EST-CE LE MÊME RÉGIME
On se demande naturellement si en troquant M. Mousseau pour
M. Ross, ou M. Chapleau pour M. Mousseau nous avons changé de régime. La Minewe est d'opinion que c'est le même régime eh X Etendard croit que c'est un régime nouveau.
Dans son édition du 7 du courant, la Minerve disait sous le rtitre de Fausse rameur :
" Le télégraphe recommence à nous annoncer que M. Beaubieu va entrer dans le ministère provincial. Nous n'en croyons rien pour la bonne raison que cette nouvelle n'est pas vraisemblable, pour le présent, du moins. Nous qui ne voulons pas la mort du pécheur, mais sa conversion, nous dirons volontiers à M. Beaubieu et à tous ceux qui ont faibli comme lui : " Faites d'abord oublier votre insubordination ; rachetez les fautes commises en compagnie de M. Mercier ; montrez-vous repentants. Vous qui avez l'ambition de recevoir un jour la confiance du parti conservateur, cessez de donner une contenance au groupe d'envieux qui veulent diviser les conservateurs et les détruire.
" M. Beau bien n'a pas repris dans le parti la position qu'il devrait occuper et le premier ministre assumerait une grave responsabilité s'il donnait un portefeuille à M. Beaubien. Cette démarche aurait peut-être pour effet de décourager les députés dévoués qui ont toujours servi le parti fidèlement, et beaucoup hésiteraient probablement à suivre le gouvernement dans cette voie."
Ainsi c'est toujours les régimes Chapleau et Mousseau sous un autre nom, puisque M. Beaubien qui les a combattus avec le parti libéral, ne peut entrer dans le ministère Ross. Celui-ci n'est donc pas arrivé parce que les autres avaient été condamnés, car alors M. Beaubien ayant contribué à les renverser, aurait droit à triompher avec M. Ross. Celui-ci n'est donc que le continuateur de la politique néfaste de MM. Chapleau et Mousseau.
Mais V Etendard ne l'entend pas de cette oreille. Ecoutez ce qu'il disait samedi, le 9 courant :
" La Minerve a-t-elle oublié que, écrasés sous le poids du mépris public, ses chefs ont dû se retirer pour faire place à celui qui a le premier dénoncé leurs méfaits ? A-t-elle oublié que les combats qu'a livrés M. Beaubien n'ont été en tout point que ceux du Premier actuel, et que, s'il y a insubordination quelque part
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c'est chez les organes discrédités qui ont réussi à garder leur maigre pitance ministérielle à la condition de servir humblement aujourd'hui ceux qu'ils insultaient hier pour les mêmes motifs qu'ils attaquent aujourd'hui M. Beaubien ?
" L'accession au pouvoir du ministère actuel a été la condamnation officielle de la politique de la Minerve et de ses maîtres. Qui est capable de soutenir le contraire ?
"N'est-il pas indécent de voir la Minerve chercher à imposer au Premier actuel l'obligation de punir ses meilleurs amis pour satisfaire les basses rancunes de la clique Ty
Ainsi, l'Hon. M. Trudel croit que c'est arrivé ; il affirme que la clique a été chassée et que les saints régnent à Québec.
Qui dit la vérité ? Avons-nous encore les senécaleux ? ou possédons-nous enfin les castors ?
D'abord on admettra qu'il est fort étrange que des ennemis, aussi irréconciliables que la clique des saints et la clique dès. scuécaUux ne sachent pas encore à quoi s'en tenir sur le sexe du nouveau-né. Est-il chair ou poisson ? Ou peut-il dire comme la chauve-souris: u Je suis oiseau, voyez mes ailes; je suis souri*, rivent les rats !
Evidemment c'est une question d'histoire naturelle ; ou plutôt c'est une question «l'histoire mais pas naturelle du tout. Mais, question d'histoire ou non, je vas la résoudre en deux mots : Les deux cliques ont raison et s'entendent comme larrons en foire pour blaguer le peuple et continuer à l'exploiter. M. Trudel donne l'absolution à M. Senécal qu'il a déjà excommunié pourvu qu'on lui laisse mettre la main dans le pot aux confitures, et les gens de la Minerre, pour conserver le picotin, sont prêts à passer délicatement l'éponge sur la queue des castors.
D'ailleurs, on n'a qu'à examiner en détail les membres de ce gouvernement pour conclure qu'il a pris dans les deux cliques ce qu'elles avaient de plus mauvais éléments.
D'abord, à tout seigneur tout honneur, commençons par l'hon. M. Ross, le chef du cabinet II fut le premier castor, c'est-à-dire le premier qui a fait le plongeon pour nager entre deux eaux. C'est lui qui a inspiré ces paroles à M. Chapleau :
41 II y a les rongeurs qui grugent ça et là chaque fois que Toc-
casion offre la chance d'un coup de dent et qui vont furetant partout en quête de quelque bonne curée. . . . (Discours de 1882).
" Qu'est-ce qu'un castor ? S'agit-il de cet animal intelligent «qui, avec la feuille d'érable nous sert d'emblème national ? Non. Nos adversaires politiques ne sont pas assez patriotes pour cela. <Ju'est-ce donc qu'un castor ? L'ouvrier des villes appelle castor ceux qui prétendent savoir beaucoup et ne savent pas grand'chose, les hâbleurs, les parasites du métier. A la campagne, on appelle aussi castor ces petites bêtes noires qui vivent par bandes à la surface des eaux mortes et croupissantes et répandent une odeur qui n'est rien moins qu'agréable, les punaises d'eau enfin.
" Sont-ce là les types de la tribu de Y Etendard ? Les castors politiques sont un peu de tout cela et quelque chose de moins bon encore. Leur parti comprend toutes les médiocrités qui ne peuvent arriver par les voies ordinaires, tous les désappointés, un bon nombre d'hypocrites qui se prétendent religieux et conservateurs pour mieux ruiner le grand parti conservateur, pour mieux détruire chez le peuple le vrai sentiment religieux dont la tiase fondamentale est le respect à l'autorité et l'amour du prochain.
" Ils n'ont du reste qu'un trait de ressemblance avec le vrai «castor. Ils font leur ouvrage avec de la boue, ils détruisent les chaussées des 1>oiis moulins pour construire leurs tanières et ne ;sont vraiment utiles que lorsqu'on a vendu leur peau
. . . . 4t Ils se sont affublés du manteau de la religion, et avec cette dépouille ils en ont imposé à nombre de gens honnêtes qu'il est difficile de désabuser. . . . " — (Discours de St. Laurent.)
Voilà le jugement du chef de la Minerve sur les castors, sur tous ceux qui l'avaient combattu en 1882 ! Quel était le chef de ces hommes ? L'honorable M. Ross qui a prétendu se séparer de M. Chapleau sur la question de la vente du chemin de fer ; il est bien vrai que M. Chapleau a dit dans le temps qu'il l'avait approuvée, mais donnons au premier ministre actuel le bénéfice de ce prétexte. Il est difficile de le lui refuser, puisque sans être contredit, M. Mousseau a déclaré en chambre qu'il n'avait pas admis M. Ross dans son cabinet, parce qu'il avait répudié la politique de M. Chapleau.
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Or M. Ross n étant pas retourné au chef qu'il était accusé <Tavoir trahi et au parti qu'il avait abandonné est resté l'adversaire des deux, s'il n'a pas joué la comédie et la Minerve supporte aujourd'hui le premier des castors, le chef de ceux qui ont dénoncé les senééaleux comme des pillards et des voleurs, le chef de ceux que M. Chapleau dénonçait comme des " punaises d'eau,' des " marchands de religion et des hypocrites. " A ce point de vue c'est X Etendard qui a raison, M. Ross étant son chef devait avoir son appui. Et, à ce point de vue, la Minerve, l'organe de M. Chapleau, a tort. Elle s'est ralliée aux punaises d'eu a, aux marchands de religion, aux hypocrites, aux castors, entin!! Mais elle se console avec les cinq autres ministres, ceux de la clique, ceux que X Etendard déclarait, après la résignation de M. Mousseau et avant la formation du nouveau cabinet, être des chairs corrompues qu'on devait extirper — c'est cautériser qu'il voulait dire — et que M. Ross devait chasser comme étant de la bande de voleurs dont MM. Mousseau et Chapleau, s'étaient entourés ; tous ceux qui sentaient de loin ou de près le senécalisme.
M. Ross a-t-il pris ses collègues en dehors de cette clique ? Parmi les castors, les saints ?
Au contraire, il les a choisis au sein même de la clique, au milieu de ces chairs corrompues que M. Trudel voulait faire extirper à tout prix. Sur ces cinq collègues, il y en a quatre de la clique: — MM. Robertson, Flynn et Linch, membres du ministère Chapleau et M. Blanchet, membre du ministère Mousseau. Il est vrai que celui-ci avait déjà extirpé MM. Robertson et Flynn, mais X Etendard ayant déclaré que tous ceux qui avaient servi M. Senécal devaient être chassés ; que tous ceux qui avaient voté la vente du chemin de fer devaient être extirpés, il est assez difficile de comprendre comment le chef des castors a osé s'associer à des hommes comme MM. Robertson, Lynch, Flynn et Blanchet qui ont tous leur part de responsabilité, responsabilité qu'ils n'ont jamais désavouée, dans la formation de cette gangrène qui suivant l'organe des castors, en avait fait des chairs -corrompues.
Il est vrai qu'il reste M. Taillon, qui lui, s'il n'est pas de la
chair corrompue, n'en vaut guère mieux, attendu que pour récompenser M. Wurtèle d'avoir fait partie de la clique il a crû devoir lui témoigner son estime en lui donnant la place la plus honorable de la chambre. Ainsi que sont devenues toutes ces chairs corrompues ? On les a gardées en partie sur les fauteuils ministériels ; et le reste, on Ta placé sur le banc des juges, ou à la présidence de la chambre d'essemblée.
Je ne parle pas de la présidence du conseil législatif qui a été la récompense des services signalés rendus au senécalisme par le digne et populaire conseiller de la division de Rougemont, qui s'est rendu célèbre sur cette grande question du chemin de fer„ d'après ce qu'en a dit le Canadien, en faisant comme le roi Dagobert, virant ses culotte à l'envers.
Pour prouver davantage que tous ces farceurs jouent la comédie et s'entendent dans le fond, je n'ai qu'à vous rappeler que la majorité de la chambre qui supporte M. Ross est la même qui a. soutenu MM. Chapleau et Mousseau, cette majorité que l'Etendard accusait avoir été formée, à même l'argent de M. Senécal* et que M. Ross ne demande plus à ce dernier de rendre ses comptes et de remettre les deniers que YEtendard l'accusait d'avoir volés.
Pour remercier cette majorité docile de subir les castors, ceuxci ratifient les honteuses transactions de M. Mousseau et paient M. Charlebois pour des meubles qu'il n'a pas fournis et des ouvrages qu'il n'a pas faits.
C'est donc le même système qui se continue, doublé cette fois d'hypocrisie ; c'est la reconciliation du senécalisme avec le castor'wiw, reconciliation admirable, appelée à compléter la ruine de la province par le travail commun de tous ces modèles de vertus civiques et de noble patriotisme.
Touchant spectacle !
Spectacle édifiant ! bien propre à moraliser le peuple ! Des hommes qui se dénoncent comme des voleurs, des hypocrites, des misérables capables de tous les crimes passibles supportent le même ministère et l'appuient parcequ'ils y trouvent les deux éléments qu'ils représentent eux même !
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On ne voit ces choses-là que dans la province de Québec, et encore faut-il que ce soit sous le régime conservateur !
Quand le peuple indigné de tant de turpitudes nationales, effrayé de tant de hontes morales, se lèvera-t-il dans sa majestueuse puissance pour chasser ces saltinbanques qui le ruinent en s'enrichissant ?