‹ Biographie de Sir Charles Tupper, C. C. M. G., C. BChapitre 2 sur 11 · AIX · texte numérisé non relu

AIX

Sir Charles Tupper et Mgr Hannan.

Les partis politiques dans Ontario, au Nouveau-Brunswick et à la

Nouvelle-Ecosse ne sont pas exactement divisés comme ils le sont dans la Province de Québec ; les questions en jeu n'y étant pas les mêmes. Aussi, le clergé qui, en général, est favorable au ^'ouvernement libéral- conservateur d'Ottawa dans toutes les parties de la Puissance, est-il neutre quand il s'agit des administrations locales. Quand un parti religieux possède la thèse, ou la vérité une et indivisible, il ne doit jamais l'abandonner pour la synthèse ou la vérité morcellée.

Mais la situation des catholiques est telle, dans les provinces où ils sont en minorité, qu'ils sont obligés d"y rechercher des alliances avec les partis qui les favorisent davantage.

Mgr Hannan, successeur de feu Mgr ConnoUy, favorisait le parti opposé au Dr Tupper, dans la Nouvelle-Ecosse. Sir Charles, par sa conduite impartiale envers la minorité, avait conquis l'estime et l'admiration du nouvel Archevêque d'Halifax. Et, à l'occasion de sa

décoration comme Chevalier-Commandeur de St Michel et St Georges, Mgr Hannan écrivit, à ce dernier, une lettre de félicitations qui établit clairement toute l'estime que portait l'illustre Prélat à l'hon.

ministre des chemins de fer, bien que ne partageant pas ses opinions politiques. Il constate, une fois de plus, ce qui a été souvent répété dans le cours Se cette biographie, que Sir Charles s'est toujours ejBTorcé, de rendre justice aux catholiques de la Nouvelle-Ecosse, dans toutes les circonstances :

Cette lettre est un beau témoignage qu'il convient d'insérer ici :

Ev. d'Halifax, N. E., le 13 juin 1879.

" Mon Chef. Monsieur,

'• Je crains que vous n'attachiez " pas une grande importance à mes " félicitations les plus cordiales, à '• l'occasion du grand honneur que •' Ton vient de vous faire, vu sur- ■' tout, que j'inclus dans ces félici- *' tations certaines autres petites

'• questions de peu d'importance.

" Cependant, je puis, en toute sin- " cérité, vous assurer que je me •' réjouis grandement de vos émi- " nents succès et des marques dis- •• tinctives que la laveur royale " vous décerne.

" J'étais absent de cette j)rovince, ' ' depuis plusieurs jours, et ne •■ savais rien de cette heureux évè- " nement, autrement je vous aurais " écris, depuis longtemps, pour vous '' en féliciter, tout en priant, le •' ciel qu'il vous accorde encore de " longs jours, afin de régulariser '- toutes les affaires de la Puissance " et d'y présider.

" Je dois dire, avec candeur, que " depuis que feus Thonneur de " vous rencontrer, par affaires, en •' 1860, en votre qualité d'homme " public, je vous ai toujours trouvé, " en chaque circonstance, désireux •' d'accomplir les vœux raisonna- ■ blés de mon prédécesseur, de '' moi-même et des catholiques, en •' général.

Et à cause de cela aussi, je suis content que tous ayez été choisi pour la réception d'honneurs et de distinctions dont j'espère vous jouirez longtemps

" Vous offrant de nouveau mes "plus chaleureuses félicitations,"

' ' Je demeure " Votre plus dévoué serviteur

" M. L. Hannan

'^ Arch. d'Halifax/'

Hon. Sir Charles Tupper ) ministre des Travaux / Publics, Otta^va, Ont. )

Le Dr Tupper aux Communes d>i Canada.

La réputation, très souvent, grandit les hommes à distance. Quand vous les approchez, il vous paraissent petits. Votre imagination

TOUS les faisait si grands î Tel ne fut pas le cas pour Sir Charles ; il répondit parfaitement à ce qu'on attendait de lui. Prenant sa place au sein d'un parlement qui comptait nombre d'hommes célèbres, par leur science, leur travaux et leurs services, Sir Charles ne leur fut pas inférieur ! Dès la 1ère session, ouverte le T novembre 1867, il eut à répondre, le lendemain, a son ancien concurrent, M. Howe, qui venait de faire un long discours contre la confédération, à propos de l'adresse en réponse au discours du trône. Sir Charles lui fit une réplique vigoureuse et à l'emportepièce. C'est toujours la même fougue, le même entrain, la même éloquence. La chambre, encore sous le charme de la parole de M.

Hove, se laisse entraîner par son adversaire qui, une fois de plus, reste maître du terrain Eien n'est étranger au député de Cumberland ; et pendant la première session, il paria sur divers sujets de

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carii's, de finances, d'annexion des territoires du Nord-Ouest etc., avec la même iacilité, la même abondance et la même connaissance de tons les faits. Le 30 janvier 1869, M. Ilovve assumait les fonctions de Président du Conseil ! Sir Charles lui avait encore cédé le pas î Bien plus, il alla l'aider à se faire réélire et il était prêt à résigner, en sa iaveur, son mandat de Cumberland, s'il eut été nécessaire ! Voilà un bel exemx^le de désinterressement personnel au profit d'un principe et d'une idée. Le Dr Tupper, con- A'aincu que l'entrée de M. Howe mettrait fin aux divisions intestines de sa Province, n'hésita pas un seul instant à se sacrifier dans l'intérêt de la paix et de l'union. Les événements prouvèrent qu' il avait raison. La fusion s'opéra dans la Nouvelle-Ecosse ; et, à la guerre politique succéda une trêve heureuse qui permit la réconciliation, la concorde et la paix.

C'est aussi dans le môme but que, sur la suggestion de Sir Charles, le 1er mai 1873, l'Hon.

Joseph Ilowe était nommé Lieutenant-Gouverneur de sa Province.

C'est là que la mort venait, peu de temps après, fermer à jamais l'une des bouches les xdIus éloquentes qu'ait encore produites notre continent.

La session de 1860 retrouva le Dr Tupper avec son activité habituelle. Il porta la parole, très souvent, en chambre, sur des sujets de haute importance, tels que ceux de rintercolonial, de l'acquisition des territoires du Nord-Ouest et de l'entrée de Terreneuvedansla confédération. 1870 le retrouve à son poste ; seize fois durant la session.

Sir Charles a l'occasion de traiter les sujets les plus ardus : il le fait toujours avec un rare bonheur.

C'est à cette époque qu<^ fut passé, dans notre parlement, Tacte relatif à l'acquisition de la Terre de Eupert et des territoires du

Nord-Ouest. L'Angleterre avait déjà, Tannée auparavant, sur les instances de Sir George et de l'Hon.

AY. McDougall, passé iin acte à cette fin, moyennant une somme de c£oOO,000 sterling, que le Canada devait payer à la comx)agnie de la baie d'IIudson. Cette compagnie, qui jouissait d'un monopole exclusif sur tout ce territoire, depuis 1670, se reservait, en sus, 50,000 acres de terres autour de ses postes de commerce et un vingtième de toutes les terres de la zone fertile, au Sud de la branche Nord de la llivière Saskatcliewan : Son injuste monopole cessait. Ainsi, pour un sixième de centin par arpent, le Canada acquérait 1,800,000 milles carrés de terre, dont, près de la moitié vaut au moins deux piastres l'acre aujourd'hui. Cette acquisition, ai]isi que l'entrée de la Colombie dans la confédération, deve naient nécessaires au perfectionnement et à la consolidation de celleci. Toutes les Provinces Britanni-

ques de i Amérique du Nord, à l'exception de Terreneuve, se trouvaient aussi réunies et possédaient des zones diverses, des produits multiples et des ports de mer, avantageusement situés, sur les Océans Pacifique et Attlantique, à 4500 milles de distance ! ces questions d'agrandissement et d'annexion de territoires, aussi vastes que le reste de ce continent, soulevèrent de magnifiques débats aux communes, dans lesquels figurèrent nos principaux hommes appartenant aux deux grands partis politiques, qui se disputent le pouvoir, au Canada.

Parmi ceux-ci le Dr Tupper prit une part très proéminente dans ses mémorables et interressants débats.

1870-1873. Sir Charles Tupper membre du Cabinet MacDouald.

Le 21 juin 1870, le Dr Tupper entrait, pour la première fois, dans

le ministère canadien, en qualité de Président du Conseil ; charge qu'il occupa jusqu'au 1er juillet 18Y2, époque à laquelle, il prit la direction du ministère du Revenu de l'Intérieur, — qu'il conserva jusqu'à son entrée dans celui des Douanes, le 2 Février 1873. Il ne conserva ce poste que jusqu'au 6 novembre de la même année, jour où l'administration Macdonald donnait sa résignation, à la suite des défections de plusieurs de ses partisans, à l'occasion des accusations au sujet du contrat Allen.

Le ministère MacDonald comptait des hommes célèbres, des chefs habiles, des politiques adroits et des financiers experts. Sir John présidait à la justice. Sir G-eorge à la Milice,^ Sir Léonard aux Finances, Peter Mitchell à la Marine, Wm. McDougall aux Travaux Publics, Sir A. Campbell aux Postes, l'hon. J. H. Pope à l'Agriculture ; à Sir Hector Lange vin était dévolu, d'abord le Secrétariat d'Etat, et en

1869, le départemeut des Travaux Publics. A cette époque, le département des chemins de fer en faisait partie ; ce qui donnait une besogne considérable au ministre. Sir Hector s'étant fait remarquer, des longtemps, par son esprit méthodique, son assiduité au travail, ses aptitudes aux affaires, sa régularité en tout, ses connaissances politiques et par le fidèle accomplissement de sa parole donnée, devait, tout naturellement, succéder, en peu de temps, comme chef de parti, au très regretté Sir G-eorge, que la mort enlevait à Londres, le 20 mai 18*73. Sir John est trop connu pour qu'il soit nécessaire de faire ressortir ses grandes qualités administratives, et ses profondes connaissances de l'art du gouvernement des hommes et des choses.

MM. Tilly et Mitchell avaient joué un rôle brillant dans leur petite Province. Ontario était représenté par MM. McDougall, Howland, Morris et O'Connor ; c'est-à-dire

par des. politiques de renom, de science et d'autorité. Tel était la composition du ministère lorsque l'Hon. Dr Tupper fut appelé à en faire païtie. Par son travail énergique, sa science des affaires, son coup d'oeil rapide et profond, il eut bientôt conquis un rang enviable parmi ses distingués collègues. La session de 1871 fut très remarquable ; Elle requit, de la part des membres du Ministère, une somme énorme de travail. Sir Charles s'y montra' infatigable : il prît part aux discutions, en chambre, pas moins de vingt deux fois, sur les sujets les plus importants !

L'élargissement des canaux occupa sérieusement son attention. Le canal Américain de TErié, dont l'embouchure se trouve à l'extrémité Est du Lac de ce nom, menaçait de faire une ruineuse concurrence à notre canal Welland, dont l'objet est de relier les eaux de l' Erié à celles du Lac Ontario, et de faire éviter, à la navigation, les chûtes du Niasfara.

Il fallait donc faire élargir ce canal, de manière à permettre aux gros vaissenx, cliargés des produits de l'Ouest, de descendre par la voie du St Laurent. Les pêcheries, dont l'im^Dortance est immense pour nous, ne furent pas non plus négligées, mais le sujet qui prima tous les autres, fut, sans contredit, celui de l'admission de la Colombie Britannique dans la confédération.

Sir Oharles prit une part très active dans les discussions nombreuses qui se firent à l'occasion de ces grandes mesures. L'opposition, conduite alors par l'Hon. Alex.

MacKenzie, député de Lambton.

renfermait des hommes cai^ables, savants et habiles ; ainsi la partie était serrée ; le ministère surveillé de très près, était obligé de se tenir sur ses gardes.

Cette même année là-, (1871), la Colombie Anglaise entrait dans la confédération, à la condition expresse, que le Canada construirait, dans l'espace de dix ans, le chemin de

fer du Pacilique. La promesse pouvait être difficile à tenir dans les conditions de nos finances. Ce sera là la cause de la résignation du ministère, deux ans après.

Dans un pays neuf et sous un régime nouveau qui avait créé de nombreux besoins et de grandes aspirations, tout était à faire. Les ministres travaillèrent, avec un zèle infatigable, pour faire face à toutes les exigences de la situation Aidés puissamment par MM. T. Trudeau, C. F. Baillargé, J. C Taché et autres chefs de départements, les ministres se montrèrent à la hauteur de leur situation. De nombreuses lois furent élaborées, confectionnées et sanctionnés, touchant le service civil, les travaux publics, le service des malles, le tarif et la faillite. C'est en 1871 que fut signé le Traité de Washington, en vertu duquel les américains durent nous payer $4,500,000 d'indemnité pour l'usage de nos pêcheries, durant les 12 dernières années passées, et en

outre $1,000,000, à llle de Terreneuve. Le Yankee, qui est très pratique, a renoncé, depuis, dit-on, à la consommation du poisson — même le vendredi î ça lui coûte trop cher. D'ici à ce qu'on ait oublié ce traité, les cliances de Sir John à la présidence de la République américaine sont très minimes. Il vaut mieux, pour lui, s'en tenir à sa position de premier de ce côté-ci de la ligne 45 ; Un tien vaut mieux que deux tu V auras.

Sir Charles, ayant pris la direction du ministère du revenu de l'intérieur, le 1er juillet 1872, à la nomination de l'Hon. Alex. Morris comme juge en chef du Banc de la Reine au Manitoba, se mit à l'œuvre, avec son activité ordinaire. Il y opéra nombre de réformes, fit rappeler les anciennes dispositions concernant les poids et mu sures, et gratifia le pays d'une loi générale à ce sujet, laquelle a donné satisfaction depuis. L'acte de faillite eut aussi toute son attention. En

chambre^ c'était l'un des portedrapeaux de la parole au nom du parti. Bien qu'un peu ferrailleur, la chambre entend toujours Sir Charles avec une grande déférence et une attention soutenue. Ses amis l'écoutent de plaisir, ses adversaires de rage parfois.

Il leur porte des coups si brusques et si fatals ! Sir John charme son adversaire, Sir Hector le convainc, Sir Léonard l'amadoue, Blake l'exalte, Chapiteau l'émerveille, Pope l'enlace, Caron le <ajole, Laurier l'enlève, Sir Charles le cloue, l'assomme. L'on dirait qu'il tient dans sa main une masse solide et pesante avec laquelle il frappe son ennemi sans pitié. Il suspend au-dessus de sa tête Tépée flamboyante de Dansocl'^s. C'est une espèce de Danton conservateur, qui marche, à pas rapides, vers son but, avec une audace croissante, encouragé par des succès constants La galerie jubile aux accents de Sir Charles ; la galerie n'aime pas les plats tièdes ;

il lui faut du neuf ! du vif î du nerf ! de l'imprévu î Et quand Sir Charles doit prononcer une harangue, l'on est sûr qu'il y aura foule.

Et mieux que pour les acteurs Komains, qui à la fin d'une représentation, donnée devant un peuple ennuyé, étaient obligés de solliciter des approbations, Sir Charles, à la fin de son discours, n'a pas besoin de dire : Plaudite cives ! les applaudissements viennent spontanément et toujours.

G Nov : 1873. Résignation du ministère MacDonald.

Deux ans s'étaient écoulés déjà depuis l'entrée de la Colombie Anglaise dans la confédération, et le chemin de fer du Pacifique n'avançait guère. La Colombie menaçait de rompre le pacte fédéral. Le gouvernement fit de grands eJBTorts pour se procurer les moyens de faire ce a'rand chemin de fer, à

travers les plaines du grand Ouest.

C'était une des plus gigantesques entreprises qu'un peuple de 4,000,000 eut jamais essayées. Mais la Colombie étant le clef de voûte de l'édifice de la confédération, il fallait, à tout prix, la retenir dans son sein ; car, la confédération ne peut avoir de libres accès aux ports du Pacifique que par cette Province. Le commerce de Tlnde, de la Chine et du Japon, un jour, devra passer par là, pour se rendre en Europe — cette voie, étant de cinq cents milles plus courte que toute autre. La confédération ayant dû assumer une dette considérable X30ur le parachèvement de Tintercolonial, Tagrandissement des canaux, les travaux publics de toutes natures, etc., ne se trouvait pas en mesure de faire face et aux exigences de la situation et au coût du chemin de fer du Pacifique, à la fois. Le Nord-Ouest n'étant pas encore colonisé, ne donnait aucun revenu. Dans ces circonstances, le

ministère crut devoir s'aboucher avec de grands capitalistes étrangers : mais ceux-ci refusèrent leur cooi^ération à l'entreprise du Pacique. Alors le syndicat Allen fut formé. Le pays donnait :s30,000,000, en argent et 50,000,000 d'acres de terres, pour la construction du chemin ; ce dernier devait être terminé dans les délais réglés avec la Colom])ie Anglaise. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes : Montréal jubilait.

L'on ne demandait qu'à " voir le con^raty Le terminus du pacifique devait être dans les murs de la grande cité. Hélas ! chaque beau jour à son lendemain : chaque médaille, son revers 1 Le peuple est instable ; aujourd' hui il chante ses grands hommes ; demain il chasse ses héros î Un point noir se cachait à l'horison. Les élections se faisaient alors, sous l'empire d'anciennes lois, dont la morale était passablement relâchée. L'on jouait gros jeu ; c'était la //oc//e qui l'emportait.

Les deux partis durent dépenser beaucoup pour les élections ; Le ministère, peut-être moins que l'opposition. Mais ce qui est crime pour le gouvernant est vertu pour le .gouverné ! Le pur, le délicat Yaukee Licius Seth Huntington, à la vertu farouche, s'indignant de ce que le ministère avait pu dépenser, quelques milliers de dollars, lui dont l'élection de ShefFord ne lui avait coûté que $32, 000.00, parvint à obtenir, d'un M. Norris, clerc de l'Hon. M. Abbott, certains papiers d'une nature confidentielle ! Ces papiers établissaient que certaines sommes d'argent avaient du être dépensées, par le ministère, durant les élections. L'électeur se laisse corrompre mais n'aime x^as qu'on le lui prouve ! une grande indignation s'ensuivit d'un bout à l'autre du pays. L'ox)position la propagea au moyen de ses. journaux, de ses clubs et de ses assemblées d'indignation. Le ministère vit qu'il lui serait difficile de tenir tête à l'orage.

tant que cette surexcitoLtion subsisterait. Le malade, at.tt.iiit par certaines fièvres, ne peuï x>rendre toutes sortes d'aliments. Il faut qne le temps de Tincubation s'écoule. Il en est ainsi des épidémis politiques : le temps seul corrige les erreurs, rétablit les faits, porte la lumière, et guérit les blessures. Le ministère résisrna. C'était peut-être le plus mauvais tour qu'il pouvait jouer à ses adversaires : ceux-ci se trouvaient à prendre les rênes du ]^ouvoir au moment où les difficultés, concernant la construction du Pacifique, étaient très considérables. D'ailleurs, les conservateurs avaient été si longtemps au timon des affaires, de si nombreux griefs leur étaient reprochés, par l'opposition, que le peuple paraissait, croire, que cette dernière seule, pouvait ramener l'âge d'or dans notre pays. Hègie générale, dans les pays représentatifs, dont les intérêts des difterentes sections sont divers et souvent en

antagonisme;, il n'est pas mauvais que les administrations changent parfois. Cela produit une généreuse émulation pour le bien et vers un bon régime de gouvernement ; Le flux et le reiiux des mers assainissent l'atmosphère : une mer toujours calme engendrerait la corruption et la mort. Les temps demandent des modifications ; les générations trop vieilles sont routinières et ennemis des changements nécessités par les circonstances, les besoins et les époques nouvelles. Savoir se rendre à temps est en grand art :

savoir se replier sur soi-même pour reprendre des forces, à fin de monter plus haut, est une science utile. Sir John connaît les ressorts de la souplesse ; il a étudié tous les recoins du cœur humain. — Le peuple, surpris dans sa bonne foi, revient à lui-même. Le ministère abandonna le pouvoir.

Sir Charles et presque tous les autres collègues de Sir John se resserrèrent d'avantage autour de

lui, l'encouragèrent et lui donnèrent un banquet dans la ville d'Ottawa même presqu'au lendemain de sa cHute! L'on recommençait déjà la réorganisation du parti.

Ainsi, après une bataillî perdue, un général habile et courigeux, ne se croisse pas les bras ; mais, réorganisant les débris de ses plialanges décimées, il se prépare à de nouveaux combats. Etudiant, avec pltis de soin le jeu, le nombre, les marches, les plans et les armes d'* ses ennemis, il remonte à l'assaut, et reprend la place perdue : Ainsi doit-il en être en politique ; cette guerre constante de jeu de -bascule.

1873 /' ISIS— M. MarKenzie au pouvoir.

Les rôles étaient complètement renversés. Sir John et son parti passaient à la gauche ; l'ancienne opposition prenait la droite, ayant à sa tête le vieux chef réformiste du Haut-Canada. l'Hon.

AlexaAder MacKenzie. Celui-ci croTvtnt devoir en appeler au peuple;, sortit victorieux de la lutte de 1874 : Il revint avec une immense majorité. - La session se passa sans trop d'escarmouches : l'opposition conservatrice voulant donner au gouvernement une certaine latitude, qui lui permit de développer ses vues politiques et d'appliquer ses principes économiques. Mais Sir Charles ne semble vivre que de combats ; aussi est-il le plus ardent à l'attaque ? il harcèle, souvent, le ministère ; il est surtout la terreur du nouveau Ministre des Finances, Sir Richard J. Cartwright ; c'est sur ce dernier qu'il se rabbat sans pitié. Il suit ses agissements, surveille ses rapports, analyse ses discours, relève ses arguments avec une force de logique impitoyable et une verve d'élocution extraordinaire. Le Pacifique, surtout, fut la cause de longues discussions.

Le gouvernement MacKenzie avait adopté un mode différent

pour la construction de cette voie ferrée ; son but étant d'utiliser les lacs et les rivières, (water stretches), afin de diminuer la construction du nombre de miles de chemin, et de parfaire la route en moins de temps.

Ce plan prêtait le flanc à la critique ; nos hivers sibériens dt' l'Ouest fermant la navigation durant six mois de Tannée. La situation du ministère était déjà difficile. Les capitalistes avaient refusé d'accepter ses offres de iSlO,UOO et 20,000 acres de terres, par mille pour les 2,629 milles de voie ferrées à parfaire ; bien que le gouvernement offrait, en sus, quatre pour cent d'intérêt, pendant vingt-cinq ans, sur toute comme d'argent spécifiée au contrat. Cette off're équivalait,en totalité, à $26,290.00 en argent et à 52,580,000 acres de terres, à part la garantie des quatre pour cent d'intérêt. L'on doutait alors de la possibilité du succès de l'entreprise. M. MacKenzie, doué d'un esprit tenace, marcha en dépit de

tout, au grand mécontement du peuple, chez lequel la réaction s'opérait déjà en faveur de l'ancien parti.

Un grand nombre d'élections ayant été annulées par les tribunaux, l'opposition remporta la plupart des divisions électorales, ainsi ouvert* 'S par les jugements des cours. iJès Février 1875, M. Wilfrid Provost, avocat, d'un remarquable tiuent, était défait dans le comté des Deux-Montagnes. En Octobre 1877, l'Hon. M. Laurier, nommé ministre du Revenu de l'Intérieur, subissait aussi le même sort, dan 6 la forteresse du libéralisme, les comtés unis de Drummond et Arthabaska. Mr D. O.

Bourbeau, conservateur, homme d'un grand mérite mais alors inconnu < n politique, le remplaçait.

En Janvier 1878, l'Hon. Mr Vail, ministre de la Milice, perdait son élection dans le comté de Digby.

Dans Ontario, le o'ouvernement

■loi)

subit aussi des défaites sensibles et importantes. Le Dr Tupper se multiplia i3our porter secours à ses amis politiques. On le vit à North Renfrew, à Toronto, à South Ontario et à Essex, où la victoire couronna ses efforts. Ce qui décourageait l'administration et faisait renaître la confiance et l'enthousiasme dans le parti conservateur.

Le rôle de l'oppositiou est comparativement facile ; la critique étant plus aisée que l'art. Les années passées sur les banquettes de la gauche furent très agréables à Sir John et à son parti. Tout ce qui arrivait de mal était mis sur les épaules de M. MacKenzie.

Les mauvaises récoltes lui étaient imputées. C'était le point noir, le bouc émissaire, chargé de toutes les malédictions du pays. Les grands journaux et les orateurs conservateurs ne laissaient aucun répit au gouvernement. La lutte était vive partout. La grande crise commerciale de ce temps-là

vint encore aggravor la siiuatioii.

M. CarUvright, ne roulant rien entendre, refusa, sous le prétexteque Ton ne ramène pas la prospérité d'un pays par un trait de plume, de modifier le tarif, bien que le pays réclamât un changement, à grands cris. Placés comme nous sommes à côté de la République Américaine, nous sommes obligés de lui faire face et de tenir nos tarifs aussi élevés que les siens, afin de n'être pas ruinés par sa concurrence. En j)rincipe, tout le monde est libre-échangiste : dans la pratique, il coiivient quelquefois de se protéger. C'est ce qu'affecta de ne pas comprendre le ministère MacKenzie ; de là son impopularité croisante et sa courte durée. De fait, comme nous le disions alors dans une circonstance mémorable :

" Cette question implique celle du libre-échange et de la protection.

Les principes qui régissent ces questions, en tant qu'appliqués à

différents pays, ne sont pas absolus. Au contraire, ils s'adaptent aux exigences des revenus, des besoins, des ressources et des relations de ces pays. L'on ne doit évidemment se protéger que sur des objets que nous ne produisons pas nous-mêmes. Le libre-échange convient aux nations riches, dont les différentes industries ont atteint un haut degré de perfectionnement. Les peuples nouveaux ont besoin de protection pour créer leurs manufactures et développer leurs ressources naturelles.

" L'industrie française a pris son essor sous Louis XIY ; elle est due au système douanier du Grand Colbert. Amédée Gabourd s'exprime ainsi à ce sujet : " Colbert " imposa des règles sévères au " travail, mais il s'attacha, en même " temps, à lui assurer le marché " national. Les produits de V indus- " trie étrangère furent frappés de " droits réjiulsifs qui en rendirent " Vimportation en France fort oné- " reuse^

'' Frappé de l'infériorité des manufactures françaises, le grand ministre fit de prodigieux efforts pour les développer, en les protégeant contre la concurrence étrangère. Il poursuivit, avec rigueur, les contrebandiers, afin d'empêcher les objets étrangers d'arriver en France. Cette protection assura le développement des industries françaises. Cette protection doit diminuer, naturellement, à mesure que l'industrie nationale peut soutenir la concurrence étrangère.

L'Angleterre a bien compris ce principe, et tandis qu'elle réclame ardemment de toutes les autres nations, l'abaissement des tarifs, elle s'obstine à maintenir les siens assez élevés pour empêcher les autres d'arriver chez elle ; voilà l'un des grands secrets de son omnipotence commerciale.

'* La nation anglaise, séduite par les avantages du libre-change, a abaissé ses barrières, depuis peu.

L'efiet en fut désastreux pour elle.

Le fer belge y arrive à si bas prix que ses opérations minières sont arrêtées et qiie les grèves y sont à l'ordre du jour. Les théories libérales de Gladstone ont nui considérablement à l'Angleterre, depuis quelques années.

" Napoléon IIL entraîné par les séduisantes théories libres-échangistes de Cobden, voulut les faire essayer à la France, en dépit des protestations de l'industrie natio-* nale. Les désastres financiers en furent la conséquence.

" De fortes récriminations se produisirent au Corps Législatif Thiers qui connaissait le prix du travail et Pouyer-Quartier firent des discours, restés célèbres, pour le rappel du traité, avec l'Angleterre. Le peuple, aussitôt après Sedan, s'empresse de récompenser ses défenseurs : Thiers est appelé à la présidence et Pouyer-Quartier est nommé ministre du commerce.

Si l'Angleterre est arrivé à un très haut degré de prospérité, elle

le doit à la protection. Ainsi en est-il des Etats-Unis. Dès après 1790, les questions économiques y furent fortement atiitées. Washini>ton, Hamilton,. Jelferson, etc., virent que le secret de la prospérité du peuple et de son indépendance reposaient dans la protection. Aussi dès 1812, Hamilton, secrétaired'état, fait un rapport au Congrès en faveur de l'imposition de droits élevés sur les objets de fabrique étrangère. L'Angleterre s'émeut, et à Manchester seulement, l'on souscrit un demi-million pour l'achat de marchandises, au rabais, destinées aux Etats-Unis, afin de les inonder et d'y empêcher l'établissement des manufactures. Henry Clay vengea les Américains quelques années après, en 1824." Pour avoir négligé l'adoption de ces vues, avoir crée la cour suprême, etc., le gouvernement MacKenzie fut entraîné à sa perte.

Sir Charles Tupper discuta, en maints endroits, devant le peuple

et dans la chambre, ces graves questions ; partout ses vues semblaient se populariser dans les Provinces Maritimes : Ce qu'il opérait là se reproduisait dans Québec et Ontario. L'Hon. John Costigan obtenait les mêmes succès dans le Xouveau-Erunswick. Sir John était reçu en triomphateur à Montréal, à Québec et dans tout le Haut- Canada, où sa parole enlevait tous les suffrages, où sa présence réveillait de nombreuses sympathies.

D'immenses pique-niques politiques avait lieu partout. La confiance renaissait chez les conservateurs, tandis que les libéraux semblaient, au contraire, découragés. Ce fut dans ces circonstances, qu'eurent lieu les élections générales du IT septembre 1878. Le parti libéral, décimé, revint tout mutilé de la lutte ; la plupart de ses chefs mêmes, étaient restés sur le carreau.

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