j 1 L* BÉPI BLIQI
Moldavie, il lui disait : « Je n'ai pas une grande confiance dans votre édifice, il est déjà bien lézardé, Dieu fasse que tout cela ne craque pas d'ici ta peu de temps. » Le directeur, grand politique de la vieille roche, et très ami de M. Guizot, accueillit cette prophétie par un sourire. On sait le reste. Aussitôt qu'il connut les événements de Février, M. Adolphe Guéroult se bâta de revenir à Paris. Il avait assez de l'expatriation, et voulant vivre désormais dans son pays, il reprit son ancien métier de journaliste. Charles Duveyrier venait de fonder le Crédit; il appela pour l'aider dans sa tâche quotidienne M. Guéroult; mais celui-ci, ne s'éiant pas trouvé d'accord sur quelques points avec Sun rédacteur en chef, abandonna le Crédit et passa à la République. M. Adolphe Guéroult est un écrivain vraiment distingué ; son style ferme et incisif a le cachet de l'originalité ; il est du petit nombre des journalistes qui n'auraient pas besoin de signer leurs articles pour être reconnus.
PIERRE LEROUX, né à Paris en 4798.
M. Pierre Leroux fut d'abord ouvrier typographe, puis il devint gérant de l'ancien Globe libéral, rédigé par MM. Guizot, Cousin, Dubois, Rémusat, etc. Ce fut vers cette époque qu'il commença à écrire. Quand le Globe devint la propriété de l'école saintsimonienne, M. Pierre Leroux y resta pendant quelque temps, puis céda enfin la gérance à M. Mi-
LA MM CI. lui E. I.",.r>
cbel Chevalier, n entreprit alors, en oollaboratioa ivec m. Jeta Reynaod, sa gran le public ition de V Encyclopédie noueatf*, oavrage qui n'est pas encore achevé ; puis il publia coup sur coup la ; talion deTicUi titme et son livre de VBwumité. il prit aussi une pari active à la collaboration de la Revue indépendante. Plus tard il se retira •' ' sac, où il fonda une imprimerie par association Ces! à Boussac que la révolution de Février vînt le surprendre. Élu à la Constituante par le département de la. Seine, aux élections complémentaires du 4 juin par 91,373 yoix, il (ut réélu à la Législative, le vingt-deuxième, par 110,127 suffi a la Constituante, il a prononcé plusieurs discours, un entre autre resté célèbre, celui dans lequel il a exposé la théorie de la Triade et du Circulas. Il est l'auteur de l'article de la loi électorale qui interdit la dignité de représentant du peuple aux hommes condamnés pour adultère. Il a toujours voté avec les membres de la Montagne, dont il est un îles principaux orateurs.
si dans le journal la République que M. Pierre Leroux a soutenu , en 1849, cette célèbre lutte contre M. Proudhon , qu'il écrasa sous l'épithète peu comprise de théologastre. M. Proudhon, de son côté, lui lança à la tête les projectiles de Théosop&t, de Tliéopompe, après quoi les deux ennemis se réconcilièrent et tirent bien.
Pierre Leroux est un gros homme à l'air débon-
156 LA UEPl'HLIQUE.
naire, à la ligure placide, qui ne peut faire peur qu'aux gens qui ne connaissent pas cette candide nature; c'est un très remarquable penseur, un écrivain diffus, et, en somme, un homme d'un incontestable talent.
LAURENT (de l'Ardèche), avocat, ancien carbonaro, ancien sair-l-simonien et ancien juge de première instance à Privas. M. Laurent a publié, en 1828, une Réfutation de l'histoire de France île l'abbé Montgaillard. Cet ouvrage obtint un grand succès. Il est également l'auteur d'une Histoire de Napoléon, illustrée par Horace Vernet, en 1851. M. Laurent était l'un des plus intrépides et des plus éloquents orateurs du saint-simonisme. C\ st un homme d'une grande énergie. En 1848, il fut commissaire de la république dans son département sous le gouvernement provisoire. Élu à la Constituante par 28,759 voix, il fut réélu le premier à la Législative par 35,894 suffrages. M. Laurent a aussi publié quelques articles au journal le Crédit.
AGRICOL PERDIGUIER , âgé de quarantequatre ans. Il est le fils d'un menuisier. Compagnon menuisier lui-même, il entreprit d'opérer la réforme du compagnonnage, et pour parvenir à son but, il commença par courir les villes de France,
i \ Ri ri 1LIQI i . I-"»T
camarades .i abandonner toute ■ de rh tlii 1 1 d'antagonisme.
M. Agricol IVuli^uier, û\l Aviijnonnais-la-Vertu, publia différentes brochure et des chansons sur le compagnonnage. M Perdiguier fut un descombattantfl de juin en I83Ï. Il fut élu par le département de la Seine représentant ;'i la constituante et réélu à la Législative le vingt-septième. AT Assemblée, il vole constamment avec la Montagne.
AUGUSTE BUSSIÈRE, ancien saint-simonien. M. Bussière publia, vers 183G, des articles de critique littéraire qui produisirent quelque sensation. Puis on n'entendit plus parler de lui. Le critique s'était transformé en voyageur et avait été fixer son séjour en Algérie. On a peu de détails sur la vie de M. Bussière, qui a vécu pendant 1 'iiytemps hors de France. Il traite plus spécialement, dans les colonnes de la République, la question algérienne.
COLIX, ancien saint-simonien , partit pour l'Egypte en 1833. C'est l'auteur du poëme du Désert que la musique de Félicien David a rendu populaire. M. Colin a une manie bien innocente. On assure qu'il voit des assassins partout; il a tellement peur d'être empoisonné qu'il ne déjeune et ne dine jamais que chez lui et qu'il est son propre cuisinier. Du reste, on affirme qu'il a le plus grand talent pour faire cuire une côtelette.
158 L'ASSEMBLAI- WT10XALE.
CHARLES BKRAXGEIl. Charles Béranger,
ancien ouvrier horloger* a travaillé à l'horlogerie jusqu'en 1830; mais, dans les mois qui suivirent la révolution, le travail de l'horlogerie était aussi complètement anéanti que s'il n'avait jamais existé, et M. Béranger, après mille tentatives infructueuses pour gagner sa vie et celle de sa famille, se mit à écrire. La société pour la propagation de renseignement élémentaire venait de proposer un prix au meilleur mémoire sur VUHlitê des machines et leur heureuse influencé sur le sort du peuple et des ouvriers. M. Béranger concourut et obtint le prix. 11 fit ensuite partie de la famille saint-simonienne, et écrivit au Globe. Après la dispersion des disciples d'Enfantin, il alla prendre la rédaction en chef de Vlnduslriel de la Champagne, et il rédigea ce journal jusqu'en 1848. Il entra ensuite au journal le Crédit, puis à la République, OÙ il s'occupe surtout des questions municipales.