‹ Biographie de Victor Cornil. Inauguration de la statue du professeur Victor CornilChapitre 16 sur 21 · SECRÉTAIRE DU COMITÉ DES MONUMENTS VICTOR CORNU · texte numérisé non relu

SECRÉTAIRE DU COMITÉ DES MONUMENTS VICTOR CORNU

Monsieur le Président de la République, Madame,

Messieurs,

L’œuvre de glorification de Cornil touche à sa fin ; la belle cérémonie d’aujourd’hui en marque le couronnement. Encouragée, dès la première heure, par la haute et particulière bienveillance de M. le Président de la République, guidée par l’autorité sûre de M. le Président Loubet, forte d’une sympathie unanime qui s’étendit audelà des frontières, cette œuvre devait logiquement aboutir au résultat que vous savez, à un succès éclatant. Ma première parole doit être d’associer dans un même remerciement, dans un même sentiment de respectueuse gratitude, les deux chefs d’Etat éminents qui ont su, aussi, s’associer dans la reconnaissance du pays.

Déjà les obsèques de Cornil avaient donné lieu à une manifestation d’un caractère grandiose. Ce ne fut pas l’affluence distraitement banale qui accompagne, souvent, les hommes ayant occupé, en ce monde, une place de premier rang ; on y respirait une atmosphère chargée d’affec-

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tions, d’émotions réelles et de sincères regrets. Les orateurs qui y prirent la parole n’eurent pas besoin d’user des artifices du langage ; ils surent, avec un rare bonheur, traduire les sentiments de tous. Personne n’a oublié leurs noms ; ce furent : le doyen Landouzy ; Chantemesse et Brault, les élèves de prédilection du Maître ; Chauffard, Kelsch et Malassez. Ces deux derniers, savants d’un mérite rare uni à un grand cœur, ont disparu à leur tour; je salue respectueusement leur mémoire. Enfin, MM. Barthelat et Joseph Lefort vinrent dire la douleur de Cusset et du Bourbonnais.

Ce fut la <• petite patrie > de Cornil, qui peu de temps après, décida d’élever un monument à la mémoire de celui qu’elle considérait comme le plus illustre de ses enfants. L’honneur de cette initiative appartient au Docteur Jean Cornillon (de Vichy), l’ami de toujours de Cornil, qu’un deuil récent empêche d’être ici ; je lui adresse avec nos regrets un affectueux merci. Cornillon rallia d’abord à son idée ses camarades de l’Association Amicale des Anciens Elèves du Collège de Cusset, l’illustre Arloing et M. Mallat qui, dans l’Ailier, allait assumer la lourde tâche de mener à bien l’œuvre projetée, et vous savez comment il y réussit. Le Comité qui se forma avec eux et autour d’eux fit appel à la collaboration parisienne, et rapidement — tant était aimé et respecté le nom de Cornil — un imposant Comité fut constitué, dont M. le Président de la République voulut bien accepter la Présidence d’Honneur etM. le Président Loubet, la Présidence effective, qui ne fut, certes, pas une sinécure. Dans ce Comité, les gloires de la politique, avec MM. de Freycinet, Charles Dupuy, tinrent à cotoyer les gloires de la science et de la médecine : Chauveau, Lannelongue, Léon Labbé, Chatin, Landouzy. Arloing, Pozzi, Lucas -Championnière, Chantemesse, Bar, Chauffard, Widal, Letulle, Brault, etc., etc., et, parmi les

savants étrangers, Erlich. célèbre bien avant le 606, Chiari, de Strasbourg, Babès, Van Lair, etc.

Les hommes politiques de l’Ailier avaient tenu à prêter leur concours, et avant tous MM. Gacon, sénateur et président du Conseil général, Roux, maire de Cusset, Régnier, député d’alors, etc., et enfin les autorités départementales.

La cérémonie de Cusset, le 18 septembre 1910, fut réellement impressionnante ; tous ceux qui en furent les témoins, en ont gardé un souvenir doux et réconfortant. Cornil jouissait dans l’Ailier d’une popularité extrême. Ce jour-là, ce fut bien, en effet, le peuple qu’il avait tant aimé, le peuple dont il avait été l’éducateur , qui vint lui rendre son affection. Dans cet hommage, on associait aussi au nom du fils. M. Victor, comme on l’appelait familièrement, le souvenir du père , le Docteur Félix Cornil, médecin distingué et avant tout un grand homme de bien. La pompe gouvernementale, en cette journée de soleil riant, s’était mise à l’unisson de l’ambiance cordiale; elle était d’ailleurs conduite par M. Doumergue, qui eut à la fois le sourire et l’éloquence des meilleurs jours. On entendit aussi les remarquables discours de MM. Mallat, Roux, Arloing, puis du Professeur Widal et du Docteur Letulle, deux des plus brillants élèves du Maître. La note locale qui ressortit surtout du discours de M. Roux et de l’allocution de M. Gacon, au banquet qui suivit l’inauguration, fut que la manifestation de Cusset avait été le signal d’une trêve des passions politiques. Ainsi, après sa disparition, comme durant sa vie, Cornil restait le génie bienfaisant de sa «r petite patrie 11 faut ajouter que le spectacle luimême du monument créé par le prestigieux talent de Raoul Verlet — dont le suprême succès tout récent nous a été cher à tous — était bien fait pour exciter l’enthousiasme. s’il en eût été besoin.

Un vent de deuil a soufflé autour de l’œuvre ; nombre de ceux qui avaient contribué à des titres divers à sa réussite nous ont quittés. Aux nom de Kelsch et de Malassez il faut que j’en ajoute d’autres, trop nombreux hélas; ce sont ceux de MM. Glachet, Bezançon père, des professeurs Raymond et Joffroy, Queyrel, Ernest Besnier, Saint-Yves, Ménard, Blache, Chantemille, Péronneau, Toupet.

A tous, j’adresse un souvenir ému et reconnaissant. Je dois un hommage spécial de sincères regrets à la mémoire de M. James Combe, de Cusset, qui, au début de notre œuvre, fut l’auxiliaire précieux de notre trésorier, l’aimable et dévoué M. Alcan.

Nous voici, maintenant, assemblés devant l’œuvre magnifique du grand artiste Paul Richer, qui fut le collègue de Corail à l’Académie de Médecine et son ami. Mais pourquoi ce second monument, ont pu dire ou penser quelques-uns ? Le premier ne suffisait-il pas à la gloire de Corail ?

Je ne veux pas scruter les mobiles de ce sentiment, ni examiner sa valeur. Me plaçant uniquement vis-a-vis des faits, je dirai que si les élèves de Corail ont eu le pieux désir que le souvenir de celui qui fut le Maître par excellence demeurât vivant en ce lieu témoin de ses travaux et de son enseignement, c’est la force de l’affection, de l’estime et de l’admiration suscitées par sa haute et multiple personnalité qui fit de leur désir une réalité.

Messieurs, au nom du Comité, à tous les concours qui nous ont été prodigués, depuis la très généreuse participation de l’Etat, dont la présence ici de M. Dujardin- Beaumetz augmente encore le prix, jusqu à la touchante obole de l’humble admirateur de Corail, j’adresse mon remerciement ému et profondément reconnaissant. Ma gratitude s’adresse, enfin, à toutes les éminentes personnalités de la politique et de la science, aux représentants des

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sociétés savantes, des corporations médicales et de la presse qui ont gracieusement répondu à notre appel.

Dire les mérites qui provoquèrent ces éclatantes manifestations en faveur de Cornil n’est pas mon rôle; d’ailleurs l’affection particulière dont il m’honora rendrait cette tâche singulièrement délicate. Je ferai mieux en citant des paroles typiques dites par des bouches plus autorisées que la mienne. « Ce fut, dit Chantemesse, un précurseur dans la science, dans la politique, dans l’hygiène « sociale -. Avec Widal, avec le doyen Landouzy, j’ajoute qu’il fut aussi un précurseur en matière pédagogique ./ et dans un instant M. Lucas-Championnière vous dira qu’il fut aussi un précurseur en journalisme médical.

Homme privé, c’est encore Chantemesse qui nous dit ce qu’il fut: « Fidèle à la tâche confiée, fidèle à ses « convictions, fidèle à ses amis *. Mais, messieurs, après tout cela nous devons être bien certains que Cornil fut réellement un homme peu ordinaire, et que si les honneurs qu’on lui rend sont grands, c’est qu’ils ont dû se hausser à sa taille.

On a beaucoup rappelé la physionomie fine et doucement souriante de Cornil, sa placidité légendaire, sa bonne humeur inaltérable. Il eut dès son enfance, nous a dit Arloing, à Cusset, ces heureux dons de la nature, mais il aimait à dire devant ses intimes que dans l’harmonieuse régularité de sa vie, qui lui permettait de suffire sans effort apparent aux écrasantes obligations de sa vie scientifique et sociale, une grande part revenait à l’admirable compagne, dont la tendresse fut toujours en éveil pour lui éviter le plus petit ennui. Vers cette noble femme qui vit aujourd’hui dans une retraite très digne avec la pensée constante et l’immuable culte du cher disparu, j’incline l’hommage de notre respectueuse sympathie. Notre pensée va, aussi, à la fille adorée de Cornil et à ses chers petits enfants, au

gendre particulièrement affectionné dont il avait prévu la brillante destinée politique.

Mais j’ai hâte de terminer.

M. le Doyen, au nom du Comité, je remets entre vos mains ce monument digne de Cornil, digne de l’artiste qui l’a exécuté. La sollicitude avec laquelle vous en avez surveillé la naissance, la part que vous avez prise à notre œuvre — et dont je vous remercie de tout cœur — nous sont de sûrs garants que ce dépôt sera gardé avec une vigilance toute affectueuse ; n’avez-vous pas tenu à vous proclamerions aussi, le disciple de Cornil? La noble et sereine figure du Maître évoquera, parmi les jeunes générations d’étudiants, les qualités qui font les hommes utiles, et qui peuvent se résumer, comme la vie elle-même de Cornil, en ces trois Mots : Science, Honneur, Patrie.

DISCOURS DE M. LANDOUZ Y

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