malheur de ces princes bienfaisants qui payaient si cher une fatale imprudence , et le sombre tableau d'exil , de renversement de croix , et de disparition de signes honorés , auquel sa pensée n'était plus habituée depuis quarante ans , aggravèrent ses regrets et altérèrent momentanément sa sérénité ; mais résigné bientôt aux décrets de Dieu, il s'inquiéta peu du cours ordinaire des événements de ce monde , et continua avec ferveur à prier pour la prospérité de la France. Cependaut, le terme de •a carrière était malheureusement arrivé , et son décès fut regardé avec raison par les Audomarois comme une calamité sur laquelle ils gémirent long-temps.
Un artiste habile l'a représenté] mourant avec l'expression véritable du calme des élus qu'il fit paraître presqu'en souriant à sa dernière heure , alors que renouvellant « lé
• plot beau spectacle que puisse présenter la terre , » et fermant sans crainte ses yeux à la lumière , il s'élançait en prédestiné vers les demeures éternelles , aur las traces délicieuses de l'ange de la paix.
La voix plaintive de l'église en deuil , le concours des citoyen», les ornements les plus lugubres delà mort, les chants élégiaques du poète , les cbronograpbes de l'antiquaire , les pleurs de la reconnaissance et de l'amitié , ne manquèrent pas à ses pompeuse» funérailles. Nous avons constaté le premier la douleur générale, en ajoutant que l'éloquence de quelque disciple de Bossuet ne pouvait manquer à cette tombe vénérée ( Feuille de Saisit- Orner , 27 octobre 4832). Certes , nos prévisions ont été bien confirmées à la séance publique des antiquaires do la Morinie, du 16 décembre 4833. Qui ne se rappelle encore avec attendrissement cette noble oraison funèbre , écrite avec un talent si pur et débitée avec tant d'onction par son disciple de prédilection?
L'éloge de l'abbé Deron a été répété avec empressement par les feuilles publiques; une souscription spontanée a fourni les fonds nécessaires pour un monument funéraire , et bientôt sans doute , nous pourrons encore avec émotion y contempler son nom , entrelacé avec celui de son prédécesseur , non loin des marbres tumulaires des Croï et des Valbelle.
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Pierre- Joseph Poillion est né à Saint-Omcr le 28 juin 1766 , sur la paroisse de Saint-Denis.
. Elève du séminaire épiscopal de Saint-Omer, préfet des humanistes , professeur en Angleterre pendant l'émigration ,
il a contribué spécialement au commencement de ce siècle, à favoriser le retour aux bonnes études et au goût salutaire des belles-lettres , d'une génération encore dégradée par le joug barbare d'une ignorante anarebîe.
Il fut sans contredit le plus influent restaurateur de noir© collège communal fermé depuis la fin de 1791. Il était doué de cette précieuse philosophie qui applaudit toujours aux véritables progrès des lumières. Professeur de poésie sou* M. Lansiarre , (1) ancien précepteur de cette maison, il se distingua dans sa chaire par une explication approfondie et aujourd'hui peu commune des immortels auteurs du siècle d'Auguste ; il dirigea le premier dans cet intéressant établissement , les jeunes élèves dans les investigations importantes des annales de notre chère et belle patrie ; il semblait pressentir qu'incessamment l'histoire devait surgir seule avec un brillant et utile succès , du sein de nos inquiètes occupations ; et tandis qu'un conquérant encore heureux , étendait les limites de l'empire de Charlemagne , le prévoyant instituteur qui avait déjà vu la chute de tant de dominations auxquelles on avait promis l'éternité, déroulait successivement dans ses utiles leçons les bienfaits et la gloire dont la France était redevable à ses anciens souverains.
Ecrivain recoraroandable , il avait rédigé lui-même ua précis sommaire de l'Histoire de France qui fut long-temps recherché. Ses discours et ses poésies latines prouvèrent aussi la variété de ses connaissances.
M. de Fou ta nés , un de ces rares appréciateurs du vrai mérite , et qui , comme les Royer-Collard , les Vatisinénil et les Guizot , n'ont employé leurs talents éminents qu'à
(i) Eugène- Joseph Lansiarre exerça pendant quarante-deux au les fonctions d'i usti tuteur ; c'était un homme d'une vertu émisent* et d'une haute intelligence. Principal du collège de cette ville depuis le ai mars 1*04, chanoine honoraire, il est décédé le a; juillet 1808, Agé de, pE sos. 11 était né à Anes.
propager et consolider les saines doctrines , le nomma directeur du collège, le 27 avril 1809. et lui adressa cette approbation flatteuse :
C « Les inspecteurs- généraux qui viennent de parcourir i « votre département m'ont fait connaître vos principes,
• l'esprit qui vous anime , les services que vous avez déjà « rendus à l'instruction publique. Ils ont pensé que l'é- « tablissement qui vous est confié devait prospérer entre m vos mains. Je me plais à ratifier ce premier jugement. « Je vous admets donc en qualité de principal. »
Déjà le maire de Saint-Omer lui avait exprimé, dans une occasion solennelle , la satisfaction générale de ses administrés | à la nouvelle favorable de cette nomination due à ta capacité éprouvée et à sou dévouement aux intérêts de l'éducation.
L'espoir de l'illustre grand-maitre fut complètement réa- •lisé. M. Poillion adopta un système d'éducation approprié aux besoins de l'époque. Il inculqua à la jeunesse la noble inclination d'une morale pure , le désir d'une instruction solide , et la passion éclairée des délassements utiles et vertueux. C'est avec raison que la Feuille de Saint -Orner proclamait à cette époque que les exercices publics et les représentations dramatiques du collège français > mis jadis a le irode par nos jésuites- wallons qui les premiers vers la fin du 16.* siècle protégèrent nos jeux scéniques , servaient aussi à y entretenir le goût pour le beau , pour les études antiques , pour ces récréation» littéraires, si douces dans des temps de despotisme et de guerre continuelle, et qu'on ne retrouve , hélas! maintenant qu'assez rarement dans notre monde agité par la politique , par de fallacieuses utopies et surtout par la morale des intérêts.
L'équitabïe tolérance de M. Poillion , sa bienveillance excessive , son admirable franchise ne le détournaient pas néanmoins des soins vigilants que sa pjaee lui commandait envers son pensionnat. Ami de l'ordre , fklele à ses principes,
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«ligne ministre de la religion , il fit tonte espèce d'effortt louables pour accroître ou maintenir l'ancienne réputation du collège de Saint- Orner. Il sollicita sa conversion en lycfa •vcc un zèle infatigable , et le petit séminaire , féconde eÉ précieuse pépinière , lui doit en grande partie son existence. C est à ses rives instances que peu de mois après la restau* ration , une chaire de philosophie vint offrir aux heureux jeunes gens de cette ère bienfaisante de nouveaux d'instruction et de prospérité sociale.
M. Poillion accompagna Louis XVIII depuis Londre» jusqu'à Calais et fut témoin de l'enthousiasme extraordinaire et sans répugnance qui accueillit le noble proscrit •ur nos rives enchantées. Il se reposa quelque temps alors à Chantilly et se promena dans ses majestueuses avenues avec son ami et ancien protecteur f le vénérable représentant d'un des plus beaux noms de notre histoire, qui àvait survécu avec peine à une affreuse catastrophe sans prévoir une catastrophe non moins affreuse.
Il fut ensuite nommé président de la commission det gens de lettres désignés pour rédiger le programme de« fêtes de la Saint-Louis (i). Le 12 août de cette année) mémorable , il s'écriait avec émotion , au sein de la distribution des prix qu'il savait rendre toujours si attrayante ;
(i) Cette attribution était alors moins Insignifiante qu'on pourrait If supposer. C'était la seconde fois depuii l'ouverture de ce siècle, qu'un appel public aux littérateurs avait été fait solennellement parmi nousi U premier avait eu lieu après la cessation de l'anarchie: le second avait
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de la fin -espérée de nos essamstés , 1 on épi mitait le doux besoin <d avoir recours aux muses conscJairicea trop longtemps encaissées 1 Des noms honorables furent inscrits sur ces listes; celui de M. Poillion fut placé en tète du tableau de i8ri t et il méritait cette déférence par sa fidélité au malheur, et l'enthousiasme de son dévouement aux descendant de nos rois. L'histoire des lettres dans cette cité , depuis la rsvoluiioa Sa 17*9, ne serait pas aussi sans agrément et sans utilité.
« l'auguste descendant de Louis XIV est l'ami des scien*
• ces et des belles-lettres ; elles vont paraître dans tout leur « éclat sous son règne pacifique.... «• Hélas , le printemps •uitant , lors d'une funeste apparition , il fut au nombre de ceux qui reçurent les honneurs de l'ostracisme, sans doute pour le punir de la manifestation éloquente de set principes politiques et religieux. Fort de sa conscience et du devoir accompli t il partit cependant pour son exil aveo une peine extrême. Ses adieux à ses élèves furent déchirants. Il les avait tant aimés , et il craignait de ne plu* fcs revoir! La joie que lui procura la seconde restauration lui devint fatale. Nous sommes ordinairement plus faible* devant la prospérité que contre le malheur. Sa santé déjà Chancelante commença à dépérir insensiblement , et après avoir entendu « une voix consolatrice qui au-dedans do "m lui-même lui répétait sans cesse: tu as bien fait; » il succomba à une maladie de langueur , le 6 juillet 1818, entouré de ses élèves , de ses collègues , et de ses amis consternés.
Quelques jours avant sa mort , on lui avait adressé un Arrêté du 15 mai 1818 , de la commission d'instruction publique , relatif à l'érection d'une chaire d'histoire et de géographie , objet constant de ses études privilégiées , et dont l'obtention souriait à ses nobles projets ; cette chaire tpécialê d'histoire manque encore à ce collège ; pourquoi tarde-t-on si long-temps à procurer ce complément indispensable et presque exclusif de nos études actuelles ?
Le maire de la ville prononça l'oraison funèbre de ce précieux directeur : « Il chercha À foire germer dans les •m jeunes cœurs , s'écria- 1- il avec émotion , des principes
• avoués par la morale et la religion , seules bases de la « société. Il était plein de zèle et d'activité à rendre flo* a rissant lecollége ; c'est un hommage que je me plais à Sg rendra à sa mémoire ! »
Joignant an caractère le plut égal le cœur le plut aimant,
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îl s'était environné d'excellent» professeurs. Protected* généreux des talents précoces , plusieurs de ses élèvet ï auxquels il rendit des services signalés, ont parcouru depuis lors une carrière brillante, et ont fait parler d'eux avec distinction dans le sacerdoce , au barreau , à l'armée- , dans le monde littéraire et dans les hauts emplois. Mettant toujours sa gloire et ses plus vives jouissances à foire quelque bien , dès qu'on le eonnaissait , il fallait le chérir. Oui , le doux souvenir de ses vertus , de ses talents et de sa bonté, vivra toujours dans Tame de ceux qui, quelle que soit leur position , ne savent jamais méconnaître le pieux sentiment de la reconnaissance.
Àlbert-Louis-Valentin Taviel , lienlenant-général d'artiîlerie, grand -officier de la légion -d'honneur et baron, est né à Saint-Omer le 17 juin 1767. Il était fils d*un capitaine d'artillerie et petit-fils d'un général de cette arme. Il manifesta de bonne heure an penchant décidé pour la carrière militaire dans laquelle il devait jeter un vif éclat, fut le compagnon de Napoléon à Brienne , et entra au service en 1782.
11 commandait en 4 802 , avec le grade de chef de brigade, l'artillerie de Saint-Oraer. En 1803, il fut chargé de l'armement des côtes. Remplacé en 1805 dans cette ville ^ar le colonel Vaudré, il fut peu de temps après nommé général de brigade , et obtint la direction de l'artillerie de l'armée sous les ordres de Carra- Saint-Cyr, qui s'étendait alors depuis Gra vélines jusqu'à la Somme. En 1810, il fut chargé de commander l'artillerie à Alexandrie. II était déjà inspecteur dans cette arme , le 21 juillet 18U ,
$1 fat promn à la dignité de général de division , et quel» que» mois ensuite , il fut placé sur le tableau des inspecteurs-généraux.
Le général Taviel montra une valeur brillante sur presque tous les champs de bataille qui ont rehaussé la gloire de la France , et notamment dans les campagnes de Portugal , d'Espagne et de Courlande.
Il dirigea les opérations de l'artillerie du quatrième, corp» de la grande armée, en 1813 , à Lutzen et à Baut-, xen , ainsi qu'aux funestes journées de Leipsick. Le 1." janvier 1814, il fut nommé chef de Fécule de Douai, ayant la direction de Douai , Lille et Saint Orner. Il commandait l'artillerie à Béfbrt , en 1815.
Admis à la retraite au commencement du régne de Charles X , il avait été replacé dans le cadre de réserve depuis la révolution de 4830.
On peut proclame/ à la louange du général Taviel qu'il •'empressa de se montrer utile à sa ville natale dans toutes les circonstances où son crédit pouvait lui être favorable , et l'administra tien locale eut différentes fois recour* à son influence généreuse, lors de plusieurs sollicitations importantes, en tr autres pour le maintien de l'école du génie accordée par le gouvernement à l'époque de la première restauration et dont le siège avait élé disposé nu ci -devant séminaire épiscopal , aux frais de la cité. Il avait été installé en qualité de membre du conseil municipal de. cette commune, le 24 novembre 1804 ; et à l'occasion de «on entrée dans nos murs , le 24 août 4814; en sa qualité d'inspecteur du premier arrondissement, ce citoyen bienveillant , ce capitaine d'un mérite supérieur , compta, avec une vive satisfaction cette dignité populaire au nom-, bre de ses titres d'honneur.
Le général Taviel est décédé à Paris en décembre 1831., : Son buste vient d'être exécuté par le sculpteur EUchuêlt Ct donné à sa ville natale. „ . . . ,