‹ Biographie de Victor Cornil. Inauguration de la statue du professeur Victor CornilChapitre 18 sur 21 · DU CONSEIL SUPÉRIEUR D'HYGIÈNE PUBLIQUE DE FRANCE · texte numérisé non relu

DU CONSEIL SUPÉRIEUR D'HYGIÈNE PUBLIQUE DE FRANCE

Monsieur le Président,

Madame,

Messieurs,

Depuis 1889 jusqu’à sa mort, Cornil a fait partie du Comité consultatif d’hygiène publique de France où, lorsqu’il prenait la parole, il était écouté avec une respectueuse déférence que justifiaient tant sa situation scientifique que les connaissances spéciales qu’il possédait ; cette longue collaboration suffisait pour expliquer que le Conseil supérieur d’hygiène publique de France, qui a remplacé le Comité consultatif, ait tenu à venir apporter son hommage dans cette solennité.

Mais ce n’est pas seulement dans cette Assemblée que Cornil s’est intéressé aux questions qui se rapportent à la santé publique et qu’il a contribué aux progrès accomplis; il a été, il n’est que juste de le reconnaître, un des défenseurs les plus ardents de l’hygiène dans le Parlement, et avec Brouardel, son ami, il a grandement aidé à faire regagner à notre pays l’avance que, à ce point de vue, avaient prise diverses nations.

Dans deux circonstances, particulièrement, où se trouvaient en jeu, d’une part une question locale, mais d’une importance capitale, de l’autre une question d’ordre absolument général, Cornil fit entendre au Sénat, comme rapporteur, une voix autorisée et entraîna le vote de deux lois dont vous me permettrez de dire quelques mots.

Deux questions également capitales et dont la solution présente le plus souvent de grandes difficultés doivent être résolues pour assurer, à une grande ville, des conditions sanitaires satisfaisantes, telles qu’on a le droit de les exiger à l’époque actuelle : l’approvisionnement en eau potable et l’évacuation des matières usées.

Sur le premier point, en 1894, la ville de Paris se trouvait, depuis un certain temps déjà, dans d’assez bonnes conditions, non, cependant, qu’il n’y eut à faire certaines restrictions. Mais, la solution du problème avait été indiquée et, seules, des questions budgétaires en avaient retardé la solution. Cornil n’eut à s’en occuper que d’une manière accessoire ; son intervention se borna à rappeler succinctement le but à atteindre et à montrer que le projet de loi soumis au Sénat aurait pour effet certain d’améliorer les conditions existantes ; il fit adopter le projet de loi qui autorisait la ville de Paris à dépenser une somme de 50 millions pour améliorer et compléter la distribution d’eau.

Mais, c’est sur le second point que Cornil s’étendit, surtout, dans le rapport très documenté qu’il présenta au Sénat. 11 signala d’abord que Belgrand avait indiqué la solution d’une partie du problème de l’assainissement de Paris par le plan d’ensemble qu’il avait conçu pour les égouts dont la réfection et la construction, commencées dès longtemps, se continuaient dans des conditions satisfaisantes ; mais ces égouts, qui avaient pour effet d’éloigner des habitations une grande partie des eaux usées, avaient leur débouché dans la Seine, dont peu à peu les

eaux s’étaient trouvées polluées de telle sorte que les riverains, jusqu’à une grande distance en aval, se plaignaient, non sans raison, n’admettant pas qu’ils eussent à souffrir de réels dommages par le fait de la capitale.

La question de l’assainissement de la ville n’était pas, d’ailleurs, complètement résolue, car rien n’était changé relativement aux matières de vidange pour lesquelles on était encore réduit soit à l’usage des fosses d’aisance, dont l’un des inconvénients, et non le moindre, était la contamination du sous-sol et de la nappe souterraine par suite de leur non étanchéité, soit à l’emploi des tinettes mobiles qui n’étaient pas sans présenter d’autres inconvénients également sérieux.

Cornil rappelle, dans son rapport, que le problème avait été sérieusement étudié par les ingénieurs de la ville et que, dès 1867, Mille et Durand-Claye avaient montré, à Clichy, que l’épandage des eaux d’égouts, sur un sol convenablement choisi, permet d’en assurer l’épuration et que ces eaux peuvent même être utilisées très avantageusement au point de vue agricole. Les résultats pouvaient être absolument satisfaisants, même si les eaux contiennent des matières de vidange.

Aussi, put-on concevoir, dès cette époque, un vaste ensemble, un système qui fut désigné sous le nom du <?■ tout-à-l’égout » et qui consistait, dans ses grandes lignes, dans l’établissement d’un réseau étendu et complet d’égouts étanches, recevant de toutes les maisons les eaux usées et les matières de vidange, égouts aboutissant à un ou plusieurs collecteurs qui, après un parcours plus ou moins long, amenaient ces eaux sur des terrains capables, par leur constitution géologique, de les épurer ou pouvant être utilisés, au besoin, pour des cultures convenablement choisies.

Ce système présente les avantages suivants : il éloigne

des habitations, le plus rapidement possible, les eaux usées et les matières de vidange, condition éminemment favorable au point de vue de l’hygiène ; il ne permet le rejet à la rivière de ces eaux qu’après qu’elles ont subi une épuration complète. Enfin, et Cornil insiste sur ce point, ce système permet l’utilisation pour l’agriculture de matières fertilisantes qui étaient perdues par leur déversement dans la rivière.

Nous n’avons pas à retracer ici l’historique de la question; nous dirons seulement que le projet définitif, adopté par le Conseil Municipal en 1880, ne reçut qu’en janvier 1888 l’approbation de la Chambre, et que, la même année, au Sénat, il fut envoyé à une Commission qui chargea son président, Cornil, de lui présenter un rapport dont j’ai extrait les indications sommaires qui précèdent.

Après avoir rappelé les résultats satisfaisants obtenus à Clichy d’abord, puis, sur une plus grande échelle, à Gennevilliers, Cornil signale l’application en grand du système du « tout-à-l’égout », faite à Berlin où, avec une Commission spéciale, il alla faire une enquête qui le confirma dans l’opinion favorable qu’il avait de ce système.

Il n’oublie pas de mentionner les objections qui étaient faites alors et montre qu’elles ne sont pas fondées. L’une des plus importantes était celle qui niait que le passage des eaux usées à travers le sol, fût-il convenablement choisi, put amener la disparition de tous les microbres pathologiques dont la présence constitue un danger réel.

Il répondit victorieusement à cette objection d’une manière que peu de rapporteurs dans le Parlement eussent pu employer : il étudia expérimentalement la question dans son laboratoire avec l’aide de ses élèves, Chantemesse et Widal. 11 remplit un tuyau en poterie de terre prise à Gennevilliers, sur une épaisseur égale à celle de la couche en place. Il lit arriver de l’eau à la surface, sur laquelle

il avait semé préalablement des germes pathogènes de diverses espèces : il vérifia que l’eau recueillie à la partie inférieure ne contenait plus aucun germe.

Le rapport de Cornil, les explications complémentaires qu’il fournit lors de la discussion, entraînèrent la conviction du Sénat, qui émit un vote favorable.

Plus importante encore fut l’intervention de Cornil lors du dépôt du projet de loi sur la protection de la santé publique.

Ce n’était pas la première fois que des questions de cet ordre étaient soulevées devant le Parlement. Déjà, en 1 88 1 , Liouville avait présenté un projet de loi sur la vaccination obligatoire, dont l’adoption eut fait disparaître, dès cette époque, non seulement la mortalité par la variole, mais la variole elle -même, ainsi que cela s’était produit dans d’autres pays.

Un projet de loi plus étendu, plus complet, avait été déposé à la Chambre par M. Siegfried, en 1886, et avait donné lieu à un rapport approbatif de Chamberland, rapport qui, malheureusement, ne fut pas discuté : le projet devint caduc.

La question fut reprise en 1892 et le docteur Langlet déposa, en 189^, un rapport dont les conclusions favorables furent acceptées. Mais ce n’est qu’en 1895 que le Sénat fut saisi de cette proposition. Cornil, nommé rapporteur de la Commission chargée d’étudier le projet de loi, se mit au travail sans tarder et il présenta son rapport au mois de décembre de la même année.

Là, encore, le rapport constitue une œuvre capitale dans laquelle sont mises nettement en évidence et l’utilité de la loi et l’indication des résultats favorables qu’on peut espérer de son application. Cornil insiste d’abord sur ce que si, partout et toujours, la protection de la santé publique doit être un des premiers soucis des Gouvernements,

il doit en être surtout ainsi dans les pays qui, comme la France, ont une faible natalité. Ne pouvant agir efficacement sur celle-ci, dont la décroissance entraîne fatalement une diminution de la population, diminution dont les conséquences sont d’une gravité extrême, il faut au moins diminuer la mortalité dans la mesure où cela est possible et il n’est pas douteux que l’on peut atteindre ce résultat, car, on l’a dit, il est des maladies évitables et les pouvoirs publics ont le droit, le devoir même de prendre les mesures nécessaires pour que celles-ci soient évitées.

Après avoir mis en évidence l’utilité du projet de loi présenté, Cornil commente les diverses parties en les approuvant d’une manière générale, mais en proposant certaines modifications et même certaines additions.

Il ne nous est pas possible de suivre dans ses détails le rapport de Cornil, cela même ne nous paraît pas utile, la loi du 15 février 1902 sur la protection de la santé publique étant connue de tous ceux qui, à un titre quelconque, ont à s’occuper de l’hygiène. Nous croyons seulement devoir insister sur une disposition dont Cornil avait montré la grande importance et qui. malheureusement, ne fut pas maintenue dans le texte définitif.

Nous voulons parler de l’organisation d’une inspection sanitaire, chargée, non seulement de surveiller l’application de la loi, mais encore et surtout de servir de conseil technique auprès des Préfets qui. sauf de rares exceptions, n’ont aucune compétence en ces matières ; de renseigner les Maires, les Conseils municipaux sur l’utilité, la nécessité de travaux à exécuter, de mesures utiles à prendre au point de vue de la conservation de la santé.

Cornil ne dissimule pas que cette organisation coûtera cher à l’Etat, car les employés de l’inspection, dit-il, doivent être nommés par l’Etat et rester dans les mains de l’Etat; aussi, tout en cherchant à réduire les dépenses au

minimum, il maintient la nécessité de cette organisation.

On sait que cette disposition n’a pas été conservée dans le texte définitif de la loi, pour éviter que de nouvelles charges incombent à l’Etat, oubliant que, comme l’a dit Rochard, toute dépense faite en vue de l’hygiène est amplement récupérée par les résultats obtenus.

La loi de i qoe n’a pas encore donné tous les résultats favorables qu’on était en droit d’en attendre ; il nous parait probable que cela tient, au moins en partie, à l’absence de ce corps d’inspecteurs sanitaires dont Cornil avait si complètement mis en évidence, dans son rapport, l’utilité, je dirai même la nécessité.

Je pense, par cet exposé rapide des deux grandes questions intéressant l’hygiène auxquelles Cornil a attaché son nom, avoir pleinement justifié l’importance que le Conseil supérieur d’hygiène publique de France attachait à se faire représenter dans cette solennité pour y apporter son hommage à un homme qui, comme savant et surtout comme membre du Parlement, a joué un rôle important dans le développement et les progrès de l’hygiène dont de plus en plus, chaque jour, l’importance s’accroît et qui doit attirer, au plus haut degré, l’attention des pouvoirs publics qui, surtout dans un Gouvernement démocratique, doivent tenir à honneur de prendre toutes les mesures capables de protéger la santé publique.

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