‹ Biographie de Victor Cornil. Inauguration de la statue du professeur Victor CornilChapitre 17 sur 21 · DO Y EX DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS · texte numérisé non relu

DO Y EX DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Monsieur le Président de la République, Madame,

Messieurs.

Le Professeur Victor Cornil, à la mémoire de qui un pieux hommage d’amis et de disciples élève ce monument, a, pendant le demi-siècle qui vient de s’écouler, occupé, dans le monde savant, une des premières places.

Notre Université s’honore de l’avoir compté parmi ceux de ses Maîtres dont les travaux ont le plus illustré l’Ecole de Paris.

L’impulsion qu’il a donnée au mouvement scientifique de son époque, la trace profonde qu’il a laissée dans le domaine 011 son activité s’est spécialement exercée, attestent la vigueur de son esprit d’initiative, comme l’efficacité de son labeur. Il a été, en France, le véritable fondateur de l’Histologie pathologique.

L’heure était propice pour pareille instauration : les Maîtres de notre Faculté, dignes successeurs de Laënnec et de Dupuytren : Andral, Récamier. Cruveilhier. Rostan. Rayer. Piorry. en d’inimitables descriptions venaient de

fixer les lésions observables à l’œil nu : une ère nouvelle allait s’ouvrir, celle de l’Anatomie pathologique microscopique.

Cornil, inspiré par le génie de Virchow, eut l’honneur et le mérite d’importer chez nous la science nouvelle, d’en développer les méthodes, d’en faire fructifier les floraisons magnifiques sous le souffle vivifiant de sa foi ardente.

Aussi bien, ses qualités essentielles le prédestinaientelles au rôle d’apôtre et de Maître qu’il remplit, sans bruit, sans effort, pendant plus de trente années.

Les tendances de son esprit curieux, ses aptitudes pour les manipulations techniques, l’inclinaient vers les travaux de laboratoire, alors peu en honneur.

D’autre part, la ténacité de son travail, l’ingéniosité de ses procédés de recherches, que son érudition infiniment étendue lui permettait d’appliquer aux sujets les plus variés ; la sûreté de son jugement épris de clarté et de précision ; son renoncement systématique aux hypothèses décevantes ; sa volonté de s’en tenir aux constatations rigoureuses, devaient, à son Œuvre toute de probité, toute de science avertie, assurer un caractère décisif.

Rapidement, dès ses débuts, Cornil avait affirmé sa maîtrise. Dès 1865, au sortir de l’Internat des hôpitaux, au retour d’un voyage d’études à Berlin, auprès de Virchow dont il demeura l’ami, il créait, avec Ranvier, le fameux petit laboratoire de la rue Christine, où se pressait notre génération studieuse. Nous voulions entendre l’enseignement nouveau, nous demandions à être initiés aux pratiques micrographiques. Il n’était pas facile de trouver place au laboratoire, la jeunesse courant toujours vers ceux qui vont de l’avant, et se donnent à elle. C’est que Cornil et Ranvier, suivant la noble pensée de Michelet, pratiquaient l’enseignement comme une forme de l’amitié.

La collaboration de nos jeunes Maîtres devait durer

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quelques années seulement : Ranvier devenait préparateur de Claude Bernard, puis professeur au Collège de France, où ses travaux d’Histologie normale lui conquéraient rapide renommée.

Cornil, suivant la voie des Concours, entrait aux hôpitaux et à la Faculté, où toutes facilités lui étaient désormais offertes de s’adonner à l’Histologie pathologique.

Dès 1882, il succédait à Charcot : le fervent disciple allait continuer la méthode du Maître qui, par ses Leçons sur les Localisations dans les maladies du système nerveux, sur les maladies du foie, des voies biliaires, des reins, avait sur la chaire d’Anatomie pathologique jeté tant d’éclat.

Comme son prédécesseur, Cornil travaillait sans relâche.

Le matin, à l’hôpital, ses malades une fois visités, il allait à l’amphithéâtre où, lui-même, — avec quel soin minutieux, avec quelle attention avertie ! — il faisait les autopsies de son service.

L’après-midi trouvait Cornil au laboratoire. Il interrompait ses recherches personnelles seulement pour répondre à tous ceux qui, pour l’interprétation des choses difficiles, faisaient appel à son expérience.

Cornil était devenu le grand consultant en matière d’Anatomiepathologique ; ses avis avaient force de loi. Non. certes, que le Maître fit montre de hauteur, dogmatisât et imposât le moins du monde ses vues. Sa compétence universellement reconnue était la seule raison de son autorité. Avec une parfaite bonne grâce, avec une aménité toute naturelle, il examinait longuement les préparations qui lui étaient apportées. Au besoin, si le cas était épineux, Cornil cherchait, dans ses riches collections, les coupes qui pourraient éclairer le litige. Jamais interlocuteur ne quitta le Maître sans avoir, en plus d’un accueil bienveillant, trouvé réponse au problème posé.

C’est que Cornil avait, au plus haut degré, le goût et le don de l’enseignement.

En dehors de ses cours magistraux, minutieusement préparés, il aimait, à l’amphithéâtre, comme au laboratoire, à retenir les élèves en de familières leçons de choses. Sa parole, plutôt un peu lente, ne visait ni à la recherche, ni à l’effet ; elle était de celles qu’aimait Montaigne « simple, telle sur le papier qu’à la bouche ». Qu’il écrivit ou qu’il parlât, son seul souci était de traduire fidèlement les images qu’il avait sous les yeux.

La netteté, le lumineux de ses démonstrations étaient, du reste, admirablement aidés par un vrai talent de dessinateur. Sans rappeler les figures, les dessins, les aquarelles, d’un tour si joliment artistique qui illustrent et commentent la plupart de ses publications, Cornil, en quelques coups de crayon, de fusain ou de craie, excellait à dissocier, à disséquer, puis à rassembler les éléments d’un tissu malade.

L’incomparable éducateur qu’était Cornil, voulait que par l’œil passât toute compréhension ; il voulait que toutes choses, non imaginées, mais vues, ce qu’on appelle vues, frappassent la rétine avant de forcer 1 entendement et de pénétrer l’esprit.

L’enseignement du Maître, toujours en quête de démonstrations, n’était que l’application de la maxime de Condillac : « Nihil est in intellect u, quod prius non f lient m sensu ».

Cornil, homme de progrès, avait la notion très juste de ce qu’il était nécessaire de rénover dans les Etudes médicales ; il estimait qu’elles sont, comme la Science de la Vie et de la Mort, en perpétuel devenir.

Partisan, dès la première heure, des doctrines pastoriennes, il crée, de toutes pièces, dans son laboratoire de la Faculté, un cours de Bactériologie auquel participent

ses meilleurs lieutenants devenus, aujourd’hui, Maîtres à leur tour.

De même, il organise un enseignement pratique de l’Anatomie pathologique auquel collaborent des disciples, qui. tous, se sont fait un nom: Gombault, Brault, Maurice Letulle, Legry, Coudray, Renée Marie, etc.

Sa méthode de travail était peu compliquée : il examinait les pièces anatomiques, d’abord microscopiquement, ne laissant rien échapper des particularités dignes d’intérêt ; puis, il faisait des coupes bien repérées, relevant avec une minutie extrême tous les détails histologiques que sa perspicacité savait découvrir.

C’est ainsi que, de ses innombrables observations sur des pièces provenant d’autopsies, d’expérimentations, d’interventions chirurgicales, et qui constituent une documentation analytique sans égale, il cherchait, par un rapprochement logique de faits similaires, à dépister l’enchainement des phénomènes biologiques, puis à déterminer la genèse et l’évolution des séquelles des maladies.

Pareils travaux d’Anatomie pathologique tissulaire et cellulaire, marquaient, sur le chemin de l’Humorisme, l’étape nécessaire. Pareilles études nous amenaient au Vitalisme moderne, bien différent de celui de Stahl : à un vitalisme histo-physiologique, qui ne subordonne plus les réactions de la cellule et de l’économie, à une force indépendante de l’organisme, mais au dynamisme même de la matière vivante.

L’Œuvre de Cornil est considérable ! Quels sujets de Pathologie, d’Anatomie et de Physiologie pathologiques n’a-t-il pas abordés pour en éclairer, toujours, quelque côté ! Citer la liste de ses travaux serait impossible ici. Ses Mémoires sur la Syphilis, sur les Néphrites et sur le Cancer sont restés classiques : il en est de même du magnifique ouvrage sur la Phtisie fait avec Hérard. glorieux Nestor de

la Clinique française. Le Traité des Bactéries, que Cornil publia avec Babès, fit également époque.

Son Manuel d’Histologie normale et pathologique, en collaboration avec Ranvier, fut, pour nos générations, comme la Bible scientifique des temps nouveaux, sans cesse consultée par tous les chercheurs en quête d’enseignements précis. Il y a quelques années, le Maître, avec ses plus chers disciples, faisait à son Livre de prédilection les additions nécessitées par les dernières acquisitions de l’Histologie. L’ouvrage n’est pas terminé que. déjà, son succès est consacré par l’accueil qu’il reçoit partout, en France et à l’étranger.

Pour médecin sagace, pour observateur avisé qu’il fût et demeurât toujours, Cornil ne se contenta point — suivant l’expression de Claude Bernard — d écouter la Nature ; il la forçait de parler, en expérimentant.

Avec Paul Carnot, Chaput, il étudie les divers processus de destruction et de réparation des muqueuses ; avec Coudray, la régénération des tissus osseux et médullaire.

De même, il en appela fréquemment à la Pathologie comparée pour ses recherches sur les Tumeurs.

Son dernier travail, publié en commun avec le Professeur Gabriel Petit, d’Alfort, sur les tumeurs mammaires, et qu’il écrivit presque sur son lit de mort, apportait une riche moisson de faits des plus suggestifs pour l’étude des lésions glandulaires dans la série animale.

Le nom de Cornil rayonnait bien au-delà de nos frontières. Tous ceux d’entre nous qui sont allés à l’étranger ont pu voir, dans l’ancien comme dans le nouveau monde, en quelle singulière estime était tenu le grand anatomopathologiste français.

Dans cette existence, pourtant si remplie, Cornil — je me plais à le redire ici — réservait, a d autres tâches et a d’autres devoirs, une part de sa patiente activité.

Le monument du Professeur Victor CORNIL

à l’Ecole pratique de la Faculté de Médecine de Paris

Entré jeune dans la Politique, par l’amitié qui, en même temps que Lannelongue, Punissait à Gambetta, il put, en pleine maturité, comme député, puis comme sénateur, mettre ses connaissances spéciales et son expérience scientifique au service des questions intéressant l’Hygiène publique, l’Enseignement, comme l’Exercice de la Médecine et de la Pharmacie.

Je ne saurais trop rappeler que l’intervention parlementaire la plus importante de Cornil, fut, dans la Chambre Haute — dont alors, Monsieur le Président de la République, vous conduisiez les travaux — sa participation efficace, comme Rapporteur, à l’étude de la Loi de 1902 sur la protection de la santé publique.

L’élaboration en fut épineuse, — elle dura vingt années ! — Cornil ne recula devant aucun effort pour la voir réussir. Ces labeurs, dépensés par le Maître, pour faire aboutir la loi de salut public ne sont pas un de ses moindres titres scientifiques. La Faculté de Médecine de Paris devait, en ce jour encore, répéter que Victor Cornil, avec Paul Brouardel, travailla le mieux à doter la France d’une charte sanitaire.

Tel fut le savant, tel fut le médecin, tel fut l’éducateur et l’homme de bien dont nous saluons aujourd’hui l’image avec respect et reconnaissance.

L’artiste éminent qui a reproduit les traits de Cornil a, merveilleusement, dans le marbre, fait revivre l’expression associée de fermeté et de douceur, qui faisait le charme de sa physionomie et marquait la double caractéristique de sa personnalité.

Il a, également, de façon sobre, mais hautement expressive. symbolisé toute l’Œuvre du Maître :

D’un côté, ce corps humain, décharné par la maladie, que, patiemment, scrutait Cornil pour lui arracher le secret, non du pourquoi, mais du comment de la Mort;

D’un autre côté, et par contraste, la Vérité, rayonnante de jeunesse et de beauté, éternel objet, éternel idéal des labeurs du Savant !

On ne pouvait mieux synthétiser les qualités et l’Œuvre de Cornil. On ne pouvait, non plus, situer ce monument de façon plus évocatrice, en cette Ecole Pratique, au-dessous même du Laboratoire où le Maître vivait, après les heures passées au foyer familial, le meilleur de son existence.

Pour les générations nouvelles, qui, n’ayant connu ni le Professeur, ni le Savant, demain, passeront devant cette noble figure, ce monument, évoquant le souvenir d’une vie toute consacrée à la Science, à la Médecine et au Bien public, demeurera un exemple et une leçon.

DISCOURS DE M. LE Professeur GARIEL

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