‹ Biographie de Victor Cornil. Inauguration de la statue du professeur Victor CornilChapitre 6 sur 21 · PROFESSEUR DE PATHOLOGIE INTERNE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS · texte numérisé non relu

PROFESSEUR DE PATHOLOGIE INTERNE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Monsieur le Ministre,

Messieurs,

La Faculté de Paris s’enorgueillit aujourd’hui de la glorification que reçoit, de la Ville de Cusset, le maître incontesté de l’anatomie pathologique, dont les travaux ont jeté un lustre éclatant sur la médecine française.

Notre doyen, M. Landouzy, retenu par un accident, ne peut, à son grand regret, exprimer, devant ce monument, toute la fierté de notre Ecole. Je viens à sa place, moi qui fut l’élève du maître, dire simplement ce que l’enseignement de nbtre Faculté doit au grand professeur que fut Victor Corn il.

Enseigner était pour lui une vocation. On peut dire que Cornil ne s’est jamais trouvé devant une pièce anatomique, avec un auditeur à ses côtés, sans éprouver le besoin de montrer ce qu’il venait de voir, d’expliquer ce qu’il venait d’apprendre. En matière de pédagogie, il fut vraiment un précurseur, il n’était pas l’homme de la péroraison derrière un tapis vert. L’enseignement individuel par le fait, à l’hôpital ou au laboratoire, était le seul dont il se recom-

mandait. C’est bien là l’éducation dont la nécessité est aujourd’hui universellement proclamée.

Dès sa sortie de l’internat, Cornil prouvait déjà la valeur de sa méthode didactique. Des générations d’étudiants et de médecins français et étrangers se sont succédé dans le laboratoire légendaire de la rue Christine, qu’avec Ranvier il avait fondé sur ses propres ressources. Là, pas une cellule, pas une fibre n’était décrite sans qu’elle fût montrée sur des coupes dont l’élève avait suivi la préparation. Les deux jeunes maitres improvisés qui n’avaient d’autre autorité que celle de leur savoir, ne donnaient que des leçons de choses. C’est bien là que fut la raison de leur succès.

Lorsqu’en 1882, Cornil prit possession de la chaire d’anatomie pathologique, il voulut maintenir sa tradition première et rendre pratique l’enseignement dont il avait la charge. 11 fallait pour cela matériel et locaux. Un des premiers, il sut faire comprendre aux pouvoirs publics que l’enseignement de la médecine ne peut plus se faire, comme celui du droit ou des lettres, dans une simple chaire placée devant des gradins d’amphithéâtre. Grâce à son doux acharnement, Cornil triompha des résistances et sut obtenir les vastes laboratoires dont il eut successivement besoin. 11 put alors réaliser son rêve.

11 fonda à l’Ecole pratique un véritable institut d’anatomie pathologique, avec travaux obligatoires pour tous les étudiants. Une légion de moniteurs et de préparateurs imbus de sa méthode, dirigés par un chef des travaux comme Brault, par des agrégés spécialisés comme Letulle et comme Legry, exerçaient chaque élève à la pratique du microscope et à l’examen des pièces.

Cornil avec Babès est un des premiers qui ait senti la nécessité d’écrire un livre sur la microbiologie, alors que cette science n’en était encore qu’à ses débuts. C’est dans

son laboratoire que Chantemesse a créé le premier cours de bactériologie fait en France. Nul n’ignore quel en fut le succès. Je considère comme un des honneurs de ma carrière d’enseignement d avoir, apres lui, continue ce cours, qui tut repris, ensuite, par Fernand Bezançon.

Dans ses leçons magistrales, Cornil exposait les faits avec simplicité et précision. 11 illustrait sa description de dessins et d’aquarelles qu il avait laits lui-mème, de projections dont l’ordonnance avait été patiemment combinée au foyer familial avec la compagne d’élite qui le soutint dans son labeur et fut la confidente de toutes ses pensées.

Nul plus que lui n’excellait dans l’art de schématiser au tableau, en traits fermes et en couleurs saisissantes, les lésions dont il donnait l’analyse.

L’artiste qui avait su embellir sa maison mettait ainsi son talent au service de l’enseignement.

Nul ne fut plus que lui fidèle à la tâche professorale. Son laboratoire n’était jamais désert. Toutes les après-midi, celles du dimanche comme celles de la semaine, lorsqu’il n’était pas retenu par un appel de Commission ou par la présidence de la Société Anatomique, le maître les passait au laboratoire. On le trouvait toujours au travail ; il examinait lui-même les pièces qu’il avait recueillies, sans cesse a la recherche de la cellule révélatrice. Là, encore, il continuait son enseignement. Quiconque venait demander ses conseils pour une pièce à diagnostiquer ou pour une coupe à interpréter, fût-il son collègue ou le plus humble des étudiants, était toujours accueilli avec cette simplicité et cette bonhomie charmante dont il ne se départait jamais.

Sa vie, durant plus d’un demi-siècle, ne fut qu’un immense labeur. 11 avait vu et revu toutes les lésions que peut produire la maladie. Il n’est pas un sujet d’anatomie pathologique qui ne soit documenté par une description de Cornil. Innombrable est la liste de ses travaux. Ses

œuvres fondamentales, faites en collaboration avec Ranvier, avec Brault, avec Hérard, avec Chantemesse, avec Milian, avec Coudray, resteront comme les archives ou iront sans cesse puiser ceux qui s’intéressent aux choses de l’anatomie pathologique.

Pendant son passage au Sénat, c’est au service de la médecine que Cornil consacra presque tous les efforts de sa vie parlementaire. C’est lui — les médecins ne peuvent l’oublier — qui a fait aboutir la loi sur l’exercice de la médecine et de la pharmacie et la loi de 1902 relative à la protection de la santé publique, dont il fut le rapporteur.

L’œuvre de Cornil est impérissable. Elle repose sur des faits d’anatomie pathologique qui resteront vrais dans tous les temps. Ses amis et ses élèves ont voulu pourtant fixer sur le bronze la douceur et la finesse de ses traits dans cette ville de Cusset qui fut le berceau de son enfance et le témoin de ses premiers efforts.

Sur le bas-relief qui orne le piédestal, Verlet, le grand artiste à qui nous devons ce monument, a fait revivre Cornil debout, en tablier d’hôpital, devant la table d’autopsie, dans la tenue qui lui était familière, tenant à la main le couteau qui vient d’ouvrir la pièce qu’il montre à un auditoire attentif. Autour de lui, on a réuni dans le même temps, quelques-uns des élèves qui ont partagé son activité scientifique aux diverses époques de sa longue carrière hospitalière. Ce groupement symbolique est bien celui que le maître eût choisi. 11 convenait qu’il apparût ainsi au milieu de son école, celui qui fût pour ses disciples l’ami désintéressé, toujours prêt à soutenir leurs droits, jusqu’à l’oubli de soi-même. L’effigie de chacun d’eux représente une affection particulière, marque une étape dans sa vie scientifique en évoquant un effort fait en commun, dans une collaboration qui lui était chère.

Sur le socle, le maître se dresse dans sa longue taille

Le bas-relief de la statue de V.ctor CORNIL, place de la République à Cusset

Dr Milian Dr F. Bezançon

Prof. Letulle Dr Brault

Dr Coudray

Prof. V. Cornil

Prof. Chantemesse Dr Galippe

Prof. Landouzy

Prof. Widal Dr Jean Cornillon

Dr Babinsky

élégante, sous les plis de sa toge professorale. Il semble procéder sans hâte, de ce pas tranquille que nous lui connaissions bien, lorsqu’il se dirigeait, à travers les couloirs de la Faculté, pour aller présider un jury d’examen. 11 tient d’une main son microscope, qui lui a permis de résoudre tant de problèmes de pathologie. On retrouve sur son visage ce sourire bienveillant qui reflète la bonté de son âme. Sa physionomie est sans passion apparente, mais son crâne qui sous sa calvitie s’élève comme celui des Arvernes, trahit sa race. 11 explique cette ténacité héréditaire des ancêtres, qui lui a permis d’édifier son œuvre, en accumulant des constatations précises et des faits rigoureusement observés, lentement, patiemment, comme s’il avait sans cesse médité ce mot de Labruyère : « Le temps ne respecte que ce qu’il a édifié ».

C’est à la Faculté de Médecine que Cornil a donné le meilleur de lui-même. L’Ecole se devait de venir témoigner ici sa reconnaissance et son admiration au réformateur de l’histologie pathologique, à celui qui fut un des premiers à vulgariser les techniques bactériologiques, à celui qui a puissamment contribué à doter la France de sa chai te sanitaire, à celui, enfin, qui fut un grand éducateur et qui restera, pour nous, comme un grand exemple.

DISCOURS DE M. LETULLE

Mlî MB RE DE I.'ACADÉMIE DE MÉDECINE

Monsieur le Ministre,

Mesdames,

Messieurs,

En désignant, pour la représenter à l’Inauguration du Monument de Cusset, l’un des plus anciens élèves du Professeur Cornil, l’Académie de Médecine a voulu rendre un hommage public à la mémoire d’un illustre savant, au fondateur incontesté de l’histo-pathologie en France.

Celui qui, un demi-siècle durant, éleva, pierre à pierre, un monument impérissable à l’anatomie microscopique des lésions matérielles du corps humain, méritait, entre tous, les honneurs qui lui sont aujourd’hui décernés.

Doué d’une ardeur inlassable au travail, servi par une mémoire visuelle prestigieuse qui lui permit de ne jamais oublier, au cours de sa longue carrière d’histologiste, aucun des innombrables détails par lui-même observés, Victor Cornil a accompli une œuvre considérable et quasi légendaire.

Travaillant sans aucune hâte, mais sans relâche, avec la sereine tranquillité d’un esprit méthodique et sûr de lui-

même, le Maître passa sa vie à scruter la mort et à lui demander les secrets de la pathologie.

Ainsi, jour par jour, on pourrait dire heure par heure, il livrait a la science ses riches moissons de découvertes constamment contrôlées par un grand sens critique, par une instruction générale presque encyclopédique, et soigneusement confirmées, d’autre part, par de multiples enquêtes basées sur la science expérimentale et la pathologie comparée.

Le début de sa vie scientifique avait, il faut le reconnaître, prédestiné Corml d une laçon singulière. Elevé, par un père médecin, dans la passion de l’art médical, il entrait dans la carrière a un moment où le souille puissant du positivisme entraînait les sciences biologiques vers des réformes fondamentales ; à cette époque brillante de notre histoire, une pléiade de rénovateurs, ayant à leur tête Claude Bernard, Wurtz, Robin, Littré, Gavaret, Brown- Séquard, Pasteur, accomplissait une véritable révolution. C était 1 heure, aussi, ou, au déclin de sa belle carrière, notre immortel Cruveilhier avait parachevé son grandœuvre.

Sous les efforts successifs des Dupuytren, des Laënnec, des Louis, des Andral, des Gendrin, des Bouillaud, des Rayer, des Max Durand-bardel, des Henri Roger, pour ne citer que les plus célèbres, l’Ecole de Paris allait, semblaitil, fermer 1 ère de 1 anatomie pathologique microscopique j Vichow en ouvrait une nouvelle : celle de l’histologie pathologique.

La pathologie cellulaire dominait la scène et entraînait, après elle, les jeunes générations avides de science.

Robin, mal servi par une technique insuffisante, défendait, sans espoir, pied a pied, sa doctrine stérile des blastèmes, Pasteur îéduisait a néant la génération spontanée.

C’est alors que, éclairé parle génie pénétrant de Virchow, Cornil trouva sa vraie voie. Armé de moyens techniques perfectionnés, bien préparé pour les enquêtes microscopiques de longue haleine, servi par un jugement tout d’ordre et de clarté, ennemi conscient des doctrines hypothétiques, aimant par-dessus tout l’étude analytique des faits, résolu à ne demander à l’histologie que ce qu elle peut donner, je veux dire le moyen de pénétrer plus à fond les désordres organopathiques en déchiffrant mieux les détails de l’anatomie pathologique cellulaire, Victor Cornil se révéla chez nous, au lendemain de nos désastres, comme l’apôtre de la science nouvelle et, d’élève, passa d’emblée maître à son tour. Epoque, à vrai dire, historique que celle-là, où Vulpian et Charcot. Ranvier et Cornil se trouvèrent avoir fondé, en quelques années, grâce a la diffusion de leurs travaux retentissants, une nouvelle école anatomo-pathologique de Paris.

Cornil et Ranvier ! Une voix plus autorisée que la mienne pourra rappeler l’union féconde de ces deux inséparables collaborateurs et amis et saura analyser la double source de gloire de leurs deux noms. Elle montrera 1 influence universelle de ce Manuel d Histologie Pathologique qui fut, pour tant de générations médicales, comme la « Bible » d’une nouvelle science et d’un esprit nouveau. Bientôt, Vulpian, entraîné par ses goûts et ses fonctions professorales, se consacrait définitivement à la pathologie expérimentale ; Charcot s’imposait 1 étude analytique des maladies du système nerveux et y trouvait une renommée mondiale ; Ranvier appliquait à l’histologie normale les dons merveilleux de son esprit analytique, sa technique irréprochable et la puissance de ses idées généralisatrices.

Cornil, lui, demeurait le « grand maître » de l’histopathologie moderne en France ; autour de lui, pendant plus de trente ans, accoururent et se groupèrent tous ceux

d’entre nous qui, épris de l’amour d’une science précise, voulaient apprendre d’abord, puis chercher à leur tour.

Malassez, Damaschino, Pierret, Albert Gombault, Brault, Galippe, Brissaud, Sabourin, Babinski, Babès, Chantemesse, Widal, Toupet, Pilliet, Raymond Durand-Fardel, René Marie, Coudray, Bezançon, Jardet, Milian, Segall, Griffon, Legry, Gabriel Petit (d’Alfort), Lefas, Decloux — j’en passe et des meilleurs — allaient lui demander l’initiation , la lumière et la foi.

Non que le Maître fut ou imposant, ou avide d’autorité ! Sa douceur proverbiale, doublée d’une sorte de modestie pleine de bonhomie prenante, vous retenait en des causeries toutes amicales et vous captivait en vous instruisant.

On apprenait à vaincre les difficultés techniques du laboratoire en regardant le « bon patron - travailler. Et c’est en prodiguant, à pleines mains, ses trésors, au fur et à mesure de ses découvertes, qu’il nous donnait, avec le meilleur de lui-même, ses meilleures leçons.

Evitant d’imposer ses idées, il accueillait les étrangers avec une bienveillance souriante et consentait à examiner, lui-même, tout ce que des mains souvent indiscrètes, inexpérimentées ou trop exigeantes lui apportaient, chaque après-midi, d’abord dans son petit laboratoire obscur de la Charité, puis à l’Hôtel-Dieu, puis au laboratoire de la rue Lhomond, enfin à l’Ecole Pratique où il acheva sa vie professorale.

La méthode de travail de Cornil était d’une simplicité exemplaire ; elle tient en trois actes successifs : regarder les pièces, en préparer les coupes et publier les résultats d’une enquête microscopique approfondie. Rien, des lésions visibles à l’œil nu n’échappait à ses yeux clairvoyants et expérimentés ; sa patience pour examiner ses coupes était célèbre ; elle ne laissait rien en route. Toutes les lésions étaient repérées, rédaction en était faite sur le champ. Son

style révèle Cornil et le montre tel qu’il voulut être, tel qu’il fut en effet. N’omettre aucun des détails ; les décrire en des phrases courtes et claires avec des termes précis, sans recherche, sans effets littéraires ; mais trouver toujours le mot propre et l’expression exacte, telles sont les qualités qui donnent aux descriptions de Cornil une beauté simple et une réelle grandeur car on les sent, partout, sous leur aridité voulue, marquées du sceau de la vérité ; on peut les lire en parcourant la coupe : constamment 1 image se superpose au texte, avec la plus extraordinaire fidélité.

Mais où la personnalité de Victor Cornil révèle sa plus curieuse expression, c’est dans les nombreuses figures, aquarelles ou dessins tracés de sa propre main, d’après ces préparations mêmes, dont la description affecte dune correction à la fois si exacte, si fidèle et si froide. Là, un grand souffle artistique a passé, entraînant fougueusement la même main et lui donnant une verve incomparable. On découvre, dans ces larges coups de pinceau, une richesse de coloris, une passion de la forme linéaire, rehaussées, embellies par un besoin de vérité tout a fait émouvant. Si l’on osait accoupler des idées aussi disparates, on dirait que Cornil jetait dans ses dessins d’anatomie pathologique les envolées d’une poésie débordante inspirée par l’histologie ] association intéressante et rare d un esprit scientifique de premier ordre et d’un grand artiste plein de talent et d’originalité.

Les Bulletins de l’Académie de Médecine, de la Société de Biologie, de la Société Anatomique de Paris, de la Société Médicale des Hôpitaux, \e Journal des Connaissances Médicales , que Cornil dirigea de longues années avec son fidèle Galippe, sont remplis de ces travaux et mémoires illustrés ou non.

Il reste, enfin, un côté de la vie de Cornil qu il est impossible de ne pas signaler, si l’on veut simplement

esquisser la grande figure du savant auquel la présente journée est consacrée. A l’inverse d’un grand nombre d’hommes de science qui consacrent leur existence entière a la science pure et qui, se mettant égoïstement hors de l’humanité, s’enferment en quelque sorte dans leur « tour d’ivoire », Cornil, parce qu’il était médecin et que rien de la vie sociale ne lui restait étranger, crut de son devoir de descendre dans l’arène et de donner quelque chose de lui-même à la vie publique. On a rappelé son rôle politique et les services rendus par lui à la Patrie.

Il fit plus encore. Considérant que sa vie scientifique lui constituait une sorte de faveur inespérée, un sort par trop enviable, il sacrifia une part importante de son repos et de ses loisirs à l’hygiène publique, voulant payer de cette façon le tribut de sa gloire et des joies que lui procuraient ses travaux et justifier les privilèges à lui conférés par sa haute situation intellectuelle et morale.

On sait avec quelle opiniâtreté il défendit, devant les Chambres, les projets de loi d’hygiène et quel surcroît de labeur, une œuvre aussi écrasante imposa à sa triple existence de professeur, de médecin et d’homme politique.

L’œuvre de Victor Cornil est colossale. Il n’est pas un chapitre de la pathologie humaine dans lequel ce perspicace investigateur n’ait pénétré, éclairé quelques points obscurs, décrit quelques lésions inconnues avant lui, fixé des idées, déblayé un chaos ou apporté la précision d’une description définitive.

Non seulement le Maître histo-pathologiste a tout vu, mais il n’y a, pour ainsi parler, rien à retrancher dans son œuvre magistrale. Tout, à de très rares exceptions près, se trouve déjà consacré par le recul du temps et demeurera impérissable.

Ses travaux sur la syphilis sont devenus classiques. Bien avant les temps actuels. Cornil y réalisait déjà les desiderata

de la « Biopsie » en examinant les pièces fraîches extirpées sur le vivant.

Ses mémoires sur la pathologie du rein, entrepris il y a plus de trente ans, avec Brault, son ami et son collaborateur dévoue, constituent aujourd hui encore, la base fondamentale de nos connaissances en histo-pathologie rénale.

Son ouvrage didactique sur les Bactéries, rédigé a\ec Babès, a fait de lui, sur nombre de points, un précurseur en pathologie générale infectieuse.

Que d’exemples on pourrait citer encore ! Toutes ses recherches si remarquables sur les plaies des muqueuses et leurs procédés de cicatrisation, sur la régénération des épithéliums, sur la formation du cal, sur les lésions des os et sur les arthropathies, appartiennent à la science ; toutes sont autant d’applications de l’idée directrice qui pousse de plus en plus l’anatomie pathologique à étudier, si possible, les lésions encore vivantes et à éviter les désordres cadavériques surajoutés et leurs innombrables causes d’erreur.

Dans ses incomparables travaux sur les tumeurs, Cornil demanda le plus qu’il put. à la pathologie comparée, ses documents et ses preuves. Les belles recherches poursuivies en commun avec Gabriel Petit sur les tumeurs de la mamelle sont un exemple du prix que le Maître attachait à l’étude comparative des lésions dans la série animale.

Epris de la connaissance exacte des faits, éloigné des conceptions théoriques nébuleuses, n’acceptant rien que des choses vues, Cornil apparaît comme une belle et attachante figure, grande par son œuvre entière et par les innombrables détails avec lesquels le Maître regretté a largement formé le fonds commun de l’histologie pathologique.

L’immense variété de ses études constitue une docu-

mentation précieuse, d’une richesse incomparable et d’une indestructible solidité.

Pour un si formidable labeur, qu’il s’était volontairement imposé et qu’il a accompli avec une noble simplicité, Victor Cornil comptera parmi les fondateurs de la Médecine. Il prendra place à côté des Laënnec et des Cruveilhier, dont il a continué la grande tradition, toute à la gloire de la Médecine française.

Escomptant sans crainte le jugement de la postérité, on peut affirmer, en ce jour mémorable, que le nom de Victor Cornil appartient, désormais, à l’Histoire.

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