‹ Biographie des quarante de l'Académie Française [microform]Chapitre 26 sur 32 · L]&YIS · texte numérisé non relu

L]&YIS

M. de Lévis crut devoir quitter la France après l'époque du lo août ; il se rendit à l'armée des princes où il servit comme simple soldat, et reçut une blessure à l'expédition de Quiberon. Depuis il se retira en Angleterre , et ne rentra en France qu'après le i8 brumaire. A cette époque il se distingua peu comme homme public , et s'adonna plus à la culture des lettres qu'à la science du gouvernement ; néanmoins il ûit promu, en i8i4, à la dignité de pair , et devint successivement président et secrétaire des divers bureaux de la Chambre. Ce fut lui qui fut chargé du rapport du projet de loi qui fixait la liste civile ; projet qui, sur sa proposition, fut adopté, sauf quelques légères modifications.

En i8i5 , M. de Lévis présida le collège électoral du Pas-de-Calais. En 1816, il prit part à la discussion sur le budjet de cette année, et émit dans ses discours les principes qu'il développa bientôt après dans son ouvrage des Considérations morales sur les finances ; matières arides, mais que l'auteur a su rendre intéressantes en y mêlant des vues de Tordre^ le plus élevé.

Le 19 septembre, il présida la Commission

232 ' LÉvrs.

chargée d'examiner l'opération des rentes confiées au sieur Ouvrard, et qui conclut au maintien intégral des traités faits par ce fournisseur avec l'ancien Gouvernement.

Depuis cette année , M. le duc de Lévis a pris part à tous les objets d'intérêt général , tels que les finances , le budjet , le crédit public. Lorsqu'il fut question de modifier l'article 35 1 du code d'instruction criminelle , un membre ayant dit qu'il valait mieux conserver un abus en totalité que de le réformer partiellement, M. de Lévis réfuta cette étrange assertion, et le fit avec autant de force que d'urbanité.

On a remarqué que lorsqu'il s'agit d'ouvrir un crédit aux ministres ou de voter sur les budjets , le noble pair se prononce ordinairement pour le ministère.

Les études littéraires de M. de Lévis n'ont pas été infructueuses , et l'ordonnance du 21 mars i8i6 ne fut pas son unique titre à son entrée à l'Institut. Il avait déjà publié , lors de son séjour en Angleterre , une Oraison funèbre de Louis XVI et de la reine Marie- Antoinette , et s'était fait plus avantageusement connaître en i8i;), par son livre des Souve-

EÉVIS; i33

nirs et portraits, ouvrag« dont la lecture est infiiiiment piquante, à cause des renseignemens curieux qu'il contient sur le règne de Louis XIV et celui de son successeur ; détails que l'auteur devait à ses anciennes liaisons avec le vieux maréchal de Richelieu, qui avait tant vécu sous trois règnes , et qui, mieux que tout autre, pouvait fournir un inépuisable recueil d'anecdotes.

En i8o8 , il avait déjà publié ses Maximes et réflexions sur différens sujets, les Voyages de Kanghi ou nouvelles lettres chinois ses; en i8i2, et la même année la Suite des quatre Fracardins et de Zénéide ; en i8i3 une Notice sur Senac de Meilhan ( à la tête de l'édition des Portraits et caractères) ; l'année suivante, Y Angleterre au commencement du ige. siècle^ et en i8i6, les Considérations morales sur les finances , ouvrage que nous avons déjà apprécié.

Enfin M. le duc de Lévis a voulu prouver l'extrême flexibilité de son talent en s'essayanl dans tous les genres ; il a tenté de s'élever juscpi'à la tragédie ; il existe de lui un ouvrage dramatique sur la mort de Henri IV^ qui n'a jamais été représenté, et sur lequel

234 tÉvis.

nous ne pouvons établir aucun jugements te 29 novembre 18 17 , lors de l'agrégation à r Académie de MM. Laya et Roger, ce fat M. le duc de Lévis, en qualité de directeur, qui fat ebai'gé de les complimenter ; le caractère du premier offrait à l'orateur les plus heureux développemens. Aussi son discours produisit-il la plus vive sensation ; plusieurs fois il fat interrompu par les applaudissemens unanimes de l'Assemblée , et M. de Lalli-Tollendal dit en sortant : « M. de Lévis a » fait obtenir un bien honorable triomphe à » M. Laya. »

Venait ensuite le tour de M. Roger; le rôle du panégyriste devenait un peu plus difficile. M. Roger se présentait avec modestie , ou plutôt avec la plus juste confasion ; il n'avait à produire en sa faveur que sa comédie de Y Avocat y et certes cet avocat était bien faible pour plaider une pareille cause et justifier le triomphe de sa partie.

Aussi l'honorable président eut-il peu de titres à débrouiller , peu de pages à parcourir pour dérouler toute la vie académique du récipiendaire. Son éloquence dut se ressentir de la sécheresse du sujet. Il glissa légèrement

l'ÉVlS. 235

€t avec adresse sur le mérite du suppliant ; le congratula sur sa comédie de VJwcat, et sur ses autres écrits qu'il ne cita pas, peut-être faute de les connaître, et s'étendit longuement sur le mérite, les vertus et les talens du défunt Suard, à peu près comme Pindare se rejetait sur les louanges de Castor et de PoUux , lorsqu'il n'avait rien à dire de son héros.

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(joseph),

Né à Bourg-en-Biesse , en i 77 1 .

Escharpe au col, de sa (lame portoit , VaiQantement , lance au poing , prins champ-clos , De sa couleur, bien combactit le droict Et d'ennemi conquiert honneur et los.

f Ménwires de Sainte-Palaye.J

11 vint à Paris ^ a l'âge de vingt ans , et s'y fit connaître par plusieurs articles de journaux courageusement écrits. Royaliste par conviction, il témoigna ses opinions si hautement, qu'il fut arrêté en 1795 , à Chartres , par les ordres de Bourdon de FOise. Accusé de provoquer à la révolte et de travailler au rétablissement de la royauté, il fut condamné à mort par une commission militaire , et ne dut son salut qu'au

zèle de M. Giguet, son compatriote et son ami. Ce jugement ayant été révoqué un an après , M. Michaud reparut sur la scène politique , plus ardent royaliste que jamais. Par une violente satire contre Chénier , il avait obtenu les suffrages d'un parti. La Quotidienne, dont il est le père , les lui conserva ; elle lui valut les honneurs de la proscription. Il attaquait, avec la dernière hardiesse , les actes du Gouvernement ; un nouveau jugement le déporta à la Guyane, en 1797.

M. Michaud parvint encore à se soustraire à ce jugement; il se réfugia dans les montagnes du Jura , où il composa son poëme : Le PHn-^ temps d'un Proscrit,

Lors de la solennelle et ridicule discussion des prix décennaux, le rapport de l'Institut portait, ou à peu près , que ce poète se rapprochait trop des sentimens qui tendent à proscrire. Le prévenu répondit dans le Journal de Paris 5 et dit entre autres choses : a La révolu- » tion est l'ouvrage de ceux qui l'ont défendue » et de ceux qui ont voulu la combattre ; nous » nous sommes tous trompés. Il est temps de » juger les hommes sur leurs actions et non ^> pas sur leurs idées politiques , par leur ca-

238 migitaud.

)) ractère et non par leurs opinions qui chan- » gent sans cesse. Ceux qui gémissent sur la » proscription ont-ils la pensée de la faire re- » naître? »

M. Michaud ne reparut en France que lorsque le calme et l'ordre eurent été rétablis. Sous le Gouvernement impérial , une police ombrageuse le soupçonna d'être chargé d'une correspondance entre Louis XVIII et son frère. Ses écrits cependant étaient loin d'accréditer ces soupçons. L'épithalame qu'il composa pour les noces de l'usurpateur et de l'usurpatrice dut servir à la fois à fortifier sa gloire poétique et à éloigner ces dangereuses imputations.

Le poète , appelant la Divinité au secours de Marie-Louise , s'écriait :

Dleu[]puissantî de Louise abrège la souffrance, N'interromps point le cours de nos jours fortunés , Veille sur tous les biens que tu nous as donnés ! Mais nos vœux sont remplis ! ô trop heureuse France ! Le bonheur qui t'attend ne coûte point de pleurs ; Et du deuil écartant les funèbres images , Ton jeune roi naîtra sous un ciel sans nuages , Comme naît un Ijeau jour dans la saison des fleurs.

M. Michaud reçut de TEmpereur deux gra-

MICHAUB. o3(|

tifications; l'année suivante, il fut nommé membre de l'Académie française ; après le retour des Bourbons , il devint censeur général des journaux , officier de la Légion-d'Honneur et lecteur du Roi ; pendant les cent jours , il alla chercher un asile dans le département de Saône-et-Loire ; et après le second retour du Roi , il fut élu membre de la Chambre des Députés par le département de l'Ain.

Le titre le plus glorieux dans la vie littéraire de M. Michaud, est Y Histoire des Croisades. Un de nos écrivains les plus distingués a dernièrement consacré un article à cet ouvrage si remarquable; ses appréciations sont si justes, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que de les reproduire ici.

« On a beaucoup disputé sur les causes et » les résultats de ces guerres saintes , connues )) sous le nom de croisades. L'école philosophi- » que du siècle dernier , jugeant la morklité )) intrinsèque de ces entreprises , les a con- » damnées comme le délire du plus absurde et » du plus désastreux fanatisme ; elle n'a vu » dans leurs résultats définitifs que la perte de » six millions d'hommes pour la chrétienté , » l'accroissement de la puissance papale et de

II''

2,Z|.o MICHAUD.

» Fopulence du clergé. Des écrivains de nos » jours sont ensuite venus y qui , dans leur em- )) pressement de réparation et de justice non )) dépourvu de faste , ont voulu faire honneur )) à des princes sans expérience politique et » sans lumières , de ce que l'Occident avait » trouvé de profitable , soit dans ses commu- >) nications avec l'Orient , soit dans les autres » impulsions que donna ce grand mouvement )) à la société civile en Europe : par exemple , » les barons croisés, ayant été forcés quelque- » fois d'aliéner leurs domaines et de vendre la » liberté à leurs serfs , afin de pourvoir aux » frais de leurs expéditions , on a vu dans le » déplacement de la propriété territoriale la » cause première de la naissance des communes )) et de la ruine de la féodalité. Cela pouvait » être contredit, car des villes libres existaient )) déjà en Italie et dans les pays du Nord avant )) les premières croisades : l'énergie seule de )) la nature humaine et le développement iné- » vitable du principe social avaient amené la » réaction des associations populaires contre » l'oppression de la féodalité dégénérée. Quoi )) qu'il en soit , les derniers écrivains dont nous » parlons ont traité de fort haut la philosophie

» étroite et toute voltairienne de leurs devan- )) ciers.

)) Sans se targuer de ce dogmatisme superbe,

» qui prétend porter dans l'appréciation des

» difficultés morales de l'histoire , l'inflexibilité

» et l'absolu des démonstrations mathémati-

» ques, M. Michaud, guidé par une impartia-

» lité véritablement philosophique, a marché

» entre les deux opinions, et s'est même affran-

» chi de toute influence qu'on aurait pu le sus-

» pecter de subir de bonne foi. II a très-bien

» compris et rfa pas hésité à dire que les croi-

» sades trouvaient dans Tenthousiasme reli-

» gieux et guerrier comme dans l'ignorance

» profonde et la misère excessive des temps

» qui les virent naître, leur explication suffi-

» santé , mais non leur justification.

j) Sans croire , dit-il , que les guerres saintes » aient fait tout le bien ou tout le mal qu'on )) leur attribue, il faut convenir qu'elles ont » été une source de pleurs pour les générations » qui les ont vues et qui y ont pris part. Mais >) comme les maux et les orages de la vie hu- » maine , qui rendent l'homme meilleur et ser- )î vent souvent aux progrès de sa raison, elles » ont hâté l'expérience des peuples , et l'on peut

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o/o MICHAUD.

» dire qu'après avoir ébranlé la société , elles » Font raffermie dans ses fondemens.

)) Il est juste de dire que le premier parmi » nous, M. Michaud, a eu le bonheur d'atta- » quer cette source féconde du moyen âge, » où une émulation si utile a depuis poussé )) des écrivains distingués. 11 n'a point attendu, » et notre littérature française lui a cette » grande obligation, que le romancier écossais » lui vint révéler tout ce que cette mine , trop » long-temps oubliée , renfermait de richesses )) poétiques et historiques ; aussi par droit de » premier occupant en a-t-il saisi le meilleur » filon : les croisades forment en effet la par- » tie à jamais la plus intéressante de l'histoire » des peuples du moyen âge. L'Europe, su- » perstitieuse, adolescente, y paraît toute en- » tière et avec une incroyable naïveté, dans » sa fougueuse énergie, dans son dévoiiment » chevaleresque et son mysticisme prodigieux, » dans tous les excès de ses passions, moins » réprimées qu'entretenues par des législations » demi-barbares. Les mœurs de ces fiers Occi- » dentaux , chez qui l'habitude du fer et des » combats redouble le sentiment d'une grande » puissance individuelle , brillent d'une singu-

MiCHAUD. 243

M lière originalité a côté des habitudes effémi-

» nées de ces Grecs corrompus et décomposés

» par une longue immersion dans les délices

)) de l'Asie. Cette audace brutale, qui saisit la

)) poignée du glaive à chaque difficulté de la vie,

» est en opposition avec la politesse astucieuse

» et méticuleuse de ces empereurs sophistes ,

» se déguisant le sentiment de leur faiblesse

» réelle sous le frivole orgueil d'une supério-

)) rite de culture intellectuelle qui leur est d'un

» si faible secours contre les libérateurs appe-

» lés par son imprudence. Ce contraste , fé-

» cond en effets dramatiques, est exprimé dans

» les tableaux de l'Histoire des croisades avec

» un frappant relief. »

Dans une narration si pleine de choses , il reste peu de place aux rétlexions; que si, par hasard, il en échappe a l'auteur, c'est toujours un trait heureux, vif ou profond, que le lecteur judicieux savoure et lui envie. Ainsi , veutil peindre les illusions de la vanité de l'empereur grec Alexis , en présence des libérateurs appelés par son imprudence chefs croisés : a II » s'occupa plus, dit-il, de leur montrer ses » trésors que ses armées ; dans les États en » décadence, il est assez ordinaire de prendre

ii'

'■vi

» la richesse pour la puissance, et le prince » croit toujours régner sur les coeurs tant qu il » lui reste de quoi les corrompre.

» C'est à une foule de traits pareils , non » moins qu'à l'esprit général du livre, que se » reconnaît l'indépendance philosophique d'un » esprit supérieur. Que l'historien des croisa- » des ne craigne pourtant pas que nous veuil- » lions ici, et en dépit de la Quotidienne, faire » de lui un écrivain presque libéral. Nous vou- » Ions seulement profiter de cette occasion » pour remarquer combien les opinions pra- » tiques et de position exercent peu d'empire » sur les spéculations intellectuelles chez les » hommes d'une certaine portée. Lorsqu'on » écrit pour la postérité avec des talens dignes » d'elle, on ose se dépouiller hardiment des )) idées qu'on sait bien qu'elle réprouvera. » Ainsi les lumières de la raison finissent par » l'emporter, pourvu que le sentiment de la » gloire s'en mêle. Sans doute cela est très- » heureux : mais combien serait-il plus satis- » faisant encore que l'apparence même de cette » lutte intérieure n'existât jamais, et qu'il y » eût toujours un parfait accord entre les opi- )) nions et les intérêts chez ceux dont les écrits ,

» marqués du sceau de la durée, doivent vi- » vre , plaire et éclairer ! »

Outre son excellente histoire des Croisades, M. Michaud a publié une histoire de la chute de V empire de Mjsore ^ ouvrage moins fait pour piquer la curiosité que le premier , mais dans lequel l'auteur a fait encore preuve d'un talent très-remarquable. Son poëme, le Printemps d'un proscrit^ a obtenu dans le temps un succès prodigieux; on y trouve plusieurs morceaux d'une versification ferme et brillante , mais le ton général est trop empreint de la couleur de Tépoque, et l'on y rencontre trop souvent ces descriptions de détail qui appartiennent à l'école de Delille , et dont l'abus a jeté tant de fadeur sur la poésie au commencement de ce siècle. Il n'est pas rare de trouver dans ce poëme des vers tels que ceux-ci :

Le soleil , élevant sa tète radieuse , *

Jette un regard d'amour sur la terre amoureuse.

M. Michaud est aujourd'hui le principal rédacteur de la Quotidienne , jonnrdl dont l'exagération politique est passée en proverbe, et qui se distingue toutefois par une grande franchise d'opinions, et une honorable indépendance.

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(françois-xavier-marie-antoine, abbé de),

Né en 1787, au château de Marsan , près Auch.

Monsieur l'abbé , vous n'ignorez de rien , Oncques ne vis mémoire si féconde.

J.-B. Rousseau.

Le jeune Montesquiou s'étant fait remarquer dès sa jeunesse par son caractère souple et adroit et ses dispositions à l'état ecclésiastique, embrassa cette carrière et devint «^ en 1785, agent général du clergé de France. Il donna, dans ces fonctions , des preuves d'un talent si distingué, qu'il fixa sur lui l'attention de son Ordre dont les suffrages le nommèrent député aux États-Généraux.

La souplesse du caractère de Tabbé de M on-

tesquiou se développa entièrement dans les débats de l'Assemblée constituante ; malgré son dévouement connu aux deux premiers ordres et à l'ancien état de choses , il défendit les privilèges de la noblesse et du clergé avec une modération qui est chez lui le fruit de l'adresse. Etranger aux bruyans débats qui, trop souvent, déshonoraient la gravité de la représentation nationale, il ne défendit jamais ses opinions par une discussion franche et ouverte, il préférait ménager les deux côtés de TAssemblée , et , par sa feinte modération , s'y faire des amis. On a voulu excuser son manège adroit en lui faisant une gloire de cette modération , tandis qu'on n'aurait dû y voir que les petits moyens et les subterfuges d'une tortueuse politique; et certes, Mirabeau, qui se connaissait en hommes , avait dévoilé le caractère astucieux du mielleux abbé, et portait un jugement bien vrai, lorsqu'il disait à ses collègues: « Méfiez-vous de ce petit serpent, il vous séduira. »

Il faut pourtant convenir que par quelques motifs que sa conduite fut dirigée , il sut s'acquérir, par son impartiale et habile présidence, l'estime de l'Assemblée et mériter deux fois des remercîmens d'autant plus précieux, qu'il

ne partagea cet honneur avec aucun des membres du clergé et de la noblesse , qui professaient les mêmes principes.

Par une suite de sa conduite ordinaire , l'abbé de Montesquiou refusa de se réunir à la majorité de l'Assemblée nationale , jusqu'à ce que l'ordre positif du Roi l'eût enjoint à la

minorité dont il faisait partie; et pourtant il avait déclaré , dans la chambre particulière du clergé, que <( son ordre regardait, non comme un sacrifice , mais comme un acte de justice , l'abandon de ses privilèges pécuniaires. »

Lorsque l'évêqUe d'Autun eut fait annuler, par l'Assemblée, tous les mandats impératifs , M. de Montesquiou se crut délié comme les autres députés^ et déclara que son intention était de prendre part aux délibérations. Il s'opposa ensuite à la vente des biens du clergé, que peu de jours auparavant il avait regardée comme U7i acte de justice; il combattit la proposition de créer des assignats comme devant amener nécessairement la vente des biens de l'Eglise , et soutint qu'elle était véritable propriétaire des biens que la nation voulait reprendre , défiant Mirabeau de prouver que ces biens eussent jamais été aliénés ; Mirabeau

MONTESQUIOU. -jIlÇï

accepta le défi et réfuta l'orateur du clergé. Cependant, par une étonnante singularité, l'Assemblée nomma le défenseur du clergé 1 adversaire de la loi proposée , un des douze commissaires chargés de l'aliénation des domaines ecclésiastiques, et M. de Montesquiou accepta et remplit même sa mission avec la plus scrupuleuse fidélité. ,

Sa seconde présidence fut marquée par un événement qui lui attira l'animadversion de la plupart de ceux qui professaient les principes politiques pour lesquels il s'était plusieurs fois prononcé. La chambre des vacations du parlement de Bretagne ayant résisté aux ordres de l'Assemblée constituante, fut mandée à la barre, et M. de Montesquiou adressa le discours suivant à son président, M. de la Houssaye.

« L'Assemblée nationale a ordonné à tous les tribunaux du royaume , de transcrire sur leurs registres, sans retard ni sans remontrances, toutes les lois qui leur seraient adressées ; cependant vous avez osé refuser l'enregistrement du décret qui prolonge les vacances de votre parlement. L'Assemblée nationale étonnée de ce refus , vous a mandé pour en

25o MONTESQUIOU.

savoir les motifs. Comment les lois se trou- . vent-elles arrêtées ? Comment des magistrats ont-ils pu jamais cesser de donner l'exemple de l'obéissance ? Parlez , l'Assemblée nationale , juste dans ses moindres détails comme sur les grands objets, veut vous entendre, et si la présence du Corps législateur vous rappelle l'inflexibilité de ses principes , n'oubliez pas que vous paraissez aussi devant les pères de la patrie, toujours heureux de pouvoir excuser ses enfans. »

Lorsque M. de la Houssaye eut essayé de balbutier une réponse et des excuses , M. de Montesquiou lui répondit sèchement qu'il pouvait se retirer. On lui reprocha, dans cette circonstance , d'être sorti de la ligne moyenne qu'il s'était tracée, et surtout d'avoir agi et parlé contre ses opinions et contre sa conscience.

Il se réconcilia pourtant avec son parti lors de la discussion sur la suppression des monastères ; il soutint alors , contre l'opinion de la majorité, que l'Assemblée n'avait pas le droit de dispenser les religieux de leurs vœux, et de les faire sortir de leurs monastères. Il émit, peu de temps après, ce principe d'une ridi-

cule fausseté , que le décret qui supprimait les dîmes et mettait au rang des dépenses publiques l'entretien des ministres des cultes , était destructif de la religion.

Il demanda aussi un traitement pour les jésuites, pour lesquels il a toujours conservé une grande affection ; mais , par un effet de la fluctuation naturelle de son esprit, lorsque les évéques et les députés ecclésiastiques délibérèrent entre eux si le serment d'obéissance à la constitution civile du clergé pouvait être prêté, il se prononça pour l'affirmative, quoique ensuite il se soumît à l'opinion contraire que M. de Bonald , évêque de Clermont, était parvenu à faire adopter.

Ce fut alors que , dans la séance du 27 novembre 1790, l'une des plus orageuses de l'Assemblée , il demanda que le Roi écrivît au Pape pour avoir sa sanction à la constitution civile du clergé. Cette proposition, attentatoire h la dignité de la couronne et à la liberté de l'Église gallicane , fut rejetée après les débats les plus violens.

• La dernière occasion dans laquelle l'abbé de Montesquiou se distingua, fut la fanicuse discussion du droit de faire la guerre et la paix ;

25li MONTESQUIOU.

il soutint que ce droit devait appartenir exclusivement au Roi j mais en réservant toutefois a l'Assemblée le droit de ratification. Dès lors, il se contenta de voter constamment avec le côté droit et resta dans le silence jusqu'à la fin de la session. Il signa la protestation du 12 septembre 1791 , et resta à Paris pendant le cours de la session législative , occupé d'intrigues politiques avec la cour.

Après les événemens du 10 août, il quitta la France et se retira en Angleterre ; en l'an 11 (1794), le tribunal révolutionnaire de Paris le condamna à mort par contumace.

Rentré dans sa patrie , après le 9 thermidor, il ne cessa d'y travailler dans l'intérêt de la maison de Bourbon , sous le Directoire et sous le Consulat.

Ce fut sous ce dernier gouvernement que Tabbé de Montesquiou fut chargé par Louis XVill de remettre au premier consul cette lettre, depuis devenue célèbre, dans laquelle ce prince parlait au conquérant couvert de puissance et de gloire, des dangers de l'usurpation et des avantages de la légitimité. Cette lettre fut remise au premier consul par Lebrun, lequel la tenait de l'abbé de Montesquiou , agent

secret du prince, à Paris. Cette lettre, extrêmement soignée, disait: u Vous tardez beau- )) coup à me rendre mon trône ; il est à craindre )) que vous ne laissiez écouler des momens bien » favorables. Vous ne pouvez pas faire le bon- » heur de la France sans moi , et moi je ne puis » rien pour la France sans vous ; hâtez-vous » donc, et désignez vous-même toutes les » places qui vous plairont pour vos amis. »

Napoléon ayant reçu cette missive accompagnée d'une lettre d'envoi de l'abbé, lui fit remettre sa réponse sans lui témoigner aucun mécontentement. Elle était ainsi conçue: « J'ai reçu » la lettre de votre Altesse royale; j'ai toujours » pris un vif intérêt à ses malheurs et à ceux » de sa famille. Elle ne doit pas songer à se pré- » senter en France , elle n'y parviendrait que » sur cent mille cadavres; du reste, je m'em- )) presserai toujours à faire tout ce qui pour- » rait adoucir ses destinées et lui faire oubher )) ses malheurs. »

D'autres communications s'ensuivirdht même , et M. l'abbé de Montesquiou resta paisiblement a Paris, occupé de ses infructueuses négociations.

Ce ne fut qu'après la réponse de Louis XVIII

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à la demande que Napoléon lui avait faite de renoncer à tous ses droits à la couronne de France, que la police , justement effrayée de la foule toujours croissante des agens de conspiration , prit des mesures de sûreté, et entre autres , celle d'exiler M. de Montesquieu k Manton (Alpes-Maritimes), d'autres disent k Nîmes; l'exilé répondit qu'il n'avait aucun moyen d'existence dans ces lieux éloignés, et la généreuse bonté du premier consul le laissa à Paris. On aurait pu lui demander cependant si ses moyens d'existence dans la capitale n'étaient pas le prix de ses intrigues politiques.

Le voile de l'obscurité couvre l'abbé de Montesquieu jusques au mois d'avril i8l4, où il fut nommé membre du Gouvernement provisoire ; puis , choisi par Louis XVIIl pour la confection du grand oeuvre politique , il fut un des rédacteurs^de la Charte : on prétend même qu'elle est presque en entier son ouvrage.

En recompense de ses travaux, M. de Montesquieu obtint le ministère de l'intérieur. 11 suivit, dans son administration, ces principes indécis, cette marche tortueuse , qui le distinguèrent toujours ; aussi recueillit-il les repro-

ches et les haines des deux partis ; les royalistes lui reprochaient sa préférence pour ceux qu'ils appelaient révolutionnaires , dans la distribution des places, charges et des honneurs; les libéraux, au contraire, étaient alarmés de la marche rapide que prenait le Gouvernement vers les principes et les choses de l'ancien régime. L'abbé-ministre répondit aux royalistes mécontens , que « le Roi ne connaissait point de révolutionnaires , qu'il ne venait pas pour punir la révolution, mais pour la faire oublier; que d'ailleurs l'oisiveté avait épuisé les forces de l'ancien régime, et que le Gouvernement ne pouvait confier des places à des hommes vieillis et devenus étrangers aux affaires. »

11 ne répondit rien aux plaintes des libéraux; mais le débarquement de Napoléon , sa marche triomphante et son entrée aux Tuileries furent la meilleure preuve des nombreuses fautes du ministre qui, pourtant, venait de faire h Ja Chambre un rapport satisfaisant sur l'état de la France. On a justement accusé M. de Montesquieu d'avoir préparé les cent jours par son intolérance et par sa haine pour tous les principes et toutes les institutions créées par la révolution. .

M. de Montesquieu quitta de nouveau la France lors du retour de Napoléon ; mais ne pouvant suivre le Roi à Gand , il passa en Angleterre , d'où il revint après la seconde restauration. C'est alors qu'un refus bien extraordinaire dans les régions ministérielles honora M. de Montesquiou. Malgré la médiocrité de sa fortune (cinquante mille francs de rente) il refusa l'indemnité de cent mille francs accordée aux ministres par la libéralité de

Louis XVIII.

Il fut , en 1816 , élevé à la dignité de pair , et conserva le titre de ministre d'État avec vingt mille francs d'appointement. On a observé qu'il a gardé une telle affection pour le ministère , qu'il n'a cessé de voter depuis avec les ministres.

En 1817 1 dans la discussion relative à la liberté des journaux , l'abbé de Montesquiou oublia complètement qu'il avait fait, en 18 15, un éloquent éloge de la liberté de la presse. A la vérité , lors même de cette discussion , en 181 5, le ministre, après avoir dit que la liberté de la presse était le bien le plus précieux pour le peuple et pour le souverain , que le Roi n'en avait pas moins besoin que ses su-

MONTKSQUIOi;. ^St

jets , cette liberté étant le moyen le plus sûr de faire arriver la vérité jusqu'au trône , le ministre, disons-nous, n'en proposa pas moins une loi qui n'accordait qu'aux écrits de trente feuilles et au-dessus , cette liberté dont il v«nait de faire un si pompeux éloge.

M. l'abbé de Montesquiou est encore un de ces académiciens qui ont été jetés sur le noble fauteuil par l'ordonnance que nous sommes, malheureusement pour l'Académie , si souvent contraints de citer. Quant à ses titres, indépendamment de la volonté ministérielle , nous n'avons pu découvrir qu'un léger ouvrage du noble pair, et encore n'oserions-nous assurer qu'il est de lui ; car le docte M. Barbier, le dénicheur d'anonymes , est encore indécis sur ce point ; on lui attribue donc V Adresse aux provinces ou examen des opérations de rassemblée nationale, 1789.

Tel serait, s'il faut en croire pourtant la voix publique , son unique bagage , à moins qu'on ne voulût considérer la. Charte comme un oeuvre académique.

Ses talens, comme orateur, se ressentent de la souplesse et des défauts de son caractère ; il ne frappe pas, il ne foudroie pas ses adver-

ly

saires , il cherche à les séduire et à les enlacer ; chez lui, point de discussion forte et énergique, aucun de ces élans du génie qui enlèvent et transportent ; c'est , comme a dit Mirabeau , un serpent qui rampe tout autour du cœur jusqu'à ce qu'il en ait trouvé la porte.

On a dit , depuis une élection académique qui a causé bien du scandale dans la paisible république des lettres , que les talens oratoires étaient aussi des titres à l'Académie, et que l'éloquence de la tribune , cette brillante partie de la littérature , méritait d'être aussi représentée à l'aréopage d'outre-Seine ; en admettant même cette assertion , nous ne craindrions pas encore de dire que M. de Montesquiou qui , comme on vient de le voir , n'a guère d'autre titre que ses discours, est un bien faible représentant de cette littérature délibérative, et qu'il est à peu près digne de s'asseoir dans le voisinage de ses nobles confrères, MM. Villar et d'Aguesseau.

M/Vt«M««««

(MATHIEU -JEAN -FÉLICITÉ, de Montmor

Laval, duc de).

Né à Paris, le lo Juillet 1766.

ency-

Je chante ce baron qui , par droit de naissance Sas.., dans un fauteuil, à l'Institut de France Ou léquitable Auger lui livra de sa main '

« est vra. qu'autrefois les Courriers les ri^.. 11 D'emblèmes différens ont chargé cet' écu '

Tantôt pour célébrer le mécrcaL vleu ' Un & "' '"' '^"' "^'"P' ^" «ig"e de vaillance 1 antot ,1s y gravaient , en pèlerins pieux &e7f:f -, "'^"^ «^""'"-^ -^ -^nt» «eu,.

uegans/r<,„c-,«„mer*, «« <<« riches bonlu,^, '

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Parfois, ont var.é leur antique écusson-

La c;„ w Tt 1 V ' 'ï'"'»"' '•""•«"""^ '^Sers emblèmes , Mmeats;„:tSr!r"*'-i"''-l-'"é™es..

T «o , ! *^couies , et 1 on contemnlp enrnr

r^es gueules de la cn,Cr au milieu du cLpZ'

Il puisa, en Amérique, où il servait SOUS son père, ces principes généreux de liberté

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2gO MONTMORENCY.

qu'U manifesta plus tard dans l'Assemblée constituante , et qu'il a de nos jours si humblement et si solennellement abjurés. Nommé député aux États-Généraux par la noblesse du bailliage de Mont-Fort l'Amaury, il se réunit au tiers-état, vota constamment avec la majorité et se leva contre l'abbé Maury dans la fameuse séance du 19 juin 1790 , pour entraîner la déUbération de l'Assemblée plutôt par le prestige de son grand nom que par la force de son éloquence. On sait avec quelle vigueur l'abbé Maury défendit les droits de la noblesse , dans cette soirée où tous les titres nobiliaires furent abolis. «Je ne sais, Messieurs, dit » M. Montmorency en se levant , si c'est le talent n très-remarquable du préopinant , ou mon in- » fériorité , que je sens mieuxque tout autre , qui » m'empêche de songer à le réfuter ; mais il me » semble que j'ai un motifaussi vrai, plus étendu » et plus déterminant dans mon profond respect » pour l'Assemblée nationale , pour cette décla- » ration des droits qui l'a tant honorée , et qui , )) malgré toute l'éloquence de M. l'abbé Maury, » efface de notre code constitutionnel toute ins- ), titution de noblesse. C'est l'ardeur avec la- )) quelle je m'associerai toujours à ces grands

MONTMORENCY. ofil

» et éternels principes qu'elle n'a cessé de pro- « fesser, de consacrer, et de propager par ses » exemples et par ses décrets ; je me bornera )> à une chose plus simple et plus utile que de >. réfuter M. l'abbé Maury. Je lui fournirai au » contraire une nouvelle proposition à réfuter- » je ne suis pas bien sûr qu'elle ait échappé à » la justice des préopinans ; car lorsqu'un pareil « sujet a été traité pendant quelques instans ') dans une assemblée telle que l'Assemblée nan tionale, celui qui a eu le malheur d'y être arrivé «quelques minutes trop tard, doit craindre » de trouver le champ complètement mois- » sonné. Si la vaine ostentation des livrées "a excité le zèle d'un des préopinans , je de- » mande que dans ce jour de l'anéantissement «général des distinctions anti-sociales, qui, )) quelque vaines , quelque puériles qu'elles « puissent être, contrarient vos principes, l'As- » semblée n'épargne pas une des marques qui » rappellent le plus le système féodal , et l'esprit «chevaleresque; que toutes les armes et ar- ;. moiries soient abolies ; que tous les Français » ne portent plus désormais que les mêmes en- « se.gnes, celles de la liberté, lesquelles désor- » niajs sont fondues avec celles de la France. «

2(jO MONTMORENCY.

qu'il manifesta plus tard dans l'Assemblée constituante , et qu'il a de nos jours si humblement et si solennellement abjurés. Nommé député aux États-Généraux par la noblesse du bailliage de Mont-Fort l'Amaury, il se réunit au tiers-état , vota constamment avec la majorité et se leva contre l'abbé Maury dans la fameuse séance du 19 juin 1790 , pour entraîner la délibération de l'Assemblée plutôt par le prestige de son grand nom que par la force de son éloquence. On sait avec quelle vigueur l'abbé Maury défendit les droits de la noblesse , dans cette soirée où tous les titres nobUiaires furent abolis. «Je ne sais, Messieurs, dit » M. Montmorency en se levant , si c'est le talent » très-remarquable du préopinant, ou mon in- .. fériorité , que je sens mieux que tout autre , qui » m'empêche de songer à le réfuter; mais il me » semble que j'ai un motifaussi vrai, plus étendu » et plus déterminant dans mon profond respect )) pour l'Assemblée nationale , pour cette décla- » ration des droits qui l'a tant honorée , et qui , » malgré toute l'éloquence de M. l'abbé Maury, » efface de notre code constitutionnel toute ins- » titution de noblesse. C'est l'ardeur avec la- » quelle je m'associerai toujours à ces grands

» et éternels principes qu'elle n'a cessé de pro- » fesser, de consacrer, et de propager par ses » exemples et par ses décrets ; je me bornera » à une chose plus simple et plus utile que de « réfuter M. l'abbé Maury. Je lui fournirai au » contraire une nouvelle proposition à réfuter; )) je ne suis pas bien sûr qu'elle ait échappé à » la justice des préopinans ; car lorsqu'un pareil >> sujet a été traité pendant quelques instans )) dans une assemblée telle que l'Assemblée na- » tionale, celui qui a eu le malheur d'y être arrivé » quelques minutes trop tard , doit craindre ))de trouver le champ complètement mois- » sonné. Si la vaine ostentation des livrées >.a excité le zèle d'un des préopinans, je de- ') mande que dans ce jour de l'anéantissement » général des distinctions anti-sociales, qui, » quelque vaines , quelque puériles qu'elles' )) puissent être, contrarient vos principes, l'As- ') semblée n'épargne pas une des marques qui » rappellent le plus le système féodal , et l'esprit .) chevaleresque ; que toutes les armes et ar- » moiries soient abolies ; que tous les Français » ne portent plus désormais que les mêmes en- >> seignes, celles de lu liberté, lesquelles désor- » mais sont fondues avec celles de la France. »

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26li MONTMORENCY.

Il n'y a, comme on voit, dans ce discours, ni cette exaltation , ni cette fougue de jeunesse , qui sert le plus souvent d'excuse aux renégats politiques; tout y est calme, décent, mesuré, réfléchi. C'était un singulier spectacle de voir un prêtre roturier plaidant la cause de la noblesse , avec la chaleur d'un homme intéressé ; et le dernier fils du premier baron chrétien offrant en holocauste ses vieilles armoiries sur l'autel de la liberté ; M. Montmorency a touché dans sa vie aux deux horizons de la renommée ; il fut sublime alors , nous savons ce qu il a été

depuis.

Lorsque l'Assemblée constituante eut ter-r miné ses mémorables travaux, M. de Montmorency se rendit à l'armée de Luckner , où il servit en qualité d'aide-de-camp de ce maréchal. En 1793 , il quitta la France et se réfugia en Suisse. Madame de Staël lui offrit généreusement un asile h Coppet; et c'est alors que commença , entre l'illustre émigré et la femme célèbre , cette liaison intime qui survécut à tous les orages politiques. Après la chute de Robespierre , M. de Montmorency revint à Paris ; il y fut arrêté le 26 décembre 1795 et remis bientôt en liberté ; depuis cette époque

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jiisques à la chute de Napoléon, il ne prit aucune part aux affaires politiques , et vécut dans la retraite et l'oubli, mais quelquefois inquiété par une police ombrageuse à laquelle ses liaisons avec madame de Staël le rendaient suspect.

M, de Montmorency avait perdu son frère sur l'échafaud ; il avait subi lui-même des condamnations et beaucoup souffert sur une terrt étrangère ; c'était bien des raisons pour exciter en lui la haine des excès de la révolution ; mais une ame vraiment grande n'aurait pas sacrifié ses principes au souvenir de ces excès et de ses maux ; elle eût continué de rendre à la liberté ce culte pur qu'elle demande, comme une ame pieuse aime et adore la religion , en séparant sa cause de la cause des fanatiques qui ont ensanglanté la terre en son nom. Ce même M. de Montmorency , que nous avons vu naguère immolant ses titres et sa noblesse, reparut, en

1814, avec des phrases et des formes nouvelles. Appelé à la Chambre des Pairs, en

181 5, il ne parla que pour se combattre luimême; et devenu ministre, en 1822, il s'empressa de justifier sa conduite politique dans un discours sentimental, façon d'amende ho-

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norable qui, dans un siècle aussi éclairé et aussi positif que le nôtre , ne pouvait faire impression que sur des esprits faibles ou crédules. (( Ma carrière politique , disait-il , était » assez connue ; l'indulgence de mes amis ne » pouvait pas désarmer la sévérité des juges )) impartiaux ; d'anciennes et naturelles impres- » sions pouvaient n'être pas effacées. Eh bien ! » Messieurs , je trouvai dans mon Roi et dans » toute son auguste famille , une bonté inépuin sable, qui , je m'honore d'en être la preuve , » est toujours offerte à tous , et à laquelle ne » saurait jamais assez répondre le dévouement » de ma vie entière. »

Mais ce n'était là que la première partie de la pénitence imposée au tribunal de réconciliation ; M. de Montmorency s'acquitta de la seconde à Vérone. Dans ce congrès , où la civilisation européenne jeta le dernier cri d'alarme, on vit le vieux compagnon des Lafayette et des Mirabeau , rappelant toute la vigueur de son jeune âge , pour demander et signer des délibérations liberticides. C'est à M. de Montmorency que l'Espagne dut sa restauration ; en vain ses deux collègues, MM. de Villèle et Corbière, avaient-ils fait jouer tous les res-<.

MONTMORENCY. oQ^

de leur noble collègue : l'influence du ministre des affaires étrangères l'emporta, mais il ne jomt pas long-temp. de sa gloire. Par une de

seul possède le secret, il trouva sa destitution a son retour à Paris, et subit l'humiliation de

briand , lequel devait bientôt après succomber aussi sous M. de Villèle

Ainsi, M. de Montmorency ne parut au mi- TZlr ^""' ^'r ^ ^«^ ^-"nes passées ,

Vérone r T ^^"^l '^ '" ^^^^^'^^ ' ^ -*-* à Veion la chute des Cortès. On aurait dit cpie

de u le ir '"^ '.' ^-vernement exigeait

de lu , le noble ministre s'était abaissé mais

oi-acle evangélicfue ne s'accomplit pas ; CI

eCreTTr^''"'^^^-^'^-^^^^^ r^n y retomba dans la fosse qu'il s'était creu-

see lux-meme. Un bien faible dédommagement

zi T^ t 'r- ^"^ ^ ^*é offert ; :

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Tj ^ ^^ '^-^ ' il ne manquait plus à M de

h\J2T Z""' *=«'»Plète •• semi-répubhcam en 1789, marguiUier de paroisse sous

le Gouvernement impérial, jésuite en 1821 , restaurateur de l'Espagne en 1822, ministre disgracié , puis académicien ; abyssus abjrs^ sum avocat. On assure que le crédit de madame R....r a contribué à l'élection académique du noble duc. Telle a été la destinée du dernier rejeton de ces preux qui avaient rempli de leurs noms les castels , la Palestine et les grands chemins.

Cette Circé de l'abbaye-aux-bois , Beauté fantasque et fière châtelaine , Qui réduisit tant d'amans aux abois , Et qui depuis , amante de la croix , Pour sa patrone a choisi Magdeleine.

La R***r , puisqu'il faut par son nom Vous désigner la moderne Ninon , Disait un soir : Tout ce que chante Homère , Des compagnons d'U'ysse et de Circé, Paraît fort simple et ne m'étonne guère. Prodige égal de nos jours s'est passé ; Or , n'allez pas me traiter de Lamie ; Par mon pouvoir , sans bouger de mon val , Hier , j'ai fait de messire Laval Un membre de l'Académie.

(Les Biographes.)

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PARGEVAL-GRANDMAISON

(FRANÇOIS- auguste) ^ Né à Paiis, le 7 Mai 1759.

O imitatores , servum pecusf

(Hor.)

A la routine fidèle L'imitateur Parce val Prit Delille pour modèle j Jaloux d'être son rival.

Du reste , il crut la grammaire, Chose fort peu nécessaire Pour grimper au double mont; Car on retrouve en son style , Plus l'école de Delille, Que l'école de Lhomond.

( Les Biographes , Ode sur l'Académie. )

La vie de cet homme de lettres est extrêmement aventureuse ; il fit partie de l'expédition d'Egypte , devint membre de l'Institut du Caire, et l'on prétend que les événemens dont

il fut le héros auprès des Pyramides , appartiennent au genre héroï-comique.

Il est beaucoup plus connu par ses ouvrages inédits , que par ceux qu'il a publiés ; c'est-àdire que l'auteur des Amours épiques, d'un Dithyrambe à P occasion du mariage de Napoléon^ et d'un Chant héroïque, composé pour la naissance du roi de Rome , serait aujourd'hui tout-à-fait ignoré , si l'attention publique n'était quelquefois réveillée par les annonces de l'apparition d'un poëme épique sur Philippe- Auguste. Nous ignorons sous quelle constellation naîtra cet enfant désiré ; ce qu'il y a de certain, c'est que l'accouchement sera extrêmement laborieux , et qu'il n'aura pas lieu avant terme; ce qui ne l'empêchera peut-être pas de n'être qu'un avorton. L'Académie , plus heureuse que le public , a déjà goûté les prémices de ce chef-d'œuvre ; plusieurs fragmens en ont été lus en séance extraordmaire et à huis-clos. Il nous eût été bien doux, sans doute , d'analyser ici les exploits du héros de Bovines; mais il faut d'abord que M. Parceval se décide enfin à le livrer à nos observations , et qu'il fasse entendre la trompette d'Homère. En attendant que notre époque

PARCEVAL-GRANDMAISON. 26û

soit marquée par ce grand événement littéraire, nous sommes forcés de descendre jusqu'en Tannée 1804, et d'extraire de la poussière oublieuse , les parchemins académiques de M. Parceval de Grandmaison, c'est-à-dire ses Amours épiques.

Cet ouvrage est un composé d'épisodes tirés de poëmes épiques anciens et modernes ; ce n'est ni une traduction ni un ouvrage original ; c'est plutôt une imitation , c'est-à-dire une invention imparfaite , une version tronquée, un genre bâtard, où l'auteur admet à son choix ce qu'il peut rendre facilement dans son modèle , et rejette arbitrairement ce qui l'embarrasse pour y substituer des morceaux de sa création.

Le poète nous transporte dans les Champs- Elysées, et suppose que les plus célèbres des poètes épiques s'y trouvent réunis, et qu'ils répètent entre eux les mêmes chants qu'ils ont autrefois composés sur l'amour. Ils sont au nombre de six , et après que chacun d'eux a débité son épisode, on leur distribue les prix • l'auteur aurait dû nous dire quels furent les juges du concours ; ce fut sans doute M. Parceval-Grandmaison, mais cette circonstance

n'est pas marquée d'une manière précise ; il se contente de nous dire que ;

Pour honorer leurs ckefs-dœusfre suprêmes , U fut distribué de brillons diadèmes.

et que les auteurs

De ces vers divins , Sont par leur style pur de pîvfonds écrivains.

Voilà certainement une appréciation bien juste ; lorsque nous voudrons qualifier le talent de Rousseau et de Montesquieu, nous leur accorderons l'harmonie et la douceur du Tasse et de Virgile, puisque ceux-ci se distinguent par la profondeur.

Le collecteur d'épisodes a jugé convenable d'entourer ses principaux personnages de différens groupes composés de déesses ou d'héroïnes appartenant soit à l'ancienne mythologie, soit à celle des chrétiens. On y voit en même temps Hélène et Armide , Didon et Fleur-d'Épine , puis Circé et Calypso mêlées aux Tancrède , aux Renaud et aux autres héros de la Terre-Sainte ; certainement les figures ne manquent pas dans ce tableau, mais

«Si"

elles offrent des différences de tons trop marquées, et la plupart de ces personnages doivent hurler d'effroi de se trouver ensemble.

Un autre défaut qui frappe d'abord dans le plan de cet ouvrage consiste dans l'uniformité ennuyeuse que présente cette suite de croquis voluptueux presque tous calqués les uns sur les autres. Chacun de ces tableaux produit un fort bon effet dans le poëme original , parce qu'il y contraste souvent avec des scènes de carnage et de désolation, ou avec des tableaux d'un autre genre , qui servent à le faire mieux ressortir. Mais enlever chacun de ces tableaux de 1 endroit où chaque poète les avait spécialement placés , les réunir et les entasser tous dans le même ouvrage , c'est commettre une iaute à peu près semblable à celle des artistes qui , après avoir enlevé tous les plus beaux mausolées des différens temples pour lesquels ils avaient été spécialement construits les ont tous amoncelés dans un même dépôt, où " «tant plus éclairés du jour qui leur était favorable, n'étant plus environnés de la majesté du peuple , ils „'offrent qu'un vain amas de ruines et de décombres.

Convenons en outre qu'il faut terriblement

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272 PARCE VAL-dRANDMAISON.

compter sur ses propres forces pour essayer de traduire à la fois du grec, du latin, de l'italien 5 du portugais et de l'anglais ; et pour faire passer heureusement le génie de ces diverses langues dans la langue française , qu'il importe aussi d'étudier.

Il paraît cependant que M. Parceval avait cru inutile de s'appliquer à cette dernière étude, puisque dans le chant de Virgile , qu'il appelle le meilleur de son ouvrage, on peut facilement relever des fautes grammaticales , tache condamnable dans tout écrivain , et insoutenable dans un académicien. Exemple :

Et toi , triple furie ,

Qui par les criminels n'est jamais attendrie

O toi qui pour mon cœur sera toujours sacrée.

On dirait que le poète épique a une prédilection pour la troisième personne ; il vise à l'esprit.

On trouve aussi dans ce morceau, le meilleur du poëme , une reine de douleur effrénée , qui arrache ses cheveux ; Didon exprimant le regret de ne pas présenter Ascagne

Fumant aux Icurvs de son père.

et la triple Hécate entendant hurler les murs des cités.

Enfin l'héroïde se termine par ces vers harmonieux :

Voilà ,„e/. cm, Didon , contre ma tète impie , Vomit avec sa rage et son sang et sa Tie.

Nous ayons parlé plus haut des dithyrambes de M. Parceval ; on sait que ce genre de poésie est extrêmement commode pour les esprits amis du désordre des pensées et de l'irréLante du rhythme; nos poètes ont été, jusqu'à ce jour, malheureux dans ce genre , sans en excepter même l'abbé Demie, dont on a beaucoup trop vanté celui qu'il composa sur hrnmortalité de l'ame, et qu'on regarde généralement aujourd'hui comme une pièce extrêmement médiocre.

Dans son Dithyrambe sur le mariage de Napoléon, M. Parceval de Grandmaison semble affecter un profond tnépris pour ces Pindares routiniers qui „e s'élèvent jamais audessus de l'ode.

Fils de l'enthousiasme et du noble délire Dithyrambe , à tes sons j'abandonne ma Ivre Que 1 ode régulière asservisse à ses lois '

fil;

Des accens consacré» au vulgaire des rois,

Il faut des chants nouveaux pour des pompes nouvelles....

Il est certain que le délire du poète doit être a son comble ; pour en donner la preuve , il oublie les règles les plus communes de la versification ou de l'orthographe :

Des Pharrasius la peinture éclatante Fait sentir et parler la toile palpitante , Chefs-d'œuvre enivrant du magique pinceau....

Si le mot chef-d'œuvre est sans s le vers est faux; si on lui en donne un, c'est une faute contre la langue , puisque chef-d'œuvre n'en prend point au pluriel , et qu'il n'y a que chef qui soit déclinable ; voilà certainement une bévue qui mériterait d'être relevée dans le plus pauvre écolier.

Le reste de ces vers que l'auteur promet à r immortalité y est un composé d'idées communes, exprimées avec confusion, et dans un style dépourvu d'élévation et d'harmonie ; c'était le cas de dire : •

Napoléon , quelle voix enrhumée , De te chanter ose usurper l'emploi; Mieux te vaudrait être sans renommée Que Los cueillir de si chétif aloi.

heu^^pIr'^^'T' franchement plus de boniieur a Philjppe-Auguste.

Voilà les seuls titres de M. Parceval aux tonne httéraires ; des poen.es mal traduits et des licences grammaticales , ^'en termes ^ -exprès condamne Vaugelas : en vérité , Mess, urs du fauteuil, vous portez l'indulgenc: jusqua l^xces !

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(emmanuel-claude-joseph-pierre , marquis

rauis).

11 y a du chat et du veau dans cette tète, mais le veau domine.

(Le Prince de T — )

M. Pastoret est né à Marseille en 1756. Le droit ayant été sa première étude, il exerça d'abord la profession d'avocat dans sa patrie ; il devint ensuite conseiller à la cour des aides en 1781, et fut nommé maître des requêtes

en 1788.

L'Académie des inscriptions ayant mis au concours, en 1784, cette question : Quelle a été r influence des lois maritimes des Rhodiens sur la marine des Grecs et des Romains , et rinfluence de la marine sur la puissance de ces deux peuples? M. Pastoret traita la ques-

PASTORET. •>p»»7

tion , et remporta le prix. Il fut nommé l'année suivante membre de l'Académie qui venait de le couronner, et qui le couronna encore une fois, en 1786, pour un ouvrage intitulé : Zoroastre^ Confucius et Mahomet considérés comme sectaires, législateurs et moralistes, avec le tableau de leurs dogmes , de leurs lois et de leur morale. Cet ouvrage , dans lequel l'auteur déployait une profonde érudition et une sage philosophie , lui méritait effectivement les honneurs d un triomphe littéraire. Il fut bientôt suivi d'un autre , traitant à peu près les mêmes questions , sous ce titre : Moïse consi^ déré comme législateur et comme moraliste.

Un ouvrage bien plus utile et plus important que ceux dont nous venons de parler lui valut encore les honneurs de l'ovation académique. Son Traité des lois pénales obtint, en 1790, le prix accordé par l'Académie française à l'ouvrage le plus utile.

M. Pastoret s'était proposé dans cet ouvrage le noble but d'inspirer contre les cruelles mesures de l'ancienne législation pénale Tindignation salutaire qui devait les proscrire à jamais. Il y relevait avec beaucoup <le soin toutes les absurdités, toutes les in-

conséquences de nos vieilles lois criminelles ; il s'y prononçait contre la peine de mort après avoir examiné les opinions de tous les philosophes et publicistes célèbres sur cette matière. Son opinion était fondée sur ce raisonnement qui n'admet point de réplique : « Un homme m'attaque; je ne peux me défendre qu'en le tuant. Je le tue. Pour que la société fasse de même, il faut aussi qu'elle ne puisse pas se défendre autrement. Mais la société ne cède point, comme l'homme qu'on attaque, à Timpétuosité du premier mouvement et d'une défense nécessaire; elle ne se venge pas; elle punit après une mûre et libre réflexion. )>

Cependant , malgré ce raisonnement inattaquable, M. Pastoret admettait dans son livre la peine de mort en matière politique. Dans ce cas, dit-il, une nécessité absolue justifie cette peine ; le bonheur de tous demande ce sacrifice à la nature. On fut profondément affligé lors de l'apparition de ce livre, qui paraissait inspiré par la justice et l'humanité , d'y trouver ces maximes consacrées tant de fois dans des livres de sang , si souvent répétées par des hommes absurdes et inhumains ; maximes qui ont si bien servi chez tous les peuples^ les

erreurs et les crimes de toutes les espèces de tyrannie.

Ces triomphes littéraires fixèrent sur lui l'attention du Gouvernement : il avait montré de l'attachement aux principesde la révolution, tout en se tenant dans les bornes de la mo». dération; Louis XVI l'appela au ministère de l'intérieur en remplacement de M. de Saint- Priest. M. Pastoret accepta cette place, mais il fut bientôt forcé de la quitter par la marche rapide des événemens politiques.

Il fut élu depuis président du département de Paris, et procureur-syndic du même département. Ce fut en sa qualité de premier magistrat de la capitale qu'il vint à la tête delà députation parisienne demander à l'Assemblée nationale que l'église Sainte-Geneviève fût transformée en Panthéon , et consacrée à recevoir la dépouille mortelle des grands hommes. M. Pastoret réclamait cet honneur pour la cendre de Mirabeau qui venait de mourir. On

remarquait dans son discours le passage suivaut :

« Plusieurs peuples anciens renfermaient dans des monumens séparés leurs prêtres et leurs héros. Cette espèce de culte qu^ils ren-

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daient à la piété et au courage, rendons-le aujourd'hui à l'amour constant du bonheur et de la liberté des hommes ; que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté. On sait qu'une nation voisine recueille religieusement dans un de ses temples les cendres des citoyens dont la mémoire est consacrée par la reconnaissance publique : pourquoi la France n'adopterait-elle pas ce sublime exemple? pourquoi leurs funérailles ne deviendraient-elles pas une dépense nationale?— Hâtons-nous de présenter ce vœu à nos représentans , et qu'un décret solennel apprenne à l'univers que la France consacre enfin aux amis du peuple ces monumens réservés autrefois aux hasards de la naissance et des combats. »

M. Pastoret terminait en demandant , au nom du Directoire que l'édifice fût mis promptement en état de remplir sa nouvelle destination 5 et que l'on fît graver au-dessus du fron^ ton ces mots : Aux grands hommes la patrie reconnaissante , inscription d'une sublime simplicité que la main des missionnaires a eflfacée naguère, comme si depuis leurs ultramontaines

PAsfDRET. 281

prédications la patrie ne devait plus avoir de reconnaissance pour les grands hommes.

Nommé, peu après ce témoignage éclatant de patriotisme, député à l'Assemblée législative, il fut appelé a la présider, et prononça dans la première séance un discours dans lequel il félicitait l'Assemblée constituante, au nom du département, d'avoir marché avec autant de talent que de courage dans la carrière de Ja révolution, et d'avoir relevé en France les autels de la liberté.

Il réclama bientôt dans le sein de l'Assemblée une loi contre les émigrés , et proposa de leur faire une dernière sommation.

Le 3i décembre 1792, au moment où le département de Paris se présentait pour offrir ses hommages à l'Assemblée à l'occasion du renouvellement de l'année, M. Pastoret se leva et dit : « Je demande que l'Assemblée détruise cet usage vicieux. Le seul hommage que nous ayons à recevoir, le seul compliment digne de nous, c'est la satisfaction et le bonheur du peuple. » Sur cette motion, l'Assemblée abrogea tous les complimens du jour de l'an; M. François de Neufchateau se leva seul contre cette proposition. M. Pastoret a depuis bien

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