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monsieur pour #occuper d’une pauvre veuve à la veille d'être mise dans la rue, elle et ses enfants.
“ Je partis triste, abattue et presque sans espoir.
“ Je fus vingt fois sur le point de rebrousser chemin ; mais la nécessité d'améliorer la position de ma famille me donnait du courage, et je me rendis jusqu'à la porte du bures 1 du banquier. Le cœur me battait à me rompre ia poitrine : ‘ M'écouterat-1? voudra-t-il seulement me regarder, lui qui est encore plus gros monsieur que les autres messieurs qui m'ont reçue brusquement ?” Telles étaient les questions que je me faisais, lorsque je mis la main sur le bouton de la porte. Je demandaï à parler à M. Vézina, et c'était à lui-même que je parlais. Ah! monsieur, quelle différence avec les autres que j'avais été voir, supplier et prier! M. Vézina quitta son travail, insista pour que je m'assisse sur le sofa. Il s'assit lui-même à côté de moi et m’engagea avec douceur à lui raconter le sujet de mes inquiétudes.
“ Je lui racontai tout : mes démarches inutiles auprès des autres messieurs ; mes embarras financiers ; la ruine qui me menaçait, mes enfants et moi. [1 m'écouta attentivement, quoique mon histoire fût longue, bien longue ; et, lorsque j'eus fini, il me promit de m'aider à débrouiller mes affaires et de m'obtenir le délai dont j'avais besoin.
“ Je n’entreprendrai pas de vous dire, mon cher monsieur, l& joie qui s'empara de moi, en entendant cette bonne nouvelle. Je pus à peine remercier M. Vézina; je pleurais comme un enfant; car vous savez, monsieur, qu'on pleure de joie tout comme on pleure de chagrin Ces larmes de joie, c’est l’exquise
bouté de cet homme qui me les faisait verser, et que Dieu bénisse à jamais M Vézina!....Kt savezvous, monsieur, comment je m'acquitte de ma dette envers ui ?,,On dit que Dieu se plait à entendre la prière des veuves et des orphelins; eh bien ! matin et soir, lorsque nous offrons au Ciel nos prières, nous inêlons le nom de M. Vézina et de su famille aux noms de tous ceux qui nous sont chers; nous appelons de toute lardeur de nos âmes réunies la récompense due aux bienfaiteurs des affligés. Nous devons à cet homme généreux d'avoir pu conserver les queiques biens laissés par mon mari.”
Nous avons rapporté ce trait touchant, tel que noits l'avons recueilli de la bouche même de Mme... Nous l'avons raconté dans toute sa naïve et poétique sunplicité et nous aurions cru commettre un sacrilége, en v apportant quelques modifications. Ce bel exemple de charité chrétienne et la reconnaissance non inoins chrétienne de la veuve, honorent celle-ci tont autant que M. Vézina.
Il existe, parmi les anciens, une très-belle erovance et qu'on aurait bien tort de vouloir ridiculiser, La voici :
Lorsque l'âme d'un mortel paraît devant le tribunal redoutable, Dieu, avant de la juger, penche son oreille vers la terre et écoute ce que disent du défunt les veuves et les orphelins, et la sentence de bonheur éternel ou du malheur sans fin, se prononce d'après les bénédictions qui s'élèvent vers son trône.
Cette légende poétisée dans l'imagination du peuple, appartient peut-être à la mythologie du christianisme non-reconnu par l'Église : mais elle n’en est pas moins racontée avec une simple naïveté.