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de la croix de la Légion-d'Honneur, et lui confia l'administra tion du Grand -Opéra, qu'il quitta en i8i6, pour reprendre la direction de rOdéon. Le public s'entretint, à cette époque , de la discussion qui s'éleva à ce sujet, entre M. Picard et M. Alexandre-Duval. Leurs débats furent d'abord portés devant les magistrats ; mais ces deux aimables adversaires crurent ensuite devoir remettre la décision de leur cause à l'opinion publique ; et leurs mémoires pour et contre , en vers et en prose , égayèrent long-temps les juges de ce procès , que les parties terminèrent amiablement.
Lors de l'incendie de l'Odéon , la salle Favart fut mise à la disposition de M. Picard, et il eut la liberté d'y faire jouer tout le répertoire français , même la tragédie. Son administration a été de la plus grande utilité à ce théâtre ; et depuis qu'elle a cessé de lui être confiée, on s'est aperçu qu'elle n'est jamais tombée en des mains aussi habiles.
Les travaux dramatiques de M . Picard sont immenses ; on compte de lui environ soixantedix pièces de théâtre , dont une grande partie est restée au théâtre. Les plus remarquables sont : Encore des Ménechmes ; les Fisitan^
dines ) pièce si vivement applaudie, si souvent représentée à l'époque où l'on croyait qu'il fut permis de plaisanter sur les nones et les capucins, et dont le peuple, en dépit de la censure , chante encore les couplets malins ; le Collatéral; Médiocre et Rampant; Duhaucours y ou le Contrat d'union; le Mari ambitieux; V Entrée dans le monde; Fauglas; le Conteur, ou les Deux Postes; le Cousin de tout le monde; les Conjectures; les Amis de collège; les Trois Maris; la Petite Fille; la Grande Ville, ou les Provinciaux à Paris; le Vieux Comédien; M. Musard; les Tracasseries; le Susceptible; M, de Probancour , ou les Capitulations de conscience; les Oisifs; r Alcade de Molorido ; un Lejidemain de fortune ; la Vieille Tante; la Noce sans mariage; les Filles à marier; les Marionnettes; la Manie de briller; les Ricochets; M. de Coulainsaille, ou la Double Réputation; les Deux Philibert ( avec M. Radet ) ; une Matinée de Henri IV; la Maison en loterie, etc.
Dans ce long catalogue d'ouvrages dramatiques, il en est peu qui ne se distinguent par une gaîté franche et naturelle, un dialogue vif et bien coupé , et une entente parfaite de la
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scène. On lui a fait le reproche de s'être principalement attaché à peindre les mœurs bourgeoises , et de sembler plus occupé à faire rire des ridicules du jour, qu'à marquer les yices de tous les temps du stygmate de la satire. Sans chercher ici jusqu'à quel point ce reproche est fondé, sans examiner si M. Picard, au lieu de porter ses observations comiques sur les habitudes risibles , les tics et les manies de l'esprit de ses contemporains, eut dû s'emparer des grands caractères, ou du moins achever la dissection morale de Thomme de tous les temps, si bien commencée par ses prédécesseurs , on sera forcé de convenir qu'à une époque , où la société dissoute faisait de vains efforts pour se classer , il a exposé sur la scène , avec bonheur , la partie comique d'un monde où le ridicule abondait. Ne recherchons pas si son talent aurait pu s'élever jusqu'à ces grands tableaux de mœui^ qui traversent les siècles, et qui sont encore admirés , même quand les mœurs représentées ne sont plus que des souvenirs ; il suffit à sa gloire d'avoir peint ce qui était, d'avoir fait rire souvent et réfléchir quelquefois. Le monde allait vite alors, les scènes se succédaient rapidement , on n'avait que le
temps de les esquisser ; et ce serait trop exiger d'un auteur comique , que de prétendre qu'il aurait dû approfondir ce qui n'avait que des surfaces ; le juger avec trop de rigueur serait de l'injustice ; on doit lui tenir compte des circonstances.
D'ailleurs il est difficile à la critique de se montrer plus sévère vis-à-vis M. Picard , que M. Picard lui-même ; il fait l'analyse raisonnée de ses pièces, avec une candeur, une bonhomie , une impartialité vraiment remarquables ; il fait la part de la critique avec la même bonne; foi que celle des éloges , et donne son jugement sur le bon ou le mauvais, avec un égal abandon.
M. Picard s'est aussi créé une réputation comme romancier ; on a de lui : les Jventures d Eugène de Senneville et de Guillaume Delonne; Gabriel Désaudrj , ou F Exalté; le Gilblas de la Ré\>olution, et le Niais, Le premier de ces romans, publié en 181 3, se fait remarquer par des scènes piquantes , des observations fines, une grande smiplicité de style et beaucoup de naturel. Le second est le plus faible de tous les ouvrages de M. Picard en ce genre ; mais dans le Gilblas on^ retrouve quel-
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quefois une peinture vraie de l'époque , une grande connaissance du cœur humain , des situations comiques , mais peu d'intérêt ; le Niais joint au même défaut un style lâche ^ une invention peu neuve et une grande monotonie d'incidcns.
Dans les Mémoires de Jacques Faus^el , M. Picard , en faisant communauté avec M. Droz , a compromis une réputation déjà faite avec une réputation qui cherche à s'élever. Il aurait dû pressentir qu'il était dangereux pour lui de lier une fraternité littéraire avec un homme dépourvu d'imagination ; faculté indispensable pour la composition d'un roman. Aussi les auteurs n'ont-ils produit qu'un ouvrage d'une physionomie fausse ^ dans lequel ils ont confondu les genres , les mœurs et les époques.
Depuis long -temps l'Institut avait ouvert ses portes à M. Picard. Il fut reçu, en 1807, en remplacement de M. Dureau Delamalle. Dans son discours d'obligation , il parla peu de luimême 5 exprima dignement son affection pour son prédécesseur , et montra le cœur de l'honnête homme réuni au talent de l'écrivain.
(( Messieurs , disait-il , vous ne blâmerez pas )) l'auteur des Amis de collège ^ de vous par- » 1er avec reconnaissance de son professeur » de rhétorique. »
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