‹ Biographie des quarante de l'Académie Française [microform]Chapitre 24 sur 32 · LATA · texte numérisé non relu

LATA

L'arrêté de la section de la cité était ainsi conçu :

(( Considérant la licence effrénée que se per- » mettent les directeurs des divers spectacles , » en donnant des pièces dont l'incivisme ne )) peut que corrompre l'esprit public, elle » arrête que le corps municipal sera invité de » veiller à ce qu'il ne se passe rien de contraire » aux principes du vrai patriotisme et des bonr » nés mœurs, w

Cet arrêté contre la comédie de M. Laya ne suspendit point les désordres auxquels cette pièce avait donné lieu. Le 11 janvier, des fé-? dérés se présentent à la commune de Paris ; ils exposent que la représentation de certaines pièces dramatiques empoisonne l'étendue de la république et demandent que la police prenne des mesures à ce sujet.

Le substitut du procureur de la commune prend la parole , et demande que le conseil fasse suspendre la représentation de VAmi des lois.

Les débats furent longs; enfin le conseil prit l'arrêté suivant ;

(( Le conseil-général , d'après les réclamations » qui lui ont été fi^itea contre la pièce intitulée

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PM

» VAmi des lois, dans laquelle des journalistes » malveillans ont fait des rapprochemens dan- » gereux et tendant à élever des listes de pros- )) cription contre des citoyens recoramanda- » blés par leur patriotisme, etc., arrête que » la représentation de VAmi des lois sera sus- )) pendue. »

Malgré cet arrêté , les comédiens français se présentèrent le lendemain au Corps municipal , annonçant que les citoyens se portaient en foule à leur théâtre en demandant la représentation de VAmi des lois. Chambon se leva et se rendit au théâtre pour rappeler aux spectateurs l'arrêté du conseil-général ; on y jouait VAmi des lois; Chambon ne pouvant suspendre la représentation d'une pièce que la Convention semblait avoir autorisée , y assista jusqu'à la fin , et écrivit du théâtre au conseil-général , que tout s'était bien passé , et que malgré l'effervescence , un seul cri injurieux n'avait pas été proféré. Mais le conseil-général censura la conduite de Chambon.

Il faut rendre ici justice au noble caractère que déploya M. Laya dans ces orageuses circonstances ; il conserva sa dignité d'homme de lettres et ne recula pas devant les dangers

réels que pouvait lui susciter son obstination» maintenir sa pièce au répertoire. Il écrivit à la Convention nationale la lettre suivante :

(( Citoyen Président ,

» Nous écrivons à la hâte à la porte de cette » assemblée ; le citoyen Maire venant de porter » à la comédie française un arrêté du Corps » municipal qui défend la représentation de » Y Ami des lois , et le peuple s'étant porté en » foule autour de la voiture , pour demander » que la pièce fût jouée , l'auteur demande » d'être admis à la barre , pour vous rendre » compte de ce qui s'est passé, ,et prévenir )) les désordres qui pourraient en résulter.

» Laya. »

Cette lettre fut écrite et lue à la Convention , le même jour que le conseil-général avait lancé son arrêté. L'Assemblée passa à l'ordre du jour, et la pièce proscrite fut , comme nous l'avons vu, représentée le même soir: mais quelques jours après le parti opposé l'ayant emporté,

210 tAYA.

M. Lava fut mis hors la loi et sa pièce défendue à Paris et dans les départemens.

M. Laya eut le bonheur d'échapper aux pros-^

cripteurs , et il ne reparut en France qu'a Ja

chute de Robespierre. Chénier parle, dans son

Tableau de la littérature, de cette comédie de

VAmi des lois qui entoura de tant d'orages la

jeunesse de Fauteur : « quand M. Laya, dit-il,

» donna au théâtre sa comédie de VAmi des

» lois déjà Tanarchie menaçante allait se per-

)) dre dans cette tyrannie qui fut exercée au

)) nom du peuple; mais le talent lui-même a

» besoin de beaucoup de temps pour bien écrire,

» et surtout pour bien écrire en vers français :

» la pièce paraît avoir été composée trop vite.

)) Quoi qu il en soit, l'auteur y fit preuve d'une

» noble audace , et de ce genre d'éloquence

» qu'une généreuse audace est sûre de donner.

» Aussi VAmi des lois fut-il accueilli par la fa-

» veur publique; car, en ce genre, un nom-

» breux auditoire applaudit toujours au cou-

» rage dont il ne court point les risques. »

M. liaya s'est toujours appliqué dans ses compositions à leur donner un but moral d'utilité publique , soit qu'il ait émis ses opinions dans les divers recueils périodiques aux-

quels il a successivement coopéré, soit dans ses œuvres dramatiques. A la mort de Choiseui Gouffier, il se mit sur les rangs pour entrer à l'Académie française , et prononça son discours de réception le 29 novembre 181 7. Le directeur de l'Académie, M. le duc de Lévis, rappela dans sa réponse les scènes tumultueuses que la comédie du récipiendaire avait suscitées en I793 ; mais pour donner plus de solennité à la réception, il donna à ces scènes plus d'importance qu'elles n'en avaient eu réellement, et persuada à l'Assemblée que VAmi des lois avait failli sauver Ja monarchie et opérer une contrerévolution. « Monsieur, dit-il , dans ces temps » de douloureuse mémoire, où la terreur pla- » nait menaçante sur la France consternée, ^ » où son roi était dans les fers , votre talent » courageux jusquesà l'audace osa faire enteny) dre sur la scène déshonorée la cause de la » justice et de la raison. L'effet fut prodigieux, » les cœurs si long-temps oppressés répondirent » à votre voix , l'indignation éclata de toutes » parts ; la salle retentit d'imprécations contre » les factieux : il est permis de le croire , si le » théâtre eût été dans ces vastes proportions M que la magnificence des anciens donnait à

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» ces grands édifices dont les ruines sont encore » si imposantes , il en serait sorti une armée » entière; la tyrannie était détruite, et le roi » était sauvé. »

L'éloquence de M. le duc de Lévis était évidemment ici dupe de Timagination , et à coup sûr le modeste M. Laya n'a jamais cru luimême que sa comédie aurait pu renverser cette formidable Convention, contre laquelle la Vendée et l'Europe se sont brisées.

Cette comédie de V^mi des lois dont la représentation ne serait pas supportable aujourd'hui, est pourtant aujourd'hui le plus beau titre littéraire de M. Laya, et peut-être le seul: ses conceptions , comme nous l'avons déjà dit, sont celles d'un homme de bien , mais leur exécution est d'un littérateur médiocre; sa poésie est faible , languissante et sans couleur: nous allons donner la nomenclature de ses ouvrages , parmi lesquels aucun n'a joui long-temps de la faveur publique.

i*". (avec Legouvé) Essai de deiuc amis ^ 1786; 2°. Voltaire aux Français sur leur constitution y 1789; 3°. La régénération des comédiens en France ou leurs droits à Vétat civily 1 789 ; 4° • Les dangers de V opinion^ drame

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en 5 actes et envers, 1790; 5". Jean Calas ^ tragédie en 5 actes et en vers, 1791; 6°. UAmi des lois y comédie en 5 actes et en vers , 1793 ; 7*. Épître à un jeune cultivateur nouvellement élu député y 1772; 8°. Les derniers momens de la présidente de Tourvel, héroïde, 1 799 5 9°. ^^saisur la satire ^ 1800 ; Eusebe^ héroïde , 1807; la 3* édition parut en 181 5.

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(népomucène-louis),

Né à Paris, en 1770.

La noble indépendance est l'ame des talens,

Rien ne peut du génie arrêter les élans ,

Ce n'est pas pour ramper qu'il a reçu des ailes.

(MlLLEVOYE.)

M. Lemercier est le chef de cette école qui médite une révolution dramatique, laquelle paraît aujourd'hui aussi inévitable que la révolution politique l'était en 1788; la civilisation, qui chaque jour fait des progrès immenses , donne de plus en plus au siècle le goût du positif et du vrai , et nous approchons du moment où la tragédie, avec son classique appa-

LEMERCIER. 2l5

rell va s'exiler du théâtre ; car on est bien las de pleurer, dans les formes, sur de vieux héros ampoulés. Le peuple qui a crié plus de privilèges, plus de Bastille , criera plus iX unités , plus à'Jristote y et les jeunes novateurs lui offriront sur nos théâtres , au milieu des convulsions de l'Académie, des catastrophes récentes ou contemporaines , dans lesquelles le crime et la vertu parleront le langage de la nature et de la vérité. Ce besoin d'innover, d'une part, et d'applaudir, de l'autre, est en ce moment si universellement senti , qu'un théâtre national et romantique , s'il surgissait tout-à-^ coup , porterait un coup mortel aux autres théâtres. Les Martyrs deSouli, que M. Lemercier vient de livrer à l'impression, tragédie écrite d'après les idées nouvelles , relèverait infailliblement de leurs ruines les deux théâtres français. En vain objecterait-on que , les entraves une fois ôtées , les auteurs dramatiques se jetteraient dans d'horribles écarts ; eh le public ne serait-il pas toujours là pour faire justice de ces écarts ? Les mêmes sifflets qui s'acharnent si souvent et depuis si long-temps contre des tragédies bien classiques, ne puniraient-ils pas aussi l'auteur extravagant qui

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aurait abusé de sa mission? Il y aurait toujours les mêmes ëlémens de chute et de succès , et le public y gagnerait plus de jouissance.

On peut dire que cette révolution dramatique est depuis long-temps la pensée dominante de M. Lemercier ; fasse le ciel qu'il ne meure pas , comme Moïse , en vue de la terre promise ! Il semble qu'il n'ait fait son Agamern^ non que pour prouver à ses adversaires qu'il eut puj comme un autre, créer de bonnes tragédies grecques et romaines, si la mission spéciale de son génie ne l'eût appelé hors des sentiers battus. Voici ce qu'il écrivait en 1798 aux rédacteurs de la Décade philosophique :

« J'espère offrir bientôt au public une comé- » die achevée depuis un mois ; elle porte le titre » de Plnto. Mon soin, en la composant, a été )) de dépouiller une grande action de tout orne- » ment poétique qui la déguise , de présenter » des personnages parlant, agissant comme on )) le fait dans la vie , et de rejeter le prestige ^ » quelquefois infidèle , de la tragédie et des » vers. Heureux , après m'étre efforcé dans » Agamemnon à prouver mon respect pour les » lois de Melpomène , si je pouvais ouvrir une » route nouvelle au théâtre où Ion suit trop

» souvent les ornières des chemins battus. »

Louis Lemercier.

Pinto révéla à la France un genre dramatique tout nouveau ; cette comédie, si remarquable, si empreinte d'originalité , fut accueillie avec enthousiasme. Son succès aurait dû accélérer les progrès du genre ; mais les avocats du classique étaient alors si nombreux et si puissans que Pinto fut bientôt oublié. Sa réputation s'est pourtant toujours conservée dans la mémoire des gens de goût; on relit toujours avec admiration, puisqu'il n'est pas permis de la revoir, cette oeuvre de génie , où les événemens politiques les plus importans sont présentés sous un aspect comique , où chaque personnage parle le langage de sa situation , où le peuple joue un rôle , où les masses agissent , où une grande conspiration enfin se trame sans que les principaux héros dérobent aux spectateurs les acteurs d'un rang subalterne.

La tragédie à' A gamemnoii ^ qui avait fondé la réputation de M. Lemercier, avait été d'a«boid jouée en 1797; mais les événemens politiques de l'époque ne permettaient pas alors

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aux littérateurs et au public de juger du mérite d'une tragédie ; elle fut reprise quatre ans après, et cette reprise fut une vraie première représentation ; des critiques acerbes attaquèrent jàgamemnoriy de grands éloges y répondirent. On reprochait a M. Lemercier d^avoir construit le plan de sa tragédie sur une intrigue dégoûtante de débauche , et d'avoir gâté Alfiéri en le copiant. On censurait même la poésie 5 qu'on trouvait en général barbare et rocailleuse. Le temps a fait justice de ces critiques; Agamemnon est resté comme un modèle d'imitation de la simplicité grecque. L'intrigue horrible d'Egisthe et de Clytemnestre , parfaitement conduite , amène naturellement la catastrophe du dénoûment. Le rôle de Cassandre est une belle création; les critiques dont nous avons parlé prétendaient que cette Cassandre était ridicule avec ses prédictions , qui ne trouvaient que des incrédules ; mais il nous semble que c'était le sort de la malheureuse Cassandre , telle que l'antiquité nous Fa donnée, de faire des prédictions et de ne rencontrer Jamais que des esprits sourds.

Nuiiquàm crédita Teucris.

M. Lemercier n'a jamais mieux fait a^u! Agamemnon; c'est, de ses tragédies, la seule qui soit restée au théâtre et qu'on y applaudit fort souvent. Il faut, à M. Lemercier, une école et un théâtre nouveau; son génie est trop à l'étroit dans l'école ancienne. Sans cesse tourmenté par le besoin d'innover, et de faire du beau et du vrai , il a pris , dans les Annales modernes , un magnifique sujet de tragédie , les Martyrs de Souli ; cette tragédie n a pu être représentée, mais elle a obtenu, à la lecture , un succès de vogue. M. Lemercier s'y est élevé à une immense hauteur de philosophie et de talent ; la poésie en est naturelle sans être triviale ; les caractères principaux en sont largement tracés; le rôle tout nouveau de Cristol^ colonel nègre, qui parle créole, a paru bizarre à quelques gens trop délicats ; mais les gens raisonnables conviendront qu'un créole ne peut parler que le langage de son pays , et qu'il aurait été ridicule de le faire parler autrement. Faisons des vœux pour qu'un pareil ouvrage soit représenté sur la première scène française.

Un» événement malheureux a failli dernièrement enlever M. Lemercier aux lettres et a

l'amitié ; les suites n'en ont pas été fâcheuses , et la France n'a pas eu à déplorer la perte d'un homme qui unit le plus beau talent au plus noble caractère.

Voici la note de ses principaux ouvrages : r. Méléagre y tragédie, 1788; i"" . Los^elace ^ comédie, 1792; 3**. le Lévite cfEphraïmy tragédie, 1795; 4°' ^^ Tartufe Révolutionnaire j comédie, 1795; 5°. Agamemnon, tragédie, 1797; 6°. Ophis y tragédie, 1799; 7°. les Quatre MétamorphoseSy^o'éme^iSoO'j ^\Pinto, comédie en prose, 1801; 9\ Homère et Alexandre y poëme, 1801 ; lo''. les Troi^ Fanatiques y poëme, 1801 ; W.IsmdilauDé^ sert y ou V Origine du Peuple Arabe , scène orientale, 1802; 12°. Un de mes Songes, ou Quelques vers sur Paris , 1802 ; I3^ Isule et Orovèse, tragédie, i8o3; i4°. Hérologue , ou Chants du poète-roi et F Homme renouvelé , récit moral en vers ; 1 5°. Traduction des Vers dorés de Pithagore et de deuoc Idylles de Théocrite y 1806; 16". Èpitre à Talma, 1807; 17°. Essais poétiques sur la Théorie newtonienne , 1808; 18°. Plante y ou la Comédie latine , comédie, 1808; I9\ Baudoin, empereur, tragédie, 1808; 20". Cristophe-Colomb , comédie

historique en vers, 1809; 21°. Ode sur le doute des vrais philosophes à qui les faux zelés imputent V athéisme , i8i3 ; 22°. Epitre à Bonaparte sur le bruit répandu qiCil projetait décrire des Commentaires historiques, i8i4; 23°. Epitre à Bonaparte sur le bonheur de la vertu, i8i4; -4°» Réflexions d'un Français sur une partie factieuse de V armée française , i8i5 ; 25°. Charlemagne , tragédie , 1816 ; 26°. le Frère et la Sœur jumeaux , comédie, 1816; 27". le Faux Bonhomme, comédie, 1817 ; 28*. la Panhjpocrisiade , poëme , 1817 ; 29°. le Complot domestique , ou le Maniaque mpposé, comédie, 1817; 3o°. Cours analj-tique de littérature générale, tel qu!il a été professé à V Athénée, 3 vol. in-8°. , 18 17; 3i**. Saint- Louis ^ tragédie, 1819 ; 32**. la Démence de Charles VI , tragédie , 1820 ; 33°. Frédégonde et Brunéhaut , tragédie, 1821 ; 34". le Corrupteur, comédie, 1822; 35°. les Voyages de Scarmentado , comédie en quatre actes ; 36°. les Martyrs de Souliy tragédie, 1825 ; 87°. Camille, ou Rome sau-vée, 1825.

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(pierre-édouard), Né à Lyon, le i4 Janvier 1762.

Soyez-vous ù vous-même un sévère censeur.

(FOURITEL.)

A l'époque de notre révolution il débuta dans la carrière des publicistes par un écrit intitulé : Examen impartial des réflexions sur la question de savoir si les protestans peuvent être électeurs ou éligibles pour les États-Généraux, 11 publia à la même époque une brochure sous le titre de : Quelques demandes pour les campagnes ; et Tannée suivante : Ses Réflexions sur les devoirs des conseils des accusés y et ses Avis aux électeurs sur le choix

des juges.

Dans ce premier période de notre histoire , si chargé d'événemens , M. Lémontey fut appelé successivement à différentes fonctions publiques ; lors de la formation des municipalités il fut nommé substitut du procureur de

la commune de Lyon^ puis député du département du Rhône à l'Assemblée législative , où il se fît remarquer par une sage modération. En 93, il se réfugia quelque temps dans les cantons suisses, et rentra eu France au commencement de 1795 ; il remplit à cette époque diverses missions pour la ville de Lyon , et fut administrateur du district de cette ville.

Ici finit la vie politique de M. Lémontey, et commence l'ère de son histoire littéraire.

En 1798, il donna l'opéra de Palma , ou le vojage en Grèce , et quelque temps après celui de Romagnesi ^ qui obtinrent quelque succès. En 1801, il signala assez heureusement les ridicules de l'époque dans un recueil d'opuscules qui a pour titre : Raison, folie ^ chacun son mot^ petit cours de morale mis à la portée des vieux enfans ; et l'année suivante il donna : les Observateurs de la femme , mélange heureux de gaîté et de philosophie.

En 1804, M. Lémontey fut un des trois hommes de lettres choisis par le Gouvernement pour la censure des pièces de théâtre ; ces fonctions délicates lui furent confiées conjointement avec MM. Lacretelle jeune et Desfaucheretz. Aussi crut-il devoir marquer sa

2oA LÉMONTEY.

reconnaissance au chef de la nation , dans le roman la Famille du Jura, ou irons-nous à Paris ? ouvrage qui parut à l'occasion du couronnement de Napoléon , et cpi eut un succès de circonstance.

Non content d'avoir employé la vUe prose pour exprimer sa gratitude , le panégyriste voulut donner plus de grâce à ses hommages , en mêlant de prose et de vers un poëme héroïcomique, qu'il composa sur la naissance du roi de Rome, sous le titre de Thibaut, ou la naissance (Tun comte de Champagne.

Lors du rétablissement de l'ordre des avocats, M. Lémontey fut écrit sur le tableau, et devint conseil de l'administration des droits réunis. En i8i4, le roi le créa membre de la Légion-d'Honneur. Lors de la suppression de la place de directeur général de la librairie , il remplit provisoirement l'emploi de chef de cette partie pendant un an. Après le retour de Napoléon en i8i5, Fouché, redevenu ministre de la police , appela M. Lémontey à son ancien emploi de chef de bureau de la police littéraire , qu'il perdit en 1816, sous le ministère de M. Decazes. Ce ministre cependant le créa un des examinateurs des ouvrages dra-

matiques; et même, jusqu'à ce jour, M. Lémontey s'est maintenu dans ces pénibles fonctions.

L'exercice de cette profession, et le titre d'académicien obtenu en 1819, ne l'ont pas empêché de poursuivre sa carrière littéraire ; en 18 18 parut son Essai sur rétablissement monarchique de Louis XIF ; cet essai est précédé de plus de mille articles que M"^'. de Genlis avait omis dans son édition des Mémoires de Dangeau. M. Lémontey a fait les fonds d'un prix de poésie, décerné par l'Académie française, sur les avantages de V Enseignement mutuel. Dans son opuscule des Trois Visites de M. Bruno ^ il seconda parfaitement l'institution des caisses d'épargne. Il a encore fait imprimer une relation de la Peste de Marseille , et récemment une Etude littéraire sur la partie historique du roman de Paul et Virginie. Enfin on annonce de ce littérateur une Histoire critique de France, dont plusieurs fragmens ont été lus à l'Académie dans des séances particulières.

^HARPAGON DE L'JNSTITUT,

Lémontey, patron des musards,

Pousse si loin l'économie,

Qu'il passe sous le pont des Arts

Pour aller à l'Académie ;

Auprès de lui cet Harpagon

Dont Molière nous peint l'histoire ,

Serait, comme on peut bien le croire^

Un enfant prodigue second.

Notre censeur a dans la tète

Mille bons tours de son métier

Pour déjeuner à la fourchette

Sans payer la carte à payer.

Pour s'asseoir gratis à son aise ,

Et savourer un long journal

En se balançant sur sa chaise ,

Aux gazons du Palais-Royal.

11 a de plus , chose sacrée ,

Dans une chambre délabrée

Un calendrier manuscrit ,

Sur le fronton duquel on lit :

Un dîner gratuit par journée.

L'auteur de qui j'emprunte ce portrait, Homme de sens et d'un esprit critique,

Couronne, par un dernier trait ^

Cette notice domestique.

Un soir Lémontey, dans son lit ,

Discutait avec un confrère ;

Au lecteur il n'importe guère

D'apprendre le but du conflit.

* — Oui , cet entêtement m'offense ,

Disait le censeur indigné ,

Avec nous , dans cette séance ,

tÉMONTEY.

Monsieur, vous n'avez pas signé.

— Votre mémoire est endormie.

Dit l'autre , et votre esprit se perd , Je signai sur votre habit vert Quand il nous servait cet hiver De tapi6 à TAcadémie.

( Les Biocraphto. )

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