II. BIOGRAPHIE
LOI'IS HSRBÉE. Le plus jeune rédacteur en chef de la presse parisienne. M. Louis Perrée est né tMi 181G. Son grand-père était membre du Conseil des Anciens et l'on trouve son nom parmi les noms des fondateurs de la Banque de France. Le père de M. Perrée a également laissé dans les affaires le plus honorable souvenir.
Maitre de très bonne heure d'une fortune considérable, M. Louis Perrée n'en poursuivit que plus activement ses études et se fil recevoir avocat au barreau de Paris; mais 1rs paisibles travaux du cabinet convenant peu à son caractère entreprenant, il se lança dans les affaires et bientôt après i 1840) il devint directeur aérant du journal le
Siècle. Mais il ne se borna pas au rôle d'administrateur. 11 avait fait des questions financières une étude spéciale ; il traita ces questions' dans le Siècle avec une remarquable lucidité. Un jour, il s'éleva dans son journal contre la cour des pairs qui venait d'inventer les procès de tendance et la complicité morale; la cour des pairs lui répondit par un arrêt qui le condamnait à un mois de prison et à dix mille francs d'amende. Quand il sortit de prison la compagnie de garde nationale dont il faisait partie se hâta de le nommer son capitaine.
A la révolution de Février, il fut nommé par le gouvernement provisoire maire du troisième arrondissement, et s'acquitta avec honneur et dévouement de ces difficiles fonctions.
Le déparlement de la Manche envoya M. Louis Ferrée à l'Assemblée constituante. Là, comme partout, il fit son devoir et il aborda quelquefois la tribune avec succès, surtout dans la discussion des questions financières.
Cependant une scission s'était opérée entre M. Chambolle, rédacteur en chef du Siècle à celte époque, et M. Louis Perrée, directeur. Celui-ci voulait la république , celui-là faisait des réserves; enfin M. Chambolle abandonna la rédaction en chef, et M. Perrée, libre désormais, lança son journal dans une voie plus hardie et plus jeune, sans perdre de vue les principes éternels d'ordre
et de liberté fondas sur l'amélioration progressive du sort des classes laborieuse
Baufl Pénergie de M. Louis Perrée, l'opinion démocratique aurait perdu un des plus importants organes de la capitale.
I.Ol'IS JOURDAK, ainsi qu'un grand nombre de journalistes et d'écrivains de ce temps-ci, appartient à l'école suint-simoniennc dont il fut un des fervents apntres mfmtjbm, c'est-à-dire qu'il ne prit pas le costume et ne compta pas parmi les liùiesde Ménilmontant. Sa vocation pour le journalisme se déclara de bonne heure; écolier encore, il commettait dans un journal de Toulon, sa ville natale, des articles de critique, des nouvelles, etc., etc., sous un pseudonyme' ( le pauvre Diable) qui n'y est point tout à fait oublié. Peu de temps après, il fonda un petit journal littéraire intitulé le Croquis, qu'il abandonna bientôt pour céder à son humeur voyageuse.
Il avait fait, en 18r.O, la campagne d'Alger à boni du vaisseau-amiral la Provence. Il quitta de nouveau la France, visita l'Italie, la Sicile, les îles Ioniennes, et en 18>i, il avait alors 2-1 ans, il arriva en Grèce. Il rencontra à Nauplie un de ses co-religionnaires, M. Gustave d'Eichthal , qui le pilota. Le lendemain de son arrivée, If. Jourdan rédigeait, sous la direction du général ColettiJ'uci des hommes les plus émioenta qu'ait produits la
guerre de l'indépendance, le journal le Sauveur, organe du parti français, et par conséquent des idées libérales en Grèce. La translation du siège du gouvernement grec à Athènes fut pour lui une bonne fortune, puisqu'elle l'obligea à aller planter sa tente à l'ombre du Parthénon.
Après deux ans de séjour, il quitta l'Attique, visita l'Archipel, toucha Tunis et rentra en France. La fièvre du pèlerinage s'empara de lui encore, et il alla vivre à Alger qu'il n'avait fait qu'entrevoir au moment de la conquête.
En -1842, de retour à Paris, il travailla activement aux publications historiques de la maison Didot ; et, avec M. Charton, aujourd'hui conseiller d'Etat , au Magasin pittoresque et au journal 17/lustration. A cette époque, notre colonie algérienne était sérieusement menacée par l'incurie du gouvernement; M. Guizot trouvait que la colonisation de cette vaste et belle conquête était une petite affaire. M. Louis Jourdan, de concertavec MM. Enfantin, Carette et Warnier, tous trois membres de la commission scientifique, rédigea le journal Y Algérie. Cette publication eut l'incontestable mérite de faire entrer la question algérienne dans le cercle des grandes questions politiques. En même temps, il prenait part à la rédaction du Courrier français, qui avait alors pour rédacteur en chef M. Emile Barrault.
On était en 1845; M. Duchàlel avait dit cette
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mémorable parole : « Enrichissez-vous ! >> Le veut était aux affaires. M. Charles Duveyrier organisa la société des annonces, »'t il y déploya tant d'activité qu'il tomba, nu bout de quelques mois, dangereusement malade. Il pria M. Jourdan, sonami, i hargerdecclle opération, el partit i our obéir aux ordres de la F icullé qui l'envoyait à Païenne. La révolution de Février vint, et emporta l'entreprise Duveyrier comme tant d'autres. Les tôles étaient montres ; on allait faire la première épreuve du suffrage universel pour l'élection de h Constituante. Jourdan, invité par ses amis de Toulon à venir briguer l'honneur de la députalion, s'y rendit en effet, non pour s'y mettre sur les rangs, mais pour y servir de sa plume et de sa parole la cause de la démocratie ; il publia dans le Var, à «elle époque, un journal intitulé : le Veuftlc électeur . Quelques mois après, il rédigeait en chef à Paris le Conciliateur, qui devint plus tard le Spectateur républicain. La loi du cautionnement suspendit cette publication. A deux mois de là, le Crédit parut ; M. Louis Jourdan fut pendant cinq mois l'un de ses principaux rédacteurs.
En avril 1849, M. Louis Perrée l'appela au Siècle, dont il est l'un des plus féconds collaborateurs.
PIERRE BERNARD. Ancien secrétaire d'Armand Carrel. Les débuts de M. Bernard faisaient plutôt présager un savant qu'un journaliste. Il
se livra avec passion à l'étude de la médecine, de l'analomie et de la physiologie; mais les événements politiques le jetèrent en dehors de la science. Il vil 1830 en élève chirurgien, un fusil sous le bras ; c'était se piacer aux premières loges pour le spectacle. Après le choléra de 1832, qu'il traversa intrépidement en soignant les malades de l'Ilôlel-Dieu, il partit pour la Belgique, afin de faire une étude approfondie de l'éloquence parlementaire belge. M. Bernard était allé chercher l'éloquence à Bruxelles, il n'y trouva que la contrefaçon. A son retour, il fil au Xational le r-nupte rendu des séances, et, s'il faut ajouter Uii aux chroniques de la tribune sténographique, ce sérail lui qui aurait inventé ces étranges caricatures parlementaires des premières années du gouvernement de Juillet, telles que le papa Nurtineau et le compère GirauJ. Pendant toute une législature, le papa Martineau a été aussi populaire que le Juif errant.
M. Pierre Bernard a donc débuté dans le journalisme par la sténographie. La sténographie est une excellente école en ce qu'elle force celui qui s'y livre à une attention soutenue, et le fau pénétrer très avant dans toutes les questions de politique, de finances , d'économie sociale, etc. Elle fait mieux que l'initier à la connaissance approfondie des questions; elle lui fait connaître les hommes, et lui montre les héros de la parole sous leur véritable point de vue.
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« Quatre personnes ont le secret de la faiblesse
de l'orateur parlementaire, dit M. de Cormenin
dans son beau Livre des Orateur» : son médecin, son confesseur, sa maîtresse et le sténographe.
« Le sténographe esl , ni plus ni moins m11*' Sancho, l'écuryerde notre don Quichotte oratoire. il rhabille et il le déshabille; il apprête sa toilette, son manteau de pourpre, ses fausses dents et sou feux toupet. Il l'attend dans les coulisses, lorsque l'orateur quitte la scène, tout ruisselant de sueur, après avoir joué Démoslhene. Il ebaulle les ser- ; eL il le frotte de la tète aux pieds. Il lave ses discours à la pâte d'amande, les nettoie, les parfume et les tait reluire.
« C'est à ce fidèle Achale que le batailleur de tribune remet toutes les pièces de son armure, le casque, la cotte de mailles, les brassards et . Le .-lénoyraphe lui sert de second ; il porte ses cartels et ses billets doux, et il sait parfaitement à quoi s'i n tenir sur ses airs de bravoure et sur ses bonnes loi lunes.
« Le sténographe est le fossoyeur du parlement. Ces fiers Hercules qui tendaient leurs muscles et qui abattaient de leur massue l'hydre béante de l'anarchie, ces Jupiters tonnants, ces Adonis do tribune, dont la chevelure esl si lisse et si artistement bouclée, passent dans les mains du sténographe qui les attend au bas de l'estrade. On les lui abandonne comme des cadavres. Il les tftâ-
velit à sa fantaisie dans des sarcophages de marbre, sur lesquels on lit : Ci-gît très haut et très puissant seigneur ! Ou bien il les cloue entre quatre planches de sapin, et il les jette dans la fosse commune sans daigner marmotter sur eux le plus petit De Profanais.
« Après deux ans d'exercice, tout sténographe peut foire un excellent député. Mais je ne voudrais pas parier ma tète, ni mon petit doigt, qm; tous les députés fussent en état d'être sténographes. »
Pendant les quelques années que M. Bernard pissa à la tribune slénographique, il publia deux livres humouristiques qui obtinrent un grand succès, je veux parler des Aperçus parlementaires et de Mes Cocottes ou Mémoires d'un jeune député flottant, ouvrage dans lequel il prédisait la révolution de 1848.
Avant de se consacrer entièrement à la politique , M. Pierre Bernard fit paraître un assez grand nombre d'ouvrages littéraires : le Jardin des Plantes, édition Curmer ; la Physiologie du Député, et un roman intitulé Le droit Chemin.
Depuis 1848, il a également publié un livre politique qui a eu un certain retentissement : l'Avenir au coin du feu.
C'est un écrivain très vif et un journaliste original.
HIPPOLYTE LAMAKCIIE, ancien capitaine
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de cavalerie, a rail la guerre pendant dix an a occupé l'emploi de chel de bureau de la cavalerie au ministère de la guerre en Belgique, emploi
dont il s'est démis à la fin de t s~.i . Sous la reslauration, m Lamarche avait abordé la carrière dramatique, el avait lait représenter, au second ThéAlre-Français, une imitation en vers du Marchand de Venisê\ de Shakespeare.
A partir de 1831, il se lança dans le journalisme. NOUS le trouvons d'abord au Messager des Chambru, journal d'opposition constitutionnelle; de là, il passe au Journal du Commerce qu'il abandonne bientôt pour entrer au Siècle, où il est depins 1837.
M . llippoly te Lamarche traite la politique étrangère ; il connaît à fond l'histoire politique, militaire <'t diplomatique des soixante dernières années; c'est un collaborateur très utile et très ait: t.
AUGUSTE JULLIEN, fds de Jullien de Paris et frère de l'ingénieur. M. Auguste Jullien a d'abord été attaché à la Revue encyclopédique dont son pire était le directeur. Il la dirigea lui-même en 1829 et 1830, et en 1831 il s'adjoignit M. Anselme Petetin. Deux ans plus tard, M. Jullien prit, h la fondation du Musée des Familles, la rédaction en chef de ce recueil. 11 fit ensuite la Reçue republicaine avec Dupont de Bussac, Godefroy Ca-
vaignac, Louis Blanc, Hippolyle Dtissard, Gervais de Cacn,ctc, etc.; puis passa au journal le ftmp», auquel il collabora jusqu'en 1842.
En 18-48, il travaillait à la Semaine, lorsqu'il fut envoyé à Francfort avec le titre de secrétaire de légation. Quand M. Savoye, qui remplissait les fonctions de chargé d'affaires, fut remplacé, M. Jullien donna sa démission.
Il entra au Siècle en 18-49, lors du changement de rédaction ; c'est un homme de mérite et un journaliste de savoir sous un extérieur très modeste.
IIIPPOLYTE DUSSARD débuta en 1829 dans le journal le Temps, où il fit des articles d'économie politique et industrielle.
Il signa, en 1852, la protestation des journalistes. Compromis en 1832 dans l'affaire de juin, il se réfugia en Angleterre où il acheva d'étudier les institutions économiques de ce pays qu'il connaît à fond.
En 1854, il reprit sa part de rédaction au Temps, et fut ensuite directeur du Journal des Economistes, publié par M. Guillaumin.
11 a dirigé pendant quelques années, avec beaucoup de talent, l'exploitation du chemin de Rouen. Chargé , en 18-48 , de rétablir l'ordre à Rouen, il fut ensuite nommé préfet de la Seine-Inférieure jusqu'au ministère de M. Léon Faucher qui le ré-
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voqua. il n'esl pas inutile d'ajouter que M. Dua-
s.iid av;ut i,ut beaucoup pour frayer la wrie à .m. Paaeher.
ÉkVOM M LâHloeUbiÉBE, bibliothécaire
du Journal. M. de Labôdotlière a Éorîl à pan prèa
dans tuiis les r« cueila littéraires , il a rail do tout ; mi peul oitar 'i'1 lui des travaux historiques, entre autres s. m Histoire des Français* dont trois volailles seuil ment ont paru ; des articles de genre,
• bansons, des nouvelles, de ; romans, des traductions «le l'anglais, de l'espagnol et même du latin. Il n'est pas un littérateur qui sa soit autant éparpillé que lui. Au Siècle, il classe
omplète les collections do journaux, ae charge de trouver un document et écrit ^\>'> entrefileta, des faits-Paris et des articles Variétés. Il est à ce journal ce qu'il a été partout, un factotum] au demeurant un excellent bomme et un en i ivain d'un vrai mérite. .M. de Labédollicre possède une collection ou plutôt un musée de pipes qui fait l'admiration des amateurs.
AUGUSTE IIUSSOX a débuté, en 1831, comme rédacteur des comptes rendus des séances législatives pour le Temps, ensuite pour le Courrier frunrais et enfin pour le Siècle. Il a publié de. nombreux articles de philosophie et de littérature dans l'Encyclopédie des çoimmsances utiles, Ui>nt la di-
rection lui filait conliée. il est aussi un des collaborateurs du Dictionnaire de la Conversation, dans lequel il a écrit quelques bons articles de législation et de jurisprudence. En 1847, il prit la direction du journal la Semaine, qu'il abandonna pour faire partie de la rédaction du Siècle.
FRANCIS RIAUX, né à Rennes, sorti de l'École normale, et agrégé de philosophie en 1834, ancien professeur de philosophie à la faculté des lettres de Rennes, a publié quelques ouvrages, entre autres une traduction française du poëme allemand les Niebelungen et une édition française de Bacon, en deux volumes, dans le format anglais.
Il a traité au Siècle, depuis un an, la question de l'instruction publique ; il continue à faire les comptes rendus de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales.
LOUIS DESNOYERS, rédacteur en chef de la partie littéraire, a commencé à travailler dans une étude d'avoué, et s'est révélé dans le monde littéraire par la publication d'un article de mœurs qui obtint un immense succès; nous voulons parler des Béotiensde Paris, qui parurent dans le.livre des Cent et un. M. Louis Desnoyers a été un des fondateurs et pendant longtemps le rédacteur en chef du Charivari. Il a publié un livre humoris-
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tique, qui a été/lcpuis illustré et qui s'appelle les Ar.-uturet de Paul Chopvart. Le Journal des Enfants | dû une grande partie de son succès aux articles de H. Louis Desnoyers, dont quelques-uns sont vraiment très amusants et très gais. Depuis •:lic du SièeU de M. Guinot, c'est II. Louis Desnoyers qui écrit la Reoue île Paris hebdomadaire. Traduit deraut la Cour d'assises tout dernièrement sous l'inculpation d'offenses envers le président de la république, M. Louis Desnoy été renvoyé absous. 11 est au Siècle depuis la fondation de ce journal.
( MAKI I s DE HATHAAEL DE HENNES.
In ru/ superbe, de petits yeux, une barbe luxuriante, Qne chevelure apollonienne, tel est le portrait de m. de Piennee, le critique dramatique du Siècle. Il n'est pas un habitué de théâtre qui ne
connaisse le profil que nous venons d'esquisser d'un trait de plume, car, de tous les critiques, M. de Fiennes est le plus assidu aux représentalions dramatiques.
A peine au sortir de l'enfance, il fut chargé de dresser iliaque matin le bilan de la misère publique en qualité d'employé au mont-de-piété; tangué de cette existence bornée à tous les horizons par un grillage, il se mit à rêver la gloire du barreau, recommença courageusement ses études et se lit recevoir licencié en droit.
134 lv gaz Km; DE FBAKCE.
Ce fut à lui que le président Séguier, célèbre par son culte pour les traditions, adressa cette singulière apostrophe, quand M. de Fiennesse présenta pour prêter serment : « Jeune stagiaire, allez vous habiller. » L'avocat inexpérimenté avait négligé de mettre une cravate blanche.
Bientôt M. de Fiennes entra au journal le Siècle en qualité d'administrateur , puis un an plus tard il fit le compte rendu des petits théâtres, menant ainsi de front l'administration et la littérature, chiffrant par ici et écrivant par là. Aujourd'hui il a abandonné l'administration et il se consacre exclusivement à son feuilleton théâtral.
M. de Fiennes a fait partie de la commission des théâtres nommée par M. Sénard. 11 travailla avec quelques-uns de ses collègues à la rédaction d'un projet de loi conçu sur les bases les plus larges : — Liberté des théâtres, abolition de la censure. La commission tomba avec le ministre qui l'avait instituée; il va sans dire que le projet libéral disparut avec la commission qui l'avait établi.