‹ Biographie de M. BerryerChapitre 10 sur 12 · SECOND INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

SECOND INTERROGATOIRE

L'an 1852, le lundi 18 juin.

Nous, etc....; avons continué l'interrogatoire de M. Berryer ainsi qu'il suit :

D. L'entrevue que vous avez eue avec madame la duchesse de Berri a-t-elle eu lieue dans une métairie ou dans un château ?

R. Je ne sais quel nom donner à cette habitation; elle m'a paru assez pauvre, je n'ai d'ailleurs remarqué aucune dépendance.

D. Madame la duchesse de Berri était-elle vêtue de ses habits ordinaires, ou déguisée; ou prenait-elle un autre nom que le sien ?

R. Je suis arrivé la nuit vers minuit, à ce que je crois. S. A. R. était couchée ; je ne lui ai pas entendu donner un autre nom que le sien.

D. Vous nous aviez dit que vous aviez fait précédemment un voyage.... Ne vous êtes-vous pas absenté de Paris dans la première quinzaine du mois d'avril dernier ?

R. Je ne crois pas m'étre absenté de Paris à cette époque; en tout cas, j'affirme que je n'ai lait aucun voyage qui eût un butpolitique, ni vu aucune personne qui se mêlât de politique, directement ou indirectement, etc.

D. N'avez-vous pas reçu, ou n'avez-vous pas été trouver un émissaire de la duchesse de Berri qui était alors à Massa?

R. Je déclare sur l'honneur qu'il n'en est rien.

D. Connaissez-vous MM. Chartier , se qualifiant de chef de bataillon , et Tournier, prenant le titre de lieutenant - colonel?

R. Je ne les connais ni l'un ni l'autre; je ne connais personne de ce nom.

D. Ne leur avez-vous pas remis de la part de la

duchesse de Berri deux brevets, ou si vous voulez, deux billets ainsi conçus (lecture des brevets)?

R. Je n'ai jamais vu de semblables pièces, et je n'ai jamais été chargé de remettre aucun papier de la part de madame la duchesse de Berri.

D. N'avez-vous pas accompagné la remise de ces pièces de versement de sommes assez considérables ?

R. Non, je n'ai jamais été chargé de remettre des fonds à qui que ce soit, ni fait jamais aucune remise de ce genre

D. Le 8 mai dernier, n'avez-vous pas pris part à une délibération , ou n'avez-vous pas été instruit de celle nui a été prise , qui aurait déterminé la composition d'un gouvernement provisoire dans lequel figuraient M. le duc de Bellune et MM. Hyde de Neuville, Chateaubriand, ainsi que vous-même, et qui aurait eu pour secrétaire le sieur Charbonnier de la Guesnerie?

R. Je n'ai jamais pris part à une délibération qui aurait eu pour objet la formation d'un gouvernement provisoire ; je n'ai jamais su que je fusse appelé à entrer dans une telle combinaison : quant à M. Charbonnier , le choix de sa personne pour secrétaire me parait absurde , puisque cet officier est depuis quelques mois en prison. Peut-être puis-je vous expliquer ce qui a donné lieu à la question : depuis que nous avons appris à Paris les événemens de Marseille, plusieurs personnes graves, convaincues comme moi que de telles teniatives ne pourraient qu'être funestes au parti royaliste en général , et aux intérêts de la France , se sont réunies pour aviser aux moyens de détourner les hommes de notre opinion de semblables entreprises. Ces réunions, dont j'ai eu l'honneur de faire partie, n'ont rien eu de secret, et sans doute elles auront donné heu à cette fable d'un gouvernement provisoire.

D. Pouvez-nous donner les noms des personnes qui composaient ces réunions dont vous venez de nous parler ?

R. Je crois que chacune d'elles se fera un honneur d'y avoir assisté et de tout ce qui s'y est dit;; mais

je ne crois pas devoir les nommer , avant qu'elles se fassent connaître elles-mêmes.

D. Persistez-vous à nier avoir pris part au complot qui vient d'éclater; avoir eu des rapports avec les personnes qui y ont eu une part active , comme chef de ce complot, soit par vos discours, soit par des versemens de fonds , soit enfin par tous les moyens qui étaient à votre disposition ?

R. Je n'ai jamais déguisé aucune de mes pensées, ni caché aucune de mes actions. J'ai manifesté hautement mes convictions politiques, et à la tribune et au barreau ; j'ai cherché à les faire passer clans l'esprit de mes concitoyens par une discussion indépendante et sincère. A toutes les époques de ma vie, j'ai tenu la même conduite et le même langage ; libre comme avocat, fibre comme député , étranger par ma naissance comme par ma profession à tout intérêt de classe spéciale ou de parti , toujours étranger au pouvoir à qui je n'ai jamais rien demandé , et de qui je n'ai jamais rien reçu, j'ai toujours montré la loyauté d'une opinion consciencieuse, et j'ai su, selon le temps, avoir le courage de la défendre. Je ne suis jamais entré dans aucun complot: plus d'un homme irréfléchi, et je le sais, plus d'un émissaire de la police est venu me faire d'étranges révélations ou d'extravagantespropositions; je ne les ai point accueillies; je n'ai point fait de promesses, ni donné d'argent pour troubler ou encourager des conspirateurs. Je sais ce que valent des hommes à qui il faut de tels encouragemens pour qu'ils manifestent une opinion. Je persiste dans toutes mes réponses, parce qu'elles contiennent la vérité entière en tout ce qui m'est personnel.

Lecture faite, etc..

Suivent les mêmes signatures.

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