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18V8 — Les conservateurs reprennent le pouvoir.
Sir John, avec cette rare perspicacité politique qui le distingiie.
avait compris qu'il serait bientôt appelé à reprendre les rênes de l'Etat. Le peuple, en général, est avec Sir John ; on lui pardonne toujours beaucoup parce qu'il a beaucoup aimé son pays, s'entend. Sir John sait à fond le cœur humain ; on dirait qu'il en palpe tous les ressorts les plus intimes, qu'il en connaît tous les instincts les plus secrets. On l'a dit un grand fascinateur. Non-seulemont, il fascine, mais il palpe, il dissèque ; il fait de l'anatomie. Le cœur est un viscère qui met en mouvement la plus belle invention du Créateur.
En effet, l'homme se meut, s'enthousiasme, se passionne, s'élève par le cœur. Apprenez le cœur humain, étudiez-le et vous gouvernerez le monde. Voilà bien l'un
des secrets de la popularité de Sir John.
Le gouveruement MacKenzie passait par nu série de difficultés insurmontables : Un économiste manquait à ce ministère. Les théories libres-échangistes de Sir Richard Cartwright mettaient le gouvernement dans l'impossibilité de faire face aux exigences croissantes du pays. La création do la cour suprême était aussi une faute, dans un temps où les finances ne suffisaient plus. Sir John surveillait avec son œil exercé les agissements du pouvoir. Mais, d'une nature chevaleresque, il ne voulait pas créer trop d'embarras à ses adversaires, en chaoïbie. L? Dr Tapper plus bouillant, plus batailleur, plu.s ardent, se jetait dans, la mêlée et admistrait à ce pauvre Sir Richard des coups dont ce dernier ne put jamais se relever.
Sir Léonard Tiliey. ayant appris, de bonne heure, Tart du maniement des chiffr^^s er d;- s finances, s'étant
retiré de Tarêne politique, en 1873, pour occuper la position de Lieutenant-gouverneur de sa province, avait laissé à Sir Charles Tupper le soin de surveiller le financier de Topposition, Sir Eicliard. C'était le laisser en mauvaises mains. Le Dr Tupper connait très-bien les mathématiques et les ressources que Ton peut en retirer, contre un ministre des finances. La lutte qu'il fit à Sir Richard est restée célèbre dans nos annales parlementaires.
L'opposition avait été très active pendant les années du règne Mac- Kenzie. Les assemblées politiques avaient succédé aux assemblées politiques dans les p: ovinces ; Sir John était reçu princièrement à Montréal, à Québec, à Sherbrooke, dans Grlengarry. à Toronto, et dans les Provinces Maritimes. Sir Charles se multipliait pour faire face à ses adversaires. Le Haut-Canada le vit souvent y livrer des batailles mémorables, dans l'intérêt de son
parti. Halifax le vit luttant en faveur de ses principes ; Digby fut aussi témoin de sa valeur. La lutte avait été portée dans tous les coins du pays ; l'opinion publique était profondément agitée Une crise commerciale, d'une gravité sans exemple, dans notre pays, venait d'y passer, comme un ouragan destructeur, emportant les fortunes devant lui, rasant les manufactures trop peu protégées, démolissant nos institutions monétaires, etc. Le comte Dufferin, habile, mais dangereux politique, précipita le dénouement. Il conseilla à l'Hon. Mac- Kenzie de faire ses élections dans l'automne de 1878, avant son départ. Les gouverneurs n'ont pas sur le peuple l'influence qu'ils croient avoir. Les électeurs se défiaient de Lord Dufferin : Sa conduite dans le Liban était connue.
Son immigration mennonite et islandaise, au Manitoba,avait considérablement mécontenté le pays.
Ces immigrants contaient trop
cher. Le plan adopté pour la construction du Pacifique parut impraticable. L'Hon sénateur Mac- Pherson avait démontré, dans une série d'articles remarquables, écrit ayec une logique impitoyable et une grande clarté, l'inanité de la politique fiscale de M. Cartwright. La presse conservatrice s'agitait aussi :
Le pays désirait un changement ; Les élections allaient lui offrir une occasion favorable. Elles eurent lieu le 17 septembre 1878. Ce fut un couj) de foudre pour le ministère. La plupart de ses membres avaient été défaits. C'était plus qu'une catastrophe ; c'était une ruine. Le triomphe de l'opposition était complet sur toute la ligne.
Sir John revenait avec une majorité plus forte que celle que M. Mac- Kenzie commandait auparavant.
0 constance politique tu n'es qu'un mot ! Chose étrange ! c'est que les chefs et les hommes les plus habiles des deux partis furent défaits. Sir John lui-même avait
perdu son élection dans sa vieille et fidèle circonscription de Kingston ! Sir Hector était aussi défait à Rimouski ! L'électeur est si niveleur î il voudrait n'élire que ses égaux ; il semble redouter le talent, ï)arfois. L'éducation politique fera dis^^araitre ce préjugé si funeste. Les hommes de talent ont plus de difficultés à parvenir, très souvent, que d'autres qui en sont dépourvus î C'est que les Minus hahens flattent le peuple et se servent de moyens que repoussent les hommes supérieurs, les natures d'élite, les cœurs haut placés.
Le ministère résigne. Sir John fut rappelé. S'entourant de sa vieille garde, de ses fidèles amis, de ceux qui avaient lutté plus courageusement, aux jours mauvais, il forma une administration nouvelle qui eut le plein assentiment de la chambre et du pays.
Le nouveaîi ministère.— Le rnarquU de Lomé.
L'ingratitude est le pire des crimes politiques. Un chef qui s'en rendrait coupable tomberait bientôt dans le discrédit général.
Eien n'est plus odieux que l'ingratitude. Quand un homme a combattu, a sacrifié son temps, son repos, sa fortune, au triomphe d'une cause ou d'un parti, il a droit à l'honneur et aux récompenses. Sir John n'oublia point ses anciens amis. La chambre se composait de plusieurs hommes de grands talents. Ontario était représentée par des avocats habiles : MacDougall.
Plumb, Hector Cameron, Laiton McCarthy, Kirkpatrick, Eykert etc., le chef n'avait que l'embaras du choix. L'administration fut formé comme suit :
Sir JoHX x\. Macdonai.d, Prerniw ei
Ministre de V Intérieur.
Hon. James Mac. DONALD, Ministre de la
justice.
Hon. Cha^ Tri'i'Lit, Ji'.- >!•> J^s Trù'.u\i^
Publics Hon. H. L. LANr.E\iN Mùln.'-Gméral
des Pas' es.
Hon. L. R. Masson. Ministre de Li
Milice.
Hon. L. 8. TiLLEv, Ministre des Finances. Hon. Alex. Campbell, Receveur Générai Hon. J. H. Pope, Ministre de CAgri-
culture.
Hon. M. BowELL. Ministre des Douanes.
Hon. J. C. Pope, Ministre de (a Marine
et des Pêcheries.
Hon. J. AiKENs, Secrétaire d'Etal.
Hon. L. F. G. Baby, Ministre du Revenu
de r Intérieur.
Hon. JoHX O'GoNNOR, Président du
Conseil
En cela. Sir John s'était montré reconnaissant. Le nouveau conseil se composait de ceux qui, à peu d'exception, entre les premiers, avaient lutté, dans chaque province, pour le triomphe du parti libéralconservateur. C'était un ministère composé d'hommes énergiques, éprouvés, habiles et dévoués à leur chef. Six de ces ministres ne le sqnt plus depuis déjà long-
temps ; les générations politiques iiassent si yitv. Des questions importantes agitaient alors la province de Québec. Le coup d'Etat de Letellier avait causé une profonde commotion. Le nouveau gouverneur, le m aquis de Lorne, arrivait, dans ces circonstances, pour remplacer le diplomate Lord DufFerin. Ce dernier l'avait mis sous une fausse impression, relativement à la question Letellier : Il faillit se perdre, Letellier avait des adversaires très actifs ; La Maison bleue, à Ottawa, était le foyer où se chauffaient à blanc les boulets que l'on dirigeait contre le Lieutenant- (rouverneur de Québec. Le marquis de Lorne, inspiré adroitement, renvoya la décision de cette épineuse question à l'Angleterre.
Cette décision ne satisfit personne.
La popularité du jeune gouverneur en reçut un tel coup qu'elle ne s'en releva, depuis, qu'avec difficulté.
Sir Hector, en compagnie de riion. M. Abbott, traversa l'Océan,
à cette t'poque. pour plaider la cause des adversaires de VHon.
M. Letellier, au Colonial Office.
Ils revinrent victorieux. L'Angleteire sanctionnant une fois de plus la vieille doctrine : " que le roi rè'j:ne. mais ne gouverne pas.,. ^ en apparence du moins.
Le marquis de Lorne, qui est un ami de la littérature, a fondé une Académie royale, calquée sur celle de Londres. Son administration restera célèbre à cause de la construction du Pacifique et du développement du Nord-Ouest canadien.
Mais son départ laissera le Canada assez indifférent, bien que personnellement il y soit estimé, à cause de son attachement sincère pour les Canadiens. Il n'a laissé aucune, fondation qui le rappellera, si ce n'e^t l'Académie royale... et encore est-elle née viable, composée comme elle l'est ?
Piurifinue Ca/iadicn.
Le Dr Tupper. voulant se livrer pins exclusivement à la grande œuvre du Pacifique, fut forcé de laisser diviser, en 1879. son département, en deux branches :
celle des chemins de fer et des canaux, qu'il garda x^our luimême, et celle des travaux publics qui fut confiée à Sir Hector L.
Langevin. Ce dernier, par son esprit méthodique, ses connaissances variées et approfondies de toutes les branches administratives, son habileté aux affaires, est apte à remplir n'importe quel poste, à présider à n'importe quel département. Aussi, au ministère des Travaux Publics, Sir Hector donnat-il satisfactio]! générale. De grandes améliorations se sont faites, dans toutes les parties de la Confédération, sous sa gouverne. Le ^donfreal Gazette, du 9 juin dernier, donnait un état concernant les
travaux publics. Cet état, tiré du rapport préparé, sous la direction de Sir Hector, donne des détails très intéressants que le lecteur verra avec plaisir.
Le voici tel que donné par la Gazette :
" Travaux Publics de la Puissance.
— Sir Hector Langevin a fait préparer un sommaire très bien fait et des plus utiles, de tous les rapports des Travaux Publics, depuis l'époque de la Confédération, à nos jours. Le montant dépensé pour travaux publics est de $264,575,oOT, somme beaucoup plus élevée que notre dette ; de cette somme 196,458,745 ont été dépensées, depuis le 1er juillet 1867, et la balance avant cette date.
" L'état suivant démontre la proportion des dépenses dans chaque province :
-Avant la Confédéraiion.
Nouveile-Kcosse (chemins de fer
et canaux) .... $ 6,263,764
Ile du Prince-Edouard (chemins
de fer el liavres) 3,339,110
Nou.veauBrunswick (chemins de
fer) . 4,642,484
Québec 18.841,368
Ontario 31,926,032
Colombie Bfilannipue (creusage
seulement). 92,000
Formant un total de SG8,12l,7Gî