QUELEN
discours de réception, qu'il ne devait sa nommation à aucun titre académique, et qu^il ne la considérait que comme un horpmage rendu à la religion. <c Deux de mes prédécesseurs dans » le siège de Paris , dit le noble prélat , ont » siégé parmi vous , le célèbre historien de » Henri IV , Hardouin de Rufize , et M de » Harlay de Chauvalon. „ Quant au premier, son excellente histoire lui mérita sans doute les honneurs du fauteuil ; mais pour le second, il paraît que ses titres littéraires étaient absolument pareils à ceux de M. de Quelen.
Le prélat passa de là à l'éloge de M. de Bausset et de la religion , et trouva le moyen den venir à celui de l'auteur du Génie du christianisme , remarquable alors par la nouveauté de sa disgrâce.
Tout ce que nous connaissons de M. de Quelen consiste en une Oraison funèôre de Louis Xn, prononcée en 1814, à St.-Sulpice et a St.-Roch, devant M-^ la duchesse d'Angoulême, et une Oraison funèbre de monsei^ sueur le duc de Berri, prononcée dans l'édise ae Notre-Dame, en 1820.
Bien qu'appuyé du crédit d'une auguste
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3o6 . QUELEN.
princesse , M. de Quelen dut à son opinion contre le tout-puissant ministre ^ de tomber dans la disgrâce de la cour, et c'est peu de temps après qu'il fit son voyage à Rome. Ce voyage a été diversement expliqué : les uns l'ont attribué à la politique , d'autres à des combinaisons toutes du ressort de la religion. D'après les derniers , M. de Quelen qui partage les principes de la véritable église gallicane j et qui j par conséquent, n'est pas toujours d'accord avec M. d'Hermopolis, était allé dans la capitale du catholicisme pour y chercher les moyens de s'opposer avec succès à l'invasion toujours croissante des doctrines ultramontaines et des jésuites.
Quoi qu'il en soit de ce voyage et de ses motifs , M. de Quelen, après une course rapide jusqu'à Naples , est revenu à Paris, où il est adonné aux soins de l'épiscopat , mais où rien n'annonce qu'il travaille à mériter son titre d'académicien , et qu'il s'occupe de littérature autre que celle des mandemens.
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(FRANÇOIS -JUS TE-MARI e),
NéABrignoUcs, département du Var, le i8 Septembn
Un procureur, autrefois fort habile,
Car il avait tondu plus que le poil
A ses cliens , dans Paris la grandVille ,
Vint enseigner la langue d'oc et d'oil ;
Bientôt après, une scène tragique
Lui donne place au cercle académique.
Il se rengorge , il poursuit ses exploits ,
Fait Léorwre et les États de Blois
Représentées pour la dernière fois ;
Sur ce sujet il est permis de rire ,
Mais sur cet autre il ne faut pas railler :
Napoléon a le malheur de dire
Que le rimeur est un bien paurrc sire ,
Que ses vers froids l'ont toujours fait bâiller •
Mons Raynouard lui déclare la guerre ,
Tranche du Gracque , il se met à brailler
En plein Sénat, contre son adversaire.
Depuis ce jour, vers et prose s'en vont,
Plus rien de lui ; la chose est assez claire ,
De sa besace il a vidé le fond.
On le sait bien , pourtant on le tolère ;
Et quelquefois on lui permet de faire '
Un lourd rapport sur ce que d'autres fout.
(Les Biographes.)
Il eût fallu ^ sans cloute, avoir beaucoup de perspicacité pour, en 89, prédire h M. Ray-
3o8 RAYNOUARD.
noiiard, alors à l'airût des villageois en conteste, tirant parti des déplacemens de bornée et des saisies-brandons , et ne manquant jamais l'occasion de rançonner le bonhomme * ; il eut fallu, disons-nous , être, à cette époque, un habile nécromant, pour lui annoncer les hautes destinées qui l'attendaient; les honneurs de la tribune et la gloire de l'Institut, et cette double réputation, qu'il persiste aujourd'hui à conserver, pour le double titre d'homme d'État et d'homme de lettres.
Il exerçait donc sa faconde au tribunal de BrignoUes , lorsque la révolution vint tout-hcoup arracher le procureur à son étude poudreuse , et le transporta à l'Assemblée législative en qualité de suppléant. C'était en 1791 ; il se ressentit de la crise politique qui suivit cette année , et fut mis en arrestation en 93, jusqu'à Tépoque du 9 thermidor , qui lui rendit la liberté ; il en profita pour se livrer entièrement à l'étude des belles-lettres et à la profession de défenseur officieux. Pendant ce période de sa vie , depuis 98 jusqu'en 1806, il sembla se vouer pour toujours aux douceurs de la re-
* Expression de Brantôme.
RAYNOUARD. 3oq
traite et renoncer désormais aux chances des tourmentes politiques.
Sa réputation littéraire commençait alors à percer ; en 1800, il avait fait recevoir au Théâtre-Français deux tragédies : Léonore de Bavière ttles Templiers; en i8o4, il avait remporté une couronne académique pour son poëme de ^ocm/e dans le temple âAglaure; et l'année suivante ses Templiers eurent les honneurs de la représentation ; en ce temps-là les dangers de la carrière politique étaient disparus ; on pouvait, sans crainte, courir la chance des honneurs et de la fortune; M. Raynouard obtmt d'être présenté comme candidat au Corps législatif, et d'être nommé par le Sénat.
Avant de discuter son mérite comme littérateur, nous jetterons un coup-d'œil rapide sur la Tie de l'homme d'État , et nous ne confondront les deux personnages que lorsqu'il y aura connexité dans ces deux biographies.
En 1 8 1 o , la tragédie des États de Blois avait ete mal reçue à la cour de Napoléon ; l'année suivante M. Raynouard fut appelé pour la seconde fois au Corps législatif; et deux ans plus tard, à l'époque de l'invasion des armées de la coalition , il f„t désigné par cette Assem-
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3lQ RAYNOUARD.
blée , pour faire partie de la commission extraordinaire chargée de faire un rapport sur h situation critique de Tempire; il s'occupa de ce travail conjointement avec Laine , Gallois , Flauguergues et Maine de Biran , et l'opinion des cinq membres fut présentée avec autant de franchise que de hardiesse ; il eût été difficile à cette époque de n'être pas frappé de la nouveauté d'un langage inouï depuis si longtemps ] r Assemblée législative entendit les paroles suivantes :
« Les désirs de l'humanité se dirigent vers )) une paix honorable et durable ; honora- » ble , parce que , parmi les nations comme » parmi les individus, l'honneur consiste à » maintenir leurs prétentions légitimes et à )) respecter les droits des autres ; durable , » parce que la meilleure garantie de la paix » consiste dans la détermination des puiss*ices » contractantes à s'être fidèles à elles-mêmes... » Qui donc nous priverait de ces bienfaits ? A » une époque pareille à celle où nous vivons , » la puissance de l'empire se déploierait plus ri- » goureusement encore en resserrant hes liens » qui unissent la nation et son souverain. Des » assurances en forme de proclamation se-
» raient un moyen d'imposer silence aux re- » proches de l'ennemi, au sujet de la soif des » conquêtes et d'une puissance colossale; elles
» tranquilliseraient le peuple
)) Votre Commission regarde donc comme » un devoir impérieux , tandis que le Gouver- » nement adopte les mesures les plus promptes » pour la défense de l'État , de supplier Sa Ma- » jesté de maintenir Texécution pleine et en- )) tière des lois qui assurent aux Français les » droits de la liberté personnelle et la sûreté » des propriétés , ainsi que le libre développe- » ment de leurs droits politiques. »
La colère du lion est terrible ; Napoléon rugit k cette apostrophe ; l'Assemblée législative fut dissoute, et les cinq commissaires s'entendirent traiter de rebelles et de factieux.
La dissolution du Gouvernement impérial suivit de près la dispersion du Corps législatif; il fallait le retour du roi pour rendre la parole à notre parlement muet. M. Raynouard fut chargé de faire un rapport sur la répression des délits de la presse , et défendit avec beaucoup de zèle les libertés publiques contre les attaques, ministérielles : il profita de cet intervalle de repos pour lancer de nouveau sa tragédie des
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États de Blois, tombée à Saint-Cloud ; cette seconde tentative fut aussi malheureuse que la première. En i8i5 , le département du Var le nomma à la Chambre des Pairs, et Napoléon l'appela au conseil de l'Université j il reçut du Gouvernement qui vint après, des distinctions académiques , fut maintenu dans la deuxième classe de l'Institut, dont il devint le secrétaire perpétuel, et , en outre , il fut nommé membre de l'Académie des inscriptions.
La conduite politique de M. Raynouard a l'époque principale que nous venons de signaler, porta sa réputation à son apogée, éleva jusquaux nues son dévouement courageux, dans un temps où les exemples en étaient devenus si rares; il fut regardé généralement alors comme le défenseur des libertés publiques , comme un des champions les plus hardis qui osèrent braver le despotisme impérial.
Loin de nous la pensée de vouloir rabaisser ici la réputation de M. Raynouard , comme homme d'État; cependant notre impartialité nous fait un devoir d'émettre iei quelques observations qui seront sans doute approuvées par le plus grand nombre de nos lecteurs.
Ce fut en i8i3 que M. Raynouard déploya
RAYNOUARD. 3ï3
contre Napoléon toute l'énergie de son caractère; c'est l'époque du fameux rapport; mais, n y a-t-il pas dans la vie du poète des antécédens qui ont pu déterminer le courage de l'homme d'État ; ce courage vient-il en effet d'une inspiration patriotique, ou bien serait-il le résultat de la vengeance et de l'amour-propre blessé : rapprochons les faits et les dates; la tragédie des États de Blois fut bien loin d'obtenir les suffrages de Napoléon, qui même exprima sur l'auteur une opinion défavorable , c'était en 1810; est-il improbable aux yeux de ceux qui connaissent le genus irritabile vatum y est-il , disons-nous , improbable , que cette blessure ait laissé dans son cœur des douleurs cuisantes, et que de là ne datent ses premiers griefs contre l'empereur? inde irœ. Une opposition jusqu'alors si bien contenue et développée tout d'un coup avec tant de virulence, donne, sans doute, matière à de mûres réflexions? Disons-le hardiment : une tragédie mal récompensée, un prix décennal indéfiniment ajourné ; tout cela tenait fort à cœur à M. Raynouard. En père affectueux, il sentait vivement l'outrage fait à ses enfans, pujsqu'en ï8i4 il saisit la première occasion de les réha-
3l4 RAYNOUARDi
biliter; ce qu'il ne put néanmoins obtenir du public, aii^si que nous Pavons dit plus haut.
Nosiecteurs seront sans doute bien aises ici , de connaître textuellement l'opinion de Napoléon sur Firascible poète.
La voici ; le morceau est extrait du Mémorial de Sainte-Hélène :
« Une autre fois, pareillement à son coucher, il analisait et commentait les Etats de Blois , qu'on venait de jouer [sur le théâtre de la cour, pour la première fois; et, apercevant parmi nous l'archi-trésorier Lebrun , littérateur fort distingué, il lui demanda son opinion : celui-ci, sans doute dans l'intérêt de l'auteur, se contenta de répondre que le sujet était mauvais. « Mais ce ne serait pas la première faute de » M. Rajnouard , répliqua l'Empereur , il l'a » choisi lui-même , personne ne le lui a im- » posé ; et puis , il n'est pas de sujet si mauvais » dont le grand talent ne sache tirer quelque » parti ; et Corneille serait sans doute Cor- » neille , même dans celui-ci. Quant à M. Ray- » nouard, il a manqué tout-à-fait son affaire; » il ne montre ici d'autre talent que celui » de la versification : tout le reste est maa- » vais ^ très -mauvais : sa conception, ses dé-
RAYNOUARD. 3l5
)) tails, son résultat, sont manques; il viole la » vérité de l'histoire; ses caractères sont faux, » sa politique est dangereuse, et peut-être » nuisible. Cette circonstance me confirme ce » que , du reste , chacun sait très-bien , qu'il » est une énorme différence entre la lecture )) et la représentation d'une pièce. J'avais cru » d'abord que celle-ci pouvait passer; ce n'est )) que le soir que j'en ai vu les inconvéniens 5 » les éloges prodigués aux Bourbons sont là les » moindres ; les diatribes contre les révolution- » naires sont bien pires encore. M. Raynouard » a été faire du chef des Seize , le capucin Cha- » bot de la Convention. Il y a dans sa pièce » pour tous les partis , pour toutes les pas- » sions; si je la laissais donner dans Paris , on » pourrait venir m'apprendre que cinquante )) personnes se sont égorgées dans le parterre. » De plus , l'auteur a fait de Henri IV un vrai » Philinte , et du duc de Guise un Figaro , ce » qui est trop choquant en histoire. Le duc de » Guise était un des plus grands personnages » de son temps , avec des qualités et des talens » supérieurs , et auquel il ne manqua que d'o- » ser, pour commencer dès lors la quatrième )) dynastie ; de plus , c'est un parent de Plmpé-
3l6 RAYNOUARD.
)) ratrice, un prince de la maison d'Autriche )) avec qui nous sommes en amitié , dont l'am- )) bassadeur était présent ce soir à la repré- )) sentation. L auteur a plus d'une fois ëtran- 3) gement méconnu toutes les convenances. »
Convenons-en , le coup était terrible ; c'était le cas de se jeter dans le parti de l'opposition, si jamais la circonstance devenait favorable ; elle le devint : le poète put enfin déverser l'amertume d'une bile long-temps élaborée^ et le ressentiment de l'homme de lettres fit éclore la gloire de l'homme d'État.
Nous commencerons ici Tinventaire succinct des l'ichesses poétiques deM. Raynouard, et, d'abord, pour commencer, par ces États de Blois^ ou plutôt pour n'y plus revenir , nous dirons qu'il y a apparence que le jugement que Napoléon en avait porté avait été juste, puisque cette pièce n'a pu, depuis , se soutenir au théâtre, où elle a reparu solennellement avec toute la faveur que devait lui donner la proscription. L'opinion publique est aujourd'hui fixée sur cet ouvrage ; on lui reproche le défaut de mouvement et d'action ; elle consiste presqu'entièrement en longues discussions politiques , sur la royauté , sur la république , sur la tolérance
religieuse et sur les droits de succession au trône ; elle est dépourvue de ces changemens de situation , de ces incidens imprévus , de ces nouvelles péripéties qui augmentent graduellement l'intérêt : en un mot , on y rencontre quelques belles scènes ; mais leur ensemble ne forme pas une bonne tragédie.
Les Templiers avaient élevé la gloire littéraire de M. Raynouard à son plus haut point ; il était difficile de l'y maintenir ; un défaut d'intérêt assez général , des caractères froids , des personnages inutiles n'avaient pu empêcher d'apprécier, dans cette tragédie , des beautés du premier ordre , une vigueur de ton bien soutenue, un vers constamment tragique et une action tracée et conduite avec la plus grande simplicité; on rendait encore justice à monsieur Raynouard, de vouloir nationaliser la tragédie et de croire l'histoire de notre pays aussi féconde pour ce genre que celle de la Grèce et de Rome antiques. L'Institut l'avait admis dans son sein en 1807 ; et le président en comphmentant le récipiendaire , le félicitait de,a de cette tendance glorieuse pour la nation. « Si vous continuez à marcher dans la même » route, vous mériterez le nom de poète de la
» patrie. » Il paraît que la carrière était trop rude pour M. Raynouard, et qu'il s'est contenté du titre, encore assez glorieux, de secrétaire de l'Académie.
Nous ajouterons à ces observations sur les Templiers y que Joseph-Marie Chénier, dans des notes marginales écrites de sa main sur un exemplaire du rapport du jury concernant les prix décennaux , n'accorde point à M. Suard, que cette tragédie soit un ouvrage distingué. Il demande quelle route nouvelle l'auteur a su se frayer, et si M. Suard le loue d'avoir fait une tragédie sans tyran , la critique s'écrie : Qu'est-ce donc que Philippe IV , si ce n'est un tyran? je conviens , ajoute-t-il , qu'il est trèsmal peint; mais , certes , ou les Templiers sont coupables , ou leur mort est un grand acte de tyrannie ; dira-ton que l'auteur a peiiit Philippe dupe de ses ministres? Ce serait une faute, et une faute ridicule; car, loin d'être faible et imbécile, le Philippe de l'histoire est un prince très-fin et d'un caractère très-décidé. Voilà certainement un langage qui dut bien mal sonner aux oreilles de M. Raynouard; ce qu'il y a de plus fort , c'est la mauvaise opinion de Chénier , même sur le style de cette pièce ;
quand Suard lui vantait en passant quelque écrivain pour sa facilité d'écrire en vers : Oui répliquait Chénier , d'écrire en vers comme Raynouard et Alexandre Duval.
Chénier est sans doute un critique fort estimable , mais nous pensons, et M. Raynouard sera sans doute de notre avis, que , dans cette occasion , l'extrême sévérité de ce jugement approche de l'injustice.
M. Raynouard est aussi l'auteur de Caton dUtiquei tragédie , qui ne fut tirée qu'à un très-petit nombre d'exemplaires réservés à des amis; c'est le vrai moyen d'épuiser promptement une édition.
On a de lui des monumens historiques relatifs à la condamnation des Chevaliers du Temple et P abolition de leur ordre.
U a consacré un grand nombre d'années à des recherches profondes sur la langue romane ou romance, et nul littérateur en France n'eçt mieux en état que lui de distinguer la langue d'oc de la langue d'oil. Il a publié divers ouvrages sur cette matière : Recherches sur l'ancienneté de la langue romane ou romance , avant fan looo , précédées de Recherches sur f origine et la formation de cette langue : Gram.
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maire Romaine ou Grammaire de la langue des Troubadours; Choix des poésies originales des Troubadours. 11 est visible que ces divers ouvrages ont nécessité des études fort longues et fort pénibles 5 et l'on convient qu'ils jettent un grand jour sur une époque peu connue de notre littérature.
Dans ces dernières années , le troubadour suranné a cru pouvoir manier heureusement la lyre de Pindare , qui n'a rendu entre ses mains que des sons monotones; nous plaindrions fort M. de Malesherbes , si son dénouement n'était apprécié que d'après Fode de M. Raynouard; mon ami, faites des recherches, ' ,
Suivant Tusage admis chez nos mandarins lettrés, de première classe, à l'exemple de M. Campenon, auteur présumé d'un poëme sur le Tasse, de M. Parceval-Grandmaison , aussi en travail d'un poëme sur Philippe-Au- «^uste ; le père des Templiers est auteur inédit d'une tragédie de Jeanne -d'Arc et d'un poëme intitulé les Machabées.
Après avoir rendu hommage aux talens de M. Raynouard, sous la double appréciation que nous venons d'en faire , comme poète et comme
RAYNOUARl). 32 ï
'politique ; il est juste aussi de lui exprimer ici notre profonde estime pour ses vertus privées ; c'est un homme d'un commerce facile, d'un abord franc et ouvert , pacifique , ^t poussant l'oubli des injures jusqu'à l'excès évangélique ; M. Bernardin-de-Saint-Pierre n'a pu s'empêcher de le louer de cette dernière vertu -.jamais^ lui ditil, vous n^avez répondu aux épigrammes et aux satires; et certainement M. Raynouard ne serait pas embarrassé de répondre.
On assure en outre qu'il se fait principalement remarquer par une minutieuse distribution dans l'emploi de la journée, par l'ordre vraiment admirable qu'il a su établir chez lui , et par ses profondes connaissances en économie privée; il n'y a qu'un homme dans l'Académie qui puisse ravir cette dernière palme à M. Raynouard , c'est M. Lémontey. On assure que ces deux grands économistes vont incessamment publier un ouvrage en commun, ayant pour titre : F Art de gagner beaucoup d'argent et d'en dépenser fort peu. En attendant, ils se contentent l'un et l'autre de prêcher d'exemple ; M. Raynouard qui , comme auteur tragique , a prétendu éclipser Corneille , veut démontrer aujourd'hui que Molière n'a
peint qu'imparfaitement les caractères , à commencer par celui d'Harpagon ; pour cela , il a voulu renchérir sur ce personnage , et a fourni à la malignité publique une foule d'anecdotes qu'il serait hors de propos de répéter ici ; chacun sait cependant que pour éviter des trajets dispendieux, il s'est logé tout près de l'Institut , rue Mazarine , n\ 5 ; qu'on le trouve toujours couché à la chute du jour , et que la clarté ruineuse d'une bougie n'a jamais pénétré dans son appartement ; l'année de la Comète , de brûlante mémoire , il était logé à Passy ; la , pour tempérer les incommodités de la température et rafraîchir de temps en temps un gosier embrasé , il avait fait provision d'une bouteille de bierre, dont il usa généreusement tout l'été, tant pour lui que pour les amis qui venaient le visiter.
Nous disons les amis, car de simples connaissances n'avaient pas droit à la distribution du nectar, par exemple les académiciens en herbe , les néophytes du Parnasse , ces jeunes littérateurs si riches d'espérance , ceux-là principalement qui viennent de Draguignan ou de BrianoUes . avec une lettre de recommandation auprès du secrétaire perpétuel; croyez- vous
bonnement qu'ils participaient à la distribution des rafraîchissemens ? Non ; M. Raynouard les traite d'une autre manière. D'abord il les reçoit poliment, quoique avec un peu de pédantisme ; il leur demande ce qu'ils veulent faire, leur promet de leur être utile , de leur servir de Mécène ; et si ces pauvres diables lui répondent qu'ils se sont jusqu'ici occupés de littérature, qu'ils désirent
utiliser leurs talens Voilà M. l'académicien
qui les arrête tout net, qui leur crie que le mot utiliser n'est pas français , et qu'il est affreux de se permettre en sa présence une si impardonnable incongruité. Cependant il se radoucit, les fait asseoir , leur demande s'ils peuvent.disposer de leur temps , et sans attendre leur réponse : (( Tenez , leur dit-il , amusez-vous à me » copier quelques chapitres de mes Recherches )) sur la langue romance; )> et il leur livre le volumineux manuscrit avec de l'encre et du papier; c'est là tout ce que ces malheureux peuvent tirer de leur lettre de recommandation , si ce n'est un grand verre d eau qu'il leur fait donner cordialement et qu'il assure être excellente à Passy.
M. Raynouard n'est pas mathématicien; ce-
'il
pendant nous présumons qu'il connaît, comme tout le monde, ce principe de géométrie, que la ligne droite est le chemin le plus court pour arriver dun endroit à un autre. Comment^ se fait-il donc que jamais homme vivant ne Fait rencontré sur le Pont-des^Jrts , lorsqu'il se i^nd du Louvre à L'Académie ; c'est bien Ih certainement la ligne droite. Pourquoi donc adopter de préférence le Pont^neuJ ou le Pont^Rojal; M. Raynouard vous répondra qu'il préfère ce chemin pour la santé de ses jambes, et que d'ailleurs en prenant la route la plus longue , il s'amuse à bouquiner. M. Raynouard, vous êtes trop modeste ; pourquoi ne pas dire franchement que vous êtes bien aise de vous soustraire à la rétribution de cinq centimes, exigée à la tête du passage , et que vous ne changerez d'habitude que lorsque la compagnie aura fait droit à votre pétition, en Yous accordant vos entrées au Pontées-Arts , i^o «^ro-z \ In Tomédie française.
courses en fiacre, dînei^s, interventions d'une autorité quelconque , et tous autres frais à ce nécessaires ; mais ce n'était là qu'un capital bien placé dont les intérêts énormes avaient un attrait invincible. L'avare de Molière ,.n'est-il pas surpris en flagrant délit au moment où il va porter dé l'argent? et l'on ne saura qu'applaudir à la sagesse des plans de M. Raynouard, aujourd'hui que l'événement a récompensé sa prévoyance. Le poète des Templiers a repris ses premières fonctions de procureur; il est rhomme d'affaires de l'Académie ; il se promène au milieu d'une douzaine de petits emplois dont le nombre supplée aux minces émolumens de chacun ; il fait des comptes , des mémoires et des pétitions ; l'or arrive de tous côtés, et de tous les immortels, M. Raynouard est le mortel le plus heureux , quand des hauteurs de Passy, il Aè/e la frêle barque qui vient jeter sur sa table l'huile savoureuse et les fruits embaumés du
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Mangeant nos fonds avec nos revenus, Sablant nos vins , pillant force pistoles; En ce temps-là , maintes gens , nous dit-on, Ont bien changé de couleur et de ton.
Mons Raynouard , en style académique , Vint haranguer et Blùcher et Platoff , Et Kutusoff, et Midoff, et Korloff , Tant et si bien , qu'en son panégyrique, Sa langue d'oc devint la langue à^off.
(Les Biographes.)
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{ François),
Né A Langres , le 1 7 Avril 1 776.
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Quand une ordonnance d'en haut , Créa Roger , chef de la poste , Chacun dit : Il est à son poste ; C'est l'homme de lettres qu'il faut.
Loué soit le tact de nos maîtres î N'était-il pas juste , eu effet, Qu'un directeur de l'alphabet Fût jeté dans la boite aux lettres ?
(Les BiOGRAPnES.)
Peu d'auteurs dramatiques ont été aussi malheureux que M. Roger ; il a vu siffler toutes ses œuvres, et il est tombé , comme Vulcain, de l'Olympe théâtral sur le sol académique. Mais , dira-t-on , quel est le mérite caché qui a ouvert à M. Roger les portes de l'Institut? Appartient-il à cette illustre famille, devenue
par et depuis son fameux cardinal , propri'etaire d'un nombre indéterminé d'immortalités académiques? Non. Descend-il de ce vaillant et courtois paladin , son homonyme? Non. Son bisaïeul , son- trisaïeul , ou lui-même a-t-il sauvé l'État? Non. Lui doit-on le gaz hydrogène ou les machines à vapeur? Pas davantage. Enfin ^ quelle cause a donc produit son illustration ? Sa politesse , suivant l'Académie , et suivant nous , son obligeance , oui , son obligeance , ce qui vaut mieux. M. Roger débuta par un emploi subalterne , dans les bureaux du ministère de l'intérieur, et devint ensuite secrétaire de M. le comte Français de Nantes; c'était juste au moment que s'organisait la régie des droits réunis; jamais occasion plus heureuse, jamais circonstance personnelle plus favorable pour l'obligeance de M. Roger. Il distribua des places à ses amis , à ses connaissances , aux amis de ses amis, aux connaissances de ses connaissances. On n'évalue pas à moins de 4 à 5oo ses obligeantes distributions. Mon secrétaire, disait un jour M. le comte Français, a grimpé sur mes épaules pour atteindre aux branches; mais vous vous êtes courbé, lui répondit-on; pas trop, c'est lehoiieux le plus ingambe des 1 3o départemens .
ROGERt 329
Si M. Roger se fût rappelé cette intéressante époque qui lui permit , à peu de frais , de se faire tant d'amis , d'obligés , de protecteurs et de protégés , il n'eût pas bardé son: discours de réception à l'Académie , de tristes éplgrammes contre un ordre de choses dont bien des gens qui n'en médisent point, n'ont pas autant profité. Ce discours offensif, où Tintention d'être méchant ne préservait pas toujours de l'inconvénient d'être ridicule , n'eût point comparé à notre révolution , la guerre burlesque des Piccinisles et des Glukistes. Un événement qui a changé les lois, les institutions, les mœurs d'un grand peuple, et dont les résultats, après avoir , pendant vingt ans , décomposé l'Europe entière, l'affermirent elle-même sur de meilleures bases ; un tel événement ne se prête pas à d'aussi misérables comparaisons ; des naufragés n'assimilent pas la tempête au charivari d'un orchestre de village. Ainsi , M, Roger auirait dû retrouver à l'Académie le parterre des Français, quand il prononça cette phrase si étrange : a Ce fut à cette époque que commença » cette guerre si puérile dans son objet, si » étonnante par sa durée ; cette guerre de mu- >i sique , image grotesque , mais fidèle , des
II»