‹ Biographie de la ville de SaintOmerChapitre 9 sur 19 · MONSIGNY · texte numérisé non relu

MONSIGNY

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La famille de Monsigny est originaire de la où elle avait joui d'une grande aisance. On ne sait par quels motifs elle était venue se fixer, Fan 4500, dans les Pays-Bas. Le père et la mère du grand musicien que la nation française, juste et reconnaissante, comptera toujours avec orgueil parmi ses compositeurs les plus fameux , étaient nés à Desvres , arrondissement de Boulogne, et Vêtaient fixés à Fauquembergues , arrondissement de Saint- Omer. L'amour avait formé leurs premiers liens ; Pierre- Alexandre, fruit de cette union, naquit le 17 octobre 1729, et le 7 février suivaut , sa naissance fut légitimée par les cérémonies du mariage.

Dans sa plus tendre enfance , Pierre -Alexandre eut quelques troupeaux confiés à sa garde ; le spectacle de la nature fit comprendre sans doute la séduisante voix de ses religieux cantiques à l ame attendrie du jeune berger, car

a chantait toujours, en disant une c'était son plus grand besoin. Bientôt « il nous apprendra que ce n'est pas tou- « jours des classes privilégiées par les richesses et la nais- « sance que Dieu fait sortir les hommes de génie. »

Charmé de son intelligence précoce , son père l'envoya au collège des jésuites de Saint-Omer. Il venait de lui acheter à la foire de Fauquembergues un petit violon qui, comme un talisman , lui avait révélé tout à la fois son talent , sa gloire et sa fortune. « Porté vers l'étude de la « musique par un attrait invincible , il s'en occupait dans

• tous le» instants qui n'étaient point employés aux travaux

• de se* classes. »

Quelque temps après , son père vint lui-même à Saint- Orner occuper un modeste emploi de commis chei Charles-Dominique Butay, alors fermier des droits perçus sur l'eau-de-vie et intéressé dans la pêche d'Islande.

M . Butay applaudit aux travaux de- son nouvel aide et fut surtout enchanté des heureuses dispositions du jeune Pierre- Alexandre pour un art qu'il affectionnait lui-même particulièrement. 11 s'empressa de l'associer généreusement eux leçons de musique données à ses enfants. Le carillon*neur de cette fameuse abbave de Saint- Berlin . où tant de célèbres ont attaché leurs souvenir*, a été le pre* maître de Monsigny ! *<i Ce fut dans le chœur de la paroisse de Saint-Denis , à Saint -Orner , qoi avait retenti des premiers accent* du ver 1 tu eux Suger , que se fit d'abord entendre à un chétif lutrin la voix du sensible auteur de Félix f « Le ch. a rit

• nous vient des anges , et la source des concerta est dam rM i e Ciel. » C o\

11 préluda an collège , où il fit d'excellentes études , à ces beaux airs qui ont été accueillis dans toute l'Europe et les compagnons de ses travaux quittaient avec empres*eement leurs récréations pour savourer te délicieux plafc air de l'écouter. 1 i

Après la mort de son père , il partit pour Paris en 4740, «ans nom, sans protection , sans autre fortune qu'une modique somme de six écns qui lui était revenue pour tout héritage, et le petit violon favori du pays natal. Mais il était guidé par une impulsion irrésistible vers une glorieuse carrière , et il Savait pas vingt ans !

Il ne tarda pas à obtenir dans la capitale nn poste dans les bureaux de la comptabilité du clergé, dont le produit Faida à placer convenablement ses : frères et à donner à sa mère et à sa sœur une existence aeréable. «

. Les chefs-d'œuvre des Jomelly et des Perlngèse exaltèrent bientôt son instinct musical , son goût inné pour l'harmonie , et dès-lors « il se sentit destiné à opérer une révo- «' lution dans notre musique dramatique. »»

L'opéra-comique venait de naître : Monsigny en fut réellement le principal fondateur.

Oianotti, contre-bassiste de Topera , cultiva les étonnantes dispositious que Tardent Artésien avait reçues de la nature et lui enseigna les premières règles de la composition.

Dix ans après son arrivée à Paris, son premier ouvrage auquel il avait travaillé en secret, les Aveux indiscret* t fut salué sur le théâtre de la foire Saint- Laurent , le 7 février J7o9 , par le triomphe le plus flatteur. L'approbation générale décida tout-à fait sa vocation. . Le Maître en droit fut joué le 13 février 1760 ; le Cad* dupé, le 4 février 1761; ces deux pièces, émanées de concert avec Lcmonnier , furent les précurseurs heureux fies chefs-d'œuvre qu allait créer le mélodieux virtuose. ( « Trop modeste pour sa gloire , car il ne voulut tou- « jours se ranger que parmi les simples amateurs , il re- * fusa long-temps de livrer au public son nom , qui fut m cependant connu ; la grâce de ses compositions et la ter* « minaison italienne du mot Monsigny le firent prendre pour m un Italien. Il passa long-temps pour tel , et Ton ne par- « lait que de M. Moncini ; c'est ainsi que Ton défigurait « son nom dans les journaux. »

Sédaiue s'associa ensuite aux succès du nouvel Orphée dout il était ^igne par son mérite. Cet excellent auteur dramatique s'était écrié avec enthousiasme , après un duo dix Cadi dupé : <« Voilà mon homme !» — « Dès le lende» « main il s'empressa de faire connaissance avec Monsigny. « Leur amitié Tun pour l'autre devint fort vive dès le prey mier instant, et Talliance de leurs talents produisit plu - 9 sieurs ouvrages qui sont encore présents à la mémoire m de tous les amateurs. •

Voici Tordre des opéras de Monsigny avec la date de leurs représentations :

On ne s'avise jamais de tout, 14 septembre 1761 , de Sédaine. Le Roi et le Fermier, 22 novembre 1762, de Sédaine. Rose et Colas , 8 mars 1764 , de Sédaine.

Mine, reine de Golconde , mai 1766, de Sédaine. L'Isle sonnante, 4 janvier 1768, de Collé.

Le Déserteur , 6 mars 1769 , de Sédaine.

Le Faucon y 19 mars 1772, de Sédaine.

La belle Arsène , 14 août 1775 , de Favart.

¥ élis, 24 novembre 1777, de Sédaine.

Indépendamment à* Aline , il avait encore composé deux autres grands opéras qui ne furent pa« représentés : Pagamin dé Monègne et Philémon et Baucis , paroles de Sédaine. Il craignait la concurrence avec Gluck et Piccini. ' — Il avait en outre fiait , en 1774 , avec Anseaume , h Rendez-vous bien employé. Félix est le chef-d'œuvre et le dernier ouvrage de Monsigny : à quarante-huit ans , il cessa de produire.

En 1768, Monsigny avait quitté sa place dans l'administration financière du clergé de France , pour remplir celle de roaître-d'hùtel du duc d'Orléans (Louis-Philippe, ayeul du roi des Français ) , prince qui aimait les arts ; et qui facilita à son protégé le loisir et les moyens de s'y adonner avec sécurité.

Il fut nommé ensuite administrateur des domaines et inspecteur- général des canaux d'Orléans , et commissaire dans la liquidation des dettes de cette maison.

Monsigny , qui avait gagné la confiance du prince , ren» dit d'importants services , en obtenant beaucoup de grâce* pour les autres et n'en demandant jamais pour lui.

La révolution hii enleva tous ces avantages et la presque totalité de ses économies. Pendant les années orageuses de nos discordes politiques, il vécut pauvre et oublié.

* L'extérieur de Monsigny était agréable; sés maniérée douces et prévenantes. 11 s'était marié en 4784 avec une femme qui le rendit constamment heureux. « Il n'était pas «« moins recommandable par ses mœurs , son esprit et ses

* qualités sociales que par la supériorité de son talent. » *— « 11 ne démentit jamais la noblesse de son caractère :

* sûr d'avoir assez travaillé pour sa gloire , il refusa cons- « tamment de transiger avec ses sentiments et d'immoler

* ses principes à sa fortune. »

Il rendit à son rival Grétry une justice exemplaire ; la lettre suivante qu'il envoya à Sédaine en est une preuve Remarquable :

r a Voilà, mon ami , votre manuscrit de Richard Cœur de- « Lion; j'irai à Paris un de ces jours et je descendrai chef « vous en arrivant. Ne doutez pas que Grétry ne fasse « votre pièce ; à l'égard de votre premier refus, il au- « rait tort de se fâcher de la préférence que vous m'aviei « donnée: si elle ne m'était pas due pour le talent, je « la méritais à un autre titre. Dans ce moment, ce n'est « point à mon refus que vous la lui offrez , c'est au con- « traire moi qui vous dis : Je ne puis faire votre pUcej « prenez AT. Grétry. Bonjour, mon ami, etc. » (1)

Eu 1798 , les artistes du théâtre Favart , reconnaissante des immenses services qu'il leur avait si généreusement rendus, acquittèrent l'ancienne dette de la comédie italienne en lui faisant une pension de 2,400 francs. En 1800, il remplit la place supplémentaire d'inspecteur de l'enseignement au conservatoire de musique , vacante par la mort

(i) L'original , daté de Sainl-Cloud du a octobre , se trouve dan* tm précieux recueil d'autographes appartenant à M. Pierre Hédouin, avocat à Boulogne , antiquaire de là Moi iuie , dont l'esprit et l'hospitalière urbanité rehaussent encore le mérite et le savoir. Le département du Pas-de-Calaié est redevable de quelques souvenirs historiques , malheureusement

de Piccini , et main tenue en sa faveur par le ministre dé l'intérieur. Il s'en démit au bout de deux ans.

La société des Enfants d' Apollon le reçut au nombre de ses membres le 23 mai 1811. Le chancelier, M. Bouilly, le surnomma , dans cette solennité , le Lafontaine de la musique, et le vénérable vieillard éprouva la touchante sa* tisfaction de voir tout ce qui l'entourait applaudir avec ivresse le beau trio de Félix.

Le Keepsake français , de 1834 , contient une délicieuse anecdote sur cet élan touchant de l'amour filial , dont l'inspiration spontanée fit palpiter d'une manière si extraordinaire l'anie du compositeur, dans l'intérieur du palaif de Neuilly.

- Devancier de Grétry, il lui succéda à l'Institut en 1813, è Ce n'est pas une des moindres bizarreries de la révola- « tion , que l'on ait pu , sans révolter tous les esprits , éta- « blir dans une classe académique de beaux-arts une section

• de musique dont l'auteur de Félix et de la belle Arsène « ne faisait point partie. Il était âgé de 84 ans , lorsqu'on

* songea à réparer cette injustice. »

Louis XVIII le nomma , en 1815 , membre de la légion d'honneur, le comprit Tannée suivante dans la réorganisation de T Institut et le décora du cordon de l'ordre de Saint- Michel. « Honorables m ais trop tardives récompenses ! » ont •répété ses biographes.

On «'est demandé pourquoi depuis l'admirable partition de Félix, la plume de Monsigny était restée oisive ; pourquoi ce grand compositeur s'était arrêté dans la force de son âge et de son talent? Quelques mécontentements contre les comédiens (1) ont-ils causé sa retraite prématurée? Le

. (t) M. C. de MoDsigriy a affirmé, par sa lettre du ao janvier iti?} que «on père n'avait jamais eu qu'à se louer des procédés des sociétaires du théâtre Feydean , et qu'à l'époque où il avait conclu un arrangement avec eux , cet arrangement était à son avantage.

«entrent TÎf et noble qoi lai avait donne «et .necet en a-t-il abrégé le cours ? « Sa sensibitité avait été trop vivem meut excitée; son amour pour son art avait été jusqu'à *• l' enthousiasme ; ses facultés s'éteignirent de bonne heure. » Son cœur était impressionnable au suprême degré ; déjà , plus qu'octogénaire , il pleurait à chaudes larmes en expliquant un jour la manière dont il avait voulu rendre la situation de Louise, dans le Déserteur , quand elle revient graduellement de son évanouissement. « Qui l'aurait vu

■ dans le moment du travail se serait écrié , en employant « l'expression des Grecs : U Dieu est en luit » Un excès de modestie et de désintéressement contribua t il à borner la carrière lyrique de cet auteur , dont le génie se développait par des progrés continuels ? Enfin sa charge de maître - d'hôtel chez le duc d'Orléans , eu lui procurant une indépendance désirée, favorisa-t-elle la disposition oà il était de ne plus rien faire P On a dit encore qu'admis dans les cercles brillants de la duchesse d'Orléans , des dames de la plus haute distinction exigeaient qull mit en musique les productions bonnes ou mauvaises des beauxesprits qu'elles protégeaient; que fatigué de cette obseraiou , il déclara un jour qu'il ne ferait plus de musique et qu'il tint parole. Il avait perdu la vue dans son extrême vieillesse, et était devenu, a-t-o» allégué, tellement indifférent à la musique qu'on le vit bailler à quelques airs de Félix. En ce cas , il ne serait que trop vrai que m disparaître à propos de la vie est une condition de la m gloire. »

Monsigny fut importuné par les sollicitations réitérées d'une foule d'individus de sen pays, « de tout rang, de « tous grades et de tout état , » qui se prétendaient ses parents et qu'il ne connaissait aucunement t • il y a 55 ans • que je jouis à Paris de la plus grande considération , m j'ai perdu ma fortune, mais cette considération me reste »

■ je veux la conserver pour mes enfaot*. ... Il y a* plus de

a 5Ct ans que j'ai rompu toute correspondance avec votre

« province >» — « Je n'ai fait que des ingrats de ceux

« que j'ai obligés , et souvent des insolents de ceux, aux-

« quels je n'ai pas pu être utile. J'ai perdu les yeux

« Peu d'hommes ont rempli les de\oirs de famille comme « je l'ai fait envers mes frères et sœurs — Je suis humilié « d'avoir été sans cesse me salir dans la poussière des bu- « reaux de l'administration des droits-réunis pour y solli- « citer la place la plus subalterne et d'avoir eu jusqu'à

u présent la mortification de ne l'avoir pu obtenir

«« Laissez-moi mourir en paix , je ne sors presque plus

« Il est un terme à tout , même à l'obligeance et à la « bienfaisance! » (1) Ces tracasseries intérieures , qui oui troublé la vie de Monsigny , auraient-elles influé sur sa résolution de renoncer à son art et à la renommée?

Retiré depuis long-temps dans une petite maison située à l'extrémité du faubourg Saint-Martin , Monsigny y mourut paisiblement le 14 janvier 4817 , âgé de 88 ans moins 3 mois environ , doyen des musiciens , « étranger à toutes « les coteries , dédaignant les prôneurs, resserré dans le

• cercle de ses habitudes domestiques. »

Ses funérailles furent célébrées le 10 , dans l'église de Saint-Laurent , sa paroisse. « Klles ont été remarquables « par un concours nombreux d'artistes qui se sont fait ,

• avec raison , un devoir de rendre un dernier hommage « à celui qu'ils n'ont cessé de regarder comme leur maitre. « Une députatiou de l'Institut y a assisté. C'est M. Qua- « tremère de Quincy qui a prononcé un discours sur la « tombe du défunt. »

M. Quatremère de Quincy a lu ensuite un Eloge de Monêigny , dans la séanee publique de l'académie des beauxarts , le 3 oetobre 1818.

(i) Lettres de Monsigny des 28 avril 1804 et 10 février 1807, déposées à la bibliothèque publique de Saint-Oraer.

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