II. BIOGRAPHIE
ARMAND liERTIN est le rédacteur en chef du Journal des Débats; il a à peu près une cinquantaine d'années; il a été élevé à l'école de son père, mort en 1841, et qu'on avait surnommé le Warwick de la rue des Prêtres. On l'appelait aussi Berlin l'ancien pour le distinguer de son frère le pair de France, qui avait reçu le nom de Berlin le superbe. M. Berlin aîné n'avait jamais voulu ni places ni dignités ; il se contentait de mener les cabinets à grandes guides. M. Armand Berlin passe pour un homme de beaucoup d'esprit. Il est sceptique et il croit à la monarchie; il est vollairien et il défend le pape ; il prêche le dogme de la famille et il est garçon. D'un commerce agréable et facile, il aime les arts et les mœurs élégantes ; mais ses
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habitudes, un peu épicuriennes, ne le détournent pas du labeur de chaque jour : c'est lui-méaM
(|ui dépOUiUfl t'His 1rs matins sa volumineuse OOf-
nespoodance. Dam la journée il a Mi partout où
il a pu RBCtieiUirurj tait, un brait, une nouvelle; et à une iii'inr convenue, entouré de tes cotlaboreleura, il leur dietrieue la tache quotidienne.
Avant les prescriptions de l'article 3 de la nouvelle loi sur la prôner, qui obligent les journalistes à Bigner leurs articles, M. Armand liertin n'écrivait pas, mais il était le centre de cette chaîne intellectuelle dont chacun de ses rédacteurs est un anneau, et il se contentait d'imprimer à la rédaction de son journal cette merveilleuse unité qui a tant contribué au succès et à la réputation des Débatê. Depuis la signature, il rédige plus particuculièrement les nouvelles de politique étrangère.
M. Armand Berlin n'avait qu'un mot à dire sous la monarchie pour obtenir toutes les faveurs; il n"a guère usé >ie cette influence que pour émaiUer de décorations la poitrine de ses collaborateurs. Quant à lui, — est-ce vanité? — il n'a jamais voulu laisser attacher le moindre bout de ruban à la boutonnière de son habit. Une autre particularité : pendant les dix-sept ans de la monarchie de Juillet, .M. Armand Berlin n'a pas mis une seule lois le pied aux Tuileries.
Tous les soiis,en revenant de l'Opéra, desBouffes ou d'une soirée, M. Armand Berlin passe à la
maison de la rue des Prêtres, s'enferme dans son cabinet, et se fait donner les épreuves du journal, qu'il lit mot à mot depuis la première ligne jusqu'à la signature de l'imprimeur. Lorsque ce travail écrasant est terminé, lorsque le rédacteur en chef a rout vu, tout lu, tout corrigé, il donne le bon à tirer, et rentre chez lui vers deux heures du matin. Ce n'est qu'à ce prix qu'on fonde une œuvre sérieuse et qu'on maintient un journal au premier rang.
M. Armand Bertin appartient à ce parti des hovimes gras qu'estimaient tant César et Louis- Philippe. Brutus est bien maigre, disait César. Louis-Philippe, lui, avait aussi un goût prononcé pour la rotondité et les santés florissantes ; de là peut-être la faveur intime dout a joui pendaut les dix-sept années du règne M. de Monlalivet. M. Armand Bertin a un air franc, jovial, et de bonne humeur ; malgré cela, sa personne et ses traits ne manquent pas de distinction.
Le Journal des Débats est l'organe de la grande propriété bourgeoise et de la haute finance. Personnellement M. Armand Bertin a toujours tenu en très mince estime la noblesse ancienne et nouvelle. Comme M. Guizot, il n'a cru qu'à l'infaillibilité de sa majesté très faillible la classe moyenne. MM. Guizot et Armand Bertin appartiennent par leur origine et leur éducation à l'école politique de la Ghaussée-d'Anlin, qui, sous la restauration,
en voulait tant au faubourg Saint-Germain. Au fond, cVtait moins — les événements l'ont prouvé — une hostilité de principes qu'une haine de chaussée à faubourg.
De par la loi du 31 mai, M. Armand Bertin n'est plus électeur ni éligible.
SAEVT-MAIU: GIRARDIX. En 1831, un jeune maître d'étude au collège Henri IV envoya un jour un article politique au Journal des Débats. L'article parut le lendemain et produisit une profonde sensation dans la presse. M. Bertin aîné, avec ce flair particulier qui était sa principale qualit-'-, comprit tout ce qu'il y avait d'avenir dans cette plume jeune, incishe, élégante, et résolut d'accaparer au profit de son journal l'écrivain anonyme. Ne connaissant ni son nom ni son adresse, le rédacteur en chef inséra un avis par lequel il priait l'auteur de l'article qui avait paru tel jour de vouloir bien se présenter à la rédaction. Le jeune débutant, qui préparait probablement son second article dans les courts loisirs que lui laissait la récréation, se rendit aussitôt à l'appel qui lui était fait. Le jour même il était attaché à la rédaction des Débats et quittait la triste profession de maître d'étude.
M. Bertin aîné ne s'était pas trompé ; le maître d'étude de la veille devint bientôt l'un des polémistes les plus brillants et les plus spirituels de
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sa rédaction. M. Saint-Marc Chardin étnil à cotte époque le tirailleur à l'armure légère détaeh. ftoi les lianes de l'opposition. La révolution de Juillet lui faisait en quelque sorte la place libre. Dès le lendemain, en etlet, tous les premiers rôles du journalisme opposant avaient donné leur démission pour se partager les hautes positions politiques. M. Guizot prenait le portefeuille de i'inlérieur, M. de Chateaubriand se retirait sous sa tente, et M. de Salvandy, qui venait de trier quelques jours auparavant : Malheureuse France! malheureux roi ! publiait des brochures quasi-légiiimistes. Il ne restait plus de la brillante phalange qui avait fait dans les Débats une si rude guerre au ministère Polignac que M. de Sacy, et grâce à ce soldat resté fidèle au drapeau, le public ne s'aperçut pas trop de la désertion du gros de l'armée. Ce fut M. Saint-Marc Girardin qui entreprit, en 1854, cette rude campagne contre l'empereur Nicolas, alors que le cabinet des Tuileries se mettait à plat ventre devant le czar. La guerre était rude dans ce temps-là entre l'opposition et la presse ministérielle. L'ancien maître d'étude, devenu professeur au Collège de France, montait < h n[ue jour sur la brèche du journal, et de là décochait, avec une verve intarissable, ses traits épigrammatiqiies contre ses adversaires; lui seul avait le secret de faire bondir Armand Carrel lorsqu'il répondait par des plaisanteries mordantes
jnrnwL DM DÉBATS. 31
au journal ist<- du National, qui déployait Bérieo- Bemeol le front de bataille de la discussion devant un adversaire plus disposé à harceler l'ennemi qu'à accepter le combat. If. Saint-Marc Girardm trouvait moyen de mener de front Bon cours au Collège de France, la politique et la littérature, car son riniii flgnrail assez souvent dans le>. 9ébml$ au lus de l'article Warièth Plus tard, H. S.iint-
lutélu député, et il prouva une fois de plus, le jour où il aborda la tribone, qu'on peut être un très habile, un très ingénient écrivain, et un asm médiocre orateur : sa carrière parlementaire fut
ilat. Le journaliste des Débats fut nommé olli' 1er de la Légion d'honneur, membre du conseil roya' de l'instruction publique, conseiller d'État, et, la veille de la révolution de Février, il était dans !.; catégorie des candidats au ministère de Flnstmclion publique. En somme, M. Saint- Marc Girard n est moins un homme politique qu'un écrivain très spirituel et même un peu superficiel. J'allais oublier de dire qu'il est académicien.
DE SACY. avocat, a plaidé dans sa jeunesse a*M m certain succès; il esl h Bfc du célèbre orientaliste Antoine Sylvestre île Sacy, créé baron par Napoléon en 181 ô. M. de Sacy entra très jeune à la rédaction des Débats et s'v fit tout de suite remarquer par la fermeté de son style et la manière
large avec laquelle il développait les questions. Si M. Saint-Marc a été la plume légère et spirituelle du journal dans les dix-huit années de la monarchie de Juillet, M. de Sacy en était la plume doctorale; encore aujourd'hui un article signé S. de Sacy a le privilège d'éveiller la curiosité des hommes qui suivent la politique. Nature simple et modeste, M. de Sacy a toujours évité pendant toute sa carrière de journaliste le bruit et l'éclat; il aime le demi-jour, et je ne serais pas étonné que l'amendement Tinguy et Laboulie ne le déterminât à prendre prématurément sa retraite; les véritables écrivains politiques sont très rares dans notre temps. M. de Sacy est du très petit nombre des journalistes qui ont une grande connaissance de la langue et une vaste érudition. Il procède, par son style, des maîtres du dix-septième siècle. M. de Sacy est conservateur de la bibliothèque Mazarine et décoré. Quand on songe que le très influent journaliste qui pouvait avoir sous la monarchie ses grandes et ses petites entrées dans le cabinet de tous les ministres s'est contenté d'un banal ruban et d'une très modeste place, on est tenté de faire l'éloge de son désintéressement. Le gouvernement provisoire a eu le bon goût de laisser M. de Saey à la bibliothèque Mazarine, et je crois môme que depuis la république il a été élevé en grade.
M. de Sacy appartenait à une famille janséniste et il passe pour janséniste lui-même. De là, la lutte
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énergique qu'il a toujours soutenue en f ;vcur de l'université contre les empiétements du clergé. Un écrivain catholique lui disait un jour à la tri- Lune des journalistes de la chambre des députés : Vous êtes un esprit trop distingué et trop loyal pour n'être pas des nôtres tôt ou tard. — Non pas, répondit vivement M. de Sacy, je veux vivre et mourir avec un pied dans le doute et l'autre dans la loi.
MICHEL CHEVALIER, ancien élève de l'École polytechnique, ingénieur en chef des mines, ancien apùlre saint simonien. If. Michel Chevalier fit ses premières armes dans le Globe, dont il était le gérant et l'un de plus actifs rédacteurs. Personne à son début ne fut plus audacieux que lui, mais il faut avouer qu'il s'est bien amendé depuis. Condamné à six mois de prison par la cour d'assises pour avoir développé dans le Globe et dans des prédications publiques les principes de la morale saint-simonienne, il reçut du gouvernement avant l'expiration de sa peine une mission pour l'Amérique du Nord. Ce fut du nouveau monde qu'il adressa au Journal desDébalsccs remarquables lettres qui produisirent à l'époque où elles parurent une grande sensation dans le public. M. Michel Chevalier traite plus particulièrement les questions industrielles Il est professeur d'économie p ilitique au Collège de France et a été députe pendant quelques an-
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nées, il a abordé la tribune deux ou trois l'ois dans des discussions économiques, mais il n'a pas réussi comme orateur; sondébitétait difficile, et des suspensions assez longues indiquaient chez lui un grand défaut de mémoire. M. Michel Chevalier ne peut plus se présenter comme candidat à l'Assemblée législative et cela pour une excellente raison, c'est que sa condamnation pour outrage à la morale publique ne lui permet même plus d'être électeur. Singulière loi électorale! qui fait qu'un homme peut à la fois être chargé d'instruire la jeunesse dans des cours publics et ne peut prendre part à la nomination d'un représentant! M. Carnot avait supprimé la chaire d'économie politique du Collège de France; depuis, cette chaire a été rétablie, et M. Michel est rentré dans ses anciennes fonctions professorales. M. Michel Chevalier a toujours été un homme spécial plutôt qu'un écrivain politique; je ne suis pas trèseertain qu'il ait des convictions bien arrêtées : à la Chambre il volait avec la majorité, mais dans les Dcbats'ù propageait les idées industrielles de Saint- Simon et d'Enfantin. Il faut rendre cette justice a ceux des saint-simoniens qui se sont rallies au parti conservateur, qu'ils ne se sont pas complètement livrés et qu'on retrouvait toujours dans les nouveaux convertis quelques-unes de leurs aspirations d'autrefois. M. Michel Chevalier est hère de M. Auguste Chevalier, secrétaire-général
JOL'IiKAI. DES DÉBATS.
di: l'Elysée. S'il a protégé s m frère tous l'an< ien gouvernement son frère lui rendra la pareille sous
le non i
John LEMOINE, trente cinq ans, l'auteur dea 1. tires dat i b de Etome ctqui obtinrent un ai grand succès. M. Jiiini Lemoine était parti i ontiûcfJ pour U ville éternelle, il on retint presque voltairien. 1 Lee espérances do .M. Guizot, qui en avait tant. Ji une homme élégant et do bounes manières, il débuta il y a dix uns avec un coi laiu éclat. l'iumo facile, spiriluelleet sceptique, .M. J< >l j n Lemoine n'avaii vu dans le journalisme que ranticbambre do la diplomatie. E\i 1829, un potil rédacteur des Débats était parvenu, par la protection do M. Berlin ahié, a se Bure attacher à l'ambassade do Londres. Distinguo par M. de Talteyrand, qui le lit Dominer i secrétaire, il franchit on quinze ans tous les échelons diplomatiques, et la révolution de Février le trouva baron et ambassadeur de Franco à Constantinopls. IL John Lemoine, qui s'estimait, avec quelque raison, pour le moins autant que M. de Bourqueney, pouvait, sans se faire illusion, prétendre à uoe certaine destinée, d'autant plus qu'il avait su conquérir les bonnes grâces du ministre dirigeant de la monarchie. L'avenir s'effraitsous ces brillantes perspectives pour le jeune écrivain, lorsque éclata la catastrophe que vous savez. Les rêves dorés s'évanouirent , les ivlor-
mateurs de 1848 venaient de renverser le pot au lait de toutes les Perrettes dynastiques. Adieu poulets, pigeons, portefeuilles et ambassades. Hier on riait de tout, de la réforme électorale, des banquets et des discours des députes de l'oppGSition. Aujourd'hui on rit encore, mais de ce petit rire pincé qui indique plus de dépit que de bonne humeur. Que M. John Lemoine n'ait pas pour la république une tendresse filiale, je le comprends; cependant, quand on est jeune comme lui, et qu'on a ce talent souple, fin, distingué, que nul ne peut lui contester, on a le droit d'être indifférent à tous les revirements de systèmes, car on peut se créer une position honorable sous tous les gouvernements.
XAVIER RAYMOND. Ancien saint-simonien qui a publié dans le Globe de 1832 des articles remarqués. Après la mort du Globe, M. Raymond fit dans le journal le Temps quelques articles de critique littéraire, puis il entra aux Débats. Il fit partie, en qualité d'historiographe, de l'ambassade envoyée en Chine dans les premières années du ministère du 29 octobre. M. Xavier Raymond a rapporté de son voyage des travaux utiles dont la plus grande partie est malheureusement enfouie dans les catacombes du ministère des affaires étrangères. C'est M. Xavier Raymond qui dernièrement accusa M. Marrast de n'avoir pas rendu
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des comptas très réguliers. M. Ifarraat répondit le lendemain d'une façon tellement satisfaisante que le Journal de» Débat» se vit contraint de déclarer qu'il s'était trompé. M. Xavier Raymond avait agi de lionne foi; mais il avait obéi trop précipitamment aux conseils de gens qui, pour satisfaire leurs rancunes, n'avaient pas craint de tromper le jeune journaliste; du reste, M, Xavier Raymond a vivement regretté d'avoir entrepris cette malheureuse campagne.
ALEXANDRE THOMAS s'occupe plus particulièrement de la question étrangère. M. Alexandre Thomas a commencé par être précepteur des enfants de M. de Rothschild; il a, dit-on, abandonné lèves parce que l'opulent banquier traitait le jeune précepteur par trop familiunnairement. C'est un écrivain de talent qui a publié des articles littéraires dans la Revue des Deux-Mondes et qui connaît très à fond la politique et la littérature allemandes. M. Alexandre Thomas appartient à. l'université. Il est en ce moment professeur d'histoire au collège national de Versailles.
LOITS ALLOITIY, docteur en droit. M. Alloury a commencé a travailler chez un avocat, et il a même été occupé au cabinet de M. Dupin aine- Il coulait des jours tranquilles et ennuyés au sein de la procédure, lorsqu'il fut appelé à prendre
pari à la rédaction des Débats sans avoir seulement songé à solliciter cet honneur. Voici comment : M. Alloury avait été l'un des élèves les plus distingués de M. Cuvillier-Fleury à l'époque où ce dernier était professeur au collège de Sainte- Barbe. M. Cuvillier, qui n'avait jamais perdu de vue M. Louis Alloury, et qui voyait avec peine ce fort en thème des anciens jours végéter dans une étude d'avocat, cet avocat s'appelàt-il Dupin, parla de lui à M. Bertin aîné, vanta son talent, et aussitôt M. Bertin s'empressa d'aller arracher M. Alloury à l'étude monotone du mur mitoyen. M. Louis Alloury est spécialement chargé de l'appréciation des débats parlementaires; en langage de journaliste, il fait la Chambre. C'est un écrivain de mérite et de savoir. Il a quarante-cinq ans.
BROËT a fait quelques articles au Globe. M. Broët a été saint-simonien et a fait partie des quarante disciples qui suivirent Enfantin dans sa retraite de Ménilmontant. Après la dispersion, M. Broët retourna dans sa famille qui habite le midi. Il ne revint à Paris, il y a une dizaine d'années, que pour entrer aux Débats. M. Broët s'est présenté deux fois comme candidat aux élections du suffrage universel, mais toujours sans succès.
PIIILARÈTE CIIASLES, homme d'esprit, critique d'un grand talent, très versé dans la con-
JOURNAL M S Dl H ATS. M
naissance de la littérature anglaise. M. Philarètf Chastes a publié un grand nombre d'ouvrages, des romans, à l'époque où l'on faisait dos romans, d< s nouvelles, des Contes de toutes les c< mli'iivs, et
Burtoul des études critiques qui ont le défaut d'être plus ingénieuses que vraies, il a aussi l'ait paraître des traductions d'outrages allemande a d'ouvrages anglais, car il esl quelque peu polyglotte. Il a beaucoup écrit à la Revue dé Paria, et il donne de temps en temps des ai lieles à la HtOue ds Hiu.r-Mcndrs. il est bibliothécaire quelque part et professeur d'une littérature quelconque au Collège de France. On m'a raconté sur lui une histoire de manuscrit blanc remis à un directeur dr revue, et qui annonce de sa part beaucoup d'imagination et de fantaisie, si l'anecdole c-t vraie. I) y a vingt ans que M. JMiilurète Cl. est au Journal des Débats. 11 n'y fuit que des articles Variait,
ÎIMIKIKIIE, autre rédacteur des articles Variétés, talent bucolique. Le Berquin des hommes de soixante ans, ses contemporains. M. Bai rièrs est
un ancien employé à la préfecture de la Seine. Il est chargé au Journal des Débats du dépat fument des nécrologies ; il célèbre les morts et fait dormir les vivants.
«TVlLLlEit-FLEURY, ancien professeur au
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collège Sainte-Barbe. Il n'abandonna l'université que pour devenir précepteur du duc d'Aumalc, dont il est resté le secrétaire des commandements jusqu'à la révolution de Février. C'est à M. Cuvillier-Fleury qu'est plus paiticulièrement confié en ce moment le département des regrets du passé et des récriminations contre le nouvel ordre de choses. Cela se comprend, du reste, et l'on ne peut trop en vouloir à M. Cuvillier, quand ou songe à la position qu'il a perdue; aussi serons-nous très indulgent pour lui tout en regrettant qu'il ne comprenne pas que la situation qu'il a eue devrait plus qu'à tout autre lui interdire certaines aitaques contre les personnes et certaines critiques contre les choses.
M. Cuvillier-Fleury est de tous les écrivains critiques celui qui pousse le plus loin la manie de l'égotisme. Je dis, j'affirme, je soutiens, je maintiens, je prétends ; le je partout et toujours. Malgré cela, M. Cuvillier-Fleury est un écrivain d'un jugement assez sain et d'une certaine distinction. On assure que M. Cuvillier a été carbonaro dans sa jeunesse. Qu'il ne s'étonne donc pas trop si les jeunes gens de ce temps-ci sont républicains, il faut bien que jeunesse se passe.
DELÉCLUZE fait depuis plus de vingt-cinq ans la critique d'arts; il est la terreur des peintres et des statuaires qui assurent qu'il ne s'y connaît
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pns. Je n'ai pas assez de connaissant ;es artistiques pour me prononcer dans cette grave question; mais ce que je puis affirmer en toute sécurité de conscience aux exposants de la peinture et de la sculpture, c'est que M. Delécluse est auteur d'un petit chef-d'œuvre littéraire qui s'appelle Mademoiselle de Liron.
HECTOR BERLIOZ. Je ne sais si M. Berlioz serait très flatté si je disais qu'il est un critique musical distingué, bien qu'il apporte beaucoup de verve et beaucoup d'esprit dans le compte rendu des partitions soumises à sa critique ; il croirait peut-être que c'est une ingénieuse manière de nier son talent comme compositeur. Qu'il se rassure à cet égard, personne plus que moi n'est passionné pour Harold et ses autres symphonies. M. Hector Berlioz a remplacé aux Débats M. Fétis qui avait remplacé M. Castil-Blaze, le célèbre auteur de Pigeon vole.
SAIXT-AXGE, ancien capitaine de la jeune garde, a lait la guerre en Espagne et la campagne de France; il fait le journal ' et traite la question militaire. C'est un excellent homme, très original et très journaliste, quoique ancien soldat. Il a son
1 Dans l'argot du journalisme, faire le journal veut dire couper les faits diver?, les nouvelles et les classer.
franc parler dans la maison. A l'époque où il était question de ramener en France les dépouilles mortelles de Napoléon, M. Armand Bertin, qui a toujours sur le cœur la spoliation faite à sa famille par le gouvernement impérial, s'exprimait assez irrévérencieusement à l'égard du grand homme. M. Saint-Ange se tourna alors vers les assistants et leur dit froidement : « Ceci , messieurs, est une querelle de famille à famille: il est de notorété publique que les Bertin n'ont jamais été bien avec les Bonaparte. » M. Saint-Ange a une curieuse manie ; il aime, comme lord Byron, les jeunes chats , et ne peut travailler sans en avoir deux ou trois autour de lui. Quand ces intéressants animaux ont atteint l'âge de raison, il les chasse sans pitié et s'en procure d'autres plus petits; depuis trente ans qu'il est aux Débats, il a élevé plus de chats qu'il ne s'en consomme annuellement dans tous les restaurants du quartier latin.
On assure également qu'il lui prend assez souvent la fantaisie d'envelopper des pièces de deux sous dans du papier et de semer sur sa route ces décimes sacrifiés : il dit que c'est sa manière de faire l'aumône et de payer du sucre d'orge aux petits enfants.
TAXSKI, Polonais de nom et de naissance, ancien capitaine à la légion étrangère. C'est lui qui
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est chargé de s'informer, auprès des représentants amis, du travail des bureaux. Homme actij el intelligent, a raffut de tous tes cancans politiques 61 qui passerai l par le trou d'une aiguille. Il va,
il vient, il court par ici, il B'échappe par là, il a
l'ubiquilé d'un facteur de la poste aux lettres, il arrête un représentant par le tuas, en saisit nn autre par la basque de son habit, se glisse auprès d'un ministre et ne quitte la salle des Pas- Perdus, Capharnaum des chercheurs de nouvelles, que lorsque sa provision est faite. C'est le capitaine Tanski qui est l'auteur d'un petit livre intitulé : Voyage autour de la Chambre, par un Slave. Cet ouvrage contenait quelques curieuses révélations sur les hommes politiques du gouvernement de Juillet.
Jl'IJvS JAXIX. Celui-ci est la grosse caisse du journal et quelle grossi' caisse! Il a travaillé à l'ancien Figaro, à la Quotidienne, à la Mule; il a été le collaborateur de Félix Pyat, il a écrit pour tous les journaux littéraires qui ont paru depuis vingt ans et il est le rédacteur nécessaire de toutes les feuilles qui paraîtront Écrivain d'une prodigieuse facilité, les pages s'envolent de sa plume comme les feuilles des arbres secouées par l'orage. Sa fantaisie est un vent inépuisable. Sa verve est universelle. Il est Chinois avec les Chinois et Turc avec les Turcs. Il n'a qu'à frapper son front
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et une fontaine jaillit, de vin, si vous aimez le vin, de rhum, si c'est le rhum qui est en vogue, d'eau , si vous êtes condamné à l'eau , et encore la servira-t-il chaude ou froide selon la complexion du lecteur. On a dit que c'était là de la marchandise, mais il faut bien avouer que c'est aussi de la littérature, parfois môme une très remarquable littérature, car jamais elle n'est pâle ni insignifiante, et toujours on peut dire qu'elle est originale et spirituelle. Cet écrivain joue avec la langue comme un enfant, et la langue, cette bonne vieille, le laisse faire. Il a de nombreux rapports avec Diderot qu'il vante beaucoup, du reste, par sympathie, je suppose. C'est le même laisser-aller, c'est le mê me enjouement de style , le même langage, la même mobilité d'idées; il n'a jamais eu assez de force dans l'intelligence pour cacher un but et une volonté sous cet amas de roses qu'il secoue tous les lundis dans le monde littéraire; mais il a de moins que Diderot la sensibilité : car, soit sécheresse de cœur , soit faute de temps, il ne pleure jamais et jamais il n'a fait pleurer.
Tel qu'il esf, M. Jules Janin est un de nos plus importants littérateurs. Sans une idée critique bien arrêtée, il dessert depuis vingt ans un feuilleton, et quel feuilleton ! comme il dirait lui-même, et jamais il n'a failli à sa tâche. Il a dit du mal de tout ce dont il avait dit du bien, peut-être juste-
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ment à cause de cela. C'est une intelligence qui a ses caprices comme !i beauté. Un matin, il se lèvera bienveillant pour tout le monde, excepté toutefois pour le vaudeville qu'il combat et combattra sans cesse pour deux raisons : la première, parce qu'il est sûr de ne pas le tuer, ce qui le mettrait tort dans l'embarras, et la seconde, parce qu'il est sur de n'en être pas tué.
Nota. A l'exception de M. Armand Berlin, rédacteur en chef, tous les journalistes des Débats sont décorés.