‹ Biographie de Mme Anna de La Grange [microforme]Chapitre 6 sur 20 · EA PRÉDICTION · texte numérisé non relu

EA PRÉDICTION

Monsieur” de La Grange reçoit cette lettre. À Il en est surpris, Sa Surprise n’a rien que de ; très naturel. Cependant M. de La Grange n’hésite aucunement, Entraîné Par son amour paternel, ou dicté Peut-être par un de ces heureux pressentiments qui viennent, à certaines

Pour qu’Anna revint immédiatement prés de lui, La jeune fille ignorait Ja sensibilité de son À

Cœur, on ; Au moment de partir, elle s’aperçut tout-à

COUP que, déjà, elle était attachée à Château. Gontier par mille liens invisibles,

Tout quinteux, tracassiers et étroits que fussent ses vieux Parents, ils aVaient, au demeurant, un fond de bonté solide, Th maintes circons-

cette lettre.

à rien que de La Grange r son amour de ces heuà certaines iduite qu’on aS même à ent comme écessaires près de Jui, ité de son

ut tout-à- Château.

que fuseurant, Circons-

De plus, elle s’était déjà créé dans la petite ville quelques amis au nombre desquels, il ne faut pas oublier cette chère Flora, la chienne dont nous avons ‘parlé. Pour peu durables que soient les impressions dans le bas âge, elles sont profondes à l’instant où elles se manifestent.

tances, Anna l'avait expérinenté.

L’enfant eut toutes les peines imaginables à

. arracher au lieu qu’elle détestait si fort naguè-

res. Quand elle monta dans la chaise-de-poste, qui devait la ramener à Paris, de grosses larmes perlaient sur ses joues. |

Retournons aussi avec elle à Paris.

Anna est donc rentrée au berceau de sa haissance, de ses rêves et de ses grandeurs.

Elle n’a pas plus de dix ans. Mais déjà l’intelligence rayonne sur ses traits. On s’arrête pour la voir passer. Son visage est marqué au coin de la prédestination. L’homme frivole, abaisse sur elle son œil, quand elle se promène aux Tuileries ou au Luxembourg ; il regarde avec complaisance cette figure, couronnée d’une abondante chevelure noire, dont les grappes jouent sur un col blanc comme l’albâtre. Ilse

demande ce qui surprend ainsi son attention ; il examine les traits ; il cherche ; et, tandis qu’un

. autre objet le détourne bientôt d’un commen-

cement d’études, l’homme sérieux, l’observateur, physiologiste ou psycologiste, à l’aspect d'Anna, découvre qu’elle est animée du feu prométhéen. Aussi, de ses yeux, il l’accompagne loin, loin, tant qu’on la peut distinguer... Lorsqu'elle a -disparu,. les pensees du savant sont à côté d’elle.

M. de La Grange, s’oceupa de instruction de sa fille dès qu’elle fut de retour. Près d'elle, il appela d’excellents . professeurs de littérature et de langue. En même temps, il lui fit appren-

dre ce que nous appelons les arts d'agrément.

Anva reçut don: des leçons de dessin comme elle recevait des leçons de musique; et ses maîtres de musique étaient rien moins que Stammati, Kalkbrenner et Batta !

Les progrès de l’enfant furent rapides, miraveilleux, devrais-je dire. Sa onzième année n’était point encore révolue qué le grand monde parisien l’avait dénominée Ze petit prodige. De. tous les salons du faubourg St. Germain, les invitations pleuvaient autour de mademoiselle de La Grange. On se la disputait. Mais le père n’était heureusement pas-prodigue de sa file, Il savait que les suceës, récoltés préma-

commen- Pobservaà l’aspect

ée du feu accompainguer, e U Ssayan‘

Struction ès d’elle, ttérature apprenrément.

comme ses maie Stam-

S, miraannée | monde ge, De.

ain, les Loiselle ais le de sa réma-

tuürétiient, gâtent l’esprit et le cœur. C'est posrquoi il refusait obstinément de la laisser sortir de ce cercle d’intimes que nous connaissons. La réputation d'Anna ne souffrit pas.

Bien au contraire : elle grandit considérablement. Mais la jeune personne n’était jusqu’a-

Jlors célèbre que comme pianiste. T'out- -à-coup

la beauté de sa voix se révéla.

Au soleil s’était : fondu le manteau de glace

delhiver. Le printemps revêtait sa mantille

parfumée. Dans les airs courait une douce

brise. Sur les plaines pointait la végétation :

ici c'était l’herbe fraîche, là le feuillage aux

couleurs vivaces, tantôt foncées, tantôt légères.

Ailleurs, les roses fendaient leurs capsules pour : embaumer la terre. On respirait les haleines

aromatiques du mois de mai. Les maisons de-

venaient lourdes aux épaules. Tout peuplés

de chantres aîiés, les champs et les bois invitaient ‘à leurs concerts: Anna prie son père

de la mener passer une journée à la campagne. M. de La Grange convie quelques amis à ne *partie de plaisir. On part de hori matin. De frais bocages sont trouvés. On fait halte, on déjeüne, et la compagnie, comme c’est l’habitude, s’éparpille en se donnant rendez-vous pour le diner.

D'abord Anna, toute joyeuse de la joyeuseté de la belle journée qui s’annonçait, se prit à courir après les papillons, à cueillir des fleurs. ni, elle s’assit près d’une source,sous un arbre

à la ramure vigoureuse. La jeune fille méditait en effeuillant une pâquerette moins blanche que les doigts qui en arrachaient symétriquement les pétales, quand un son, grave ei doux, harmonieux et retentissant, partit au-dessus de sa tête.- Anna écouta. Le son continua, s’élevant à ce moment, s’abaissant à cet autre, tour à tour vibrant 4 murmurant, toujours pur, toujours suave. Voici qu’il tombe à l'oreille comme une pluie de trilles et d’arpèges, et voilà qu’il monte au ciel large, puissant comme la voix de l’orgue. Il va, roucoule, vient, court, se traîne, file comme le vent, bondit comme la cascade, s’élance comme le torrent, ou bien, semble dormir coinme le lac, lutiner comme le zéphyr, et, subitement, alors que vous n’y songez pas, il vous fascine comme la syrène !

Imagine-t-on que je m’en vais dire que c’est un rossignol qui chante ? Oh ! non. x

Anna écoute encore ; vous sayez ce qu'il y a d’immatériel dans’ les sensations que canse le chant du rossignol, n ’est-ce pas ?

Je me sis et vous ne blämerez point ma réserve.

Anna écoute donc toujours.

L'heure quitte l'heure; les instants fuient dans un baiser qui dure comme la romance du rossignol.

Mais, qu’est-ce ? Un des frères de Philomèle lui répliquerait-il, ou n’est-ce que l’écho de la roche voisine?

Grâce à Dieu, ce n’est pas un écho, pas un frère ; mais ce qui vaut mieux, pour moi, c’est une sœur !. c’est l’enfant accroupie au pied du chêne ! c’est elle que la nature a inspirée ;

urs pur, loreille ges, et

comme elle qui, sans le savoir, sans s’en douter, peut- » Court, être, par spontanéité, par nécessité vient de nme la . répondre à la déclaration du roi des chanteurs! 1 bien | nie le Anna tressaille à ce déluge de mélodie qui y son- embrasse tous les timbres de l'orchestre. Elle ! s’oublie.

que Après avoir, à son insu, souvent redit les

; inspirations de la Malibran, elle essaie de redire

*] Je chant du rossignol.

UN y | se Je Et elle fait une note, puis-deux..,. puis, le

soir, au moment où le crépuscule penche ses

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ombres, elle est encore là, sous son chêne. On l’appelle ; on furète. ... on la trouve!

Elle déroule une gamme, en séacato--mais une gamme à la rossignol.

Telle est l’origine de cette vocalisation natu-

relle et instrumentale qui a valu à madame de la Grange le nom de Rossignol de Meudon !

Elle gazouillait encore son thême ; Paganini émerveillé demandait qu’on le laissât continuer, alors qu’elle fut ravie à ce songe d’une réalité future. |

Quelques mois-après, l’automne versait ses pleurs d’argent ; il faisait bien froid. Tandis que riches et pauvres.s ’affriandaient aux vitrines des magasins de Paris, deux femmes voilées traversaient le Pont-aux-Changes.

De ces deux femmes, l’une, grande, aux manières aisées et hardies, accusait lPâge mûr ; l’autre svelte, mais d’une taille aicdessbes de la moyénne, à la démarche incertaine, semblait hésiter à chique pas qu’elle faisait en avant.

Sans échanger un mot, les deux femmes se dirigèrent vers la rue du Four.

Dans un étroit passage, devant une haute * maison, borgne, elles s’arrêtèrent.

êne. On Mais une

on natudame de eudon !

Paganini

Dntinuer, :

e réalité

sait ses Tandis IX vitrivoilées

iux ma- ? mûr; us de la emblait ant.

nes se

haute

DES | qu Là, les rayons du soleil n’avaient jamais pé-

nétré.

L’atmosphère était lourde, méphitique et nauséabonde.

Les deux femmes s’enfoncent dans un corridor obseur, visqueux. La plus jeune paraît

“reculer ; l’autre, quoique tremblante, l’excite.

Cinquante marches branlantes les conduisent à une porte.

—Oh ! dur dit encore la jeune ; non, je n’irai pas ; je n’ose....

— Enfant ! fait sa compagne en souriant.

La porte s’ouvre. . ‘+

Les deux femmes sont introduites dans une sorte de bouge à demi-éclairé par une lampe fumeuse ; des reptiles affreux pendent, empaillés, au plafond , se montrent dans les bocaux ; des monstruosités tapissent les murailles , hérissent le plancher.

Une mégère est là, devant la lampe, vêtue d’un costume impossible à à dépeindre.

—Allons-nous-en, dit la jeune fille ; j’ai peur !

—Oh! latolle! reprend l’autre. Quoi; crai-

us JD mme

gnez-vous, les fantasmagories de la mère Cé-

—Je vous ai promis votre bonne aventure ; vous l'aurez.

L’horrible pythonisse, prend la main gauche.

de chacune des dames ; elle Pexamine, elle décrit des signes mystérieux. Un cercle est tracé autour d’elles; deux réchauds allumés ; dans la pièce se répand une odeur infecte ; sur la paume de la main gauche de la plus jeune des dames brille une flamme vive, tandis que sur la main gauche de la plus vieille apparaît une lueur bleuâtfe, ‘agonisante.

L leste !

| | —Mais, amie...

La sibylle continue ses simagrées. Elle prononce s mots cabalistiques, grince des dents, articule des accents étranges, et, enfin, s’écrie en frappant successivement sur l’épaule gauche de chacune des deux femmes.

-— Reine aujourd’hui!

— Reine demain !

La dernière de ces femmes s’appelait Anna de La Grange ; la première est trop connue pour qu’il nous soit besoin de la nommer,

iventure ;

n gauche.

, elle déercle est allumés ; te; sur lus jeune s que sur raît une

lle pros dents, s’écrie gauche

mère Cé-

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