II. BIOGRAPHIE
ADRIEN DE LAVALETTE, rédacteur en chef.
Il avait trente-trois ans lorsque éclata la révolution de Février. Toute sa famille appartient à l'opinion légitimiste ; quant à lui, il ne s'était jamais occupé de politique avant 1848; il s'était consacré à l'étude des sciences et à leurs diverses applications.
En février 1848, il assista en curieux aux principaux épisodes de la révolution. Le 24, lorsque les tribunes de la Chambre eurent été envahies, il contribua à protéger la fuite de la duchesse d'Orléans. Cette princesse et le comle de Paris avaient été entraînés hors du palais législatif par un groupe de gardes nationaux ; mais dans le trajet le jeune duc de Chartres fut séparé de sa mère ;
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.mm. de Lavalette, Lipmann el Cavalier prircnl le jeune prince avec eus Bl l'enfermèrent dans une petite chambre «1rs combles du palai . Le précepteur du duc de Chartres vint rejoindre son élève, qui fut alors conduit chez M. de Lavalette, où l'on apprit bientôt qu'il était possible de le iamener à sa mère.
La naissance du journal Y Assemblée nal\ lient peut-être à un fait assez singulier pour être rapporté. M. de Lavalette., qui ne se rendait sans doute pas compte de l'impossibilité où se trouvait le gouvernement provisoire d'ajourner la proclamation ilf la république, envoya le 26 à la Gazette de France une protestation motivée contre l'adoption de la forme républicaine sa:. s qu'une assemblée nationale eût été convoquée. La Gazette n'inséra pas la protestation.
M. de Lavalette, étonné du silence du journal royaliste, songea immédiatement à créer un organe nouveau, qu'il appela YAssemblie nationale.
Le but que poursuit le rédacteur en chef de celte feuille, c'est la fusion des doux branches de la maison de Bourbon.
M. de Lavalette n'a pas toujours rendu justice aux hommes qui ont Clé ix affaires dans les temps difficiles qui suivirent la révolution de Février, Son journal s'est associé bien souvent à des accusations qui ne tiendront pas devant le jugement impartial de l'histoire; 1 1 pendant, nous no
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serons pas injustes envers lui. Il a fait preuve éê
courage et de talent. C'est un homme dont les formes polies et bienveillantes préviennent tout de suite en sa faveur. M. de Lavalette a eu Tannée dernière un duel politique, dans lequel lus deux adversaires se sont comportés de la façon la plus honorable.
CAPEFIGUE, de Marseille; cinquante -trois ans. Il commença par faire son droit à Aix, comme tous les Provençaux ; puis il vint à Paris, où il entra à l'école des Chartes. M. Capcfigue est en outre un des lauréats de l'Académie française.
Si je ne me trompe M. Capefigue fit ses débuts dans la politique à la Quotidienne. Le là il passa au Messager des Chambres, fondé par M. de M.rlignac. Depuis cette époque, M. Capefigue a écoulé de sa prose au Temps, au Moniteur du Commerce, au Courrier français, à Y Europe monarchique, et môme à la Gazette de France. Les articles nombreux semés par M. Capefigue à droite et à gauebe, ici et là, n'ont pas empêché cet actif Provençal de griffonner d ses moments perdus quatrevingts volumes historiques, politiques, philosophiques, critiques, bibliographiques, diplomatiques, économiques, palingénôsiques, où il est question de tout et de plusieurs autres choses drolatiques.
M. Capefigue était né pour ce temps de négoce intellectuel ; à la déplorable fécondité de Scudéry
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i i l'outrecuid noc d'un bai bélier ès-leitres et l.- tlyle d'un écrivain public. Quelques personnes qui n'avaient pas lu âne ligne de H. GapeJ étonnées de voir le marché littéraire eucombré des produits de cet industriel, avaient pensé qu'il n'étint que le fondateui gérant d'une fabrique de li vres historiques. La fabrique existe bien an effet, mais je ne présume pas que M. Capefigua ail des ouvriers sous s. H rôgn • d'un hout à
l'autre 'le son œuvre une (elle unité de lieux commun* paradoxaux, de propositions saugrenues, de jactance ignorante et de style lâché, hache et harnaché de périphrases impossibles, qu'il ne peut venir à l'idée de personne de revendiquer la paternité d'une seule phi |S M fatras de vulumes étalés sur les quais et évités du llàneur.
Le secret de la fécondité de m romancier de 1 bis loi re réside lotit entier dans un procédé dont il est l'iwvi l'.ieur. M. Capefigue est toujours prêt à traiter, la plume à la main, le premier sujet et la première époque venue. Qu'il s'agisse de Philippe-Auguste, de Napoléon ou de Tamerlan, peu lui importe. Le temps de couvrir d'encre quatre rames de pap er,et le tour est f:it. Il c court pus les sujets, il lis emprunte aux écrivains en renom. V\\ journal annonce-l-il l'apparition prochaine d'un ouvrage qui a coûté à l'auteur vingt années de consciencieuses recherches et de travail, le lendemain même AI. Capeligue en promet
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un sur le même sujet ; il s'engage à le livrer avant celui de son concurrent, et il tient parole. C'est ainsi qu'il a improvisé en quelques mois une histoire de la réformation du seizième siècle, lorsqu'il a su que M. Mignet s'occupait d'une histoire de cette époque; c'est ainsi qu'il a bâclé une histoire de l'empire quand il a appris (pue M. Thiers préparait la suite de son travail sur la révolution. Quant aux archives, aux documents, aux pièces à l'appui, comme il n'a pas le temps de courir les bibliothèques et de fouiller dans cet amas de pou* dreusités historiques, il trouve plus commode de s'en passer ou de les fabriquer au coin du feu. Voici à ce sujet une petite anecdote qui édifiera le lecteur et lui démontrera jusqu'à quei point il peut ajouter foi à l'authenticité des documents sur lesquels repose l'édifice historique de M. Capeligue.
Lorsqu'il eut placé Joseph sur le trône d'Espagne, Napoléon fit venir à Paris les archives de Ximancas, lesquelles contenaient les documents les plus curieux sur l'histoire du seizième siècle. Dans les premiers jours de la restauration, alors que la France restituait à l'Europe tous les chefsd'œuvre et toutes les curiosités qu'elle lui avait enlevés pendant les périodes républicaine et impériale, il fut convenu que les archives de Ximancas seraient rendues à l'Espagne. Cependant au moment de se séparer de ces richesses histori-
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ques, les conservateurs de nos archives éprouvèrent un serrement de cœur qui paraîtra bien naturel aux savants et aux bibliophiles. On entra en accommodement avec les commissaires espagnols, i-t, s-. ii a l'aide d'échange, Boit autrement, on ne leur rendit qu'une partie de leur trésor historique; les documents les plus précieux, st particulièrement ceux qui se rapportaient à l'époque du seizième siècle, restèrent à Paris. De cela il arriva ceci : M. Capeflgue ne connaît guère mieux, à ce qu'il parait, la nature ultra-conservatrice des archivistes que les faits dont il parle dans ses volumes. Lorsqu'il voulut écrire son histoire de la réforme, il donna en plein dans la comédie de la restitution des archives, et publia comme pièces a l'appui de son élucubration réformiste des documents qu'il prétendait avoir été copier en I .-.'ne sur les manuscrits de Ximancas. Or, comme M. Capeflgue n'a pu raisonnablement trouver au-delà des Pyrénées ce qui était resté en deçà, il nous permettra de croire qu'il n'est pas seulement le fahricateur de l'histoire de la réforme , mais qu'il est aussi l'auteur des documents authentiques dont est accompagné cet important travail.
Veut-on me permettre maintenant de donner un échantillon du style et du faire de l'infatigable brochurier?
« La race des nobles ducs sous l'écusson des
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• ancêtres, écartelês de beaux ('maux, nVst
« pas plus éteinte que celle des admirables mar- « quises de Yanloo et de Bouclier à la bouche « vermeille, à l'oeil noble, à la main effilée, au « pied relevé. Oh non ! la r.tce n'en est pas per- « due. » {Diplomates européens, page 79.)
Est-ce Boucher qui a la bouche vermeille ou les marquises qui ont le pied relevé? Se charge qui voudra de résoudre ce problème grammatical.
Lorsque dans un ouvrage qui a un titre sérieux ou sème à chaque page des pensées aussi ingénieuses, avouez qu'il n'est pas inutile de les enipapilloter dans ce beau langage qui ne fleurit plus que dans le jardin littéraire de M. Capefigue et de quelques sentimentales portières de la place Bréda.
J'ai encore rencontré dans les Diplomates européens (page 506) la phrase suivante : « La Prusse, ce long boyau, qui a la tête sur le Niémen et les pieds sur la Meuse. »
De tous les ouvrages qu'a enfantés M. Capefigue , il en est un cependant auquel je m'empresse de reconnaître un certain mérite, c'est Y Histoire de la Restauration.
M. Capefigue a écrit à V Assemblée nationale des lettres de Londres, de Vienne, de Berlin, etc., qu'il signait d'une croix ou d'un fer à cheval. Quand la loi de Tinguy fut appliquée, le diplo-
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tels m partibui, qui réglait depuis Jeux ans 1rs destinées de l'Europe, fut obligé de bs dépouiller m domino. Des lecteurs naïfs, voyant ce fer à cheval symbolique fa re mouvoir ohaqu< mai ne les armées russes, autrichiennes et prus- Biennes, divulguer les pi osées les plus secrètes dis cabinets, publier les plans de la future saintealliance et tenir au bout de sa plume i i l'Italie, la Grèce, l'Angleterre et la Cochinchine, présumaient que ce masque hiéroglyphique tachait pour le moins le visage de M. de Metternich. Arrive la lin du bal travesti, u surprise! le masque tombe i Capefigue reste, et l'homme d'État s'évanouit.
AUGUSTE IBUNBSSE, secrétaire de la rédaction, d'origine belge, né à Louvajn, trente-un ans. M. Auguste Jeunesse a débuté dans la presse do son pays. Après avoir été attaché pendant plusieurs années à VEmancipationt il devint rédacteur en chef du Globe de Bruxelles. Il est entré à ['AuembléG nationale le jour même de sa créalion ; il fait des articles de politique étrangère, et de polémique générale.
FRANCIS LACOMBE naquit sur les bords de la Garonne, au commencement de la restauration. Cependant, il n'appartient pas absolument à la Gascogne comme M. Granier de Cassagnac et
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du Gers ; M. Lacombe est de Toulouse, la cité palladienne, la patrie de Clémence Isaure et des troubadours. Les journalistes sont les paladins et les troubadours de ce temps-ci. M. Francis Lacombe a été l'ami et l'élève d'Alexandre Soumet, son compatriote.
M. Francis Lacombe fit ses premières armes littéraires à Toulouse dans la Gazette du Languedoc, où il publia quelques articles, en même temps qu'il étudiait la médecine, genre d'exercice intellectuel dont il se dégoûta bientôt. Il arriva à Paris wrs 1837, atteint de cette maladie cérébrale impossible à guérir et que les pathologistes désignent sous le nom de manie d'écrire.
A peine débarqué, il se jeta dans la rédaction de Y Echo de France et de France et Europe, deux revues pleines d'avenir, mortes après une année d'existence.
Mis en retrait d'emploi, mais toujours en disponibilité, M. Lacombe, après avoir jeté quelques articles littéraires dansl'£'/io française la Patrie, se décide à fonder les Débats industriels. M. Armand Bertin regarde ce titre comme une spoliation. Aussitôt sommation et exploit d'buissier parlant à sa personne, et jugement du tribunal de commerce qui oblige le fondateur à transformer ses petits débats qui ne devaient pas faire peur aux grands en quelque chose qu'il intitule modestement la Vigie industrielle Celle feui»e vécut tant