I. HISTOIRE
Depuis quinze ans la presse a subi une immense révolution. Laréduction du prix de l'abonnement, l'alliance de la publicité politique avec la publicité commerciale et la transformation du feuilleton ont complètement changé les conditions du
journalisme. Nier les conséquences de cette révolution, c'est nier le mouve.neni. La presse à bon marché a grandi à vue d'œil et, laissant sur sa route les retardataires, elle a entraîné les uns après les autres ses plus obstinés adversaires.
Le Siècle a été fondé en 4836. La monarchie de Juillet commençait alors seulement à avoir un caractère définitif; on sortait des crises et des émeutes qui avaient été en quelque sorte le remous de la révolution de i850. Le crédit public et le crédit privé, se prêtant un mutuel appui, donnèrent naissance à des entreprises nombreuses; le succès du Siècle fut l'une des conséquences de cette situation que l'incurie du pouvoir devait si fatalement compromettre.
On a beaucoup reproché à ce journal d'avoir été, avant la révolution de 1848, le journal des épiciers et des marchands de vin. Je n'ai jamais bien compris, je l'avoue, le piquant de cette plaisanterie- A-l-on voulu dire par là que le Siècle reculait à cette époque devant les théories? Mais la Fiance bourgeoise et libérale, qu'on veuille bien s'en souvenir, s'éteignait de jour en jour, moins par un malaise naturel de vivre que par une impuissance morale de vouloir. Elle avait fait une grande révolution par hasard et elle avait eu peur de son propre triomphe parce qu'elle sentait sa faiblesse. Le Siècle, il ne faut pas s'y tromper, a rendu quelques services en concourant à l'éman-
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ci pat ion delà petite bourgeoisie. Le salon donnant sa démission intellectuelle, ce journal a initie le magasin et le comptoir à la vie politique.
il faut, selon nous, chercher la cause de l'immense suer,-. ,iu Siècle dans le principe auquel il n'a cessé d'être Adèle, nous voulons parler de la loyauté et de l'honnêteté qui onl présidé à la rédaction de ce journal. Après la révolution, le Siècle, en se dévouant à la défense de la république, n'a l'ait autre chose que d'être conséquent avec lui-môme; il a été fidèle à la tradition de son passé.