‹ Biographie de Victor Cornil. Inauguration de la statue du professeur Victor CornilChapitre 12 sur 21 · DÉPUTÉ DE LA SE IME · texte numérisé non relu

DÉPUTÉ DE LA SE IME

Messieurs,

Jamais je n’ai plus fortement senti combien est lourd aux épaules d’un homme le devoir de porter la triple tradition de travail, d’honneur et de dévouement à la République que m’a légué mon beau-père, et que je veux transmettre intacte à mes enfants.

Pour la première fois de ma vie, peut-être, je regrette d’être, comme il l’était lui-même si profondément, imprégné de philosophie positive et matérialiste : car l’image est véritablement trop tentante de se le représenter se survivant à lui-même, assis en quelque empyrée, souriant de son lin et doux sourire et se réjouissant de l’admirable fête que lui donne, en ce jour, « sa petite patrie > de Cusset. Combien vif, profond et ému était l’attachement qui le liait à elle ! Sans doute, être originaire du Bourbonnais constituait pour lui la meilleure de toutes les recommandations. Mais son accueil se faisait doublement cordial et affectueux pour quiconque, petit ou puissant, pauvre ou riche, venait de ce coin de terre où des générations de Cornil, probes et simples, avaient peiné et travaillé, où son père était né, et où lui-même avait vu le jour.

Sa joie serait sans mélange de contempler tous ceux qui sont ici, et qui furent, pendant tant d’années, ses compagnons de lutte pour la cause républicaine, et de les retrouver tous, unis et groupés en son honneur, aussi bien ceux que des dissentiments passagers et locaux séparèrent de lui, que ceux qui lui restèrent fidèles, jusqu’à la fin de sa vie politique. Ma tâche, à moi qui parle, ici, au nom des siens est malaisée car je dois exprimer à tous la reconnaissance de la veuve et de la fille de Cornil, et je crains d’oublier quelques-uns de ceux qui furent parmi les meilleurs artisans de l’œuvre dont nous fêtons aujourd’hui la réussite éclatante.

Notre gratitude, tout d’abord, à Verlet par qui se perpétuera, dans sa chère ville de Cusset, l’image exacte de Cornil : de la pierre et du bronze il a tiré, non un banal monument de sous-préfecture, mais une œuvre vivante où se reconnaissent la main et le ciseau d’un grand artiste.

Merci, à vous, mon cher Coudray, qui fûtes à Paris la cheville ouvrière du Comité a qui nous devons ce monument.

Et, merci — un merci ému et profondément sincère — à celui qui fût, dans l’Ailier, l’ame agissante de ce Comité : c’est à votre énergie, à votre vaillance, à votre finesse et à votre bonne humeur, mon cher Mallat, que nous devons le résultat magnifique obtenu, non sans peine au début. Mais vous vous êtes joué de toutes les difficultés et vous les avez, toutes, fait s’évanouir devant votre diplomatie et votre volonté.

A vous, mon cher Maire, qui, tout à l’heure, sous une forme si heureuse et si éloquente avez su exprimer les pensées de ceux qui furent, un temps, les adversaires de Cornil après avoir été ses amis politiques, mais qui toujours restèrent ses admirateurs; a tout le Conseil municipal de Cusset que je vois autour de moi et qui n a rien mar-

chandé pour faire plus éclatante et plus solennelle cette fête de la République et de la Science; à l’Association Amicale des Anciens Elèves de ce Collège où mon beaupère aimait à venir, chaque fois qu’il le pouvait, pour présider des distributions de prix ou pour assister a quelques fêtes, à quelques banquets, Merci !

Merci aux élus de l’Ailier, à ceux dont on m’a fait lire, tout à l’heure, les lettres cordiales et charmantes, et qui n’ont pu venir, et plus encore, à ceux qui sont venus, comme Lamoureux, député d’hier, et comme Péronnet, hier encore votre représentant ; merci au Président du Conseil général, à Gacon, qui, avec une véritable grandeur d’âme, oublieux des dissentiments de ces dernières années, a pris la tête du grand mouvement d’opinion qui a amené l’érection du monument Cornil : notre bien sincère gratitude, mon cher sénateur, pour le bel exemple de civisme que vous avez ainsi donné, ne vous souvenant que de deux choses, des batailles que vous aviez livrées avec mon beaupère pour la bonne cause et de ce que, médecin comme lui, vous étiez, sur le terrain de la Science, son disciple et son élève.

Merci aussi, à vous, mon cher Régnier, hier encore représentant de cet arrondissement de Lapalisse dont Cornil fut le premier élu républicain. Mon merci, à votre égard, se voile de regrets, car je ne puis oublier que, sept années durant, vous avez été à la Chambre, mon voisin, mon camarade ; et je ne puis contempler votre place vide sans tristesse et — je le dis sincèrement parce que je vous ai vu à l’œuvre, — sans une surprise profonde dont je ne suis pas encore revenu.

Merci à la Compagnie Fermière de Vichy pour sa générosité et sa munificence.

Merci aux médecins de Vichy et de Cusset qui ont si largement contribué à l’érection du monument de leur

vieux Maître. Je voudrais vous citer tous, Messieurs, mais vous me pardonnerez pourtant si je vous synthétise en votre doyen, notre cher ami J. Cornillon, qui est un peu le père du monument que nous inaugurons aujourd’hui. C’était quelques jours, à peine, après la mort de mon beaupère ; J. Cornillon voulait, déjà, qu’une statue à son image se dressât sur une de vos places, et comme les objections se pressaient sur mes lèvres et que je le conjurais d’attendre des mois, des années peut-être avant de songer à grouper les bonnes volontés autour de la mémoire d’un savant qui fut aussi — quoiqu’on veuille — un homme politique discuté et combattu, J. Cornillon, devant Mallat qui l’approuvait, me répondit : -r Laissez-nous faire, homme de peu de « foi. Le souvenir de Cornil est trop cher au pays qui eut l’honneur de lui donner le jour pour qu’il ne s’unisse « pas tout entier afin d’honorer sa mémoire

Et, contre moi, les faits ont donné raison à ce praticien modeste et distingué tout à la fois, à cet ami de Cornil dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, à ce bourbonnais fidèle qui a consacré, à l’histoire de sa terre natale, le plus clair des loisirs que lui laisse l’exercice de sa profession. Notre reconnaissance va aussi aux savants éminents, venus ici, apporter à Cornil un dernier témoignage d’affectueuse estime. Merci aux élèves devenus des maîtres à leur tour, qui se sont groupés aujourd’hui autour du monument de l’homme qui aima si passionnément l’enseignement de la médecine. J’exprime la protonde gratitude de ma femme, de mes enfants, de nous tous, à Arloing, à Widal, à Letulle dont les discours éloquents ont tait revivre mon beau-père, à Chantemesse, à Brault, à Legry. à mes amis Fernand Bezançon et Milian, à tous les médecins qui n’ont pas craint de s’arracher une journée à une profession terriblement tyrannique, et ont sacrifié à leur vieux professeur, des heures de leurs trop rares loisirs.

Enfin, merci à vous, mon cher Ministre, d’avoir été fidèle à la promesse que vous aviez faite au Comité, aux élus de l’Ailier et à moi-même. Vous avez sans doute pensé à nous donner à tous un gage d’une amitié dont, pour ma part, je sens mieux le prix et la valeur à mesure que s’éloigne le temps où, pour la première fois, je m’assis, à la Chambre, à vos côtés.

Mais, permettez-moi de croire que si vous êtes ici, c’est surtout — et j’en éprouve une réelle fierté — pour honorer hautement la mémoire d’un homme qui fut — vous l’avez dit — un républicain de la première heure, mais qui surtout se donna à la science tout entier, qui, affranchi de tout dogme, n’eut d’autre religion et d’autre culte que celui de la médecine ; qui, exempt de toute ambition, ne mit jamais d’âpreté qu’à une chose : enrichir de quelques parcelles de savoir le patrimoine scientifique de l’humanité !

A vous tous, Messieurs, à vous particulièrement, mon cher Ministre, je lève mon verre.

Je le lève aussi, pour finir, en l’honneur de tous les braves gens qui ont envoyé au Comité, des souscriptions modestes et innombrables ; de tous ceux qui gardent en leur cœur le souvenir de leur compatriote disparu, de tous ceux qui venaient amicalement le consulter à Vichy ou, qui, le rencontrant au détour d’un chemin, demandaient un avis, un conseil à celui qu’ils n’appelaient pas Monsieur le Sénateur ni « Monsieur le Professeur mais à qui ils donnaient simplement le nom de « Monsieur Victor » avec une affectueuse familiarité qu’il aimait.

Je bois aux innombrables amis modestes et inconnus de Cornil, à cette démocratie bourbonnaise à qui il était attaché par toutes les fibres profondes de son cœur charmant et généreux.

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