OU NOUS CONDUIT CE RÉGIME
Avec ce régime tout est possible. Nous sommes en face d'unedette de 20 MILLIONS ; d'un intérêt annuel d'un million ; de déficits annuels d'un demi-million ; de dépenses extravagantes augmentant sans cesse dans des proportions alarmantes ! Et le peuple qui va payer toutes ces fautes, tous ses crimes politiques^ le peuple qui est le véritable maître, courbe la tête comme un esclave, frémit quelquefois, s'inquiète de temps à autre, mai», finit par tomber dans cette léthargie mortelle dont il ne sortira que pour payer l'impôt de la taxe directe.
En 1882 le chemin de f jr fut vendu pour payer notre dette ; et nous avons emprunté trois millions cinq cent mille piastres depuis.
Pour nous débarrasser de travaux de construction qui doivent coûter un million, nous avons fait des travaux sur ce chemin, depuis qu'il est livré, pour un million et demi !
Des conservateurs, ceux qui se disent les purs, ont dénoncé M. Chapleau comme un ministre local malhonnête et ils supportent le ministère fédéral qui l'a pris dans son sein et le comble de faveurs!
Ces mêmes conservateurs ont accusé M. Senécal d'avoir volé la province, et maintenant qu'ils ont le pouvoir, ils le laissent jouir en paix de sa fortune ; après avoir traîné M. Chapleau dans la boue pour n'avoir pas forcé M. Senécal à rendre compte de ses trente mois d'administration du chemin de fer, ils n'osent passeulement toucher à ses livres et les faire auditer.
Ces mêmes hommes ont dit qu'il fallait écraser la clique et ils partagent le pouvoir avec ses représentants autorisés ; ils ont dit. que les dépenses étaient extravagantes et ils les continuent ; qu'il fallait payer la dette et ils en contractent de nouvelles ; que de
nouvelles élections pouvaient seules épurer la chambre, et ils gouvernent avec cette même chambre.
Ces mêmes hommes ont déclaré hautement que M. Mousseau s'était couvert de honte durant les quelques mois qu'il a été au timon des affaires, et ils en ont fait un juge ; ils ont dit qu'il avait violé les lois du pays et ils l'ont chargé de les appliquer et de les faire respecter. Et pour couronner leur système d'hypocrisie, ils ont pris comme ministres les collègues de M. Mousseau, • complices des crimes qu'ils avaient dénoncés! Ces mêmes hommes ont répudié, dans un moment de vertueuse indignation, parfaitement simulée, les transactions par lesquelles M. Mousseau avait remis à M. Senécal $3,000 confisquées dans l'affaire DeMolon et $30,000 qui devaient être confisquées à l'occasion de l'emprunt des $3,000,000 et ils ont approuvé ces infamies durant la dernière session.
M. Mousseau a donné $15,000 à M. Dansereau pour acheter des livres en octobre 1883 ; il n'y a pas un seul livre de délivré et probablement d'acheté et ils ont refusé de condamner cette malhonnêteté sans précédent. On leur prouve que le gouvernement Ross a payé à M. Charlebois $1,200 pour des tentures non livrées ; $900 pour des tapis non livrés ; $3,600 pour des meubles non livrés ; $720 pour 90 armoires lorsqu'il n'y en a que 67 ; $500 pour une sonnerie électrique valant $60 ; $1.75 pour des tapis de 80 cents ; $3,640 pour des tapistries estimées à $1,800 ; $6 pour des châssis achetés à $1.50 ; enfin $28,000 pour des ouvrages et des meubles ne valant pas $14,000 ; et ces hommes qui se disaient hier les purs par excellence, des paragons de vertu, n'ont pas un mot à dire pour blâmer ces turpitudes, ces vols, ces rapines !
Et quand moi, victime de mon dévouement, je dénonce tous ces crimes, je publie tous ces vols, je prive ma famille du fruit de mon travail qui lui appartient, du travail qui est nécessaire pour lui donner du pain, je suis traité comme un misérable, traîné dans la boue et mis au banc de l'opinion publique à la place de ceux qui sont dénoncés à la vindicte des lois.
Messieurs, comprenez- vous cet état de choses ? Et le peuple va-t-il le tolérer plus longtemps ?
l'hon. m. mercier 617
Ceux qui servent le pays vont-ils recevoir les injures ? et ceux <jui le pillent vont-ils avoir les bénédictions publiques ?