EN VISE
Anna de La Grange est une artiste vraie ; n'est-ce pas dire qu’elle est poète et religieuse ? * Les premiers compagnons de ses jeux furent une chèvre, un chien, ets l’aveuerai-je ? une demi-douzaine de petits chats, espiègles et malius, qui durent, plus d’une fois, lui apprendre qu’il ne faut pas juger des êtres sur la mine.
Folâtrer dans le pare, dévaliser les parterres, ou s’ébattre avec ses gentils animaux, c’est ainsi qu’elle passe les journées. Deux fois par semaine, ‘il y a réunion chez M. de La Grange. On fait généralement de la musique à ces réunions intimes, où viennent régulièrement, entr’autres, Lablache, Rubini,"Tamburini, Malibran, Pasta, Paganini, Batta, Listz, qui sais-je encore ? le salon de M. de La Grange est le rendez-vous des monaïques de l’art. Pour Anna c’est une récompense que d’assister à ces soi-
rées. Comme elle est tranquille, comme elle
prête l’oreille aux accents de la pléiade musicale !
Se fait-il tard ; un domestique vient-il prendre l’enfant pour la porter dans son lit, elle supplie qu'on la laisse un instant encore. M.de | La Grange refuse. Il faut l'intervention de. ! madame Malibran ou de Paganini sur les ge-
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noux desquels Anna est allée se réfugier pour
1 que le père cède à ses souhaits. N' aurais-je
pas raison de dire d’elle aussi: “ Dès l’âge le
1 plus tendre elle commença à gazouiller harmo- À nieusement, de sorte que son ber-eau avait Pcir
d’un nid: les pleurs et les vagissements de Penfance furent remplacés chez elle par des gam-
{ mes et des vocalises naturelles ?”?.
Paganini s'était pris d’une vive affection pour Quelquefois il venait jouer avec elle sur le gazon. (Connaissant la passion
À innée de enfant pour la musique, le grand ar-
Atiste apportait avec lui son violon, et c’était
Aalors entre le maître et l'élève, de ravissants 4 babillages auxquels l’instrument servait d’in- { terprète.
{ était connu sous le nom de petit ami, Mme 4 Malibran sous celui de bonne amie. Le vio- { loniste et la cantatrice furent, on peut le dire, À les instituteurs d'Anna.
{ comme elle avait appris à parler : sans effort, À par imitation, eu plutôt, qu’on me paies le { terme, par catus-susception.
Chez M. de La Grange, Paganini
Elle apprit la musique
En un mot, elle suça la mélodie au sein de la
É Muse elle-même.
À A sent ans Anna de La rai: savait déjà
par cœur, la plupart des airs de nos meilleurs | opéras. Elle les chântait avec sa voix d'ange en s’accompagnant sur le piano, et on faisait cercle pour l’entendre. Les illustres artistes que ! J'ai cités se complaisaient à développer ses | facuités natives.
Elle etait heureuse, la douce enfant, «et elle : ne demandait qu’à vivre de cette vie idéale dont | chaque heure était pour elle brodée d’or et | d'azur.
Mais une tempête s’amassait à prison.
Tout-à-coup , pour un motif .que j'ignore, M. | de La Grange envoie sa fille chez ses grands | parents, qui résidaient:en Anjou.
Le cœur gonflé de tristesse, agité de tristes | pressentiments, Anna se mit en route. La vue | des campagnes, les changernents de scère, ne ! parvinrent pas même à l’égaver. Hélas! elle ! savait déjà trop bien ce qu’elle perdait, et craignait trop ce qui l’attendait :—Ce qu’elle perdait | qui ne l’eût regretté? Qui n’eût regretté un | péreidolâtre de sa filles; des amis comme Pa- | … ganini, Makbran, Pasta ; une maison élégante ; ! un jardin enchanteur , un jardin d’Armide , quoi ! À et sa chèvre, etses chats; et puis son chien | donc ! ce toutou dont elle était si folle 1 Ce |