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oublié sa motion, car on l'a vu régulièrement a l'époque de la nouvelle année porter ses félicitations aux chefs des divers gouvernemens qui se sont rapidement succédés aux Tuileries.
M. Pastoret provoqua ensuite la suppression du tribunal de l'Université de Paris comme inutile et même nuisible , et attira dans son rapport , au nom du Comité d'instruction publique, l'attention de l'Assemblée sur les écoles
primaires.
(( Le plus grand nombre de ces écoles primaires, dit M. Pastoret, n'était soutenu que par les charités actives de ceux qui joignaient à l'opulence Tamour sincère ou le faste heureux de la vertu. Mais la plupart de ces hommes, égarés aujourd'hui, ont retiré la main bienfaisante qui versait des secours aux enfans des pauvres. Calomniateurs éternels d'une religion dont ils se disent les défenseurs, ils lui supposent l'horreur de la liberté et de l'égalité; ils veulent faire de la noblesse un dogme pieux, et nous faire en même temps un crime de l'anéantissement de la tyrannie. Le christianisme cependant ne naquit pas au sein de l'aristocratie Vous devez vous empresser
de secourir une génération naissante que les ennemis du peuple voudraient condamner à l'ignorance pour les ramener plus aisément à la servitude. )>
Une motion philantropique fut présentée par M. Pastoret à l'Assemblée, le 9 avril, dans le but de faire décréter l'abolition graduelle et successive delà traite des nègres. Il payait, dans son discours, un juste tribut d'éloges à M. Wilberforce, membre du parlement anglais. Il se déclara pour la guerre contre l'Autriche, fit décréter la construction d'une place et l'érection d'une colonne à la liberté sur le terrain de la Bastille.
Le 19 juin, il présenta un rapport lumineux et fort de raisonnement , pour démontrer qu'aucune rehgion ne devait participer aux actes civils. On remarquait dans ce rapport les passages suivans :
« Une opinion générale proclame la nécessité d'éloigner la religion des actes civils; il ny a rien de commun entre elle et la loi, ni dans leur objet, ni dans leurs motifs, ni dans leurs causes, ni dans leurs effets.... Comment la loi n'aurait-elle pas seule le droit d'assurer notre état civil? Le citoyen lui appartient né-
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cessairement, et peut n'appartenir à aucune des religions du pays qu'il habite. Où en seraient les législateurs s'ils étaient obligés de façonner sans cesse leurs pensées et leurs principes à toutes les idées religieuses des hommes?... » Ce rapport se terminait ainsi : « La religion ne s'était pas seulement emparée de l'homme vers le milieu de la vie et dans le berceau de l'enfance : il n'était plus, et elle étendait encore sur lui son empire ; elle seule avait le droit de lui donner , que dis-je, de lui donner? de lui vendre un tombeau. La terre même qui devait l'enfermer, la poussière qui devait le couvrir prenait un caractère religieux. »
(( On nous parlait de terre sainte et de terre profane : ah ! si la terre sainte eût exprimé celle que la patrie réservait aux mânes de la vertu ! mais pour y être enseveli, il suffisait d'avoir paru adopter pendant sa vie les opinions d'un prêtre catholique ; et , pour en être exclu, d'avoir paru préférer les dogmes de Calvin ou d'un autre sectaire. »
Malgré ces garanties données aux nouveaux principes, et l'attachement prononcé de M. Pastoret pour les principes philosophiques . il
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changea tout-à-coup d'opinion à Tépoque des troubles du 20 juin. Dès lors, il s'attacha à la cause royale , la défendit ouvertement , et s'éleva avec force contre le discours de Torné qui engageait, le 3 juillet, l'Assemblée à s'emparer du pouvoir exécutif; il demanda même que l'orateur fût envoyé à l'Abbaye.
Nommé peu de temps après membre de la commission extraordinaire qui devait examiner la conduite du général La Fayette, il assura, dans son rapport du 8 août, que de quinze membres dont la commission extraordinaire était composée , sept avaient voté contre le décret d'accusation.
Ce fut la dernière fois que M. Pastoret prit part aux travaux et aux délibérations de l'Assemblée. Les événemens du 10 août ayant mis sa liberté et même sa vie en danger, il prit la fuite , passa en Angleterre, et ne reparut sur la scène politique qu'en novembre 1795, époque à laquelle le département de Vaucluse le nomma député au conseil des Cinq-Cents. .
Dans cette assemblée, M. Pastoret, prenant part à la discussion sur Job Aimé, s'éleva contre la distinction d'anciens et de nouveaux députés , et voua les partisans de la royauté à
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l'exécra tion publique ; il proposa de déterminer les honneurs à rendre à la mémoire de Montesquieu ; il parla contre la loi de police qui condamnait à trois mois de prison tout habitant de Paris qui logeait chez lui un étranger sans en avoir fait la déclaration dans les vingt-quatre heures ; il réclama vivement la liberté de la presse , demandant qu'elle fut illimitée ; il invoqua la constitution en faveur des prêtres insermentés ; il fit une motion sur les améliorations à apporter aux maisons d'arrêt et de détention, et fut élu président le 19
août 1796. '
Ce fut en cette quaUté qu'il fit une réponse à la députation de llnstitut , dans laquelle les plus nobles sentiniens étaient exprimés :
(( Citoyens, disait-il, les deux plus beaux présens que la nature ait fait aux hommes, c'est le génie et la liberté. Les tyrans n'aiment pas les sciences , ils craignent la philosophie comme le coupable craint le remords.... La constitution vous ouvrit une carrière honorable en plaçant à côté des pouvoirs publics cet Institut national qui est aussi une puissante magistrature , la magistrature de la raison et du génie Après avoir servi à la
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défense et au triomphe de la liberté, les sciences achèveront encore de nous faire reconquérir \^^ mœurs. Que la philosophie soit à jamais le sacerdoce de la vertu !... Dites bien à tous les Français que l'instruction rend meilleurs les gouvernemens et les hommes ; ditesleur que la vérité seule a un empire durable qu'elle finit par tout soumettre , que la raison n'est que la vérité. ))
Il faut convenir que l'Institut a depuis méconnu sa noble origine et qu'il a bien mal répondu aux sages admonitions de M. Pastoret qui lui-même paraît les avoir complètement oubfiées.
Cependant M. Pastoret s^étant déclaré contre le système adopté par le Directoire, saisit tontes les occasions de le combattre. Le 28 fructidor an V, il alla presque jusqu'à prendre le parti de Brottier et la Ville- Heurmois conspirateurs royalistes, s'opposant à ce qu'ils fussent jugés par une commission mifitaire et taxant de contre-révolutionnaire la marche adoptée par le Directoire. Il parla depuis en faveur des fugitifs de Toulon et demanda l'abro. gation des lois des 20 fructidor et 2 vendémiaire , à l'occasion de la prise de cette ville. Il se pro'
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nonça pour la suppression des clubs et des réunions populaires , accusa la conduite des agens du Directoire dans les colonies , proposant que la nomination de ces agens lui fût retirée ; enfin il resta en état d'hostilité avec le Directoire jusqu'au î8 fructidor an V, époque à laquelle ayant saisi le pouvoir auquel il tendait, M. Pastoret fut inscrit un des premiers sur la liste de déportation.
Il n'alla cependant pas partager le sort de ses coaccusés sur les plages brûlantes de Sinamary ; averti à temps , il courut se réfugier en Suisse et y attendit que Bonaparte , premier consul^ l'eût rappelé en France en 1801. Il fut nommé à cette époque membre du conseil-général des hospices et secours publics , puis , en 1804 5 professeur du droit de la nature et des gens au collège de France. Désigné deux fois par le collège électoral de la Seine pour entrer au Sénat , il y fut admis enfin en iSog^ n'y parla plus, caressa le Gouvernement et devint membre de la Légion-d'Honneur.
En février i8i3,M. Pastoret fit au Sénat un rapport au nom de la commission chargée d'examiner le projet de sénatus-consulte , concernant la régence , le sacre et le couronne-
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ment de l'impératrice et du roi de Rome , rapport rempli des éloges les plus pompeux de Bonaparte , de son épouse et de sa dynastie. , M. Pastoret avait dès lors oublié ses principes de liberté et son horreur pour la tyrannie.
Cependant, au i "avril 1814, il vota la création du Gouvernement provisoire et la déchéance de ce même Napoléon , et dit dans une adresse de la Chambre des Pairs à Louis XVIII , « que la plus grande partie des n.aux qui ont » pesé sur la France avaient leur source dans » e despotisme du dernier gouvernement , dans >) Ja passion effrénée de la guerre , dans le mé- « pris de la constitution , des lois , des traités , >) des droits même de chaque citoyen ; en6n, dans >) l'abus désastreux de forces que ce gouverne- « menl. n'avait pas créées et de ressources qui » n'étaient pas son ouvrage.
« Qu'a-t-il fait de l'autorité suprême celui » qm ne s'est pas contenté de sa part qu'il avait » a la gloire nationale? de tous côtés il va con- » quérir Ja haine , amasser des vengeances , pro- » diguer le sang et le trésor. »
C'est ainsi que M. Pastoret outrageait l'idole renversée à laquelle il avait offert naguère tant d'encens.
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Ayant traversé les cent jours sans fonctions publiques, il fut nommé , au retour du roi , pair de France , commandant de la Légion-d'Honneur et conseiller de l'Université royale. Il fut chargé, en i8i5, de la présidence du collège électoral du département du Var et récompensé par le titre de marquis.
En 1818, lors de la funeste proposition de son compatriote et collègue , M. Barthélémy, on aurait cru que M. Pastoret se rappellerait encore les principes de liberté qui l'avaient inspiré dans un temps ^ mais ces espérances furent trompées : le noble pair oublia les opinions du membre de l'Assemblée législative, et il prêta le secours de son éloquence et de son YOte à cette attaque contre la loi libérale des élections. 11 fut depuis nommé vice-président de la Chambre des Pairs.
M. Pastoret est un des anciens pères de l'Institut . et on doit lui rendre cette justice que, dans cette stérile compagnie, il est un des membres les plus productifs et dont les ouvrages ont le double mérite de l'utilité et de la philosophie.
Indépendamment de ceux de ses ouvrages
que nous avons déjà cités, on lui doit: l\ Un
éloge de f^oltaire, pièce qui concourut pour le prix en 1779 5 -'• Tributs offerts à V Académie de Marseille y 1782, recueil digne, sous tous les rapports, de la société à qui il était dédié; 3°. Élégies de Tibulle, traduction de la force de tant d'autres ; 4°- Discours en vers sur l'union qui doit régner entre la magistrature^ la philosophie et les lettres, 17835 5°. Ordonnances des rois de France , travail dont il fut chargé par la classe d'histoire et de littérature de l'Institut; 6\ une partie deYHistoire littéraire de la France dont les collaborateurs étaient Brial, Daunou et Ginguené ; 7\ Histoire de la légis-^ lotion.
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(louis-benoît),
Né à Paris en 1769.
t'élëgant , mais le froid Tërence , Fut le premier des traducteurs ; Tu fu» le peintre de nos mœurs.
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Il faillit se perdre dans la jurisprudence ou la médecine par les conseils de son père et de son oncle ; heureusement un conseiller plus impérieux , l'instinct de son talent , le poussait à la littérature , et le jeune homme , échappé des mains étiques d'Hippocrate et de Cujas , se jeta avec empressement dans les bras des Muses.
Soutenu par l'amitié éclairée de MM. Andrieux et CoIlin-d'HarleTiUe , il se livra avec ardeur à la carrière dramaticpie ; et l'accueil qu'il reçut pour son premier essai , le Badinage dangereux, dut lui servir d'encouragement. Bientôt même il porta sa passion pour le théâtre , au point de remplir lui-même , dans ses pièces , les rôles les plus importans. 11 croyait pouvoir, sans honte, marcher sur les traces de Molière ; et souvent , dans le même moment, on le vit cumuler un double triomphe, recueillir l'estime du public pour l'auteur , et ses bravo pour le comédien. Après s'être d'abord montré sur le petit théâtre Mareux, rue Saint-Antoine , il prit la direction du théâtre Louvois , et y fit son début ainsi que son frère. Eni8oi , le théâtre de l'Odéon fut confié à ses soins ; et quoique partagé entre les soucis de l'administration , les travaux de l'homme de lettres et les études de la représentation , ce fut à ce théâtre que M. Picard conquit ses plus beaux succès. Il se lassa cependant, après quelques années d'exercice, de la profession de comédien ; et dans l'espoir de travailler encore plus pour la scène , il renonc.i dès lors à y paraître. Napoléon le décora dans la suite